La lignée des EUZET du mas d'Euzet de Saint-Gély-du-Fesc (34).

La branche du Triadou.
(T 1 suite 2)


Histoire et méthodes



De Saint-Sébastien-de-Cassagnas au Triadou
Le Triadou, de la guerre de cent ans à la Révolution
Le Triadou, le procès sur les censives
Le Triadou, le compoix de 1684
Le Triadou, de la Révolution à nos jours
Le Triadou : méthodes de recherches


1/ De Saint-Sébastien-de-Cassagnas au Triadou


Le Triadou a longtemps été appelé Saint Sébastien de Cassanhas. Situé dans la vallée de Montferrand, l'origine du nom est expliquée dans un mémoire du 28 juin 1726 des EUZET du Triadou : "Il faut observer que le lieu qu'on appelle aujourd'hui le Triadou se nommait autrefois Saint Sébastien de Cassaignas et (...) que dans le treizième siècle la plus grande partie de cette paroisse ou terroir divisé en plusieurs tenements relevoit de la directe des nommés AGULHONS. Ceux cy vendirent en 1323 cette directe à Bringuier du TRIADOU qui possedoit certains biens mouvans de cette directe comme il paroit par diverses reconnaissances faites par Raymond et Pons du TRIADOU (...). Bringuier du TRIADOU fit hommage de cette directe à l'Evêque de Montpellier en 1332 de sorte que pendant que sa famille la posseda la parroisse changea insensiblement de nom et feut appellée Le Triadou du nom du seigneur directe. Cette directe passa dans la suite sur la tête de Bernard EUZET (...)"

Pour autant, un "mas du Triadou" existait avant que la famille du Triadou ne possède la directe des AGULHON, comme il est indiqué dans des actes de 1266 et 1278. Tout pousse à penser que ces TRIADOU habitaient ce mas situé dans la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas. En tout cas, deux reconnaissances de 1332 montrent que plusieurs membres de cette famille y demeuraient. Il y avait encore trois autres mas appelés de Puech, de la Figuière et de Cassagnas.

Les TRIADOU ou du TRIADOU étaient donc une famille ancienne de Saint Sébastien de Cassagnas (Pons du TRIADOU y achetait une terre en 1266) et de la vallée de Montferrand. En effet, dans l'acte de plus ancien qui a été conservé concernant les habitants de cette vallée (celui du 12 juillet 1276), parmi les onze représentants de ces habitants, nous trouvons Pons et Guillaume du TRIADOU. Dans un acte de 1307 de cette "association de communes", appelée par J. ROUQUETTE la République de Montferrand, nous trouvons encore un Guillaume du TRIADOU, de Cassanhas.

En remontant encore dans le temps, Pons du TRIADOU vend, en 1203, au monastère de Franquevaux, la troisième partie d'un moulin "à la font du Lez" et la moitié du moulin de la Synagogue sur le Lez, "avec tous les droits de la font jusqu'à l'église de Saint Sauveur du Pin". Cette vente de moulins - les usines du Moyen Age - démontre à elle-seule la puissance de cette famille à l'orée du XIIIe siècle.

Le cartulaire de Maguelone nous apprend également l'existence d'un Petrus de TRIADU, qui est témoin à l'acte du 18 février 1182 (n.s.) de Jean DE MONTLAUR, lequel s'oppose à la construction d'une tour par Rostang DE LAVERUNE (CLXXIX). C'est certainement le même, Petri del TRIADOR qui est témoin de l'hommage que fait Pierre DE LAVERUNE de son château à Jean DE MONTLAUR (CXXII - 1160-1165, l'année la plus probable étant 1163).

Finalement, tous ces actes de 1163, 1182, 1203, 1266, 1276, 1278, 1307, 1323, 1332 ou, plus tard encore, de 1380, montrent, à la fois, une grande permanence et ancienneté dans les lieux de cette famille, du XIIe au XIVe siècle, et aussi un pouvoir qui gravite autour de l'évêque de Maguelone.

Le nom, Triatorio ou encore Triador, Triado, la Trieude, Triatorium, évoque la place du village où, le soir, chaque propriétaire triait son propre bétail dans le troupeau que le berger commun avait men paître.

SAINT QUIRIN, dans "Les verriers du Languedoc" crivait : "Il y a deux Triadou dans l'Hérault, un près des Matelles (celui qui est évoqué ici), l'autre près de Ferrières : l'un et l'autre habité par des verriers. Une branche des AZEMAR en prit le nom, après avoir fait construire un château de ce nom". Les verriers ont disparu depuis longtemps mais nous verrons que la famille des EUZET a croisé celles des BERTIN et des AZEMAR, verriers de la région.

L'ancien nom de la paroisse vient du gaulois cassaniatis, endroit de chênes. Le nom des EUZET vient du latin ilex, qui veut aussi dire chêne ou, plus exactement, chêne vert, par l'intermédiaire de l'occitan euse ou elze. Ce lieu de Cassagnas-Triadou est donc très symbolique.


1368 : une "année-repère"



Le 3 mai 1368, Bernard EUZET, de la lignée du mas d'Euzet, à Saint-Gély-du-Fesc, était dit "du mas du Triadou", à l'occasion d'une vente dans la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas. Ce mas a dû être détruit entre 1618 et 1637, probablement à cause des guerres de religion. C'est certainement la possession de la directe acquise par les TRIADOU des AGULHON en 1323 qui a installé durablement les EUZET de Saint-Gély-du-Fesc au Triadou, à partir de cette époque. Cette branche des EUZET y a prospéré pendant huit siècles, sur place, puis dans de nombreux villages et villes de ce qui est devenu le département de l'Hérault.


Un mémoire du 23 mai 1722 donne les "confronts" du mas du Triadou en 1681 : "Ce mas et apartenances confrontoient du coté du Narbonnéz au couchant le chemin du moulin de la foux au chateau de Montferrand et avec les terres des propriéttaires qui sont a present du mas de Montalet apartenant au sieur VALAT le chemin entre deux, Du bent droit certaines hermes apartenant a des particuliers habitant de Saint Jean de Coculles, Daquillon les valats apellés mieges Soles Boulidous et de Cassagnas, du coté du levant un chemin ou patus des habitans du Triadou apellé les Romanissières qui est pres de leglise de Cassagnas et avec les devois dudit Valat les devois du chateau de rastinclieres, et du marin les devois du chateau de rastinclieres."

Cependant, il faut prendre des distances avec cette description qui correspond aux vues du chapitre cathédral de Montpellier dans le procès sur les censives du Triadou, contre Jean EUZET. Le chapitre contestait la directe des EUZET sur le mas du Triadou et il avait donc intérêt à donner une extension maximale aux limites de ce mas. Cette expertise a d'ailleurs été contestée par Jean EUZET qui a mené contre le chapitre ce long procès dans la première partie du XVIIIe siècle. De son côté, le chapitre contestait l'interprétation des EUZET sur la cause de l'évolution du nom du village, de "Cassagnas" à "Triadou", compte tenu de l'existence ancienne du mas du Triadou dans la paroisse de Cassagnas (l'explication des EUZET est donnée, ci-dessus, dans le premier paragraphe de ce dossier).

Bernard EUZET avait épousé, en secondes noces, Probe DESPRATZ (ou du PRAT), veuve de Guillaume (du) TRIADOU, fils de Bringuier (du) TRIADOU, celui qui avait acheté la directe de Saint Sébastien de Cassagnas, à Raymond AGULHON. C'est sur cette directe et sur son lien supposé avec le mas lui-même qu'a porté le procès des XVII-XVIIIe siècles entre le Chapitre cathédral de Montpellier et les EUZET du Triadou. Cette directe aurait été réservée à Probe DESPRATZ. Le chapitre l'a contesté car des reconnaissances ont encore été consenties en faveur de Guillaume (du) TRIADOU en 1380. Il est impossible de trancher, sauf à constater qu'il y a eu plusieurs Guillaume (du) TRIADOU, comme nous le voyons dans une reconnaissance de 1380.


De la guerre de cent ans à la Révolution, la commune du Triadou a suivi et subi le cours de l'Histoire de France


Quatre procès du XVIIIe siècle permettent de se faire une idée du Triadou pendant les six siècles qui ont précédé la Révolution. Les pièces de ces procès donnent des indications précieuses sur les lieux, ses habitants, ses seigneurs, etc. Tous ces textes montrent la permanence des EUZET dans leurs relations avec l'Evêque, le Chapitre cathédral, les nobles, les prêtres, etc. Pour les références, se reporter à Triadou 1 (suite 4)

A / Le Triadou après la guerre de cent ans

Le Triadou a gravement souffert de la guerre de cent ans comme le montre une pièce concernant la confrérie de Saint Sébastien de Cassagnas qui existait dans la paroisse : "Le local de cette confrérie est sur une petite élévation entre l'église paroissiale et les masures ou étaient autrefois les maisons de Cassagnas et dont il ne reste que très peu de vestiges". Et, plus loin : "Une grande partie des maisons de la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas ayant été détruites et démolies par les guerres civiles et le nombre des paroissiens se trouvant très petit, le prévot de ladite confrérie en l'année 1482 bailla par acte public à Pierre et Mathieu EUZET du Triadou ..." (photos n 1 et 2). Pour situer ces deux EUZET, voir la génération 6 de La lignée

La photo n 3 est un extrait du cadastre qui montre au n 52, au bout de l'impasse de la confrérie, "la clastre", c'est-à-dire le prieuré. On voit bien encore où devaient être les terres de la confrérie, puisque le plan reprend cette dénomination en lieu-dit. Si le texte du mémoire dit vrai, le centre du village devait se trouver près du prieuré, ce qui n'est plus le cas par la suite. Le déplacement a probablement été progressif. L'emplacement choisi pour la nouvelle église paroissiale, là où nous pouvons la voir aujourd'hui, montre l'aboutissement de ce changement.


n1

n2

n3



B / Le Triadou après les guerres de religion

Le Triadou a également subi de sévères destructions lors des guerres de religion puisque le mas du Triadou a été définitivement détruit entre 1618 et 1637 et que personne n'a été ensuite capable d'en déterminer la contenance et les limites : "Qu'il s'est passé 200 ans de cette reconnaissance de 1520 pendant lesquels cette metairie a receu une infinité de changements, qu'il n'y a plus même de batiment qui existe, que les derniers actes où il en est parlé sont les reconnaissances de 1616, 1617 et 1618 faites en faveur de Jacques et Jean EUZET, dans lesquelles le produisant est qualifié habitant du mas de Triadou et l'autre du mas de Prats, que dans les actes postérieurs, c'est-à-dire dans la transaction de 1637 cotée R dans l'inventaire du produisant au Sénéchal et dans l'hommage du premier juin 1674 Jean et Jacques EUZET, autheurs du produisant se qualifièrent non habitant du mas du Triadou mais du lieu du Triadou qui estoit autrefois le lieu de Cassaignas ou le produisant a encore sa maison" (photo n 4). Voir aussi le testament d'Antoine LATOUR "habitant du mas du Triadou", le 21.12.1622 (voir, B/ de la partie "Méthodes") . Cet acte indique donc que les bâtiments du mas existaient encore à la fin 1622, malgré les combats de la guerre entre protestants et catholiques.



n4



C / Le prieuré du Triadou, à partir de 1410

Une des "clefs de lecture" de l'histoire du Triadou s'appelle Bringuier MARRE (Bringuier ou Béringuier ou encore Béranger si on veut franciser le prénom). Il apparaît en 1425 et deux des quatre procès le concernent directement. En effet, le 16 septembre 1425, le notaire des Matelles, Jean FONTANILHON a enregistré l'évènement suivant :

"A Saint Mathieu, paroisse de Saint Martin de Tréviers, Antoine DURAND, prêtre et prieur de Saint Sébastien de Cassagnas, nomme Jacques PRUNET, prêtre et prieur de Saint Pierre de Valflaunès, son procureur, pour résigner entre les mains du prieur de Saint Firmin de Montpellier, le prieuré de Saint Sébastien".

Le 23 septembre 1425, le même notaire a inscrit dans ses registres la succession d'Antoine DURAND :

Devant les portes de l'église de Saint Sébastien de Cassagnas, en présence de Jacques PRUNET, prieur de Saint Pierre de Valflaunès, licencié en décrets, Bringuier MARRE, prêtre, prend possession du prieuré de Saint Sébastien de Cassagnas, ouvre les portes, sonne les cloches, etc. puis fait l'inventaire. Dans la claustre, il trouve une table avec un banc, deux récipients, cinq barriques à vin de (...) sétiers chacune, vides, de peu de valeur, une cuve à vin, contenant environ quatre muids (...), un lit avec quatre planches et un drap de peu de valeur"

Les textes qui sont repris en illustration et d'autres du même dossier, nous racontent la suite de l'histoire (photo n 4) :

- le testament reçu le 26 juillet 1471
- le contrat public, du 28 juillet 1471
- le codicille au testament, le 10 octobre 1482


218 ans séparent le testament du prieur du Triadou, Bringuier MARRE (le 26.07.1471), et l'accord entre le prieur Jean Louis PALLASSY et Claude GeLY, prêtre et vicaire de Saint-Martin-de-Londres, frère de Marguerite GELY, veuve de Jacques EUZET et Jean EUZET, son fils (le 22.06.1689, notaire Me GIMEL, de Montpellier), après un long procès commencé le 6 mars 1683 et poussé jusqu'au Parlement de Toulouse qui promulgua deux arrêts, en 1685 et le 07.07.1688. En effet, par son testament passé devant le notaire des Matelles, Jean FABRE, Bringuier MARRE donnait 50 écus d'or à la chapelle Notre Dame, fondée en l'église et paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas (le Triadou). La même année, par contrat public reçu par le notaire des Matelles, Marcel ROUBAUD (le 28.08.1471), il baillait en dépôt les 50 écus à Jean EUZET, du Triadou. Enfin, par codicille à son testament, il réduisait la somme à 40 écus (le 10.10.1482).


n5

a) Liste des prieurs, curés et prêtres du prieuré (faisant office d'église paroissiale) de la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas (Le Triadou) ou/et des chapelains de la chapelle Notre Dame de ce prieuré :

- Aux environs de 1410, jusqu'au 16 septembre 1425 : Antoine DURAND (démission à cette date) En effet, aux environs de 1410, l'évêque Pierre ADHEMAR avait affermé à Antoine DURAND, prêtre à Saint-Mathieu-de-Tréviers et prieur de Cassagnas, tous les revenus de la vallée de Montferrand.
- du 23 septembre 1425 au 27 décembre 1483 : Bringuier MARRE (successeur d'Antoine DURAND, démissionnaire).
- en décembre 1483 : Etienne PLANQUE, ou PLANCHE (successeur de Bringuier MARRE, démissionnaire) ; le 9 janvier 1490, il est titulaire du bail du "vestiaire" de Maguelone
- en 1499 : Guillaume LAGLEYSE, ou de L'EGLISE (successeur d'Etienne PLANQUE).
- en 1518 : Pierre BERTIN est prêtre au Triadou
- en 1521 : Pierre EUZET est "prêtre de Saint Sébastien de Cassagnas, college de Saint Sauveur" (de Montpellier)
- en 1549 : Guillaume de ANDREA, noble, "prieur du prieuré et bénéfice de St Sébastien de Cassanhas", arrente, le 4 octobre, le revenu et la dîme du prieuré (notaire Pierre MARTIN, de Montpellier)
- à partir du 8 octobre 1568 : Pierre EUZET est mis en possession de la chapelle.
- en 1600, le 20 octobre : Jean LACALM, prêtre, est mis en possession du prieuré (acte de Barthélémy GREGOIRE, notaire royal dit de Londres - en fait, des Matelles), suite à une collation faite par un conseiller du roi au parlement de Toulouse.
- en 1601, le 21 janvier : Olivier MONTANON, curé de Vic, est installé comme curé du Triadou (acte de Barthélémy GREGOIRE, notaire royal dit de Londres - en fait, des Matelles).
- en 1616 : le 3 mars, Anthoine POMET (POUMET) apparaît comme "prêtre et curé" du Triadou (en 1634, il est prieur du prieuré de Vailhauques et il signe POUMET - notaire Antoine FAGES, de Montpellier).
- avant le 13 mars 1626 : Jacques BOUGETTE.
- à partir du 13 mars 1626 : François CAUSSEL (successeur de Jacques BOUGETTE, démissionnaire).


La collation pour François CAUSSEL au
prieuré de Saint Sébastien de Cassagnas
"alias le Triadour" (13.03.1626)

- à partir du 2 novembre 1664 : François HOÜY, "prieur" du Triadou (successeur de François CAUSSEL), au moins jusqu'au 07.11.1670 (dossier famille EUZET, du Triadou dans 1 E 1417) ; dans le compte rendu de la visite de l'évêque au Triadou, en 1666 (G 1148), il est dit qu'il est prêtre du diocèse de Chartres, âgé de 34 ans ou environ, et qu'il est dispensé de résider sur place parce qu'il est aumonier et secrétaire de l'évêque.
- dès juin 1665 : Affrique JUGLA (premier acte connu, le 15 juin et dernier acte, le 31 décembre 1670) ; il signe toujours "prêtre et curé" (registre paroissial) ; dans le compte rendu de la visite de l'évêque au Triadou, en 1666 (G 1148), il est dit qu'il est prêtre du diocèse de Vabres, âgé de 28 ans ou environ, curé du Triadou depuis un an et demi ou environ et qu'il assiste le prieur ; le compte rendu précise aussi qu'il réside à Saint-Jean-de-Cuculles, faute d'avoir une maison au Triadou.
- le 16.03.1669, le prieur, François HOUY, arrente le bénéfice du prieuré (300 livres par an, soit 1200 livres au total) à Jacques EUZET, ménager du Triadou, pour 4 ans, du 01.01.1669 au 01.01.1673 (notaire Jacques MONTET, de Montpellier) ; le dernier paiement (125 livres) a lieu le 15.02.1674, ce qui permet à Jacques EUZET d'obtenir la quittance finale, à la même date, chez le notaire Philippe BERTRAND, de Montpellier (à cette date, l'acte indique que HOUY est prêtre du diocèse de Chartres, demeurant à Paris, rue Saint Jacques, paroisse Saint Benoît).
- à partir du 25.06.1672, le dernier acte étant du 26.10.1692 : Jean Louis PAILHASSY (successeur de JUGLA) ; il arrente le bénéfice du prieuré à Jean ALEGRE, le 22.11.1687, pour 3 ans ; le prix annuel est de 232 livres (notaire Gilbert SALOMON, des Matelles) ; en marge de l'acte est indiquée la quittance du 04.10.1690 ; il signe "prêtre et curé" jusqu'au 28 mars 1673 puis "prieur" ensuite (registre paroissial).
- en 1697 : Jean Louis CARIBAIN est "prêtre et prieur", au moins à partir du 24 janvier (témoin pour une reconnaissance féodale - notaire Jean MAUMEJAN, des Matelles) ; le 12 mars puis le 28 avril, il arrente le bénéfice de son prieuré à Jean EUZET, greffier consulaire du Triadou (notaire Raymond MARGOUËT, de Montpellier et notaire Jean MAUMEJAN, des Matelles).
- à partir du 15.11.1698 : André SALLES est "prieur" du Triadou, au moins jusqu'au 07.06.1717 (dossier famille EUZET, du Triadou dans 1 E 1417 et 1 E 1418).
- en 1725 : François DELPON (nommé par l'Evêque) et MASSEBIEAU (nommé par le Chapitre). Ce n'est que le 17 février 1727 que François DELPON peut prendre possession de la chapelle. (dans un mémoire non daté du prieur POUDEROUS, ce dernier écrit : "il y a dans l'eglise du Triadou une chapele dont mr DELPONT est chapelain. Le revenu est de quatre livres dix sols ; il faut dire une messe par mois selon qu'il m'a été dit" et, dans une autre note du même prieur : "Il y a une chapele dont le revenu est de quatre livres dix sols. Mr DELPONT pretre de ce dioceze en est chapelain. Il y a neuf messes a dire.")
- en 1736 : Jean POUDEROUS, mise en possession de la cure du prieuré du Triadou, indiqué dans le registre du contrôle des actes, bureau de Saint-Martin-de-Londres (2 C 2181), acte notarié du 31.08.1736, notaire MAUMEJEAN, des Matelles, contrôlé le 03.09.1736 (paiement de 5 livres) ; il était encore en place le 25 janvier 1737 ; premier acte connu, le 25.01.1739 ; il y est resté en place au moins jusqu'au 4 mai 1755 (registre paroissial) ; il signe tantôt "prieur curé", tantôt "prieur" ; il meurt le 13.12.1756 et est enterré le lendemain dans l'église.
- en 1757 : DUFOURC, au moins entre le 19 avril et le 25 octobre (registre paroissial) ; il signe "prieur" ; il y a aussi Antoine BAYLE, en 1757, qui est "clerc de la paroisse"
- à partir (au moins) du 8 octobre 1758 : Joseph CLAPAREDE (il est pourtant donné comme successeur, suite au décès de François DELPON, dans le dossier du procès des censives du Triadou). Il exerce au moins jusqu'au 03.11.1763 ; il signe "prieur" ; il meurt le 13.05.1764 et est enterré le lendemain dans l'église, âgé d'environ 60 ans.
- en 1765 : Jean ANDRÉ, au moins du 20 janvier jusqu'au 9 octobre 1766, date de son décès (registre paroissial) mais son dernier acte est du 29.09.1765 ; il signe "prieur" ; il est enterré le lendemain de son décès dans l'église.
- en 1767 : François Honoré CHALIER, aucun acte connu mais il est indiqué comme prieur quand il meurt, le 26 janvier 1767 (registre paroissial) et il est enterré le 28 dans l'église, âgé d'environ 30 ans.
- à partir (au moins) du 11 février 1768 : Fulcrand BELLEVILLE et, au moins, jusqu'en 1791 ; il signe "prieur" ; cependant, entre le 9 février 1785 et le premier mars 1785, on trouve un dénommé CARCASSONNE qui signe "curé et prêtre commis". BELLEVILLE est "Officier municipal" dans la nouvelle municipalité du 22 février 1790, tout en restant "prêtre et prieur". Des membres de cette première municipalité de la Révolution, il est le seul à ne pas prêter le serment devant la commune "de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du Royaume, d'être fidèles à la nation, à la loi et au Roi et de remplir leurs fonctions avec zèle et courage". C'est lui qui est en place quand on fait, le 17 avril 1790, le classement des biens privilégiés. Il est toujours en fonction le 28 juillet 1791. En effet, à cette date, le Conseil général de la commune du Triadou indique que le prieur BELLEVILLE "a présenté aux administrateurs du district de Montpellier une requête en modération de la cotisation et imposition de son prieuré cure pour les six derniers mois de 1789 et 1790, lesquels administrateurs ont renvoyé ladite requête à la municipalité pour donner son avis motivé." L'assemblée répond "qu'elle approuve les distractions faites par M. le prieur sur le produit de son bénéfice" (moins une voix).

[Note : Les curés voisins pouvaient assurer des remplacements en l'absence du curé ou prieur titulaire du Triadou. Ainsi, VALERE, curé de Saint-Jean-de-Cuculles signe pour deux actes en 1677, "en l'absence du prieur du Triadou". Quand un prieur décède, l'acte de décès est signé par plusieurs prêtres présents à la messe d'enterrement. Ainsi, quand Jean ANDRÉ meurt, en 1766, assistent Joseph CROZE (curé de Saint-Jean-de-Cuculles), Jean Jacques MAZEL (curé de Trevies), Etienne GARDES (prieur de Lauret), Hyacinte GAUD (curé de Valflaunes) qui signent avec Jean GRANIER, prieur et archiprêtre des Matelles. Il serait intéressant de comparer avec d'autres sources car on retrouve les patronymes de certains de ces prieurs dans d'autres paroisses (phénomène identique avec les RICOME de Viols-le-Fort, par exemple); Ainsi trouve-t-on un Mathieu PODEROUS, "prêtre et chapelain de la chapelle du Saint Sépulcre en l'église Sainte Anne" de Montpellier (compoix de Sainte Anne, en 1599) ou encore "M. POUDEROUX soi-disant évêque du département de l'Hérault" (Les archives de la Révolution Française , 1791, F 8. 1395, à la Bibliothèque Nationale). Enfin, dans ces registres paroissiaux, on trouve bien d'autres éléments qui concernent directement le village. C'est le cas en 1762 quand il est écrit, le 21 novembre : "double registre pour la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas dit le Triadou composée de trois maisons" ou encore en 1750 quand le prieur écrit : "registre pour la paroisse du Triadou composée de trois feus", remis le 22 août". Or, on sait que pendant longtemps il y a eu les EUZET, les BERTIN et les LATOUR puis qu'il y a eu les EUZET, les AUZEMAR et les LATOUR puis, un peu plus tard, les EUZET, les AUZEMAR et les PLAGNIOL et puis encore les EUZET, les PLAGNIOL et les PEPIN. Autour de ces trois piliers, il y avait des résidents, bergers ou peyres (régisseurs) ou domestiques, qui pouvaient faire souche pendant quelques générations, les prieurs, eux-mêmes, pouvant faire venir leurs parents, parfois de lieux éloignés.]


Un document du 5 juillet 1790 répertorie les biens privilégiés au Triadou (le prieur, l'évêque de Montpellier, le chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier et Jean EUZET). En ce qui concerne le prieur, voici ce qui est dit (pour les trois autres, voir ci-dessous en conclusion du point 2) :

"Déclaration de M. BELLEVILLE, prieur curé du Triadou, faite devant la municipalité le dix septième avril dernier"
"Jouit le déclarant pour dominicature d'une vigne attenante à la maison curiale de contenance de cinq sétérées, estimée au second degré allivrée trois sols neuf deniers (...)"
"Jouit le déclarant du bénéfice du Triadou, lequel n'est point affermé, mais qu'il estime à la somme de douze cent livres, sur lequel bénéfice ledit sieur prieur fait porter les charges pour les frais du culte ou ceux d'un domestique homme, qu'il est obligé de tenir dans son habitation qui est champêtre, à la somme de cent cinquante livres."
"La municipalité reconnoissant que les charges que ledit sieur prieur demande ne sont pas exigibles, elle les a réduites aux frais du culte seulement, qui d'après sa déclaration se portent à cent cinquante livres, ainsi distraction faite des frais du culte, il reste audit sieur Belleville onze cent cinquante livres.
"Il est porté par la proclamation du Roi du vingt cinq avril dernier que cent livres de revenu de cette espèce doivent supporter le même allivrement qu'un fonds d'héritage d'un pareil produit, après avoir fait toutes les recherches nécessaires de l'autre part. En pareil cas, nous déclarons qu'un fonds d'héritage de cent livres de revenu supporte huit sols d'allivrement, par conséquent ledit sieur Belleville doit supporter pour onze cent cinquante livres de revenu net, quatre livres douze sols d'allivrement."


Les photos qui suivent montrent ce qui reste du prieuré, aujourd'hui (photos du 08.07.2004). L'intérieur au n 6 et l'extérieur aux n 7 et 8.


n 6

n 7

n 8



b) Les travaux au prieuré pendant les 17ème et 18ème siècles.

(à compléter)

La visite de l'évêque au Triadou, en 1666

Beaucoup d'éléments nouveaux sont indiqués dans cette visite de l'évêque de Montpellier au Triadou. Comme celles d'autres paroisses de la val de Montferrand (Cazevieille, Viols-le-Fort, Saint-Mathieu-de-Tréviers, Saint-Jean-de-Cuculles ...), elle est notée dans le registre coté G 1148, aux AD 34 (consulté le 15.12.2009, ce registre n'étant pas encore microfilmé). Voici quelques extraits significatifs qui vont faire l'objet de mises à jour, tant sur ce site que sur le site de "Loupic". Les extraits sont écrits en ajoutant la plupart des accents, en ne laissant pas les abréviations les plus courantes, en ne changeant pas l'orthographe et en mettant en majuscule les noms propres.

"L'an 1666 et le 9 jour dudit mois de décembre mondit seigneur l'évêque de Montpellier estant arrivé audit lieu du Triadou le 8 dudit mois pour y faire la visite auroit esté receu sur les neuf heures du matin ledit jour neuviesme en l'église parroissialle dudit lieu par M.. François HOUY prestre du diocèse de Chartres aagé de 34 ans ou environ prieur dudit bénéfice depuis deux ans ou environ, assisté de M. Affrique JUGLA prestre du diocèse de Vabres aagé de 28 ans ou environ curé de ladite parroisse depuis un an et demy ou environ, de M. Jean EUZET procureur juridictionnel de mondit seigneur en la val de Montferrand, de M. Jacques LATOUR, de Marcellin PLAGNOL et d'autres habitans de ladite parroisse."

Ce premier extrait, repris ici , nous apprend donc qu'il y avait un prieur et un curé, contrairement à la pratique habituelle où le prieur du lieu faisait office de curé, compte tenu du faible nombre d'habitants. Nous avons connaissance des années d'arrivées de l'un et de l'autre, ainsi que de la présence des trois habitants les plus importants.

L'évêque "auroit donné la confirmation a huit personnes, célébré la sainte messe, administré la sainte communion à huit personnes"

Ce deuxième extrait donne une idée de la population du Triadou : 8 enfants et 8 adultes. Nous verrons plus loin des précisions sur ces chiffres mais il est possible de comparer avec une précédente visite (en 1632) où il y avait 14 personnes "y compris les valets et bergers", et la visite suivante (en 1685) où il y aura 21 communiants. La nombre total de personnes n'a jamais dû beaucoup varier au fil des siècles puisque, 170 ans plus tard, en 1836, le premier recensement indiquera une population de 67 personnes, y compris les très jeunes enfants.

"Le prieur interrogé quel est le patron de la parroisse et sy ladite église a este consacrée a répondu que le patron de ladite église est St Sébastien martir dont on célèbre la feste le 20 janvier et quil ne sait point si ladite église a esté consacrée, dautant quon ne célèbre point la feste de la dédicace et dit que le colateur du bénéfice dudit triadou est leveque de Montpellier quil n'y a que ledit prieur pour le service d'icelluy de la résidance duquel estant dispensé par ledit seigneur eveque a cause quil est son aumonier et secretaire. S'y tient un prestre qui reside au lieu de St Jean de Cuculles, faute davoir une maison audit lieu du triadou."

Ce troisième extrait est d'abord révélateur de l'absence d'archives. Il semble n'y avoir aucune trace ancienne de l'histoire de la paroisse et de son église en cette année 1666, sauf la connaissance de son saint patron (le Triadou n'étant que le nom vulgaire, le nom réel de la paroisse étant Saint Sébastien de Cassagnas). On y voit la confirmation de l'évêque de Montpellier en tant que collateur, c'est à dire ayant le pouvoir de conférer le bénéfice ecclésiastique. Cet extrait donne aussi l'explication du doublon prieur-curé. HOUY résidait à Montpellier puisqu'il était à la foir l'aumonier et le secrétaire de l'évêque. Enfin, dernier élément qui montre la pauvreté de la paroisse, le curé résidait dans la paroisse voisine, Saint-Jean-de-Cuculles, car il n'y avait pas de logement pour lui au Triadou.

Le prieur "a dit quil y a ordinairement quinze communians dans ladite parroisse et une vingtaine lorsque le sr AZEMAR y réside".

Ce quatrième extrait apporte une utile précision au deuxième extrait. Les 15 ou 16 personnes en âge de communier passent à 20 environ quand le seigneur du Triadou, AZEMAR, et sa famille, y sont présents. Or, ce nombre correspond exactement au décompte fait par le prieur POUDEROUS dans le première partie du XVIIIe siècle, à savoir 20 communiants, 4 familles et 10 à 11 enfants. On retrouve aussi la même stabilité en ce qui concerne les familles qui sont LATOUR, EUZET, PLAGNIOL et AUZEMAR (ou AZEMAR). On sait que ces AZEMAR, docteurs et avocats à Montpellier, de père en fils, ont acquis une partie du mas du Triadou en 1591 et qu'ils sont les seigneurs du lieu depuis (au moins) 1592. On peut, d'ailleurs, s'etonner que le seigneur du Triadou ne soit pas présent lors de la visite de l'évêque de Montpellier mais une autre partie du compte rendu donne certainement la réponse à cette interrogation.

Le prieur "a dit quil y a deux cimetieres dans ladite parroisse, savoir l'un qui est au devant de la porte de ladite eglise ou sont enterrés les ancetres de LATOUR, et lautre du derriere dicelle, ou sont enterres les EUZETS, lesquels cimetieres ne sont point clos, et ny a point de croix."

Extraordinaire description dans ce cinquième extrait. Ainsi, chaque famille avait son cimetière ! On peut se demander si les BERTIN, quand ils étaient au Triadou (jusque vers 1560 environ) avaient aussi leur propre cimetière. En tout cas, on voit bien là l'ancienneté de ces deux familles. Ne peut-on penser, d'ailleurs, que la première d'entre elles devait être les LATOUR qui ont eu l'honneur d'avoir leur cimetière devant la porte d'entrée de l'église, au plus près du choeur et de l'autel ? Quant aux "nouvelles" familles, les PLAGNIOL, en particulier, elles devaient utiliser l'un ou l'autre cimetière. En tout cas, cette description ne se retrouve pas dans les descriptions ultérieures, d'autant que l'on sait que les LATOUR vont bientôt abandonner le Triadou.

(à suivre)

Les tailles du Triadou, en 1694

1/ Jean PLAGNIOL : 262 livres 11 sols 9 deniers
- a payé
2/ Hoirs (héritiers directs) de Jacques EUZET : 252 livres 12 sols 7 deniers
- ont payé
3/ Marcellin PLAGNIOL : 164 livres 10 sols 9 deniers
- a payé Jean PLAGNIOL (en trois fois)
4/ M. AUZEMAR : 151 livres 16 sols 9 deniers
- a payé le 13.08.1694, ledit sr du Triadou, par mains de Dominique VIELHE : 142 livres 16 sols 9 deniers
- a payé par mains de Pierre LAURAYRE : 9 livres
5/ M. de SAINT ROMAND : 120 livres 13 sols 7 deniers
- a payé par mains de Pierre PERTRACH, rentier de Montalet
6/ M. de THOIRAS : 73 livres 7 sols 7 deniers
- a payé par mains de Pierre AZEMAR, rentier de Restinclieres.
7/ Jean VINCENT : 24 livres 9 sols 11 deniers
- a payé.
8/ Barthélémy RICARD : 12 livres 9 sols 8 deniers
- a payé Jean TIOCH : 2 livres 10 sols
- a payé Barthélémy RICARD : 5 livres 16 sols 6 deniers
- a payé Jacques CALAGES : 4 livres 3 sols 2 deniers
9/ Bertrand DESFOUR : 8 livres 10 sols 6 deniers
- a payé (en deux fois)
10/ Michel PERTRACH : 4 livres 16 sols 7 deniers
- a payé par mains de dlle DURANTE sa femme
11/ Bertrand MONTELZ : 4 livres 4 sols 2 deniers
- a payé
12/ Jean TOURIERE : 11 sols 8 deniers
- a payé

Les habitants du lieu : 34 livres 2 deniers
- Jean PLAGNIOL : 11 livres 6 sols 8 deniers
- Les hoirs d'EUZET : 11 livres 6 sols 8 deniers
- M. AUZEMAR : 11 livres 6 sols 8 deniers

Le récapitulatif a été dressé par Jean EUZET, greffier consulaire du Triadou, le 30 avril 1694. Le total de 1111 livres 19 sols 7 deniers comprenait 1012 livres 7 sols 5 deniers de tailles proprement dites, 23 livres 17 sols de taillon, 12 livres pour les gages attribués à l'office de greffier consulaire acquis par Jean EUZET, 2 livres 10 sols pour la façon du livre ou fourniture du "papier timbre", à raison de 2 livres pour chaque somme de 1000 livres (arrêt du conseil du 19 mai 1691) et 61 livres 5 sols pour le droit de livre, à raison de 14 deniers "pour livre". En fait, le total général a finalement été de 1114 livres 15 sols 8 deniers, après le calcul de toutes les parcelles

[Observations : ce qui apparaît d'abord, c'est qu'il y a seulement trois feux dans la paroisse. Celui de Jean PLAGNIOL, celui des héritiers de Jacques EUZET (Marguerite GELY et ses deux fils, Jean et Claude) et celui d'AUZEMAR. Cela correspond bien à ce que l'on sait par d'autres sources. Cela confirme aussi la disparition définitive des BERTIN et des LATOUR qui avaient, avec les EUZET, constitué les trois familles du Triadou depuis - au moins - le 15ème siècle. Les quelques actes conservés des registres paroissiaux montrent, d'ailleurs, que les LATOUR habitaient encore le Triadou le 7 novembre 1674, c'est-à-dire à peine vingt ans auparavant (à cette date, baptême d'Elisabeth LATOUR, fille de Bertrand et de Françoise FABRE). Il semble même que Bertrand LATOUR habitait encore au mas du Triadou en 1682, puisque le 28 janvier de cette année, les parties au procès des censives du Triadou font une transaction devant le notaire FAGES, de Montpellier. L'acte indique que "Mr.Mr Jean AUZEMAR, docteur et advocat, Jean PLAGNOL fils et donataire contractuel de Marcelin PLAGNOL, Guillaume BRESSON, hoste de ceste ville, faisant pour et au nom de Bertrand LATOUR son beau-frère, et Margueritte GELYE, veuve de feu Jacques EUZET, quand vivoit procureur juridictionnel de la val de Montferrand, faisant l'entier corps des habitants dudit mas du Triadou". Par contre, les BERTIN ont probablement disparu dans la deuxième partie du 16ème siècle (ils sont encore là quand est fait le compoix de la val de Montferrand, dans les années 1550-1554). On a vu aussi qu'en 1750 et 1762, la paroisse ne comprenait toujours que trois feux, avec les EUZET, les PLAGNIOL et les PEPIN, ce qui confirme la permanence de cette structure. On constate ensuite que le plus riche est Jean PLAGNIOL qui paye non seulement pour lui la plus grosse contribution mais aussi pour les terres de Marcellin PLAGNIOL, lequel semble donc ne plus habiter au Triadou. En dehors d'AUZEMAR, seigneur du Triadou, docteur et avocat de Montpellier, on trouve de SAINT ROMAND et de THOIRAS qui - sous réserve de vérifications - doivent faire partie de ces riches montpelliérains qui investissent dans les campagnes aux alentour de la capitale régionale. Comme les autres propriétaires, beaucoup moins riches, ils n'habitent pas sur place mais sont contribuables. Les autres, ce sont donc VINCENT, RICARD DESFOUR, PERTRACH, MONTELS et TOURIERE, ce dernier payant moins d'une livre. Bien entendu, ce classement ne tient pas compte des "biens privilégiés" non soumis à la taille. En 1790, un siècle plus tard, le classement de ces biens privilégiés fera ressortir les propriétaires suivants : le prieur, curé du Triadou (Fulcrand BELLEVILLE), l'évêque de Montpellier, le chapitre cathédral saint Pierre de Montpellier et Jean EUZET]

Information sur le bail des tailles du Triadou de 1682

Dans le minutier du notaire Gilbert SALOMON, des Matelles, on trouve au 31.05.1682, le bail fait pour la levée des tailles du Triadou de 1682. Le contrat est passé par Jean AUSEMAR, docteur et avocat de Montpellier, et Jean PLANIOL, habitant du Triadou, au bénéfice de Jacques ESTEVE, habitant de Saint-Mathieu-de-Tréviers. Les bailleurs lui remettent le livre des collectes et il est décidé que la levée se fera "a raison de 14 deniers pour livre" (à titre de comparaison, le 16.06.1669, le bail des tailles de Combaillaux est passé au bénéfice d'Etienne EUZET, notaire de Viols-le-Fort, à raison de "20 deniers pour livre pour son salaire" mais il est vrai qu'il était le seul adjudicataire - notaire Gilbert SALOMON, des Matelles) ; sont présents : Fulcrand FLAVARD et Barthélémy SALOMON, habitants des Matelles ; tous signent : AUZEMAR, PLAIGNIOL, FLAVARD, SALOMON, ESTEVE et le notaire Gilbert SALOMON.

[Observations : Jacques ESTEVE était aussi l'adjudicataire du "bénéfice et prieuré du Triadou" pour la période allant du 1er janvier 1676 jusqu'à la fin de l'année 1679 ; le règlement s'est fait le 21.04.1683 auprès de "Jean Louis PALLASSY, pretre et prieur du Triadou" ; le contrat initial (à rechercher) et le contrat de règlement sont passés auprès du notaire Gilbert SALOMON, des Matelles ; sont présents au contrat de règlement : Barthélémy SALOMON, habitant des Matelles et Antoine VIELLE, cordonnier de Saint Mathieu, qui signent avec le notaire et ESTEVE.]


D / Les BERTIN, nobles verriers du Triadou (références de 1458 à 1669)

La photo n 9 montre qu'en 1520 (le 3 novembre), les BERTIN étaient propriétaires du quart du mas du Triadou, sans que nous sachions si c'est à la suite d'un mariage ou d'une vente ; nous les retrouvons dans le compoix de "la val de Montferrand", vers 1550 : dans le "manifest" d'Antoine EUZET du Triadou, son "hostel" est proche, "au couchant, en la place" et "au levant noble Pierre BERTIN". Dans le "manifest" de Jacques EUZET, du même Triadou, il y a deux références à Marguerite de BERTIN. Il semble que les immeubles étaient encore liés dans le mas du Triadou puisque sont évoqués "deux chambres de la maison de ladite de BERTIN".


n 9

Or, ces BERTIN étaient nobles et verriers. Ainsi, le 4 avril 1513, noble Bringuier de BERTIN fait une donation à son frère, noble Pierre BERTIN à Saint Sébastien de Cassagnas, de la moitié de tous les biens et droits et actions qu'il peut avoir audit lieu (notaire Antoine BOET, selon le registre G 3445, aux AD 34)

Encore, en 1518, noble Arnaud BERTIN, de Saint Martin de Londres, qui a épousé une fille de Barthélémy CAYLAR, reconnaît la dot qu'il a reçue de ce dernier. L'acte est passé devant noble Pierre BERTIN, prêtre du Triadou, et noble Guillaume ARMAND, du lieu de Cazilhac. Ce dernier est un Armand de la verrerie de Ribaute, travaillant à Cazilhac, chez les CASTELVIEL. (site Internet de la famille GROS-JOLIVALT ; voir les références et l'article sur les verriers dans la partie "méthodes" de Sueilles 1 (suite 1)

Le 15 janvier 1542 : Dot pour noble Michel BERTIN, fils de feu noble Pierre BERTIN, du lieu de Trieude, paroisse de Cassagnas, diocèse de Montpellier, et noble Gabrielle AUDOARD, fille de noble Antoine AUDOARD, verrier de Saint-Laurent de Carnols, et de Bastienne GERANTOME, lesquels constituent 50 livres et trois robes, et également pour le dit BERTIN la faculté de "ouvrer et fère du verre" en la verrerie de Concoms appartenant au dit constituant en un des "ouvrails" de la dite verrière pendant trois ans. Acte au mas de Coconls (ou Cocol) appartenant au seigneur DE LA ROQUE. (AD 30 : 2 E 14/258, cité par Claude-Annie GAIDAN, dans son livre sur les gentilshommes verriers du Gard). Le même auteur donne ensuite un acte du 24 mai 1546 où Michel BERTIN est verrier de la verrerie de "Pierrefiche, mandement de Goudargues" (arrentement pour un an par noble Gaspard AUDIBERT de Lussan).

Si nous remontons dans le temps, nous voyons que, le 4 avril 1464, noble Jean de BERTIN, du mas du Triadou, vend à son beau-frère noble Gaucelin DE CLUZEL (...). Cité par SAINT QUIRIN, dans son livre sur les verriers du Languedoc, p. 322. Et encore, p. 286 et 287 : "il y en avait un (four de verre) dans le bourg lui-même (Notre-Dame-de-Londres), l'autre plus au sud, à Cazarils. Les BERTIN y travaillèrent, après avoir quitté le Triadou (...) Nous avons nommé les BERTIN du Triadou ; ils y ont allumé leurs fourneaux de bonne heure, au Triadou même ou à Cazalis (Cazarils).

Ce Jean DE BERTIN s'est marié, le 9 novembre 1458, avec Marguerite DE CLAUSEL et est le père de trois enfants : Bérenger, Huguette (x Guillaume DU BEAULAC) et Antoine. Ce dernier est lui-même le père de deux enfants : Antoinette (x François de LA ROQUE) et Claude. Ce dernier (x Marguerite FABRE, le 12.05.1598) est père de deux enfants : Jean et Claude (capitaine). Celui-ci (x Jeanne de LA ROQUE, le 25.02.1629), gentilhomme verrier et capitaine, est le père de deux enfants : François DE LA PLANE et Claude, seigneur du Peyran. Leur noblesse a été maintenue par jugement du 23 juillet 1669 (Armorial de la noblesse du Languedoc, par Louis DE LA ROQUE).

E / Le Triadou en 1743.

Dans l'enquête parue en 1744 concernant les villes et paroisses du diocèse de Montpellier (en fait, sur l'année 1743), le Triadou est vraiment une toute petite commune puisqu'il n'y a que trois feux et que, en 1743, il n'y a eu "ni mariage, ni naissance, ni mort". Quant la description économique, ce n'est guère plus brillant : "Dans cette paroisse le climat est froid et humide, la terre légère, sablonneuse et ingrate, les garrigues qui sont la plus grande partie de la consistance de la paroisse ne portent presque que des mauvaises brousailles et un peu d'herbe."

La population du Triadou dans la première partie du 18ème siècle, d'après le prieur POUDEROUS

Jean POUDEROUS a été curé et prieur au Triadou entre 1739 et 1755 et il est mort le 13.12.1756. Il a rédigé une note (non datée) sur la situation de sa paroisse et sur l'état de l'église et de son mobilier. Il y a indiqué le nombre d'habitants à deux reprises. Il a noté une fois qu'il y avait 20 communiants, 4 familles et 11 enfants ; sur une autre feuille, son décompte est légèrement différent : 20 communiants, 4 familles et 10 enfants, soit un total de 30 personnes. Ce document qu'il faudrait arriver à dater est donc très important de par sa précision. Il faudra ensuite attendre le recensement de 1836 pour avoir un nouveau décompte précis. L'état établi par le prieur était certainement destiné aux agents de l'évêque, peut-être pour une visite effectuée sur place par celui-ci.

F / Le Triadou, en 1789-1790.

En 1789, le 19 avril, "les habitants de la communauté du Triadou, assemblés en la forme ordinaire au lieu accoutumé par le Sr PLAGNOL, Consul, a été dit que le Sr PEPIN et lui furent députés pour l'assemblée des trois états tenue à Montpellier le 16 mars dernier, qu'en effet y ayant assisté, ils demandent qu'il leur soit payé, conformément à l'ordonnance de Monseigneur l'Intendant la somme de cinquante livres à chacun pour neuf journées qu'ils ont chacun employé, tant en voyage qu'en séjour à Montpellier pour assister à ladite assemblée (...)"

En 1790, le 22 février, "les citoyens actifs de la commune du Triadou, assemblés au nombre de quatre dans la maison du sieur PLAGNOL, Consul, (...) le Sr PLAGNOL, Consul, a dit, Messieurs, l'Assemblée nationale par son décret de décembre dernier a supprimé et aboli les municipalités actuellement subsistantes et ordonné une nouvelle organisation de municipalités, c'est pour l'élection des membres qui doivent composer la votre que vous avez été convoqués, Messieurs, je vous prie donc d'y procéder et porter votre choix sur des sujets dignes de la confiance publique. Et de suite l'assemblée a nommé par scrutin le Sieur Jean EUZET, habitant dudit lieu, pour son président, et le Sieur François BALARD, pour son secrétaire, qui ont réuni tous les suffrages lesquels ces présents ont prêté le serment devant l'assemblée, leurs mains levées, à Dieu de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du Royaume, d'être fidèles à la nation, à la loi et au Roi."


2 / Le procès sur les censives du Triadou permet de mieux comprendre l'histoire de la commune, du XIIIe siècle au XVIIIe siècle

Grâce au procès des censives qui a opposé les EUZET au chapitre cathédral de Montpellier, au XVIIe et XVIIIe siècles, il est possible de mieux comprendre l'évolution de cette commune. Analyser les tenants et les aboutissants d'un tel procès présente de multiples intérêts. L'un d'eux est évidemment généalogique, dans la mesure où il met en scène des personnages et des familles sur plusieurs générations qui, sans cela, nous échapperaient en grande partie car toute autre archive a disparu, à cause des guerres et des destructions. C'est ici le cas des EUZET et de leurs alliés, dont certains membres apparaissent pour la première fois grâce aux mémoires des deux parties en présence. En plus, de telles pièces permettent de se faire une idée des mentalités et des moeurs de leur époque.

Autre intérêt, celui de mieux connaître les institutions religieuses, ici le Chapitre Saint Pierre, l'Evêché de Montpellier, l'église paroissiale de Saint Firmin de Montpellier, la confrérie de Saint Sébastien de Cassagnas, mais aussi les instruments juridiques, les directes, les fiefs, les hommages, les reconnaissances et tout ce qui constituait l'armature du système seigneurial.

Intérêt, bien sûr, pour mieux comprendre la géographie et l'histoire des lieux : le nombre et le nom des métairies, des terres et de leurs tenanciers, leur situation dans la paroisse, avec leurs "confronts" et, tout cela, pendant plus de quatre siècles et demi au moins, de 1266 à 1726.

Certes, ce bonheur propre à l'historien n'est pas parfait, d'abord parce que beaucoup de pièces restent encore à trouver et attendent, sagement classées, notamment dans les minutiers des notaires de la région. Ensuite, parce que nombre de ces pièces ont définitivement disparu et qu'il n'en reste que l'analyse ou l'interprétation par l'une ou l'autre des parties, ce qui laisse parfois dans l'expectative.

Néanmoins, cet exercice qui permet aussi de mieux comprendre les institutions judiciaires du Languedoc de l'Ancien Régime, est, finalement, une autre façon d'expliquer l'évolution d'une commune, ici Saint Sébastien de Cassagnas, c'est-à-dire le Triadou.

Nous disposons à ce jour de 7 documents représentant un volume de l'ordre de 200 pages :

- 16.09.1719 : "Ecritures. Pour le Syndic du Chapitre Saint Pierre de Montpellier. Contre Jean EUZET du Triadou et sieur David DUMAS"
- 24.11.1721 : "Sénéchal. Requête remonstrative. Pour le Syndic du Chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier. Contre Jean EUZET du lieu du Triadou."
- 23.05.1722 : Sénéchal. Requête remonstrative. Pour le syndic du Chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier. Contre Jean EUZET du Triadou."
- 23.05.1722 : "Inventaire des actes et produits que met et baille devant vous Monsieur le Sénéchal de Montpellier ou votre Lieutenant. Le Syndic du Chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier assigné défendeur et demandeur, contre Jean EUZET du lieu du Triadou et sieur David DUMAS, fermier des droits seigneuriaux dudit chapitre, demandeur et défendeur."
- 03.02.1723 : "Sénéchal. Sentence Le Triadou. Pour le Syndic du Chapitre cathedral Saint Pierre de Montpellier contre Jean EUZET du Triadou et Sieur David DUMAS."
- En 1726 : "Inventaire de production que met et baille devant vous très honorés Seigneurs messieurs tenant la souveraine Cour de Parlement de Toulouse."
- Non daté : "Le syndic du Chapitre Saint Pierre de Montpellier intime contre le sieur Jean EUZET appelant, et le sieur David DUMAS suppliant."
- 28.06.1726 : "Triadou. Copie d'écritures contre Messieurs du Chapitre pour EUZET et DUMAS."



Le mémoire de 1726 est le seul des EUZET à être conservé, alors que nous avons retrouvé cinq mémoires de la partie adverse, le chapitre cathédral de Montpellier. Aussi, même si les arguments de Jean EUZET sont repris dans ces mémoires (pour y être critiqués), il y a une disproportion qui nuit à l'analyse. Mais, même en leur absence, les arguments des deux parties sont déjà assez clairs, d'autant que nous avons pu retrouver une partie des pièces justificatives. Nous allons étudier ces arguments qui appuient et expliquent la sentence de 1723, en notant en "commentaires" nos observations. Les extraits des mémoires sont repris en bleu et les commentaires sont en noir. Seize points ont été relevés qui font l'objet d'autant de liens auxquels on peut se reporter ci-après.


Les points essentiels de l'argumentaire des parties, à partir de pièces justificatives qui vont de 1266 à 1683

1/ Les EUZET, seigneurs du Triadou
2/ Le mas du Triadou en 1266
3/ La directe de 1323
4/ La reconnaissance de 1332
5/ D'autres reconnaissances de 1332
6/ Les héritiers de Bringuier du Triadou, de 1346 à 1360
7/ Bernard EUZET, en 1368
8/ La directe sur le mas et les autres possessions
9/ Guillaume du Triadou, en 1380
10/ Mathieu EUZET, en 1442
11/ La situation, entre 1456 et 1523
12/ La donation de 1604
13/ Les reconnaissances de 1616 à 1618
14/ La transaction de 1637
15/ L'hommage de 1674
16/ Les actes de 1681 à 1683
17/ La conclusion de 1790


1/ Les EUZET, seigneurs du Triadou

Les parties sont ainsi désignées au début de la sentence : "Entre sieur Jean EUZET habitant et seigneur du lieu du Triadou, héritier substitué du sieur Jacques Euzet son père du même lieu, suppliant par requête du quinzième novembre 1702, en maintenue aux directes acquises par ses autheurs de Raymond Dagulhon dans ledit lieu du Triadou et ce nonobstant et sans s'arrêter aux reconnaissances qui peuvent avoir été faites au profit du chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier, aux defenses de en la possession desdites directes et perception des droits en dépendant, donner au suppliant aucun trouble ni empêchement sous les peines de droit aux dépens d'une part, et ledit syndic du chapitre Saint Pierre de Montpellier, assigné défendeur d'autre, (...)"

"Et entre sieur David DUMAS, fermier des droits seigneuriaux dudit chapitre Saint Pierre, demandeur par exploit du vingt septième février 1704 de que ledit Euzet soit condamné au payement de la censive annuelle et indivise d'un cestier huile et cinq sols que servent les biens qu'il jouit au terroir dudit lieu du Triadou, conjointement et sans division avec autres contenanciers des biens dépendants de l'ancienne métairie appelée du Triadou (...) et entre ledit DUMAS demandeur par autre exploit du septième novembre 1711 à ce que ledit sieur Jean Euzet soit condamné au payement de la censive de cinq pichers une fuilete et trois quarts de fuillette huile et onze deniers pour sa part de la censive annuelle et indivise d'un cestier huile et cinq sols (...)"


Commentaire. Sur le fond, Jean EUZET est annoncé comme "seigneur du lieu du Triadou" et non du mas du Triadou. Nous verrons que tout le procès se décline sur cette différence. Il y a une censive indivise et la question est de savoir si elle appartient à Jean EUZET ou au chapitre. Le texte est beaucoup plus complexe car il comprend de nombreux actes de procédure qui ne sont pas repris ici, en particulier pour tout ce qui concerne le paiement des arrérages de la censive qui n'était pas payée depuis plusieurs années et, de même, pour les références à des points de droit. Sur la forme, les cinq sols de la censive sont dits parfois "sols argent" et parfois "sols tournois". On écrit aussi bien "fuilete" que "fuillette" ou encore "feuillete" pour la même censive. Plus généralement, les mots sont souvent repris ici à la façon actuelle et des virgules ont été ajoutées pour aérer les phrases.

"Le seigneur au village : Il ne faut pas confondre le seigneur et le noble. Bien souvent le seigneur n'est qu'un gros paysan parmi d'autres. En effet, nimporte qui peut être seigneur. Il suffit pour cela d'acheter une seigneurie. Et il en existe de minuscules. C'est dire que le seigneur peut être un fermier, un prêtre, un noble, un marchand, une femme, un bourgeois. (...) Le monde seigneurial n'est pas figé, bien au contraire. L'ascension sociale peut être considérable. On voit des bourgeois devenir seigneurs, des paysans aussi, bien sûr, comme l'a si bien montré MOLIÈRE dans l'Ecole des femmes, acte 1, scène 1 (...) Il peut y avoir plusieurs seigneurs dans le même village. (...)" (extraits, p. 44 du dossier "Village, paroisse, seigneurie, du Moyen Âge à 1914", par Paul DELSALLE, dans le n 70 (novembre-décembre 2014) de la revue "Nos Ancêtres - Vie et métiers".



2/ Le mas du Triadou en 1266

Vu le "contrat de vente faite le troisième des nones d'avril 1266 par Jean et Guillaume DUMAS, père et fils à Pons du TRIADOU d'une pièce de terre située dans la paroisse de Saint Sabastien de Cassagnas, tenement appelé Capmal, reconnaissance faite le quatorzième des calendes de mai 1278 par Bernard, Jean et Estienne DUMAS à Bertrand AGULHON, sous la directe et seigneurie du mas de la Figuière et le mas de Cassagnas (...)"

Commentaire. Le mémoire du chapitre du 24 novembre 1721 utilise cet acte pour démontrer que le mas du Triadou existait, avec ce nom, dans la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas, bien avant que les TRIADOU ne deviennent les "seigneurs directe" à la place des AGULHON. Cette démonstration allait à l'encontre des arguments de Jean EUZET pour qui la paroisse prit progressivement le nom de Triadou, après le contrat de vente de la directe des AGULHON aux TRIADOU, c'est-à-dire en 1323. Ainsi, dans l'acte de 1266, il est indiqué : "Jean et Guillaume DUMAS vendent à Pons du TRIADOU une terre située dans la paroisse de Saint Sabastian de Cassagnas et qui confronte de trois parts l'honneur du mas du Triadou."

Le chapitre constate aussi que, en plus du Triadou, il y avait dans la paroisse d'autres mas, celui de Puech, celui de la Figuière et celui de Cassagnas, mas évoqués dans les actes de 1266 et 1278. Ce sont donc quatre mas différents situés dans la même paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas. Un autre acte, du 26 septembre 1328, voit Jean DESPUECH vendre à Jean ROUSSEL deux terres dans la paroisse de Cassagnas. La première est une vigne "appelée Capmal, près du mas du Triadou, l'autre terre au lieu appelé les Megas sous le lieu de Cassagnas". Le chapitre en conclut donc que le mas du Triadou ne peut être confondu ni avec la paroisse de Saint Sébastien de Cassagnas ni avec le mas de Cassagnas. Ce dernier existait encore en 1427 (2 E 64/291, notaire Jean DE MOSSON, de Sauve, aux AD 30 : photo n 10)


n 10

A noter un acte du 04.12.1267 qui se trouve dans le cartulaire de Maguelone (Reg. E, fol. 304 v., repris dans le tome III de la transcription faite par J. ROUQUETTE, p. 95) et qui est la reconnaissance à l'évêque de Maguelone des terres que possèdent les AGULHON de Montferrier dans les paroisses de Saint-Martin-de-Tréviers, Saint-Jean-de-Cuculles et Saint-Sébastien-de-Cassagnas (c'est-à-dire les trois terroirs qui feront l'objet des reconnaissances ultérieures des EUZET). Dans cet acte transcrit, l'auteur écrit le patronyme sous la forme francisée AGULLON et l'acte lui-même indique que sont parties à l'acte, Jean AGULLON, tuteur de Bertrand AGULLON, fils tous deux de feu Guillaume AGULLON, et Bernard AGULLON, de Montferrier.

3/ La directe de 1323

"Extrait d'autre contrat de vente des directes faite par Bringuier du TRIADOU de Raymond, Marie et Guillaumete AGULHON, en l'année 1323, (...)"

Commentaire. C'est l'acte principal de la démonstration de Jean EUZET, à savoir que c'est en 1323 que la directe des AGULHON est passée aux TRIADOU, lesquels l'ont ensuite transmise aux EUZET (au plus tard en 1368, c'est-à-dire 45 ans plus tard). Ce fait n'est pas contesté par le chapitre mais il estime que cette directe n'a rien à voir avec celle qu'il détient sur le mas du Triadou. Ainsi, dans le mémoire du 16 septembre 1719, il est dit : "Dans le prétendu contrat d'achat de l'année 1323, qui est le titre primordial, on y lit seulement que les héritiers de Bertrand AGULHON vendent à Béranger du TRIADOU tous les droits seigneuriaux qu'il a et doit avoir dans les paroisses de Saint Martin (sic) de Cassagnas et de Saint Jean de Coculles, de Saint Martin de Triviés et dans toute la vallée de Montferrant (...) Les hommages et les autres titres parlent de la même manière. Or, on ne saurait de là conclure que la directe sur l'ancien mas du Triadou et possession en dependantes aient été vendues ni qu'elle puisse appartenir audit EUZET sur le fondement de ces actes, attendu qu'il n'y en est fait aucune mention et que d'ailleurs il paroit des actes qu'avant ledit achat et avant tous les autres titres dudit EUZET, ledit ancien mas du Triadou avait été reconnu audit prieur de Saint Firmin."

"Et ce qui persuade que la directe du mas du Triadou est absolument différente de celle comprise dans les instruments que ledit Euzet a produits, c'est la différence des censives car ledit mas du Triadou a toujours fait un cetier d'huile payable au commencement du carême et cinq sols qui doivent être payés le jour de Pâques et, suivant lesdits instruments, la directe sur laquelle ledit EUZET prétend avoir droit ne produit que huit sols (?) argent qui doivent être payés le jour et fête Saint Michel".

400 ans exactement ont passé entre 1323 et 1723. C'est fascinant pour la durée mais nous voyons aussi toute la faiblesse de ces argumentaires basés sur des titres en papier ou en parchemin. Que les guerres ou les incendies détruisent ces titres, et le champ de la contestation est alors ouvert avec, éventuellement, la fabrication de fausses pièces (ce que prétend Jean Euzet pour celles de 1456 et de 1523) et les manoeuvres dolosives (ce que prétend aussi Jean EUZET à propos du notaire FAGES et des actes de 1681 à 1683). Nous comprenons mieux ainsi que les religionnaires des XVIe-XVIIe siècles ou les révolutionnaires du XVIIIe siècle se soient efforcés de brûler les titres qui, seuls, pouvaient faire foi.

4/ La reconnaissance de 1332

"Hommage du premier mai 1332 rendu par ledit Bringuier du TRIADOU à l'évêque de Maguelonne, comme comte de Montferrand à fief franc et honoré de l'entier et universel fief acquis des AGUILHONS, situé dans la paroisse de Saint Jean Cocules, Saint Sabastien de Cassagnas et Saint Martin de Trevies, (...)"

Commentaire. Cette pièce produite par Jean EUZET visait à démontrer que le chapitre n'était pas en cause dans la directe, ce à quoi le chapitre répondait que cette démonstration était sans intérêt puisqu'il ne s'agissait pas de la même directe. Le même raisonnement vaut pour les autres hommages à l'évêque de Montpellier, notamment celui de 1442, par Mathieu EUZET.

5/ D'autres reconnaissances de 1332

"Autre reconnaissance du même jour et an (01.05.1332) faite par Pierre du TRIADOU du mas du Triadou, paroisse de Cassagnas, au profit dudit Bringuier du TRIADOU".

"Autre reconnaissance du même jour (01.05.1332) par Raymond et Pons du TRIADOU du mas du Triadou, paroisse de Saint Sabastien de Cassagnas en faveur dudit Bringuier du TRIADOU (...)"


Commentaire. En l'absence des pièces, nous ne pouvons qu'interpréter ce qui est écrit ici. Les reconnaissances portent-elles sur le mas du Triadou ou bien l'expression "Pierre du TRIADOU du mas du Triadou" et "Raymond et Pons du TRIADOU du mas du Triadou" veut-elle dire simplement que Pierre, Raymond et Pons (du) TRIADOU habitaient au mas du Triadou ? Nous penchons pour cette deuxième hypothèse, comme nous l'expliquons plus bas, à propos de Bernard EUZET "du mas du Triadou". A noter que dans un autre acte, Pons du TRIADOU est indiqué comme étant le neveu de Raymond du TRIADOU.

6/ Les héritiers de Bringuier du TRIADOU, de 1346 à 1360

"Contrat de vente du vingt neuvième avril 1346, faite par Pierre CHRISTOL dit Gérard et Jean son fils à Pierre du TRIADOU, fils de feu Bringuier, d'une possession en la paroisse de Saint Sabastien de Cassagnas, lieu appelé les Devéz.

"Hommage du treizième juin 1352 rendu à l'évêque de Maguelonne par Guillaume du TRIADOU, fils à feu Bringuier.

"Contrat de vente du premier avril 1353, faite par Pierre BLAQUIERE de la paroisse de Viols, comme tuteur de Guillaume BOISSIER à Martin ROUSSEL d'un tenement de terres, contenant maison, aire, cour, parran et oliviers, situé dans la paroisse de Cassagnas.

"Acte du vingt sixieme mai 1355, à la suite dudit contrat de vente par lequel Sabastien du TRIADOU pour sa mère tutrice de ses enfants et de feu Guillaume du TRIADOU lez à ladite vente.

"Reconnaissance du sixième février 1360, faite par Marguis (?) de PUECH, fille de feu Pierre, en faveur des enfants de feu Guillaume du TRIADOU"


Commentaire. Ces actes montrent que Bringuier du TRIADOU a eu au moins deux fils (Pierre et Guillaume) et, probablement, un troisième, Sébastien. Ces mêmes actes montrent que Bringuier était déjà décédé en 1346 et Guillaume dès 1355.

7/ Bernard EUZET, en 1368

"Contrat de vente faite le troisième mai 1368 par Agnès, femme de Pierre CALMETTE à Bernard DEUZET du mas du Triadou"

Commentaire. La seule lecture du résumé a pu faire penser que ce contrat de vente concernait le mas du Triadou. Un argumentaire puisé dans un des mémoires du chapitre (celui du 24.11.1721) montre qu'il n'en est rien : "L'adversaire n'a pas produit le 15ème titre coté ZZ qu'on dit être la vente d'un jardin situé près la fontaine du lieu de Cassagnas, réservant la directe à Prose (sic) DESPRATS, femme de Bernard EUZET, laquelle directe lui est parvenue par la mort de Guillaume du TRIADOU, son premier mari, et de ses enfants." Plus loin, il est indiqué : "Suivant les deux contrats de vente du 3 mai 1368 et 20 octobre 1375 produits sous cote ZZ et (...) ledit Guillaume du TRIADOU qui avait succédé à Bringuier son père était pour lors décédé et c'était la raison pourquoi la directe était réservée à Rose DESPRATS, sa veuve, laquelle avait épousé en secondes noces Bernard EUZET."

Il faut croire qu'entre 1721 et 1723 le contrat de vente de 1368 a fini par être produit puisque le sénéchal l'a listé dans les pièces étudiées. Quoiqu'il en soit, même si le contrat de vente de 1375 n'est pas cité en 1723, le résumé ci-dessus, qui n'apparaît que dans le mémoire du 24 novembre 1721, montre clairement que l'acte du 3 mai 1368 ne concerne pas la vente du mas du Triadou mais celle d'un jardin, qui est dans la directe issue de Raymond AGULHON, puis Bringuier du TRIADOU, puis Guillaume du TRIADOU, puis Rose DESPRATS et, enfin, Bernard EUZET.

Comme Guillaume du TRIADOU était déjà décédé en 1355, cela veut dire que Bernard EUZET s'est marié avec Rose DESPRATS entre 1355 et 1368 et qu'il habitait au mas du Triadou en 1368. Pour autant, rien ne prouve qu'il possédait la totalité du mas. Nous savons que Mathieu Euzet, y habitait dès 1423 (voir
Saint-Gély-du-Fesc (suite 2))

Nous verrons que, dès 1456, la métairie était divisée entre trois familles mais c'était peut-être le cas dès 1368 ou même avant. Cependant, le mémoire du 24 novembre 1721 indique : "En 1456, Arnaud EUZET et, en 1520 et 1523, Pierre et Antoine EUZET, reconnurent une portion dudit mas du Triadou au chapitre et, quoique suivant ce qu'ils prétendent, ils eussent le droit de Bringuier et Guillaume du TRIADOU depuis 1368". Ainsi, nous pouvons penser que l'année 1368 est l'année-clé, celle où Bernard EUZET a dû épouser Rose DESPRATS, veuve de Guillaume du TRIADOU, et rentrer ainsi en possession de la directe.

Cette analyse concorde parfaitement avec une autre démonstration du chapitre qui affirme qu'aucun acte produit par Jean EUZET ne concerne le mas du Triadou, sauf à évoquer ce mas par les confronts ou les chemins y menant, comme l'indique l'extrait du même mémoire du 24 décembre 1721 repris au point suivant.

8/ La directe sur le mas et les autres possessions

"Vous êtes, Monsieur, supplié de faire attention que le différend des parties roule uniquement sur la seigneurie directe sur l'ancien mas du Triadou, laquelle chacune des parties prétend lui appartenir. Cependant les titres de l'adversaire ne disent pas un seul mot de cette directe, ils ne parlent que des possessions ou fiefs situés en général dans les paroisses de Coculles, de Saint Sabastian de Cassagnas et de Saint Martin de Trivies, et si on y trouve quelques fois le mas du Triadou ou les honneurs dudit mas, c'est qu'on les donne pour confrons aux possessions vendues ou reconnues, ce qui est une preuve invincible que ce sont des choses très différentes".

Cette explication cadre aussi avec le fait que les actes de 1332 et de 1368 n'ont pas été utilisés par le chapitre pour confirmer sa seigneurie sur le mas et c'est pour ces mêmes raisons que nous pouvons affirmer que les reconnaissances de 1332 de Pierre, Raymond et Pons du TRIADOU, en faveur de Bringuier du TRIADOU, ne concernent pas ce mas mais des actes relatifs à des membres de la famille du TRIADOU habitant le mas du Triadou.

9/ Guillaume du TRIADOU, en 1380

"Autre reconnaissance du dix septième juillet 1380, faite par Jean RAYMOND à Guillaume du TRIADOU (...)"

"Autre reconnaissance du même jour et an (17.07.1380), faite au profit dudit Guillaume du TRIADOU par autre Guillaume du TRIADOU, Jean DUMAS et Jean BANABREGOU (?), (...)"


Commentaire. Un des arguments secondaires du chapitre consistait à douter du décès de Guillaume du TRIADOU (marié à Rose DESPRATS), puisque les reconnaissances de 1380 montraient qu'il y avait toujours un Guillaume du TRIADOU vivant. Or, la deuxième reconnaissance montre qu'il y avait au moins deux Guillaume du TRIADOU en 1380. Rien n'empêche qu'il y ait eu un troisième Guillaume, décédé, le fils de Bringuier du TRIADOU. Nous avons vu, également, que Guillaume est un des prénoms les plus employés par cette famille. Le premier cité est de 1276.

Dans le minutier du notaire Claude LEBLANC, de la val de Montferrand (voir les références sur ce notaire pour l'année 1613 dans
Le Triadou (suite 4), une reconnaissance du 05 ou 25.12.1617 d'Antoine de LATOUR au profit de Jacques EUZET, du Triadou, et de Jean Euzet, du mas de Prax, présente beaucoup d'intérêt. D'abord, le premier item est une maison située au Triadou. Or, nous savons, d'après son testament, qu'Antoine de LATOUR habitait au mas du Triadou. De plus, parmi les reconnaissances antérieures qui sont citées, il y en a une du 17.07.1380, par Jean RAYMOND, Jean DUMAS, Guillaume du TRIADOU et Marquese, femme de Raymond du PRADZ (probablement de la famille de Rose DESPRATS) ; il y en a une autre en 1380, par Mathieu RICOME à feu autre Guillaume du TRIADOU, puis on remonte à Bringuier du TRIADOU, puis à AGULHON DE MONTFERRIER. Ainsi, non seulement, il y a clairement plusieurs Guillaume du TRIADOU mais de plus, il y avait encore, en 1380 des intérêts croisés entre les du TRIADOU et les DESPRATS ou du PRATZ. Enfin, si la maison indiquée est vraiment le mas du Triadou, cela veut dire qu'il était bien inclus dans la directe issue des AGULHON et non à part comme le disait le chapitre.


n 11



10/ Mathieu EUZET, en 1442

"Hommage rendu en 1442 au seigneur évêque de Maguelonne par Mathieu EUZET"

Commentaire. Mathieu EUZET est connu directement par trois actes. C'est d'abord le double contrat de mariage de 1423, au mas d'Euzet de Saint-Gély-du-Fesc ; il est alors désigné comme étant "du mas du Triadou", oncle paternel de Guillerme et Ermessinde EUZET (voir la traduction complète de cet acte dans
Saint-Gély-du-Fesc (suite 2)). C'est, ensuite, l'hommage de 1442 et c'est, enfin, son testament du 4 mai 1450 (voir la photo d'un extrait de ce testament en en-tête des EUZET de la garrigue (suite 3b).

Notre hypothèse est la suivante pour "le parcours" de Mathieu EUZET :
- il habite au mas du Triadou dès 1423, parce qu'il est l'héritier de Bernard EUZET.
- il abandonne tous ses droits sur le mas d'Euzet à Guillerme et Ermessinde EUZET, en 1423
- en contrepartie, il est bénéficiaire de 50 livres tournois
- il a dû utiliser cette somme en achetant les directes qui sont à Saint-Mathieu-de-Tréviers, Saint-Jean-de-Cuculles et Saint-Sébastien-de-Cassagnas (le Triadou) et qui font l'objet de l'hommage de 1442.
- ces directes ont été rappelées dans les reconnaissances féodales qui ont suivi, jusqu'en 1789. Voir ci-après les points 12, 13 et 14. Voir aussi la photo n 8 qui est un extrait de "l'aveu et dénombrement par les sieurs Pierre EUZET du mas de Prats et Jacques EUZET, procureur juridictionnel du Triadou" au seigneur évêque de Montpellier, le 08.05.1672 (un relevé de cet acte est dans la partie "références" des Le Triadou 1 (suite 4).
- dans les reconnaissances qui suivront 1442, la référence sera toujours faite à Mathieu EUZET, où à son fils Guillaume, qui a hérité de ces biens en 1450. Aucune référence ne sera faite à Bernard EUZET, ce qui montre bien que le mas du Triadou et ses dépendances est totalement indépendant des biens acquis par Mathieu. Pour autant, cela ne prouve pas que le chapitre avait raison. Il est probable que les titres correspondants ont été perdus dans les guerres civiles et que ni les EUZET ni le chapitre ne les possédaient plus.

La reconnaissance de 1442 reste à trouver. Dans les dossiers de l'évêché (G 1589, aux AD 34), nous avons trouvé les "usages et albergues" de la val de Montferrand pour les années 1258 et 1343. Le compoix de la val de Montferrand est, lui, de 1550-1554. Nous voyons, ainsi, que l'année 1442 semble correspondre à l'étape intermédiaire, pour le XVe siècle, l'ensemble des reconnaissances de la val de Montferrand se faisant, en gros, une fois tous les 100 ans. C'est aussi ce que nous démontre un mémoire "des pièces que le sieur AZEMAR doit reconnaître au Triadou". Ce mémoire existe dans les pièces relatives au procès des censives (G 1708, aux AD 34). Or, pour trois de ces pièces, le rappel des reconnaissances antérieures va dans le sens de notre démonstration. En effet, la première a été reconnue le 22 janvier 1442 par Jean BERTIN, du Triadou, la deuxième le 25 janvier 1442 par Martin de PRADES et la troisième le 29 janvier 1442 par Antoine et Guillaume de LATOUR, du Triadou. Tous ces actes ont été passés au profit de l'évêque Robert et reçus par maître DUFRENE, notaire. Les reconnaissances suivantes sont de 1509 ou 1510 reçues par maître BOUSQUET, notaire, pour l'évêque Guillaume. Ainsi, il est plus que probable que la reconnaissance de Mathieu EUZET se situe aussi au mois de janvier 1442 et que le notaire soit également maître DUFRENE.


n 12

11/ La situation, entre 1456 et 1523

"Extrait sommaire d'un levoir du cinquième avril 1456, des censives dues à Saint Firmin" (...)

"Extrait d'autre reconnaissance du troisième novembre audit an 1520 par noble Pierre BERTIN au prieur de Saint Martin (sic) de Montpellier, du quart de la métairie du Triadou, sous l'usage du quartal huile".

"Extrait sommaire de diverses reconnaissances faites en 1523, au profit dudit prieur de Saint Martin, collationné par maistre FAGES, notaire de cette ville".


Commentaire. Le chapitre démontre que la directe sur le mas du Triadou est établie sur des titres authentiques, de 1456, 1520, 1523, 1682, 1683, dans lesquelles les tenanciers reconnurent relever du prieur de Saint Firmin.

Le chapitre estime que, même si les reconnaissances produites par Jean EUZET contenaient des pièces dépendantes du mas du Triadou, il est de règle que, lorsqu'il y a deux seigneurs pour un même fief, on l'adjuge à celui qui produit le titre le plus ancien. Le chapitre a des reconnaissances de 1456 et de 1520 alors que Jean EUZET n'en a que de 1616-1617-1618.

Nous pouvons noter que, pour aucune de ces pièces, il n'y a de contestation concernant les personnes citées, les EUZET, les LA TOUR et les (de) BERTIN, ni sur leur filiation ou parenté respective.

La critique apportée par Jean EUZET sur la valeur de ces pièces est la suivante : la première (celle de 1456) n'est pas un vrai levoir, sans mention de paiement, sans nom de notaire, sans signature et surtout écrit en "françois", dans un style qui n'est ni du XVe ni du XVIe siècle ; les "mêmes défauts" valent pour les reconnaissances de 1523, avec en plus l'invraisemblance d'un délai aussi court entre 1520 et 1523. Autrement dit, il ne reste que les deux reconnaissances de 1520 mais qui "ne comprennent que les deux quarts de l'ancienne prétendue métairie du Triadou", sans en donner l'étendue et les limites. De plus, ces reconnaissances n'en "énoncent point d'antérieures".

Evidemment, l'intérêt de ces pièces, pour nous, est de donner le nom et la possession effective des divers tenanciers :

- en 1456 : les frères Guillaume et Antoine de LATOUR (la moitié du mas), les frères Arnaud et Jean EUZET (le quart du mas), Jean BERTIN (le quart du mas).

- en 1520 et 1523 : Déodat (ou Doudon ou Dieudonné) et Guillaume de LATOUR (la moitié du mas), Pierre (collégial de Saint Sauveur), Antoine (fils de Mathieu) et Antoine EUZET (fils de Pierre) (pour le quart du mas), Pierre BERTIN (le quart du mas). En fait, la reconnaissance concernant les de LATOUR n'a pas été apportée pour 1520.

La reconnaissance de 1520, datée du 29 octobre, se trouve dans le minutier du notaire Guillaume VITALIS, de Montpellier. Cette reconnaissance du quart du mas du Triadou avec ses dépendances est faite par le prêtre Pierre EUZET du collège Saint Sauveur de Montpellier et par ses neveux, Antoine EUZET (fils de Pierre) et Antoine (fils de Mathieu), le tout pour la valeur d'un cartal huile et de 15 deniers argent, ce qui correspond à la reconnaissance de 1456. Le bénéficiaire est le prieur de Saint Firmin, un chanoine de l'église cathédrale de Montpellier. La photo du début de cette reconnaissance se trouve ci-dessous.


n 13

12/ La donation de 1604

"Extrait de donation faite le dernier août 1604, par Jean EUZET, fils de François et Jacques EUZET, fils de Jean habitant du Triadou, en faveur de noble Antoine de LAURIER, de tous les droits et directes, lods, usages et autres droits seigneuriaux et arrerages d'iceux sur les habitants de Saint Jean de Coculles, receu et expédié par maistre COMTE, notaire de cette ville".

Commentaire. Cette donation camoufle un échange imposé par Antoine de LAURIER, comme le montre le mémoire de Jean EUZET, en 1726 : "Durant les guerres civiles du XVIe siècle, la plupart des titres de ce fief furent perdus mais en 1604 Jean EUZET, fils de François, et Jacques EUZET, fils de Jean, successeurs de Mathieu, en réunirent une bonne partie des mains de noble Antoine de LAURIER, seigneur de Valras et de Saint-Jean-de-Cuculles, qu'il avoit sauvés des mains des gens de guerre, et ils furent obligés pour les avoir de luy céder et donner tous les droits de directe, lods, usages, tasques et autres qu'ils avoient dans la paroisse de Saint-Jean-de-Cuculles, à l'exception des terres qu'ils possedoient en propriété."



13/ Les reconnaissances de 1616 à 1618

"Cahier de plusieurs reconnaissances faites en 1616, et années suivantes, au profit des auteurs de Pierre EUZET, du mas de Prats, et de Jacques EUZET, du Triadou."

Commentaire. Nulle part, dans la sentence ou dans les mémoires, on ne donne le nom du notaire de ces reconnaissances, alors que ces actes de 1616, 1617 et 1618 font partie des pièces essentielles de l'argumentaire de Jean EUZET et qu'il s'agit d'un notaire de la val de Montferrand, Claude LEBLANC. Il est vrai que ce notaire n'était pas du sérail puisqu'il venait du diocèse du Puy. N'étant pas mêlé aux affaires du chapitre ou de l'évêché de Montpellier, il pouvait avoir une vue plus objective aux yeux des EUZET. Ceux-ci en avaient bien besoin car ils n'avaient plus perçu leurs droits féodaux depuis 29 ans (voir l'accord avec ce notaire pour reconstituer leur terrier dans la partie références des
Le Triadou 1 (suite 4) Ces reconnaissances ont été produites au profit de Jacques EUZET du mas du Triadou et de Jean EUZET du mas de Prats. Les emphytéotes sont surtout Fulcrand VINCENT, Antoine de LATOUR et Antoine BOUGETTE. On peut noter la disparition complète des nobles verriers BERTIN. Par contre, les de LATOUR sont bien présents, notamment par l'intermédiaire des maris des demoiselles de LATOUR (voir le testament d'Antoine de LA TOUR dans la partie méthodes des Le Triadou 1 (suite 4). Ces reconnaissances concernent des terres qui se trouvent à Saint-Mathieu-de-Tréviers, Saint-Jean-de-Cuculles ou Saint-Sébastien-de-Cassagnas (le Triadou). Malheureusement, beaucoup de ces actes sont tâchés et donc en grande partie inutilisables. Certaines reconnaissances renvoient à celles conclues au bénéfice de Guillaume EUZET (fils de Mathieu et père de Jean et d'Arnaud), le 04.05.1450, par exemple, celle du 12.12.1618 faite par Jean JUSTIN (photo n 14)


n 14

14/ La transaction de 1637

"Extrait d'une transaction passée le deuxième juin 1637 par Jean EUZET jeune, et Pierre EUZET fils, et procureur d'autre Jean EUZET jeune, et Marcelin PLAGNOL, retenue par maistre MARTIN, notaire de Montpellier."

Commentaire. Cette transaction concerne les EUZET et Marcelin PLAGNOL, héritier de feu Jean PLAGNOL ou PLAIGNOL. L'acte du 20 juin 1637 (et non du 2 juin) rappelle la reconnaissance d'Antoine BOUGETTE du 14 février 1617, un acte d'achat d'un bien par Jean PLAGNOL, le 29 octobre 1617, auprès de Jacques et Anthoine BOUGETTE (père et fils), du Causse du Frouzet, et un bail par échange, au profit de Jean PLAGNOL, par Antoine de LATOUR, du 6 septembre 1618. Nous avons là un exemple de suivi des tenanciers d'une terre, au fil des ventes qui peuvent concerner les biens dépendant d'une directe. L'aveu et dénombrement du 08.05.1672 montre, a contrario toute la difficulté, voire l'impossibilité de ce suivi quand de nombreuses années se sont écoulées. Voir ce relevé de 1672 des biens des directes des Euzet dans la partie "références" des
Le Triadou 1 (suite 4) . Il apparaît clairement que les guerres civiles, surtout celles du XVIe-XVIIe siècles ont empêché les propriétaires de fiefs de faire ces opérations de suivi des mutations des terres leur appartenant (pour les Euzet depuis 1442).

15/ L'hommage de 1674

"Hommage rendu le septième juin 1674 au seigneur évêque de Montpellier, par sieur Jacques EUZET, tant en son nom que comme procureur fondé de sieur Pierre EUZET pour les directes qu'ils avaient au terroir de Saint Martin de Triviés, Saint Jean de Cuculles et le Triadou."

Commentaire. C'est peu de temps après cet hommage, le 16 décembre 1674, que Pierre EUZET, du mas de Pratz, fit donation de la moitié de la directe en faveur de l'évêque de Montpellier (voir
Saint-Jean-de-Cuculles). C'est donc par cet acte que l'évêque est devenu partie au procès des censives du Triadou.

Deux ans auparavant, le 8 mai 1672, l'aveu et dénombrement des directes des EUZET avait montré que pour plusieurs pièces, à Saint-Jean-de-Cuculles, Saint-Martin-de-Tréviès comme au Triadou, les tenanciers des parcelles étaient inconnus car il n'y avait plus eu de reconnaissances depuis longtemps (pour Saint-Jean-de-Cuculles, il est même indiqué qu'elles n'ont pas été reconnues depuis 200 ans : voir la transcription de ce texte dans la partie "références" des Le Triadou 1 (suite 4). Si l'on se souvient que les EUZET ont fait appel au notaire LEBLANC pour reconstituer leur terrier (en 1613), il est clair que même lui n'y est pas complètement arrivé. Si l'on ajoute encore les donations de 1604 et de 1674, on se rend compte que l'héritage issu de Mathieu Euzet depuis 1442 s'était réduit comme peau de chagrin. Si l'on ajoute à à cela le procès avec le chapitre et le poids des familles nombreuses (à partir du XVIe siècle), on comprend qu'il y eut un appauvrissement inéluctable jusqu'à la Révolution qui a supprimé définitivement les droits féodaux.

16/ Les actes de 1681 à 1683

"Extrait de transaction passée le vingt troisième juin 1681 entre M. DE PRADEL, évêque de Montpellier, tant en son fait que comme ayant droit de maistre Pierre EUZET, du mas de Prats, paroisse de Viols, et les députés du chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier, retenue par maistre MICHEL, notaire de Cournonterral." (on retrouve cet acte dans le minutier du notaire Antoine FAGES, de Montpellier : 2 E 95/1646, vue 408, du registre en ligne, sur le site des AD 34 ; on y voit que Bertrand LATOUR avait fait assigner en la cour du Parlement de Toulouse, à la fois l'évêque de Montpellier, son chapitre cathédral et les héritiers de Jacques EUZET, afin que soit réglé la question de la directe du Triadou ; il fallait, notamment, examiner les reconnaissances faites par le notaire Claude LEBLANC, de la val de Montferrand ; plus précisément, il s'agissait de trois reconnaissances faites à Jacques et Jean EUZET ; la première, le 04.03.1616, par Fulcrand VINCENS, mari d'Antoinette de LATOUR ; la deuxième, le 14.02.1617, par Antoine BOUGETTE, succédant à Gracie de LATOUR, sa femme ; la troisième, le 05.12.1618, par Antoine de LATOUR ; les biens immobiliers de ces trois reconnaissances sont précisément définis dans l'acte, avec leurs confronts)

"Acte du vingt cinquième dudit mois de juin dudit an (25.06.1681) par lequel, demoiselle Marguerite GEILLE (GELLIE ou GELY), veuve de sieur Jacques EUZET, du lieu de Cassagnas, autrement le Triadou, contenant approbation et acquiescement à ladite transaction dudit jour vingt troisième dudit mois de juin."

"Autre transaction passée le vingt huitième janvier 1682 entre le syndic dudit chapitre Saint Pierre et maistre Jean AZEMAR, avocat, Marcelin PLAGNOL, Bertrand LATOUR et Marguerite GEILLE (GELLIE), mère dudit Jean EUZET, retenue par ledit maistre FAGES, notaire."

"Déclaration faite le même jour, vingt huitième janvier 1682 par Monsieur DE BAUXHOSTES SAINTE COLOMBE, prévost et syndic dudit chapitre Saint Pierre, au profit desdits AZEMAR, LATOUR et GEILLE."

"Extrait d'acte du vingt huitième février 1682, par lequel sieur Bertrand LATOUR approuve et ratifie la transaction passée entre ledit chapitre et le sieur AZEMAR, avocat, Jean PLAGNOL, Guillaume BRESSON, faisant pour ledit LATOUR et ladite Marguerite GEILLE."

"Extrait d'une reconnaissance faite le onzième mai 1683 par ladite GEILLE, veuve et héritière fiduciaire de sieur Jacques EUZET, en faveur dudit chapitre Saint Pierre, de plusieurs maisons et pièces situées dans la paroisse et taillable du lieu du Triadou."

"Extrait d'autre reconnaissance faite ledit jour onzième mai 1683, au profit dudit chapitre Saint Pierre, par Marcelin et Jean PLAGNOL, père et fils, de plusieurs maisons et pièces situées dans la paroisse et taillable du Triadou."

"Autre reconnaissance faite le sixième août de la même année (06.08.1683, par sieur Bernard LATOUR, en faveur dudit chapitre Saint Pierre, des maisons et pièces de terre situées dans le lieu et terroir dudit Triadou."


Commentaire. Selon Jean EUZET, ces actes ont fait l'objet de manoeuvres dolosives par le chapitre : l'évêque de Montpellier, donataire de Jean EUZET (en fait, de Pierre EUZET, du mas de Prats), s'en rapporta à son procureur général, le notaire FAGES. Or, celui-ci était, en même temps, le secrétaire du chapitre. Il lui fut donc facile d'obtenir une transaction, le 23 juin 1681, "pour laquelle on fit departir en faveur du chapitre du droit que l'évêque pouvait avoir sur les pièces énoncées dans les reconnaissances de 1616, 1617 et 1618. Il extorqua alors facilement une autre transaction, le 25 juin 1681, avec Marguerite GELLIE, en lui faisant entendre qu'étant illettrée, car l'acte porte qu'elle ne sut signer, elle ne devait pas s'imaginer d'avoir plus de connaissance de son droit que Monsieur l'évêque (...) Ces actes sur lesquels le chapitre se fonde aujourd'hui et dans lesquels il fit donner à l'ancien prétendu mas du Triadou des confronts au dehors qui ne se trouvent dans aucun acte antérieur et qui englobaient dans sa prétendue directe presque toute la paroisse de Cassagnas lui furent d'un grand secours pour subjuguer les autres parties au procès, auxquelles ils importaient peu de relever de sa directe ou de celle de Jean EUZET. Ils consentirent donc une transaction par laquelle ils reconnurent la prétendue directe du chapitre."

Autre point de l'argumentaire de Jean EUZET sur le pouvoir de Marguerite GELLIE : il était limité, car elle n'était que l'héritière fiduciaire de Jacques EUZET et donc simple dépositaire de son hérédité.

La réfutation des actes de 1681-1682-1683 est evidemment essentielle pour Jean EUZET car ils infirment les actes précédents de 1616-1617-1618. Jean EUZET estime que pour la première transaction (celle avec l'évêque), l'expertise des lieux qui a été menée ne donne pas le nom des experts qui l'ont faite et n'a donc pas de valeur (le résultat est donné dans "Triadou 1" : les confronts du mas du Triadou). Pour la seconde transaction (celle avec Marguerite GELLIE), on voit "qu'elle ne se depart de son droit que parce que l'évêque en fait de même". Dans la troisième, ce sont les renonciations précédentes qui ont entraîné celles d'AZEMAR, PLAIGNOL et LATOUR. Enfin, le dol est prouvé par la déclaration privée du 28 janvier 1682, où l'on voit les avantages accordés par le chapitre (la moitié des arrérages des droits de censive et de lods) en faveur de Bertrand LATOUR, Marcelin PLAIGNOL et Marguerite GELLIE, et encore plus pour AZEMAR (la totalité des arrérages).

Jean EUZET a souligné que les prétentions du chapitre sont récentes : ce n'est qu'en 1666 que le chapitre prtendit que l'ancienne métairie du Triadou comprenait toute la paroisse du Triadou, "autrement dite de Cassaignas". C'est alors qu'il fit assigner "le sieur AZEMAR en nouvelle reconnoissance et payement des censives". Il fut rendu un arrêt en la Cour, le 15 mai 1668, qui ordonna "qu'avant dire droit, les parties seront plus amplement ouïes dans le mois dans lequel délai, le syndic du chapitre spécifierait plus suffisamment sa demande et désignerait les pièces par le local". Après quoi le sieur AZEMAR devait répondre et sinon des experts vérifieraient les lieux. Le syndic du chapitre préféra garder le silence jusqu'en 1681, année où il fit assigner ensemble AZEMAR, Bernard LATOUR et Marcelin PLAIGNOL en nouvelle reconnaissance de l'ancien mas du Triadou, en supposant toujours que ce mas comprenait l'entière paroisse et que la directe était indivise.

Bernard LATOUR (les rédacteurs des mémoires ont écrit parfois Bernard et parfois Bertrand) fit alors assigner l'évêque de Montpellier et Marguerite GELLIE (mère de Jean EUZET, veuve et héritière de Jacques EUZET), pour régler la question avec le chapitre. Le résultat de cette instance est inconnu, "les parties sont mortes et les papiers se sont perdus".

Le premier arrêt, celui du 15 mai 1668, a été rendu quelques mois avant la naissance de Jean EUZET (né le 22.10.1668) qui, après sa minorité, a engagé le procès qui s'est développé pendant la première partie du XVIIIe siècle. La sentence du sénéchal, dont les décisions principales sont reprises ci-dessous, est du 3 février 1723.

Sentence du Sénéchal (extrait)

"Faisant droit sur les demandes des parties, maintenu et maintenons ledit EUZET aux directes acquises par ses auteurs en 1323 de Bertrand et Raymond AGULHON, dans la paroisse de Saint Sabastien de Cassagnas, comme aussi maintenons le chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier en la directe de l'ancien mas du Triadou (...) condamnons ledit EUZET au payement des arrerages de cinq pichers une fuillette et trois quarts de fuillette huile et onze deniers tournois, pour la portion qu'il doit supporter de la censive d'un cetier huile et cinq sols tournois dûe au chapitre pour toute l'ancienne métairie du Triadou (...) sans préjudice audit DUMAS d'agir ainsi qu'il verra à faire contre les autres possesseurs de ladite métairie pour les autres portions de ladite censive (...) ordonné et ordonnons que par experts convenus devant ledit rapporteur, sinon par lui nommés d'office, sera procédé à la vérification des lieux contentieux sur les anciens titres qui leur seront remis par ledit EUZET et par le syndic du chapitre et par eux rapportés, si dans les reconnaissances faites le onzième mai 1683 par ladite GELLIE et par Marcelin et Jean PLAGNOL et autres au profit dudit chapitre, on y a compris des terres dépendant des directes acquises dudit AGULHON par les auteurs dudit EUZET (...)."



Commentaire. La sentence du 3 février 1723 maintient Jean EUZET en la possession des directes acquises en 1323 de Bertrand et Raymond D'AGULHON et le chapitre est pareillement maintenu en la directe de l'ancien mas du Triadou et ses anciennes dépendances ; il est aussi ordonné qu'il serait procédé à la vérification des lieux, à partir des titres des deux parties.

Jean EUZET relève appel de cette sentence.

En effet, il estime, notamment, que l'expertise préalable des lieux, sur place, est indispensable comme il l'avait déjà demandé, d'autant que "dans les pièces de 1456, de 1520 et de 1523, il n'y a pas de confronts, ce qui rend incertain ce prétendu mas du Triadou, dont le chapitre se prétend seigneur directe". La position du juge de 1668 était : l'expertise d'abord et le paiement après, alors que celui de 1723 dit aux EUZET : payez d'abord le chapitre et on verra ensuite si une expertise changera la décision et obligera à des reversements, mais sans pour autant exiger une expertise sur les lieux.

Le chapitre, dit Jean EUZET, "ne fait pas voir que le prieur de Saint Firmin, dont il prétend avoir le droit, ait jamais baillé à emphytéose un corps de métairie." Les confronts de l'ancien mas ne se trouvent dans aucun acte antérieur. Ceux indiqués par le chapitre sont les confronts de la paroisse de Cassagnas. La métairie du Triadou n'en était qu'une partie et le changement de nom de la paroisse ne doit pas être un argument pour donner à "l'ancienne métairie du Triadou les limites de l'ancienne paroisse". Enfin, même si l'arrêt de 1668 est prescrit, il reste juste "et la question étant toujours la même, il faudrait la décider de la même manière".

Nous notons que la question des confronts du mas du Triadou est assez étrange dans cette affaire. Les bâtiments du mas n'existent plus, semble-t-il, les documents produits ne disent rien sur les limites extérieures de ce mas, les expertises ne sont pas faites avant que le sénéchal ne se prononce et, si elles étaient faites sur les titres, comme il le demande, il n'y aurait aucune base solide pour appuyer la décision des experts. Nous sommes là devant une impasse qui explique, certainement, la position du sénéchal : les titres produits semblent montrer qu'il y a deux directes. Il les maintient, à charge pour les deux parties d'en faire expertiser les limites respectives. En ce sens, les trois reconnaissances de maisons et de terres du 11 mai et du 6 août 1683 devraient donner des indications précieuses sur la réalité des biens dépendant de l'ancien mas du Triadou.

17/ La conclusion de 1790

Le classement des biens privilégiés, le 5 juillet 1790, apporte la conclusion qui manquait à ce dossier. En effet, en plus des biens du prieur du Triadou (voir ci-dessus, au point C), sont énumérés les biens de l'évêque, du chapitre et des EUZET. Pour le premier, il s'agit de la demi directe donnée par Pierre EUZET du mas de Pratz, en 1674, et pour le second, c'est la preuve que le chapitre l'a emporté dans le procès fleuve contre les EUZET du Triadou. Pour autant, la déclaration de Jean EUZET montre, peut-être, qu'il y a eu un partage de la directe. Voici le relevé exhaustif des biens de ces trois protagonistes :

- Déclaration de M. l'évêque de Montpellier faite à la municipalité par le S. nouveau procureur fondé dudit Sieur Evêque le 26 février dernier.
Jouit le déclarant d'une directe dans le taillable du Triadou du produit annuel en censives, ou droits de lods de la somme de vingt livres.
La municipalité reconnoissant ladite déclaration juste, nous a chargé de la cotiser conformément, et y avons procédé, en conséquence nous estimons qu'elle doit supporter un sol cinq deniers d'allivrement

- Chapitre cathédral Saint Pierre de Montpellier
Jouit le chapitre cathédral de Montpellier dans le taillable dudit lieu du Triadou d'une directe de laquelle il n'a pas été fourni de déclaration. La municipalité nous a chargé de la cotiser sur la censive d'un sétier d'huile que nous estimons quarante quatre livres cinq sols. Et le droit de lods de la susdite directe à un revenu annuel de douze livres. Revenu annuel de la susdite directe : cinquante six livres cinq sols, que nous déclarons devoir supporter conformément aux revenus de pareille nature, quatre sols cinq deniers d'allivrement.

- Déclaration de Jean EUZET du Triadou faite à la municipalité le premier juillet courant
Jouit et possède le déclarant une directe située dans le territoire du Triadou paroisse St Sébastien de Cassagnas, consistant en censives et lods à raison du septième du prix. Censives vingt six sols un denier malgoriens qu'il estime valoir vingt deux livres. Les droits de lods douze livres année commune.
La municipalité reconnoissant que la déclaration des censives est juste, elle nous a chargé de la cotiser en conformité, mais que celle du droit de lods n'est point conforme au revenu annuel de la susdite directe, et à défaut par le déclarant de justifier de ses titres, nous les avons estimés sur la commune renommée à quarante livres. Déclare en outre que la susdite directe lui rapporte deux sétiers deux douzaines et demi avoine, que nous estimons à trois livres le sétier, six livres douze sols six deniers. Cinq douzaines orge, à quatre livres le sétier, une livre treize sols quatre deniers.
Total du revenu de la directe sur Jean EUZET : soixante dix livres cinq sols dix deniers, laquelle doit supporter cinq sols cinq deniers d'allivrement.


Ce rapport a été établi en deux exemplaires originaux par François BALARD (praticien, habitant de Saint-Martin-de-Londres, commissaire nommé par délibération de la communauté du Triadou du 17 juillet 1790) qui signe, le 25 juillet 1790, avec Joseph PLAGNOL (le maire), François PEPIN (officier municipal) et François MIRABEL (géomètre, habitant de Montbazin). Jean EUZET (notable) était également présent mais il n'a pas signé (probablement parce qu'il était juge et partie). BALARD précise qu'il a travaillé pendant quatre journées pour ces opérations (prestation de serment à Montpellier devant M. RECH, lieutenant du juge GAUTIER (ou GANTIER), voyage, confection du rapport, supplément au rôle des impositions de 1789).

Bien que la Déclaration de Jean EUZET n'évoque qu'une "directe située dans le territoire du Triadou paroisse St Sébastien de Cassagnas", on peut penser qu'elle concerne les biens situés surtout aux alentours, hérités de la directe des AGULHON puis des TRIADOU. Il n'en demeure pas moins qu'elle paraît faire double emploi avec celle qui est déclarée par le chapitre cathédral. Par ailleurs, les EUZET ont tenté de vendre leur directe, probablement parce que les charges devenaient trop lourdes, ainsi qu'on s'en aperçoit dans une lettre du 29.10.1783 :


n 15

Cette lettre se trouve dans le dossier de la famille EUZET du Triadou (1 E/1418, aux AD 34) sans qu'il soit indiqué à quel membre de la famille ce courrier est adressé. C'est forcément le titulaire du fief, Jean Jacques (génération 14 de la lignée, génération 13 de la branche du Triadou). PRALON est avocat et procureur à Montpellier et RIBEN est, certainement, Claude Marie RIBEN (fils), avocat en Parlement, feudiste de la ville de Montpellier. Les négociations paraissent engagées puisque PRALON souhaite s'entendre sur le prix et passer le contrat. A noter, aussi, que dans la liste des lieux qui sont repris dans la lettre, il est indiqué Valflaunes (ce qui n'est jamais indiqué auparavant) mais c'est peut-être une erreur de l'avocat. La vente s'est-elle réalisée ? Quand et avec quel notaire ? Les EUZET ont-ils gardé la partie qui concerne uniquement le Triadou (ce qui expliquerait la formulation de la déclaration de 1790) ?


Le compoix de 1684

C'est le 14.05.2014 que le compoix du Triadou mis en ligne récemment par les AD 34 est devenu lisible et exploitable. Dans sa version papier, il était depuis longtemps incommunicable ; cette mise en ligne est donc particulièrement précieuse. Il comprend 28 vues mais ce sont seulement 22 vues qui ont du texte. Les mentions en marge ou dans les articles vont jusqu'en 1786. On se trouve donc, probablement, devant le dernier compoix d'avant la Révolution. Douze "contribuables" sont indiqués, y compris "Les habitans du lieu" pour le patus. Voyons d'abord les déclarations des trois habitants de la paroisse, M. AUZEMAR, les hoirs (héritiers) de Jacques EUZET (celui-ci étant décédé le 28.08.1678, c'est sa veuve, Marguerite GELY qui est à la tête de la famille) et Marcelin PLAIGNOL (graphie de ce patronyme adoptée par le rédacteur initial du compoix alors que les mentions en marge sont avec la graphie PLAGNIOL). Regardons plus particulièrement le début de l'article 1 de chacun de leurs manifests. Pour AUZEMAR, il est dit à son article 1 : "une maizon tour pigeonnier escuries palieres courtz et cazals audit lieu" ; pour les EUZET, il est dit à l'article 1 : "Une maizon four estable paliere jasses et courtz audit lieu" ; pour Marcelin PLAGNIOL, il est dit à l'article 1 : "Une maizon four estable palieres court et passage" ; les trois maisons se confrontent. On a donc là les habitations de ce qui fut le mas du Triadou, du moins dans la partie déplacée puisque le paroisse d'origine était groupée autour de l'ancienne église, la clastre. De ces courtes descriptions, on retient surtout ce qui est dit dans le compoix du noble AUZEMAR, à savoir une "tour" et un "pigeonnier", c'est-à-dire justement les attributs de la noblesse. Cependant, il ne faut pas s'y tromper. Ces attributs ne sont pas une reconnaissance de la noblesse (récente) des AZEMAR/AUZEMAR. Cette marque vient de plus loin. En effet, il faut se souvenir que c'est François EUZET qui a vendu sa part du mas du Triadou à Jacques BRISSAC, le 27.08.1585 et que c'est ce dernier qui l'a revendue à un AUZEMAR le 10.07.1591. Il est donc probable que cette tour et ce pigeonnier faisaient partie des signes de noblesse des AGULHON (de Montferrier) qui étaient propriétaires du mas du Triadou jusqu'en 1323 (voir ci-dessus, le procès sur les censives du Triadou). Il est possible aussi que cette partie du mas était comprise dans la partie des (de) BERTIN, également nobles, alors que les LATOUR et les EUZET n'ont jamais été nobles. On peut, enfin, se demander si le patronyme de ces LATOUR (qui ont habité si longtemps au Triadou) ne vient pas justement de la présence de cette tour qui devait constituer un "marqueur" important du mas du Triadou.

Dans une analyse du compoix faite le 26.07.1774, signée par le consul PLAGNIOL et le greffier MAUMEJEAN (1 B 10957, aux AD 34), des explications sont apportées aux mesures utilisées dans ce compoix : "la contenance par le compoix porte par ceterée qui est de cent destres ; la demy ceterée - 50 destres et la carte (carton) - 25 destres, le destre - dix huit pans, le pan à neuf pouces deux lignes, le pied du Roy à 12 pouces" ; il est précisé que le compoix ne fait pas mention de niveaux bon, moyen et faible (pour la qualité des immeubles). Quant aux valeurs des biens, elles s'expriment en livre, sol, denier, maille (probablement un demi denier ou encore deux oboles) et obole.

En dehors des manifests d'AUZEMAR, EUZET, PLAGNIOL et des "habitans du lieu (pour les patus), il y a encore 8 manifests de : 1/ Le marquis de TOYRAS (5 articles), 2/ M. le SAINT ROMAN (24 articles), 3/ Jean VINCENS (3 articles), 4/ Barthélémy RICARD avec Jean TIOCH et les héritiers de Pierre CALAGES (1 article), 5/ Michel PERTRACH (1 article), 6/ Bernard DESFOURTZ (1 article), 7/ Bertran MONTELS (1 article), 8/ Jean TOURRIERES (1 article). Pour ces 8 déclarations, dans la plupart des cas, il est précisé que les biens décrits sont dans le "taillable" du Triadou, alors que pour les trois familles du Triadou, les actes des notaires ne manquent pas d'indiquer que les biens sont dans "le terroir et taillable" du Triadou. Ici, Jean VINCENS est du mas de Seseles (Cecelés), à Treviés, RICARD, TIOCH et les hoirs de Pierre CALAGES sont de Treviés, PERTRACH est du mas de Mouliere (Molière) nègre, DESFOUTZ (DESFOURS) est du mas de Cazarels, Bertran(d) MONTELS est de St Jean de Couqulles (Coculles) et Jean TOURRIERES des Matelles (pour son seul article, il s'agit d'une maison aux Matelles et il est précisé qu'il est "contribuable au taillable du Triadou" ; on se trouve donc en présence de contribuables qui payent la taille au Triadou mais pour des biens qui sont, non pas dans la paroisse mais dans son environnement proche.

(à compléter)

Compoix des hoirs de Jaques EUZET (f 7 et s)

Dans ce compoix, la numérotation est en continu ; l'article 36 est le n 1 des EUZET.

En marge : Mudat tout le present contrat sur Claude EUZET en vertu de son contrat de mariage reçu par Me Jean Jacques PRUNET notaire royal de Saint Martin de Londres le 16 juin 1727

Article 36 : Premièrement une maizon four estable paliere jasses et courtz audit lieu confronte du levant la carriere et Marcelin PLAIGNOL couchant monsieur AUZEMAR du vent droit ledit PLAIGNOL du marin le chemin public contenant de couvert soixante quatre canes deux pans et de courtz quarante deux canes quatre pans estimee onze sols

Article 37 : Item autre jasse et passage au dit lieu confronte du levant couchant et vent droit Marcelin PLAIGNOL du marin monsieur AUZEMARD contenant ladite jasse vingt et ledit passage vingt canes estimee un sol onze deniers - En marge : tient Louis ROUX en vertu du contrat du 31e may 1767 retenu MAUMEJEAN notaire des Matelles changé le même jour et an (dans ce contrat de vente, Jean Jacques EUZET vend à Louis ROUX, de Saint-Jean-de-Cuculles, ces immeubles pour un montant de 120 livres, à charge pour celui-ci de payer à sa place Antoine PEIROLLE, de Lauret, qui lui a vendu du bois ; à noter qu'en 1767, le notaire emploie le vocable "bergerie" au lieu de "jasse") - tient Joseph PLAGNIOL contrat M. BONFIL notaire à Montpellier le [en blanc] de 1786 avant l'imposition.

Article 38 : Item un champ et crus de fumié au devant de sa maizon confront de levant et marin monsieur AUZEMARD du vent droit le chemin contenant ledit champ une (?) cesterée deux cartons deux destres et le dit crus quatorze canes quatre pans estime un sol huit deniers maille

Article 39 : Item un champ au chemin des Matelles confronte du levant et couchant mr AUZEMARD vent droit Marcelin PLAIGNOL du marin ledit chemin des Matelles contenant deux cesterees et demi cinq destres estimees un sol dix deniers obole - En marge : tient Claude EUZET en vertu du contrat du 28e may 1767 retenu MAUMEJEAN notaire des Matelles change le 16e avril 1769 (dans ce contrat, Jean Jacques EUZET cède à Claude EUZET, son frère, cet immeuble ainsi que ceux des articles 40 et 41, pour un montant de 495 livres ; il s'agit de lui payer les droits de légitime paternelle et maternelle et aussi le legs testamentaire de leur soeur Catherine EUZET)

Article 40 : Item un champ dit champ dalpoux confronte du levant et marin le chemin des jardins du couchant le chemin du puits commun du vent droit mr AUZEMARD contenant une ceteree deux cartons quatre destres estime un sol quatre deniers obole - En marge : tient ledit Claude EUZET en verteu du susdit contrat changé ledit jour 16e avril 1769 (dans ce contrat, Jean Jacques EUZET cède à Claude EUZET, son frère, cet immeuble ainsi que ceux des articles 39 et 41, pour un montant de 495 livres ; il s'agit de lui payer les droits de légitime paternelle et maternelle et aussi le legs testamentaire de leur soeur Catherine EUZET)

Article 41 : Item un champ en terrouze confronte du levant la rivière du Boulidou du couchant et marin mr AUZEMARD du vent droit GRANIER de St Jean contenant une cesteree deux cartons dix destres estimé un sol deux deniers maille - En marge : tient Louis NEUTRE en verteu du contrat du 5 may 1767 reteneu MAUMEJEAN notaire des Matelles changé le même jour et an (dans ce contrat, Jean Jacques EUZET cède à Louis NEUTRE, de Saint-Jean-de-Cuculles, cet immeuble, ainsi que celui qui est à l'article 42, pour un montant de 550 livres (en fait Louis NEUTRE lui reverse 25 livres car la dette n'est que de 525 livres) ; Louis NEUTRE est le mari de Jeanne EUZET, sa soeur, et il s'agit de payer les droits de légitime paternelle et maternelle à Jeanne - cependant, dans le contrat du 28.05.1767, Jean Jacques EUZET cède à Claude EUZET, son frère, cet immeuble ainsi que ceux des articles 39 et 41, pour un montant de 495 livres ; il s'agit de lui payer les droits de légitime paternelle et maternelle et aussi le legs testamentaire de leur soeur Catherine EUZET : cet acte vient donc en contradiction avec la cession faite à Louis NEUTRE et, de plus, il n'est pas signalé au compoix)

Article 42 : Item un champ en terrouze confronte du levant et couchant Marcelin PLAIGNOL et le chemin de St Jean du vent droit ledit PLAIGNOL du marin mr AUZEMARD contient six cesterees vingt destres estimé quatre sols cinq deniers - En marge : tient ledit Louis NEUTRE comme dessus (dans ce contrat, Jean Jacques EUZET cède à Louis NEUTRE, de Saint-Jean-de-Cuculles, cet immeuble, ainsi que celui qui est à l'article 41, pour un montant de 550 livres (en fait Louis NEUTRE lui reverse 25 livres car la dette n'est que de 525 livres) ; Louis NEUTRE est le mari de Jeanne EUZET, sa soeur, et il s'agit de payer les droits de légitime paternelle et maternelle à Jeanne)

Article 43 : Item un champ en terrouze confronte du levant le pattus et de touttes les autres partz Marcelin PLAIGNOL contient une cesteree deux cartons dix destres compris un petit herme estime quatre deniers maille obole - En marge : tient Claude EUZET en vertu du contrat du 28e may 1767 retenu ledit MAUMEJEAN notaire changé le 25e aoust 1772

Article 44 : Item un camp et herme a las terrouzes appelle le camp negre confronte du levant et marin le sr AUZEMARD du couchant et vent droit Marcelin PLAIGNOL contenant ledit camp dix cesterees et ledit herme quinze destres estime a sept sols sept deniers - En marge : tient Laurens EUZET en verteu du contrat du 5e may 1767 reteneu MAUMEJEAN notaire des Matelles change le même jour et an - En marge : tient Jean ARNAUD en verteu du contrat du 20 aoust 1772 retenu me MAUMEJEAN notaire des Matelles changé le premier janvier 1774 (dans le contrat de vente du 20.08.1772, Laurent EUZET vend le camp negre pour un montant de 695 livres ; Jean ARNAUD lui paye tout de suite 395 livres et s'engage à rembourser les 300 livres restantes dans 3 ans avec un intérêt annuel de 5 % ; il est rappelé que ce champ et herme lui a été cédé par son frère Jean Jacques EUZET, le 05.05.1767, en payement de ses droits de légitime ; deux esperts sont désignés par les parties pour vérifier la contenance de l'immeuble vendu)

Article 45 : Item une ollivette as fanabregues confronte du marin mr AUZEMARD et de touttes les autres partz le debvois de montalet contenant quatre cesterees un carton cinq destres estime trois sols un denier - En marge : tient sr Jean PLAGNIOL en vertu du contract du 27e septembre 1772 reteneu ledit me MAUMEJEAN notaire change le 20e avril 1773 (dans le contrat du 27.09.1772, Jean Jacques EUZET vend cet immeuble à Jean PLAGNIOL mais ce n'est plus une olivette ; elle est alors dénommée : "terre vigne et herme y ayant dix pieds dolliviers autres fois ollivette" ; le prix est de 135 livres qui sert d'acompte à ce que Jean Jacques EUZET doit à Jean pLAGNIOL, en tant que donataire de son feu père, Claude EUZET)

Article 46 : Item une vigne et herme au chemin des Matelles confronte du levant mr AUZEMARD du couchant le chemin qui va de Montferran au moulin de la foux, du vent droit Marcelin PLAIGNOL du marin ledit chemin des Matelles contenant ladite vigne trois cesterees sept destres et lherme un carton quinze destres estime deux sols cinq deniers maille obole

Article 47 : Item une vigne et herme au chemin du moulin confronte du levant mr AUZEMARD du couchant le chemin de Montferran au moulin du vent droit Marcelin PLAIGNOL du marin autre chemin contenant ladite vigne deux cesterees deux cartons et ledit herme trois cartons quinze destres estimee deux sols quatre deniers quatre oboles

Article 48 : Item un champ dit lollivette de bertin confronte du levant et marin avec son debvois du couchant mr AUZEMARD du vent droit Marcelin PLAIGNOL contient deux cesterees un carton dix huit destres estimee un sol un denier obole

Article 49 : Item un champ et herme a las terrouzes confronte du levant couchant et vent droit avec soy mesme du marin Marcelin PLAIGNOL contient de dit champ sept cesterees deux cartons et ledit herme une cesteree trois cartons seitze destres estime six sols huit deniers obole - En marge : tient Louis ROUX en verteu du contract du 6e may 1767 reteneu MAUMEJEAN notaire des Mattelles changé le même jour et an

Article 50 : Item un champ en terrouze dit le grand champ confronte du levant soy mesme fosse entre deux du couchant mr AUZEMARD et Marcelin PLAIGNOL du vent droit ledit PLAIGNOL du marin ledit sr AUZEMARD fosse entre deux contient neuf cesterees deux cartons dix huit destres estime sept sols cinq deniers - En marge : tient Françoise MONTELS veuve de Jean EUZET en verteu du contract du 6e may 1767 reteneu MAUMEJEAN notaire des Matelles changé le même jour et an - En marge : tient Guiraud TONDUT de St Jean de Coculles en verteu du contract du 25e avril 1771 reteneu me MAUMEJEAN notaire des Mattelles changé le même jour et an (dans le contrat du 06.05.1767, Jean Jacques EUZET vend cette terre à Françoise MONTELS, sa tante, veuve de Jean EUZET et habitant Saint-Mathieu-de-Tréviers, pour un montant de 585 livres ; il lui donne aussi 300 livres en "bonnes espèces de cours", le tout en déduction d'un prêt de 1000 livres qu'il a contracté le 22.08.1763 chez le même notaire)

Article 51 : Item un champ au chemin des jardins dit le champ de latour confronte du levant et vent droit les deux chemins des jardins du couchant et marin Marcelin PLAIGNOL contenant quatre cesterees onze destres estime trois sols trois deniers obole - En marge : tient Etienne TONDUT en verteu du contrat du 6e may 1767 reteneu MAUMEJEAN notaire des Mattelles changé le même jour et an (dans ce contrat de vente, Jean Jacques EUZET vend à Etienne TONDUT, de Saint-Jean-de-Cuculles, cet immeuble, ainsi que celui qui est à l'article 54, pour un montant de 600 livres, à charge pour celui-ci de payer à sa place 400 livres (sur ces 600) à Jean AZEMAR, mari de Marieanne EUZET, sa soeur, conformément à ce qui est prévu dans leur contrat de mariage du 25.12.1760 - à noter le nom du champ qui fait référence soit à la famille LATOUR, du Triadou, soit à la tour du mas du Triadou et qui est signalée à l'article 1 du manifest d'AUZEMAR(D))

Article 52 : Item un jardin a las pouzaranques confronte du levant le cazal de las pouzanques et des autres trois partz mr AUZEMARD contenant quatorze destres estime deux deniers maille obole

Article 53 : Item un champ appelle de la riviere confronte du levant et marin avec ladite riviere et le chemin quy va a Tresvies du vent droit mr AUZEMARD du couchant Marcelin PLAIGNOL contenant deux cesterees un carton quinze destres estime un sol huit deniers maille

Article 54 : Item pred aux horts confronte du levant couchant et vent droit mr AUZEMARD du marin ledit sr AUZEMARD et Marcelin PLAIGNOL contenant trois cartons doutze destres et demy estime un sol neuf deniers - En marge : tient Estienne TONDUT par le même contrat que dessus changé le même jour et an (dans ce contrat de vente, Jean Jacques EUZET vend à Etienne TONDUT, de Saint-Jean-de-Cuculles, cet immeuble, ainsi que celui qui est à l'article 51, pour un montant de 600 livres, à charge pour celui-ci de payer à sa place 400 livres (sur ces 600) à Jean AZEMAR, mari de Marieanne EUZET, sa soeur, conformément à ce qui est prévu dans leur contrat de mariage du 25.12.1760)

Article 55 : Item un petit clos appelle das forches confronte de touttes partz les pattus contenant un carton deux destres estime deux deniers maille

Article 56 : Item une paliere aires champ et debvois tout joignant appelle le debvois des agneaux confronte du levant le chemin quy va du triadou a lesglize et a assas du couchant mr AUZEMARD du vent droit ledit chemin de lesglize du marin ledit sieur AUZEMARD contenant ladite paliere quatorze canes quatre pans ladite aire du cros joignant deux cartons ledit champ deux cesterees trante deux destres et ledit debvois cinq cesterees les trois estime trois sols onze deniers

Article 57 : Item champ et herme appelle le champ de la confrerie confronte du levant le chemin de lesglize du couchant le chemin dassas du vent droit les pattus du marin mr AUZEMARD contenant une cesteree trois cartons dix destres de terre ouverte (?) et trois cartons vingt destres dherme estime un sol un denier maille

Article 58 : Item un champ complanté d'olliviers et un herme joignant au tenement des mazes confronte du levant le chemin dassas du couchant et vent droit mr AUZEMARD du marin Marcelin PLAIGNOL contenant ledit champ quatre cesterees deux cartons deux destres et ledit herme deux cesterees un carton deux destres estime trois sols dix deniers obole

Article 59 : Item un champ et herme appelle le camp de lauziere confronte du levant couchant et vent droit mr AUZEMARD du marin soy mesme contenant ledit champ une cesteree et lherme une cesteree deux cartons dix neuf destres estime onze deniers maille obole

Article 60 : Item un champ et herme appelle le camp de lauziere confronte du levant la riviere du couchant et marin mr AUZEMARD du vent droit Marcelin PLAIGNOL contenant ledit champ deux cesterees et lherme trois cartons quinze destres estime six deniers maille obole

Article 61 : Item un debvois a las denezeve confronte du levant couchant et marin mr AUZEMARD du vent droit soy mesme et ledit sieur AUZEMARD contenant soixante six cesterees deux cartons quinze destres estime doutze sols cinq deniers maille obole

Article 62 : Item un champ et herme a malletaverne confronte du levant les pattus du couchant le chemin de Treviés a Montpelier de vent droit la carriere quy va a Cecelés du marin mr AUZEMARD contenant ledit champ sept cesterees et ledit herme cinq cesterees seitze destres estime deux sols deux deniers obole - En marge : tient Louis ROUX par ledit contrat dudit jour 6e may 1767 reteneu MAUMEJEAN notaire des Mattelles changé le même jour et an

Article 63 : Un debvois champ et vigne tout joignant appelle la rompude de daupin confronte le tout de levant avec le debvois de la Salade et les pattus couchant soy mesme mr AUZEMARD et Marcelin PLAIGNOL du vent droit du debvois de la Salade du marin le chemin quy va de treviés au moulin de la foux contenant ledit debvois huitante deux cesterees trois cartons ledit champ trois cesterees trois cartons et la vigne deux cesterees un carton dix huit destres estime dix sept sols cinq deniers maille

Article 64 : Item debvois appelle lou ribeirand la riviere du terrieu passant a travers confronte du levant et vent droit les debvois de la salade du couchant ladite riviere et les pattus du marin mr AUZEMARD contenant trante deux cesterees seitze destres estime six sols maille - En marge : tient ledit debvois Claude COLLET en vertû du contract du second 7bre 1772 reteneu me MAUMEJEAN notaire des Matelles changé le 13 avril 1773 (dans le contrat de vente du 02.09.1772, Jean Jacques EUZET vend à Claude COLLET ce devois qui a pour nom, en réalité, ribeiral ; à noter aussi que dans l'acte, le patronyme AUZEMARD du compoix devient AUZEMAR ; par cette vente qui se monte à 600 livres, le vendeur charge l'acheteur de payer diverses dettes qu'il a auprès de plusieurs personnes ; cependant, par acte du 18.10.1772, chez le même notaire, suite à une contestation sur le prix par Jean Jacques EUZET, un compromis est passé et Claude COLLET lui verse un supplément de 400 livres, suite à une médiation par des amis communs ; avec cette modification, ce second acte valide le premier dans ses autres modalités)

Article 65 : Item un debvois appelle tartigoux confronte du levant soy mesme pour le debvois quy a este de Ceselés du couchant mr AUZEMARD et les pattus du vent droit ledit sieur AUZEMARD et le bois des avens (?) du marin Marcelin PLAIGNOL contenant soixante une cesteree deux cartons dix destres estime a dix sols six deniers maille obole - En marge : tient sr Joseph VINCENT de Ceceles en vertû du contract du [laissé en blanc] retenû feu me MAUMEJAN notaire des Matelles changé le 1er avril 1776 avant l'imposition

Article 66 : Item autre debvois la aupres appelle tartigoux confronte du levant avec soy mesme pour le debvois quy ont este de ceselés du couchant avec les pattus du vent droit Marcelin PLAIGNOL du marin mr AUZEMARD et soy mesme et pour le susdit debvois quy a este de Ceseles contenant cent soixante cesterees dix destres estime une livre cinq sols dix deniers obole - En marge : tient Jean François PEPIN ledit debvois en vertû du contract du 6e 7bre 1772 reteneu me MAUMEJEAN notaire des Mattelles changé le 10 avril 1773 (dans le contrat de vente du 06.09.1772, Jean Jacques EUZET vend le devois à Jean François PEPIN pour le prix de 1000 livres ; il le charge de payer à sa place GRANIER (de Ferrières) à qui il doit cette somme, suite à une constitution de rente devant le notaire DESPIOCH, de Pompignan ; dans cet acte, les confronts sont un peu différents, ce qui montre l'évolution : de levant ledit EUZET pour son devois qua eté de Cecelés, du couchant avec les pattus, et de touttes autres parts mr DAUZEMAR ou ses representants"


3 / De la Révolution à nos jours, l'évolution de la commune du Triadou


A / Les archives anciennes de la commune

- Conseil général de l'Hérault, session d'août 1897 ; rapport de l'archiviste du département, Jos BERTHELÉ ; extraits mis en ligne dans la bibliothèque GeneaNet (consultation, le 09.02.2010)

p. 358 : "Au Triadou, les délibérations (à relier) ne commencent qu'en 1787 ; - les baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Sébastien de Cassagnas, dit le Triadou, forment trois articles : GG1 de 1665 à 1723 (ancien n 7) ; GG2 de 1692 à 1695 (ancien n 8) ; GG3 de 1686 à 1735 (ancien n 9). Ce dernier article contient en outre un "mémoire instructif" (de 12 pages), rédigé par le prieur du Triadou, Joseph CLAPARÈDE, en 1760, sur les terres de la dominicature, la confrérie de Saint-Sébastien, la chapelle de Notre-Dame fondée dans l'église paroissiale du Triadou, la directe du prieur du Triadou, la situation et les confronts du prieuré du Triadou, les bornes qui séparent la dixmerie du Triadou d'avec celle de prades et Saint-Sauveur du Pin (folios 16 à 21)."

p. 359 : "M. Calixte EUZET, maire du Triadou, possédait une quantité considérable de papiers et parchemins anciens, dont les uns ont été communiqués à feu M. CAUSSE, ancien prieur de Saint-Jean-de-Cuculles ; à la mort de ce dernier, ils ont disparu ; - les autres ont été entre les mains de M. MARTIN, ancien avoué à Montpellier."

- Conseil général de l'Hérault, session d'août 1901 ; rapport de l'archiviste du département, Jos BERTHELÉ ; extrait mis en ligne dans la bibliothèque GeneaNet (consultation, le 09.02.2010)

p. 243 : "M. Pierre MARTIN, propriétaire du mas de Cotte (près Montpellier) a bien voulu faire don aux Archives départementales d'un lot de documents des 17ème et 18ème siècles, concernant spécialement le Triadou et la famille EUZET."

Il est donc clair que les pièces que l'on trouve aux AD 34 en 1 E 1417, 1 E 1418 et 1 E 1419 sur la famille EUZET du Triadou, sont celles qui ont été remises par Pierre MARTIN, lequel les avait reçues de Calixte EUZET. Cette remise s'est faite entre août 1900 et août 1901. Certaines pièces de ces dossiers ont disparu (par exemple, dans 1 E 1417, la vente du mas de Pratz).



B/ Les maires, adjoints et officiers publics d'après les registre paroissiaux, un registre de délibérations communales et des annuaires de l'Hérault

- Constitution de la première municipalité après la Révolution, le 22.02.1790 : Joseph PLAGNIOL, maire (il était consul du Triadou) ; Jean François PEPIN, premier officier municipal ; Laurent BELLEVILLE, officier municipal (prêtre et prieur) ; Jean EUZET, premier notable ; Claude EUZET, second notable ; Antoine BALARD, procureur de la commune (chirurgien habitant Saint-Mathieu-de-Tréviers) ; François BALARD, secrétaire greffier de la municipalité (greffier habitant Saint-Martin-de-Londres).
- 31.05.1802, premier acte où l'on voit que le maire est Jean François PEPIN ; il reste maire jusqu'en 1835 : il l'est encore le 15 janvier mais il ne l'est plus le 14 septembre.
- 24.08.1804, Claude EUZET signe comme adjoint à la mairie, idem le 29.05.1810.
- En 1818 (Annuaire de l'Hérault de -) : maire : PEPIN ; adjoint : PLAGNIOL.
- En 1835, la nouvelle municipalité a Jean PLAGNIOL comme maire et Jean VIDAL comme adjoint.
- 16.10.1843, décès du maire en fonction, Jean PLAGNIOL.
- 31.12.1843, Jean François PEPIN signe comme maire ; il l'est encore le 09.02.1848.
- 11.04.1848, Jean Etienne PLAGNIOL signe comme maire ; il l'est encore le 11.07.1852.
- 25.12.1850, Jean VIDAL signe comme adjoint.
- 01.01.1853, Jean VIDAL signe comme maire ; il l'est encore le 31.12.1863.
- 07.11.1858 Jacques Bruno PEPIN signe comme adjoint (et d'autres fois, en 1860, 1862)
- En 1895 (Annuaire de l'Hérault de -) : maire Gabriel PEPIN ; adjoint : F. VIDAL ; conseillers : Gabriel PEPIN, Louis VIDAL, F. VIDAL, Antoine DURAND, Jean EUZET, Calixte EUZET, Joseph JOURDAN, Prosper CAIROCHE, P. EUZET ; secrétaire de mairie : J. SABATIER ; instituteur : J. SABATIER ; directrice des travaux à l'aiguille : Mme SABATIER ; curé DUPUIS.
- En 1902 (Annuaire de l'Hérault de -) : maire : GROS ; adjoint : JOURDAN ; conseillers : DARDENNE, DURAND, GROS, CAIROCHE, EUZET, JOURDAN, PEPIN ; secrétariat mairie : TRAGNIER ; curé : AZÉMAR ; principaux propriétaires : EUZET, PEPIN, PLAGNIOL.
(à suivre)


C/ La donation d'un terrain pour construire une nouvelle église, en 1853.

Acte notarié du notaire Pierre Augustin Joseph Fulcrand MAUMEJAN, des Matelles, le 16.10.1853 (f 447 de 2 E 47/115, aux AD 34) :

Jacques Bruno PEPIN, propriétaire foncier demeurant au Triadou, "déclare faire donation entre vifs à la commune du Triadou de deux ares à prendre sur une terre complantée de muriers située sur le territoire de la commune du Triadou près la place, portée au numéro 211 section A de la matrice cadastrale". Il est précisé que "cette donation est faite à la charge par la commune du Triadou de faire construire une église sur le terrain donné". Le maire, Jean VIDAL, accepte la donation sous réserve de l'approbation du Conseil municipal et de l'autorité supérieure. Il est aussi précisé, pour la fixation des droits d'enregistrement, que le terrain donné est d'un revenu annuel de deux francs. L'acte est passé dans la maison de Jean VIDAL, en présence de deux propriétaires fonciers du Triadou, Auguste PEPIN et Jean Jacques EUZET qui signent avec les parties.


D/ L'évolution jusqu'en 1936.

- Mémoires du pic Saint-Loup. Histoires, témoignages, recettes du canton des Matelles. Les presses du Languedoc/FLER, novembre 2000.
(p. 41-42) "(...) Le Triadou n'était qu'un mas dépendant de la paroisse de Cassagnas. Sur son territoire, face au pic Saint-Loup, se dressait fièrement une église champêtre, avec sa chapelle romane, son cloître et son presbytère. Ce prieuré, situé sur le site de Saint-Sébastien-de-Cassagnas, était bien plus connu sous le nom de "La Clastre", dérivé du latin claustrum désignant un cloître. Au XVIIe siècle, la noblesse de robe envahit les campagnes et se rendit maîtresse de toutes les anciennes seigneuries. Ainsi se créèrent les vieilles familles du Triadou, dont certains noms demeurent encore. A la Révolution, le presbytère fut vendu. Plus tard, en 1858, devant l'état de délabrement de l'église de La Clastre, les habitants du Triadou décidèrent d'en construire une nouvelle, au centre de leur village. C'est ainsi que cette construction préromane sombra lentement dans l'oubli. Il fallut attendre 1989 pour que le conseil municipal du Triadou décide d'entamer un important processus de réhabilitation. Il fallut pour cela reconstituer le patrimoine immobilier en rachetant les terres de l'ancienne localité de Saint-Sébastien-de-Cassagnas, ainsi que le cloître et le presbytère. Entre temps, une école fut bâtie en 1892. L'année 1912 vit la construction d'un puits communal. L'électrification fut opérée de 1923 à 1925, et de 1930 à 1936 on réalisa l'adduction d'eau courante. (...)" [à partir de brochures de présentation de la commune]


E/ Le prieuré en 2010.

- Article du Midi Libre du 01.08.2010 : "La messe dominicale a retrouvé le chemin de la Clastre".

"L'église du Triadou, qui avait fait l'objet de travaux en 2009, avec la rénovation de la toiture, la charpente puis de la porte d'entrée, est à nouveau en travaux, mais cette fois à l'intérieur : réfection des peintures, remplacement des ouvertures et des vitraux. La paroisse est donc privée de son église. Mais pour conserver la célébration mensuelle, le père Jean BARRAL a bien voulu que l'office soit célébré à la Clastre, dimanche dernier.
Le Triadou, à l'époque, n'était qu'un mas dépendant de la paroisse de Cassagnas, peuplée de petits éleveurs. D'où le nom de prieuré de la Clastre, appelé l'église Saint-Sébastien de Cassagnas, édifice pré-roman du XIIe siècle, à laquelle est accolé ce qui fut vraisemblablement le lieu de vie et d'activités des prieurs successifs (maison claustrale). Pour la première fois depuis plus de 150 années, un office religieux a donc été célébré dans ce lieu, témoin des origines de la commune du Triadou.
Cette église a fonctionné jusqu'en 1850, date à laquelle elle a été abandonnée en raison de son délabrement. Sa configuration actuelle résulte des travaux réalisés en 1990 pour conforter l'édifice et redonner une nouvelle vie à ces lieux, témoins du passé.
Tout au long de cette célébration, les pratiquants ont eu une pensée émue et respectueuse pour ces hommes et ces femmes qui, pendant des siècles, ont foulé ces lieux pour venir confier à Dieu leurs bonheurs, leurs peines et leurs espérances, se souvenant de tous ceux, riches ou pauvres, manants ou de haute lignée, qui pendant dix siècles ont été ensevelis tout autour de cette église, dans le cimetière qui a, lui, fonctionné jusqu'en 1950."



F/ L'église Saint-Sébastien en 2010

- Article du Midi Libre du 11.11.2010 :

"L'église de Saint-Sébastien du Triadou a revêtu ses plus beaux apparats. Après la réfection de la toiture en 2009, le conseil municipal a poursuivi son programme de rénovation en faisant procéder au remplacement des vitraux et à la peinture intérieure. De son côté, le conseil paroissial a financé la rénovation des marbres des autels et à l'acquisition des nouveaux bancs. C'est dans une église toute rénovée que fut célébrée, dernièrement par Monseigneur AZÉMA et le père BARRAL, la messe du dernier dimanche du mois. Une assistance importante a marqué cette cérémonie qui s'est terminée par un pot de l'amitié à la salle des fêtes où il a été remis à Thérèse RAUZIER, par Monseigneur AZÉMA, la médaille d'honneur du Triadou. La commune a souhaité remercier Thérèse par ce symbole, marque de sympathie et de reconnaissance pour avoir animé la vie du village pandant plus de cinquante ans en sonnant la cloche de l'église. Elle a rassemblé les habitants dans les moments de partage, les évènements heureux et douloureux." (voir la photo qui accompagne cet article dans
Le Triadou 1)

G/ Le Triadou en 2010



Le Triadou et le domaine de Restinclières
(plan paru dans "La Gazette de Montpellier")

Ce plan (transmis par Mme Chantal FÉDIÈRE) vient en appui d'une proposition de promenade (rubrique "Les balades" de la Gazette), dans le n 116, du 14 au 20.01.2010.

"A 20 km de Montpellier, au départ du village Le Triadou, deux balades sont proposées avec la découverte du Lirou, d'un pont roman et du parc de Restinclières. Du parking, délaissez le goudron et la piste se rendant au domaine du Haut-Lirou. Partez à gauche sur le chemin avec panneau mentionnant MOO2 (piste forestière DFCI).

1 Après diverses clôtures le long du chemin et une courbe à gauche, vous accédez au lit du Lirou au niveau de son confluent avec le ruisseau Yorgues. En cas de crue, il est impossible de passer par le pont submersible et il faut se rabattre sur le second circuit. Après ce pont, continuez par la piste montante. Sur la partie haute, vous vous rapprochez de la rocade LIEN.

2 Franchissez le pont pour continuer en passant devant des enclos puis sous la ligne à haute tension et arriver aux limites du domaine de Restinclières.

3 Juste avant une grande croisée de pistes, vous observez un balisage jaune de part et d'autre. Il s'agit d'un chemin de petite randonnée. Empruntez-le vers la droite. Ce sentier en "montagnes russes" va parfois dominer une large piste et accéder aux abords de la source du Lez. Vous découvrez un gué et des tables de pique-nique.

4 Une pause est ici possible avant de repartir à gauche par le chemin longeant un réservoir. Après 100 mètres, il faut aller à droite sur la piste bordée de vieux platanes. Vous longez un ancien canal jusqu'à une bifurcation avec, sur la droite, une ancienne bâtisse correspondant à la station de pompage abandonnée.

5 Prenez la piste montante de gauche qui, en moins de 10 minutes, vous mène jusqu'au niveau du château.

6 Prenez le temps d'apprécier les lieux, les aménagements récents et le jardin. En passant devant la façade sud, repartez ensuite à gauche, puis tout droit en observant une petite mare pédagogique.

7 Juste après, délaissez le chemin doté des plots métalliques verts (réseau départemental) partant à droite pour continuer tout droit. Vous longez quelques vignes. Au niveau de la bifurcation qui suit, continuez à gauche pour retrouver juste après le point 3. A partir de là, c'est le tronc commun de départ.

Vers le pont roman sur le Lirou

De votre voiture, continuez tout droit sur la piste goudronnée en longeant, sur la droite, de vastes espaces cultivés.

8 Après 750 m, prenez à droite le long chemin rectiligne partant en diagonale. En dix minutes, vous accédez à la rive gauche du Lirou.

9 Vous découvrez alors les deux arches restantes du vieux pont roman qui permettait d'enjamber le cours d'eau. Malgré l'arasement de la partie supérieure, il est possible d'y passer pour aller juste en amont admirer ce bel ouvrage de nos ancêtres. Retour par le même cheminement.

Article de Daniel ARAZO

Carte IGN 2742 ET Ganges.

Pratique
- Durée : parc de Restinclières : 2 h à 2 h 30, 8 km ; pont roman : 1 h pour 4 km.
- Niveau : facile. Le circuit de Restinclières risque d'être coupé au niveau du Lirou après de fortes pluies.
- Equipement : chaussures de rando recommandées.
- Pour y aller : prendre la route de Mende (D 17 ou LIEN). Peu avant Saint-Mathieu-de-Tréviers, partir à gauche vers Les Matelles (D 17 E 3) et, 1 km après, à gauche jusqu'au Triadou (D 113). A l'intersection, prendre à droite l'allée du Haut-Lirou. Après les maisons, enjamber le Yorgues et arriver en 250 m au niveau d'une patte-d'oie. Se garer à gauche, non loin du panneau MOO2.
)



4 / Méthodes de recherches


A) Le paradoxe apparent entre la division continue des propriétés, au fil des successions, et l'unité conservée de ces mêmes propriétés pendant des siècles.

Nous avons vu que le mas du Triadou avait plusieurs "propriétaires" en 1456 et en 1520, avec des divisions en quarts et en moitié entre les EUZET, les LATOUR et les BERTIN. La situation ne s'est pas simplifiée au XVIIe siècle puisqu'en 1683, il y avait encore plusieurs familles qui se partageaient le mas :

- Marguerite GELLY (ou GELLIE), veuve de Jacques EUZET
- Marcelin et Jean PLAGNIOL
- Bertrand LATOUR

Ainsi, en 1683, les BERTIN ont donc disparu et nous voyons apparaître les PLAGNIOL (ou PLAGNOL). C'est certainement pourquoi Jean EUZET, un des deux fils de Jacques EUZET et de Marguerite GELLIE, héritier universel qui mènera le procès des censives contre le Chapitre cathédral de Montpellier, épousera Etiennette PLAGNIOL (fille de Jean PLAGNIOL et d'Isabeau TIOCH) pour réunifier le patrimoine (Cm du 12.03.1693, notaire MARGOUET, de Montpellier, 2 E 55 196, f 93). Voir aussi ce qui est dit sur les AZEMAR, un peu plus bas.

Or, nous savons qu'à cette époque, le mas du Triadou n'existait plus, détruit probablement pendant les guerres de religion du XVIIe siècle. Cette continuation des divisions peut donc apparaître tout à fait paradoxale si nous oublions la véritable nature de la propriété de cette métairie. Dans un des dossiers du procès des censives du Triadou, les EUZET, PLAGNIOL et LATOUR sont appelés "emphytéotes". Si nous regardons la définition de ce terme dans le "Dictionnaire des Institutions de la France au XVIIe et XVIIIe siècles" par Marcel MARION, nous trouvons ceci : "L'emphytéose était un bail de très longue durée, ou même perpétuel, consenti sous condition d'une redevance annuelle : à défaut de cette redevance pendant 3 ans l'emphytéote, bénéficiaire de l'emphytéose, pouvait être évincé. Tout bail excédant 9 ans (pour les biens ruraux 27 ou 29, par les déclarations des 14.06.1764 et 13.08.1766) était réputé emphytéotique. L'emphytéose se faisait ordinairement pour une durée variant entre 20 et 99 ans."

Dans la citation ci-dessus, c'est nous qui avons souligné "ou même perpétuel", car il est évident que l'on se trouvait dans ce cas puisque l'emphytéose avait commencé en 1368 pour les EUZET. Nous en connaissons d'ailleurs le prix qui restait fixe. Ainsi par exemple, lors de l'analyse de la situation en 1683, il était indiqué :

- Marguerite GELLY : "censive de 6 pichets 1 feuillete et 3/4 de feuillete huile et 11 deniers"
- Marcelin et Jean PLAGNOL : "censive de 5 pichets huile et 10 deniers argent"
- Bertrand LATOUR : "censive de 4 feuilletes et 1/3 de feuillete huile et 3 deniers"

(cette situation reste à vérifier car un mémoire du 23 mai 1722 donne comme "tenanciers de l'ancien mas du Triadou", en 1682 : Jean AZEMAR, docteur et avocat, Marcelin PLAGNOL, Bertrand LATOUR et Marguerite GELLY ; la valeur globale de la rente du mas était "d'un cetier huile et cinq sols tournois")

Un article d'Elisabeth MAGNOU-NORTIER est particulièrement éclairant sur la signification juridique de ces situations. Intitulé "A propos de la villa et du manse dans les sources méridionales du haut Moyen Age". En voici quelques extraits :


"Nous avons cherché, à propos du manse, à répondre à trois questions essentielles : qui dispose de manses à cette époque ? Que donne-t-on, que vend-on en fait de manse ? Quel est celui qui visus est manere dans un manse ? La conclusion s'imposera d'elle-même."

"Partout où nous avons pu réunir assez de renseignements sur les possesseurs de manses, nous avons acquis la certitude qu'ils appartenaient à l'aristocratie locale. La réponse est donc identique à celle qui concernait sur ce point les villae. Rien que de très cohérent d'ailleurs puisque la villa contient les manses."

"Le mystère s'épaissit pourtant autour du manse quand on constate :"

"1) que le manse sert toujours d'unité de compte aux Xe et XIe siècles, comme au VIIIe ou IXe siècle. (...) Entre 996 et 1031, Ermengau donnait à Gellone dans le terminium de la villa d'Elzet terra valente uno manso, soigneusement délimitée. [c'est nous qui soulignons] Et cependant, la disparité des prix entre les manses quand ils font l'objet d'une vente (...) pourrait rendre incompréhensible qu'ils aient pu être considérés comme des unités de compte."

"2) deuxième difficulté : ceux qui sont supposés être les tenanciers d'un manse où ils vivent en disposent en toute propriété." (...)

"3) troisième difficulté : comme les villae, les manses ont connu les partages, mais des partages où ne figurent jamais celui qui, théoriquement, est le premier concerné par eux, le tenancier. Qui plus est, les parts sont telles qu'aucune tenure paysanne n'aurait résisté à de pareils traitements : on donne, par exemple, in tribus mansibus medietatem sexte partis, c'est-à-dire le 1/12e ; on donne la moitié de neuf manses ; une moitié de trois manses, trois apendaries et un vignoble. Les partages successoraux sont evidemment responsables de cette situation et nous en avons relevé d'excellents exemples. Mais alors que partage-t-on d'un manse puisque ce n'est point l'exploitation paysanne que l'on divise ?"

"La réponse est fournie par les sources elles-mêmes (...). Qui dit manse dit donc toujours rente, et non fonds ou tenure."

"Peut-on se faire une idée de ce qu'est le cens et les redevances d'un manse ? Partout où ces prélèvements ont fait l'objet d'un inventaire précis, en Nîmois, en Biterrois, en Rouergue, ils se décomposent en trois éléments distincts auxquels il convient d'en ajouter parfois un quatrième :"

"- un cens annuel fixe, payable en plusieurs termes, en argent et en nature. Ce sens inclut souvent l'albergue. Il concerne les manses ou encore la zone amasée d'un terroir."

"- un impôt proportionnel à la production des terres et vignes qui dépendent d'un manse : la tasque ou agrier, c'est-à-dire un décime, sur les terres et le quartum sur les vignes (en Narbonnais, Biterrois, Rouergue) ; ou encore le quartum sur les terres et les vignes (en Nîmois). Cet impôt concerne aussi les parcelles qui ne sont pas décomptées avec les manses."

"- un impôt proportionnel à l'usage de l'eau, des bois, des pâquis dit généralement decimum, qui semble concerner l'ensemble d'un terroir."

"- le quatrième élément est représenté par les corvées, mais celles-ci ne relèvent pas du même système fiscal bien que leur assiette soit toujours le manse. Elles s'apparentent à notre avis aux munera sordida antiques et concernent les terres fiscales et celles que nous appelons fiscalisées."

"L'universalité de ces prélèvements, leur régularité, les termes mêmes qui les désignent : census, decimum, agrarium, consuetudines, nous renvoient à la fiscalité romaine dont la fiscalité médiévale est pour nous la lointaine mais fidèle héritière." (...)

"Le meilleur commentaire que l'on puisse proposer de tous les actes comportant une transaction sur un manse et l'homme qui y réside s'inspire du régime de la tenure. Mais notre analyse la présente désormais non pas comme une exploitation paysanne, mais comme une gérance fiscale. Par elle, le pagesus se trouve être, dans les limites strictes de sa tenedo ou tenentia, l'homme de celui qui perçoit les revenus fiscaux ; et le statut des hommes donnés s'éclaire et se simplifie d'un coup. Par elle aussi, il a droit de prélever une rémunération qui représente son salaire et de jouir des avantages attachés à sa tenure. Ajouterais-je que j'ai acquis la certitude en dépouillant les sources biterroises, que tous les pagesi étaient membres de l'aristocratie ?"

"Par tout ce que l'on a pu apprendre sur les manses, il apparaît désormais clairement, pensons-nous, qu'il n'a jamais été une tenure paysanne. (...) Il s'avère que le manse a toujours été, comme la villa dont il est en quelque sorte un sous-multiple, à la fois un district et un revenu fiscal, cadre commode pour la perception de l'impôt foncier."

"Cela dit, des obscurités subsistent ou surgissent. On ne sait rien du rapport entre la valeur des biens globalement produits dans un manse et le poids du prélèvement fiscal puisqu'on ignore quelle est la part de l'impôt fixe, le cens. (...)."



Bien sûr, il n'est pas question de calquer la situation du Haut Moyen Age, décrite par l'auteur, à celle des XIVe, XVe, XVIe, XVIIe ou XVIIIe siècles mais les pistes de réflexion sont nombreuses. A noter, dans l'argumentation, la référence à un mas d'Elzet, entre 996 et 1031. La table des noms de personnes et des noms de lieux du cartulaire de Gellone signale effectivement "villa Elzed, 122 ; Elzeto, 212, 223, 224, 225. Ancienne paroisse, actuellement lieu-dit Les Condamines à Bélarga". Ces indications devront être reprises à partir du cartulaire lui-même.

B) Le croisement des données entre les sources imprimées (les articles des chercheurs dans les livres et les revues) et les sources manuscrites (minutes de notaires ou encore archives judiciaires et communales).

Les indications données par les procès trouvent d'autant plus de sens si nous pouvons les croiser avec d'autres sources. Ainsi, Anne BLANCHARD a décrit le rôle stratégique de la Val de Montferrand dans les années de guerre de religion, 1621-1622 et a expliqué l'origine des capitaines, dans un article intitulé "Monstres et revues de gens de guerre en Languedoc" :

Le capitaine de la compagnie de Valflaunès, le sieur de LA TOUR, a un profil un peu différent. Fils du plus gros propriétaire du Triadou, il avait vendu la plupart des terres familiales pour s'installer en ville. En 1618, il est "à présent Monsieur de Montpellier". C'est en réalité tout le monde paysan de la Val qu'il faudrait évoquer à propos de ces capitaines ruraux. Petits propriétaires fonciers, ils augmentent leurs activités en affermant souvent les terres ecclésiastiques ou celles des propriétaires bourgeois de la ville. Ces laboureurs dont certains savent signer de leur nom et qui s'intéressent de très près à la vie de leur communauté et en suivent tous les évènements, sont parfois aussi officiers seigneuriaux : juges, procureurs juridictionnels ou bayles. Comment ne seraient-ils pas heureux d'accéder également à un rôle militaire qui renforce leur position sociale et leur assure quelques revenus supplémentaires leur permettant le jour venu, de mieux "apaner" leurs filles et leurs cadets ?

En dehors de l'analyse saisissante de l'echelle sociale et en plus de mettre en lumière le rôle de l'un des possesseurs du mas du Triadou (de LA TOUR), les références notariales ou communales indiquées dans l'article devront être soigneusement visitées, pour multiplier les croisements de données et mieux comprendre ce qui s'est passé au Triadou et dans la région de Montferrand dans cette période troublée. Il est clair qu'avec la position géographique de cette commune, si près du château de Montferrand, non protégée (contrairement aux Matelles ou à Saint-Jean-de-Cuculles) et ayant un propriétaire qui était parmi les capitaines catholiques, tout cela n'a pas dû entraîner l'indulgence des troupes protestantes. C'est cette hypothèse qu'il faudra vérifier avec les sources indiquées dans l'article.

Anne BLANCHARD indique aussi : La plus importante des garnisons est celle du château de Montferrand. Juché sur une crête rocheuse et dominant le pays à l'entour, ce château médiéval offre un magnifique observatoire d'où l'on découvre l'horizon à plusieurs lieues à la ronde. Propriété épiscopale, il avait été occupé et mis à mal durant les guerres de religion du siècle précédent. Aussi, pour éviter le retour d'une telle catastrophe, 60 hommes y sont installés sous la direction du sieur de VALLAT. Seconde grosse garnison : celle de Grabels (...) Le gouverneur de la province et ses conseillers veulent prévenir le retour des saccages du siècle précédent et les possibilités d'affrontement dans cette zone. Grâce à ces précautions d'ailleurs, les réformés ne pourront jamais s'emparer de la val qu'ils devront contourner, en se saisissant et pour quelques mois seulement que de Grabels, à l'exclusion de toute autre localité de cette seigneurie."

Si nous nous reportons en plus aux minutes notariales, nous trouvons justement, au 21.12.1622, le testament d'Antoine de LA TOUR qui habite le mas du Triadou. Ce testament prouve d'abord que le mas du Triadou existait encore à la fin de l'année 1622. L'acte nous indique aussi les noms de six enfants du testataire : Jacques (l'héritier universel), Antoine, Jean 1, Jean 2, Antoinette et Gracie. La reconnaissance du 05.12.1617, en faveur de Jean EUZET du Triadou et de Jean EUZET, son cousin, du mas de Pratz, montre que Gracie est mariée avec Antoine BOUGETTE, qu'Antoinette est mariée avec Fulcrand VINCENS, cependant qu'il y a une autre demoiselle de LA TOUR, Gabrielle, mariée avec Marcelin PLAGNOL, tous du Triadou. Enfin, le testament donne le nom des témoins. Il y a notamment Jacques EUZET et Jean EUZET, du Triadou, le dernier étant "procureur juridictionnel en la val de Montferrand". La reconnaissance de 1617 concerne "18 articles", terres, vignes, maison, et montre donc que cette famille de LA TOUR restait encore fortement implantée au Triadou, en 1622. [ à noter qu'il y a quelques différences avec ce qui est indiqué plus bas, dans la partie références, pour l'aveu et reconnaissance du 8 mai 1672, à savoir l'année de la reconnaissance elle-même et le nombre d'articles. Sur le fond, c'est la même chose].


Au siècle précédent, Jean AZEMAR, du Triadou, avait joué un grand rôle, comme le rappelle le chanoine F.SAUREL dans son livre sur l'évêque de Montpellier : "Antoine SUBJET". Ainsi l'évêque dit à ses chanoines : "Avoir, dès le 4 janvier 1592, inféodé en franc fief noble suivant son pouvoir la Comté de la val de Montferrand, à M. Jehan AUZEMAR, docteur et advocat, son juge en sa temporalité, l'entière juridiction, moyenne et basse, et seigneurie du lieu, terroir et demeure du Triadou, en sa dite comté de Montferrand et tour, bien située, suivant ses appartenances et dependances, droits et actions qui lui permet competer et appartenir, à cause de sa dite comté ; comme lui estant chose inutile ni lui portant rente ni revenu aulcun (...) et demande au chapitre de vouloir ratifier le contrat pour sa validité" , ce qu'a fait le chapitre.

De Saint-Sébastien-de-Cassagnas au Triadou
Le morcellement du "manse"

Le morcellement du "manse" du Triadou

Les reconnaissances faites pour le mas du Triadou montrent le morcellement rapide de cette propriété. La situation n'est pas connue pour la période 1368-1456. A cause des "guerres civiles" et des destructions, il était déjà impossible, au tout début du XVIIe siècle, de connaître l'évolution du patrimoine avant 1456. Plus exactement, les titres étaient perdus.

La situation en 1456 :

- Guillaume et Antoine (de) LATOUR (frères) : la moitié
- Arnaud et Jean EUZET (frères) : le quart
- Jean BERTIN : le quart

La situation en 1520 :

- Déodat (ou Doudon ou Dieudonné) et Guillaume (de) LATOUR : la moitié
- Pierre (collégial de Saint Sauveur), Antoine (fils de Mathieu) et Antoine (fils de Pierre) EUZET ("tous trois oncle, neveux et cousins") : le quart
- Pierre BERTIN : le quart

Les DE LA TOUR ou DELATOUR ou LATOUR ou encore DELTOUR étaient, comme les TRIADOU, une des anciennes familles de la vallée de Montferrand puisque, dans le même acte du 12 juillet 1276, cité plus haut, il y avait Guillelmo DE TURRI et Petro DE TURRI, deux représentants sur onze, autant que les TRIADOU. Dans les actes de la "République de Montferrand", nous trouvons, en 1307, maître Guillaume DELTOUR ( de TURRE), notaire des Matelles et, en février 1469, c'est-à-dire en 1470, Guillaume DELTOUR, du Triadou. Quant aux BERTIN, il s'agit d'une famille noble de verriers (voir Triadou 1 suite 2). L'hypothèse que nous pouvons faire, sans trop de risques de nous tromper, c'est que les trois quarts du mas du Triadou étaient entre les mains de familles dont certains de leurs membres avaient dû épouser des filles EUZET qui avaient hérité d'une partie du mas.

Cependant, pour bien comprendre la situation, il faut rappeler que ces partages concernaient une division de "rente" et non un partage de "fonds" ou de "tenure". C'est ce qui explique la permanence de ces propriétés malgré les nombreuses successions aboutissant à un émiettement "fiscal" plus ou moins grand, ici en quarts et moitié, mais ne touchant pas aux limites et à la contenance de l'exploitation.



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Les lignées issues de l'Hérault

Le Triadou (1)

Le Triadou 1 (suite 1) : les conjoint(e)s.

Le Triadou 1 (suite 4): références et chronologie des actes.