Paléographie latine (2)



Le notaire Jean SABATIER
(notaire de Sauve, dans le Gard - AD 30)





A/ Une procuration (en 1447)

Premier extrait (1447).
Deuxième extrait (1447).
Troisième extrait (1447).
Quatrième extrait (1447).
Cinquième extrait (1447).
Sixième extrait (1447).
Septième extrait (1447).
Huitième extrait (1447).
Neuvième extrait (1447).


B/ Comparaison entre deux renonciations (en 1450)

Premier acte (1450).
Second acte (1450).



A/ Un acte de procuration (en 1447)

1er extrait



Alibi est ad plenum = développé(e) ailleurs

En marge du début d'un acte de procuration de 1447, cette formule vient en face des mots tituels qui sont résumés dans l'acte : "dicto domino Karolo etc." (le seigneur Charles dessusdit etc.), "noverint etc." (sachent etc.), "citra revocationem etc." (sans révocation etc.) ou encore "fecit suos procuratores etc." (a fait ses procureurs etc.). La seule abréviation est à la fin du mot "plenum" pour le m final. Alibi = dans un autre endroit et plenus, a, um = plein, entier, dans son intégrité.


2ème extrait



fecit suos procuratores etc. = a fait ses procureurs etc.

Les difficultés de lecture sont nombreuses. C'est d'abord le fait que les lignes sont proches les unes des autres et donc avec des jambages qui débordent sur la ligne du dessous ou du dessus. Ensuite, certaines lettres se ressemblent, comme le c et le t de "fecit". Enfin, les abréviations peuvent être sévères, surtout pour des titres comme ici "procuratores", avec le "pro" classique initial, suivi du "cu" qui a toujours ce c que l'on peut prendre pour un t, et une finale qui se résume en "res" surmontée d'un tilde qui signale l'abréviation entre le r et le s. A noter la différence entre le f initial de "fecit" (qui a une barre transversale) et le s initial de "suos" qui n'en a pas. Ce s initial est bien différent du s final que l'on voit dans "suos" et "procuratores" et qui ressemble à un b ouvert ou un r penché. Quant au "etc.", il faut bien mémoriser cette forme qui se retrouve plusieurs fois.


3ème extrait



nepti dicti constituentis = petite-fille dudit constituant

Le mot "nepti", de "neptis, is" (petite-fille) ne doit pas être confondu avec "nepos, otis" qui veut dire petit-fils mais aussi neveu. En l'occurence, le texte est clair car il est dit exactement : " Ludovice nepti dicti constituentis et filie dicti Guillelmi per mortem Hermengaudi Divitis Hominis condam mariti dicte Ludovice", c'est-à-dire Louise, petite-fille dudit constituant et fille dudit Guillaume, par la mort d'Hermengaud RIC(H)OME, jadis mari de ladite Louise. Comme le texte indique plus avant que Guillaume est le fils du constituant (Mathieu), on a donc les trois générations suivantes : Mathieu-Guillaume-Louise (mariée à Hermengaud). Sur l'extrait ci-dessus, on voit aussi sur la seconde ligne "mortem Hermengaudi", le m final du premier mot étant mis en abréviation marquée par le tilde au-dessus du e. Sur la première ligne, on remarque le i de "nepti" qui descend au niveau de la seconde ligne et l'abréviation classique "con", au début du mot "constituentis".


4ème extrait



++ et de predictis juribus, cessiones, transportus seu trabelleanicas curiis quibus eidem videbitur faciendi =
et sur les droits dessusdits, toutes cessions, transports ou privilèges trébellianiques par devant toutes cours qui lui sembleront bonnes

D'abord un mot inhabituel : "trabelleanicas", trébellianiques, fait allusion au sénatus-consulte trébellien, relatif aux successions. L'intéressée, Louise EUZET, étant devenue veuve, on comprend la référence juridique. Les droits dessusdits sont ceux de feu Hermengaud RICOME, mari de Louise. L'objectif est, évidemment, de récupérer ces droits. La double croix, au début de la première ligne renvoie au texte lui-même car il s'agit ici d'une note en bas de page. Quant à la graphie, elle n'est pas des plus difficiles sauf pour certaines lettres initiales ou finales. La plus coriace est certeinement le "pré" de "predictis" et on note aussi des terminaisons en S qui sont différentes : celle de "predictis", celle de "cessiones", celle de "transportus" ou encore celles de "trabelleanicas" et de "curiis".

5ème extrait



et generaliter = et généralement

Première remarque : bien distinguer les parties de lettres qui appartiennent à une autre ligne. Ici le jambage du S de la ligne du dessus touche le E de "et", cependant que le jambage du P de la ligne du dessus descend deux lignes au-dessous et touche la boucle du G de "generaliter". La lettre G ne doit pas être confondue avec l'abréviation initiale "con", telle qu'on la voit dans le 3ème extrait, par exemple, avec le mot constituentis. Dans ce 5ème extrait, c'est l'abréviation centrale du mot "generaliter" qui est la plus délicate, avec un E absent et un R dont la partie de droite "prend de la hauteur" et penche en arrière. Même chose à la fin du mot avec un E absent et un R qui "s'envole" de la même manière !

6ème extrait



et pro predictis omnibus transhigendum, computendum et concordandum cum quibuscumque personis recipiendum =
et pour tous les droits dessusdits, transiger, compter et passer accord avec toutes personnes, recevoir

Dans ce type d'acte, celui qui donne la procuration définit avec beaucoup de précision tous les droits du procureur. C'est donc une srie de termes convenus et de formules traditionnelles. Aussi, nous avons l'impression que le notaire a tendance à écrire d'une façon plus relâchée puisqu'il n'y a pas d'ambiguïtés sur les mots employés. C'est le cas pour "computendum" mais c'est surtout caractéristique pour les lettres finales de presque chacun des mots de cet extrait. A noter la forme classique de "cum" que l'on trouve aussi dans "quibuscumque", avec pour ce dernier mot la forme non moins classique de la terminaison "que".

7ème extrait



ad agendum comparendum etc; = à mener, comparaître etc.

On voit ici que le notaire ne cherche pas à varier la forme des lettres finales qui sont escamotées : le "um" d'"agendum" de cet extrait ressemble au "i" de "nepti" et au "is" de "constituentis" du trosième extrait, par exemple. Il faut donc interpréter en fonction du contexte et des prépositions (ici, "ad"). Quant aux 11 lettres de "comparendum", on voit qu'il n'en reste que 6. Le "m" a disparu, ce qui est indiqué par le tilde au-dessus du "c", le "p" légèrement barré signifie "par" et escamote donc "ar" et la finale ne garde du "dum" que le "d". Enfin, on retrouve "etc" dont la finale "c" ressemble d'ailleurs à "is" de "predictis" (6ème extrait) ou de "constituentis" (3ème extrait) !

8ème extrait



Et ita promisit = Et ainsi promit

A noter surtout, le "i" de "ita" et le "pro" de "promisit". Les lettres qui suivent ce "pro" abrégé sont donc "mi", ce qui correspond bien aux quatre jambages.

9ème extrait





A/ Transcription

Ligne n 1 : Vallete, Ludovicum Radulphi, Petrum Valdimi
Ligne n 2 : sapientes in jure, de Nemauso, et Guillelmum de Euseto,
Ligne n 3 : filium suum, dicte parrochie de Cassanhacio, absentes etc.
Ligne n 4 : scilicet specialiter et expresse dictum filium suum ad
Ligne n 5 : habendum, levandum et recuperandum certa jura perveni-
Ligne n 6 : -ta Ludovice de Euseto, nepti dicti constituentis
Ligne n 7 : et filie dicti Guillelmi per mortem Hermengaudi Divitis
Ligne n 8 : Hominis condam mariti dicte Ludovice in et
Ligne n 9 : super bonis que condam fuerunt dicti Hermengaudi ++

B/ Traduction

"(ligne 1) VALLETE, Louis RAOUX, Pierre VALDIMI, (ligne 2) savants en droit, de Nîmes, et Guillaume EUZET, (ligne 3) son fils, de la dite paroisse de Cassagnas, absents etc. ; (ligne 4) spécialement et expressément sondit fils pour (ligne 5) avoir, lever, et récupérer les droits certains échus (ligne 6) à Louise EUZET, petite-fille dudit constituant (ligne 7) et fille dudit Guillaume, par la mort d'Hermengaud RICOME, (ligne 8) jadis mari de ladite Louise, en et (ligne 9) sur les biens qui furent jadis audit Hermengaud ++"

C/ Observations

La traduction des noms propres est toujours délicate. Ainsi, avons nous finalement traduit Radulphi par RAOUX et non par RAOUL, compte tenu des patronymes que l'on trouve dans la région à cette époque. En fait, on pourrait aussi traduire par ROUX qui existe aussi dans cette partie du Languedoc mais c'est encore RAOUX qui semble être le plus courant quand les notaires commencent à écrire en français. Nous avons aussi consulté l'inventaire du fonds de "la commune clôture" de Montpellier, par les archivistes Maurice de DAINVILLE et Marcel GOURAN (tome 12, série EE des Archives municipales de Montpellier). Il apparaît que la situation est assez nuancée. En effet, on y trouve bien RAOUX pour Radulphi mais aussi RAOUX pour Ruffi, cependant que l'on y voit ROUX pour Rufus et Rufi. Par contre, nous n'avons pas encore trouvé de bonne traduction pour Valdimi. Quant au patronyme Divitis Hominis, il se traduit naturellement par RICHOME mais, dans la région, nous savons que la graphie qui est sortie "gagnante", dès le XVIe siècle, est RICOME et c'est donc celle-ci que nous avons retenue pour cet extrait. Au passage, nous voyons que toute la partie centrale du mot hominis est escamotée et qu'il reste seulement quatre lettres, hois, avec le tilde au-dessus qui signale l'abréviation. Une autre difficulté importante est la traduction de nepti qui pourrait se traduire par "nièce" si le contexte n'était pas précisé ici, puisqu'il est bien dit que Guillaume est le fils de Mathieu (le constituant) et que Louise est la fille de Guillaume. La bonne traduction est donc "petite-fille". Dernière observation : le patronyme Euseto = EUZET s'écrit avec un S, alors que les notaires des Matelles (dans l'Hérault) de cette époque écrivent Eureto avec un R, par un phénomène dit de "rotacisme". Par contre, cet acte est celui d'un notaire de Sauve (dans le Gard) où la prononciation devait être différente. A noter encore que ni les uns ni les autres n'écrivent Euzeto avec un Z, alors que la "forme gagnante" a tout de suite été EUZET, avec quelques variations qui n'ont été que temporaires et localisées.


B/ Comparaison entre deux actes de renonciation (en 1450)

Premier acte

- Transcription :

"Anno die et regnante quibus supra, supra dicta Anthonia Redderie, filia dicti Poncii Redderii uxorque Arnaudi de Euseto, major ut asseruit pater tresdecim annorum, minor viginti quinque, beneficio minorum etatis, renuncians etc. cum licentia dictorum Poncii Redderii et Arnaudi de Euseto, patris et mariti suorum etc. bona fide etc. heredi faciendo per dictum Poncium dominum patrem suum licet absenti etc. et michi notario infra scripto ut communi et publice persone etc. cetera alia bona paterna et fraterna cessit, quittavit, grippivit etc. concedens etc. divestiens etc. renuncians etc. legi Julie etc. juravit etc. Actum ubi supra, testibus quibus supra etc. et me Johanne Sabbaterii, notario etc.

- Traduction :

L'an, le jour et du règne que dessus, la susdite Anthonie REDIER, fille dudit Pons REDIER et épouse d'Arnaud EUZET, majeure de treize ans comme l'affirma le père mais mineure de vingt-cinq ans, renonçant etc. au bénéfice des mineurs d'âge, avec la licence desdits Pons REDIER et Arnaud EUZET, ses père et mari etc. de bonne foi etc., céda, acquitta et paya etc. tous les autres biens paternels, maternels et fraternels au futur héritier - bien qu'absent - dudit messire Pons REDIER, son père, et moi, notaire dessusdit en tant que personne commune et publique etc. Concédant etc. Se dévêtant etc. Renonçant etc. à la loi Jules etc., elle jura etc. Fait au lieu dessusdit, en présence des témoins que dessus et de moi, Jean SABATIER, notaire etc.

- Observations :

(à compléter)


Second acte (1ère partie)

- Transcription :

"Anno, die, loco et regnante quibus supra, Catherina, filia Poncii Redderii uxorque Johannis de Euseto, cum"

- Traduction :

L'an, le jour et du règne que dessus, Catherine, fille dudit Pons REDIER et épouse de Jean EUZET, avec

- Observations :

(à compléter)

Second acte (2ème partie)

- Transcription :

"licentia tamen etc. dictorum Poncii Redderii et Johannis de Euseto, patris et mariti suorum ibidem presentium etc. bona fide etc. dedit, donavit, cessit, quittavit etc. heredi faciendo per dictum Poncium Redderii, dominum patrem suum, licet absenti etc. et michi notario stipulanti etc. videlicet cetera alia bona paterna, materna et fraterna, dote tamen supra sibi constituta remanenda salva, divestiens etc. concedens etc. promitens etc. renuncians legi Julie etc. juravit etc. Actum ubi supra, testibus quibus supra et me, Johanne Sabbaterii, notario etc."

- Traduction :

la licence etc. desdits Pons REDIER et Jean EUZET, ses père et mari y présents etc. de bonne foi etc., donna, octroya, céda et acquitta etc. au futur héritier bien qu'absent - dudit messire Pons REDIER, son père et à moi, notaire, stipulant etc., tous les autres biens paternels, maternels et fraternels, sauf cependant la dot pour elle ci-dessus constituée. Se dévêtant etc. Concédant etc. Promettant etc., elle jura etc. Fait au lieu dessusdit, en présence des témoins que dessus et de moi, Jean SABATIER, notaire etc.

- Observations :

(à compléter)

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