La lignée des EUZET de Saint-Félix-de-Lodez et de Sète.
La branche de Sète (suite 3).


Une grande figure de Sète : Honoré EUZET

"Etre créatif nécessite d'avoir du temps, ainsi que le droit à l'errance maîtrisée et à l'erreur" (Nicolas GOMPEL et Benjamin PRUD'HOMME, Généticiens, dans un article du Monde - Science et Médecine, du 19.03.2012, intitulé : Dans les cuisines de la recherche.)

"Le pouvoir se trouve ici limité par le sens de l'histoire qu'une collectivité imprime, qu'un homme peut infléchir mais qu'il ne saurait bouleverser. Les décisions d'un maire en matière d'urbanisme marquent définitivement le paysage de la cité. La conscience de ce pouvoir sur le cadre de vie de ses concitoyens rend humble et prudent. Et plus les projets sont importants, plus le doute grandit, mais plus la détermination est forte car il y a ceux qui bâtissent et ceux qui attendent des jours meilleurs. Le pouvoir n'est conféré aux élus que pour qu'ils l'exercent pleinement et qu'ils en rendent compte. (...)" [Yves MARCHAND (maire de Sète de 1983 à 1996), pp. 148-149 de Sète appassionata, en février 1989]


Honoré EUZET, maire de la ville de Cette
(Le petit Méridional du 22.01.1927)
- dessin à partir de la photo parue dans Le guide de l'Hérault de 1904 -

La vie politique et la personnalité d'Honoré EUZET
(au travers de la presse
)


Ce fichier n'est ouvert que pour la partie 1863-1895 et comprend les extraits de presse qui constituent les pièces justificatives de l'article qui est paru en février 2017, dans le n 48 d'Etudes héraultaises, sous le titre : "La longue marche vers le pouvoir du futur maire de Sète, Honoré EUZET". La suite, qui couvre la période 1895-1931, restera cachée jusqu'au 2ème semestre 2018 environ, période probable de parution d'un nouvel article. Cependant, les mises à jour internes continueront d'tre indiquées dans le fichier "Nouveautés du mois".


1863-1869. 1870. 1871. 1872. 1873. 1874. 1875. 1876. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882. 1883. 1884. 1885. 1886. 1887. 1888. 1889. 1890. 1891. 1892. 1893. 1894. 1895. 1896. 1897. 1898. 1899. 1900. 1901. 1902. 1903. 1904. 1905. 1906. 1907. 1908. 1909. 1910. 1911. 1912. 1913. 1914. 1915. 1916. 1917. 1918. 1919. 1920. 1921. 1922. 1923. 1924. 1925. 1926. 1927. 1928. 1929. 1930. 1931. Notes. Analyses.



Abréviations :

PM : Le Petit Méridional
EC : L'Eclair
LC : Le Cettois
PC : Le Petit Cettois
NC : Le Nouveau Cettois
JC : Le Journal de Cette
LF : Le Frondeur
IM : L'Indépendant du Midi
JCM : Le Journal commercial et maritime de Cette
CM : La Croix Méridionale
MS : Le Midi Socialiste
EM : L'Express du Midi
AS : L'avenir Social
LL : Le Libéral
SC : Le Socialiste Cettois
LPSC : Le Petit Socialiste Cettois
LCS : La Concentration Socialiste
LRM : La République du Midi
LD : Le Docker

Abréviations :

AM : L'Avenir Maritime
MDM : Le Messager du Midi
IMCM : L'idée moderne et la chronique du Midi
PRC : Le Petit Républicain Cettois
PR : Le Petit Réveil (de l'Hérault)
MR : Le Midi Républicain
SC : Le Sémaphore de Cette
RAC : Le Radical Cettois
AG : L'Avant-Garde
REC : Le Réveil Cettois
IME : L'Information Méridionale
LVMR : La vie Montpelliéraine et régionale
LM : Le Midi
LT : Le Temps
LR : Le Rappel
























De 1863 à 1869

Dans les biographies (voir en notes), il est dit qu'il fut "Républicain sous le 2e Empire, secrétaire du Comité Jules SIMON aux élections législatives de 1868 et secrétaire du comité antiplébiscitaire du 8 mai 1870". Cependant, dans l'article reprenant son parcours politique lors de son décès, le PM écrit simplement qu'il était "entré très jeune dans la politique". On en devine un peu plus dans un article critique du même PM du 02.05.1884 : "En 1863, d'après ce qu'il dit, le citoyen EUZET était un des chefs de l'opposition : il avait alors 15 à 16 ans et peu de barbe. En 1871, retour du siège de Paris comme mobile, le parti radical l'eût comme adversaire. Jusqu'en 1877, par suite de cette contre-marche, il resta beaucoup dans l'ombre : il en sortit par la grâce de quelques admirateurs pour être opposé à la candidature LACAVA au conseil d'arrondissement. Il fut élu, malgré qu'il n'eût rien fait pour cela. 1878 le fit conseiller municipal ; il fut l'un des cinq hommes forts de la gauche de ce conseil. Battu avec les 13, il resta au conseil d'arrondissement, pour sortir trois ans après lors de sa veste au conseil général. On dit que secrètement il briguait la députation. Pourquoi pas !! Il dit Brûler sa dernière cartouche cette fois. Le citoyen EUZET à part sa collaboration aux journaux locaux républicains ou réactionnaires, a été un des fondateurs du Petit Républicain cettois. Sous le pseudonyme quidam il dit des amabilités à ceux qui furent des amis. Si l'élection lui réussit, EUZET sera de l'administration. On dit dans son entourage qu'il a commandé l'écharpe à Lyon. Il n'a pas la voix d'orateur mais se tient debout comme un I"

Dans son livre sur Sète la singulière, Louis-Bernard ROBITAILLE indique qu'avant les élections législatives de mai 1869, des réunions publiques sont organisées à Sète par le négociant FERNEAU, réunions qui attirent des foules, de par la présence de Jules SIMON, alors chef de file des républicains. Le même Jules SIMON obtient ainsi 4033 voix à Sète lors de ces élections législatives (contre 881 au candidat appuyé par le gouvernement). On peut donc penser que le Comité Jules SIMON évoqué plus haut était un comité créé ou installé à Sète (sous réserve de vérification, si c'est possible) et que c'est ce qui expliquerait le poste de secrétaire qu'aurait tenu sur place Honoré EUZET. De même, Louis-Bernard ROBITAILLE indique que pour le plébiscite du 08.05.1870, le Non atteint 2060 voix à Sète (contre 1565 Oui). Là-aussi, on peut penser que le comité antiplébiscitaire évoqué plus haut était celui de Sète, ce qui expliquerait également le poste de secrétaire qu'aurait assuré Honoré EUZET (compte tenu de ses opinions, bien sûr). En tout cas, en 1869 et en 1870, le reste du département vote en faveur de la politique de Napoléon III, alors que Sète débute son ancrage à gauche, sous la République.

1870

Comme toujours par la suite, c'est grâce aux élections que l'on peut évaluer l'action des différents protagonistes. Ainsi, en 1870, c'est la préparation des élections communales qui permet de savoir comment se situait Honoré EUZET avant le 4 septembre 1870. Cependant, ce n'est pas par la presse que l'on connaît la situation mais c'est grâce aux rapports journaliers que le commissaire central de police adresse au préfet de l'Hérault. A cet égard, les rapports du 29 et du 30.06.1870 sont particulièrement utiles car ils donnent les noms des 38 membres de la liste républicaine provisoire. Dans le rapport du 29, sont indiqués les 9 membres principaux : TRESFOND (agent d'affaires), ENJALBERT (courtier de commerce), AUSSENAC (cordonnier), GUIGNON (tailleur de pierres, conseiller d'arrondissement), CHARRAS Louis (boucher), ALMAYRAC (négociant, conseiller municipal - présenté par les républicains du café Divan), BERTRAND (ouvrier), PEYRUSSAN (médecin) et VALETTE (tailleur d'habits). Dans le rapport du 30, le haut de la liste comprend aussi les plus importants : FESNAU (négociant), PEYRET (conseiller municipal), JEANNIN (marchand tailleur), ROSSIGNOL (négociant), DURAND Modeste (boulanger), GRANIER (cafetier) ... C'est au 35ème rang que l'on trouve EUZET fils (négociant). Cette place à l'avant-avant-dernier rang s'explique certainement par son jeune àge (il a 24 ans) mais sa présence même indique qu'il est déjà bien connu comme républicain.

Ces rapports de police sont utiles, non seulement pour savoir qui se considérait républicain avant la chute de l'Empire mais aussi pour saisir l'ambiance, le climat qui régnait dans ces groupes. A titre d'exemple, voici le texte de la lettre du 30.06.1870 : "Le même nombre de républicains s'est réuni encore hier soir, toujours au sujet des élections prochaines. La liste des candidats y a été complétée, on y a même ajouté plusieurs autres noms. M. ALMAIRAC, négociant, assistait à cette réunion. TRESFONT lui ayant demandé s'il était républicain, il a répondu qu'il était aussi bon démocrate que qui que ce soit, que du reste il n'était pas venu là pour faire sa profession de foi politique, mais pour dire seulement que s'il est réélu conseiller municipal il saura faire son devoir. M. ALMAIRAC a été accepté. FESNEAU a fait l'éloge de M. PEYRET, autre conseiller municipal, en disant qu'il est républicain, que la forme de ce gouvernement lui convient et qu'il le désire. Il a été lui-aussi accepté. ENJALBERT a pris ensuite la parole et a dit : "On nous accuse d'être partageux, nous ne le sommes pas, seulement nous demanderons compte aux millionnaires l'origine de leurs fortunes et nous nous enquerrons comment elles ont été acquises. Nous n'en voudrons pas aux gens qui ont gagné un avoir à la sueur de leur front au contraire, nous les défendrons s'ils étaient attaqués, mais quant aux autres ...". Une discussion s'est ensuite engagée entre quelques membres du comité et JEANNIN, un tailleur qui voulait absolument faire partie de la liste. Le tapage était à son comble lorsque ENJALBERT a pris de nouveau la parole et a dit qu'il ne comprenait pas cette discussion alors que tout le monde est ici d'accord pour vouloir la République. Il a ajouté qu'il faut se hâter car les monarchistes ont leur liste prête et savent comment doit avoir lieu le vote. FESNEAU a entretenu l'auditoire assez longuement sur le socialisme ; ENJALBERT est revenu à parler des monarchistes qu'il a comparés aux socialistes mais à l'avantage de ces derniers (...) La séance s'est terminée aux cris de Vive la répunlique démocratique et sociale." On devine dans de tels rapports les futurs clivages entre les républicains modérés, les républicains radicaux et les républicains socialistes. Clivages pour les idées et rivalités de personnes pour arriver au pouvoir. On voit là, également, les débuts de certains qui vont sortir du lot (Benjamin PEYRET, par exemple). Et puis, on se dit qu'Honoré EUZET a assisté à ces joutes oratoires et qu'il a pu se former auprès des anciens, y compris ceux qui avaient vécu la république de 1848.

1871

Le PM du 02.05.1884, qui critique alors Honoré EUZET, donne sur lui cette information que l'on ne retrouve pas ailleurs : "En 1871, retour du siège de Paris comme mobile, le parti radical l'eût comme adversaire. Jusqu'en 1877, par suite de cette contre-marche, il resta beaucoup dans l'ombre.".

1872
Il est membre du Conseil municipal, de mai à décembre

Suite aux scrutins des 28.04.1872 et 05.05.1872, il est élu conseiller municipal. Il est installé dans la séance du conseil du 24.05.1872. Sont installés avec lui : AUDEMAR, FRAISSE, SIMONNET, VÉ.ROLY, THOMAS, GINOUVÈS et DIDIER, cependant que FABRE Antoine, également nouvel élu, est absent. Dans cette même séance, le maire fait procéder à la répartition des conseillers municipaux dans les commissions. Honoré EUZET devient membre de la commission des finances ainsi que de la commission du contentieux (registre des délibérations communales).

Le compte rendu du 12.08.1872 fait ressortir une hésitation sur une proposition : "Le conseil rappelle qu'une proposition a été faite pour un projet de célébration de la fête du 4 septembre. (la proclamation de la République, le 04.09.1870) Il est surpris que cette affaire ne figure pas à l'ordre du jour de la séance et ne soit pas soumise au conseil pour en délibérer. Le conseil demande en conséquence que la question de cette fête soit portée à l'ordre du jour de la prochaine séance." (registre des délibérations communales). La suite permet de comprendre.

En effet, au conseil du 13.08.1872, Honoré EUZET lit la proposition suivante : "L'homme se comptant dans ses oeuvres et aime à voir s'élever par son travail ou par ses sens des objets qui lui survivent. Considérant que l'usage veut que les peuples consacrent par l'érection de monuments les grandes dates historiques ; considérant que cet usage est digne de tous nos respects car il a pour but de rappeler aux générations futures, soit les progrès accomplis soit les malheurs survenus, les engageant ainsi à pousuivre les uns, les prévenant contre les autres ; considérant que la date du 4 septembre 1870 rappelle il est vrai des malheurs inouïs dans l'histoire des peuples, mais encore la chute d'un tyran détesté et la conquête de notre liberté ; considérant qu'il est utile qu'un monument consacre à jamais la révolution du 4 septembre, le conseil décide qu'un arbre de la liberté sera planté sur la place de la Mairie. Le conseil s'engage, en outre, à faire remplacer le dit arbre de la liberté par une colonne commémorative aussitôt que faire se pourra. Le dit arbre de la liberté sera planté le 4 septembre 1872 à 10 heures du matin. La cérémonie sera présidée par la municipalité de Cette et tous les citoyens seront invités à y assister. Cette, le 13 août 1872. Signé H. EUZET". A la suite, le conseil municipal s'associe à cette idée patriotique et décide de nommer une commission spéciale qui sera chargée d'étudier et de préparer un programme pour cette fête. La composition de la commission est la suivante : MM. SALELLES, MOULINIER, CAZALIS HERVÉ, LAPEYSSONNIE et VAILLARD. Il est enfin indiqué que cette commission devra être convoquée pour le 17 août, à 20 H 30. (registre des délibérations communales).

A partir de cette date, il est noté parmi les absents à chacune des séances du conseil municipal. Cependant, le 17.10.1872, on apprend que "M. EUZET ayant offert sa démission de membre du conseil municipal, le conseil décide qu'une commission de quatre membres sera chargée de faire une demande auprès de M. EUZET à l'effet de l'engager à reprendre ses fonctions." (registre des délibérations communales).

En fait, tous les comptes rendus des séances qui suivent, indiquent qu'il est absent. Le dernier où il est ainsi présenté est celui du 27.12.1872. Par contre, à partir de janvier 1873, son nom n'apparaît plus. Sa démission a donc pris effet entre le 28 et le 31 décembre 1872 (bien que le Dictionnaire biographique de l'Hérault et le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français donnent le 25 décembre comme date effective). On peut noter qu'entre le jour de son entrée au conseil municipal (le 24 mai) et sa dernière présence (le 13 août), il n'a été absent qu'une seule fois (le 7 août). A chaque fois, il a été nommé secrétaire du conseil. Certes, ce poste est honorifique et il lui a été probablement accordé parce qu'il était l'un des plus jeunes membres (peut-être même le plus jeune) mais c'est aussi un signe de confiance dans ses capacités. Quoiqu'il en soit, ce poste d'observation n'a pas dû lui suffire et il a trouvé le moyen d'apparaître en première ligne grâce à sa proposition relative au 4 septembre. Le compte rendu ambigu du 12 août veut dire que cette proposition ne devait pas plaire à tout le monde, voire au maire lui-même. Il faut dire que le texte lu dans la séance du 13 août relève d'un style grandiloquent pour la forme et a quelque chose de comminatoire sur le fond, car il vise à ouvertement s'engager pour la République et à le faire savoir à la population ! Manifestement, il n'a pas obtenu satisfaction et la commission spéciale était destinée à enterrer le projet. Deux signes ne trompent pas, à cet égard : d'une part, il n'est plus revenu au conseil et, d'autre part, cette question n'est plus apparue à l'ordre du jour (en particulier rien n'est dit dans le compte rendu de la séance du 16 septembre - c'est-à-dire la séance qui vient juste après le 4 septembre. On peut aussi noter que le conseiller Pierre THOMAS a suivi un parcours similaire pour les absences, la démission, la constitution d'une commission de quatre membres pour l'engager à reprendre ses fonctions et l'échec de celle-ci. Ces deux hommes lutteront ensemble puis se combattront dans les années suivantes.

Plus tard, il ne manquera pas de rappeler ses premiers engagements quand le combat politique sera difficile. Ainsi, le 14.10.1881, dans le PM, un groupe d'électeurs demande que le citoyen Honoré EUZET se présente au suffrage pour le poste vacant de conseiller général ; dans cette lettre, il est dit qu'il fut "élu deux fois conseiller municipal" (en 1872 et en 1878) ou encore, le 15.10.1881, il répond, dans le même journal et explique pourquoi il ne se met pas sur les rangs dans cette élection ; il fait alors le point sur les services qu'il a rendus et notamment, écrit-il "le mandat de conseiller municipal dont j'ai été investi à deux reprises." (c'est-à-dire en 1872 et en 1878) ; un peu plus tard, le 09.05.1882, dans sa profession de foi aux électeurs radicaux parue dans le PM (pour sa candidature au Conseil général, contre THOMAS), il souligne son activité dans divers mandats dont les électeurs ont "bien voulu m'investir depuis 1872 (...) Comme membre du conseil municipal et comme membre du conseil d'arrondissement.". Dernier exemple, quand, dans une critique virulente, les représentants de la Ligue Républicaine (opposée aux radicaux) écrivent en 1890 : "M. Honoré EUZET a été nommé conseiller municipal dans une élection complémentaire en 1872 sous l'administration MICHEL. Il démissionna quelque temps après, ne pouvant s'entendre avec ses collègues." (PC du 12.08.1890). Cette dernière remarque se comprend à la lumière de sa proposition patriotique relative au 4 septembre. Il est clair que, ni sa jeunesse, ni l'ambiance politique dominante, ne plaidaient en sa faveur !

1873

(à compléter)

1874

"Le 18 mai 1874 M. DOUMET-ADANSON est nommé maire ; MM. GAUTIER et VIVARÈS, adjoints" (Ephéméride, dans le JC du 18.05.1888). Cependant, le tableau des maires indique que DOUMET-ADANSON devient maire de Sète le 23.12.1874 (à vérifier).

Paul Napoléon DOUMET-ADANSON
(source Wikipédia)


1875

Chaque année, les membres du Conseil général, sont appelés à désigner les membres d'un jury spécial, ayant leur domicile dans le département et n'ayant pas fait le service pendant l'année écoulée. Ce jury est chargé de régler, le cas échéant, des indemnités dues par suite d'expropriation pour cause d'utilité publique. En ce qui concerne le canton de Sète, sont ainsi désignés : Edmond BONNET (négociant à Sète), Aman DEJAN (négociant à Sète), Joseph ESPITALIER (propriétaire à Sète), Honoré EUZET (courtier à Sète), Marius VAREILLE (négociant à Sète). Ces désignations ont probablement été faites par Jacques SALIS, membre du Conseil général. On retrouvera Edmond BONNET et Aman DEJAN (écrit Amand DÉJEAN dans le PM) comme conseillers municipaux mais, surtout, Joseph ESPITALIER et Marius VAREILLE comme maires. On voit donc qu'en 1875, Honoré EUZET est déjà suffisamment coté pour se retrouver en bonne compagnie avec les futurs premiers magistrats de la ville de Sète, sous la houlette de Jacques SALIS, conseiller général, futur maire lui-même et futur député. (séance du 29.08.1875 du Conseil général, p. 283). C'est dans la séance du 27.08.1875 que Jacques SALIS présente un important rapport concernant l'amélioration du port de Sète et c'est dans la séance du 28.08.1875 que ce rapport est discuté (notamment, en ce qui concerne la jetée Régy, du nom d'un ancien ingénieur en chef du port de Sète, en 1865 - voir ci-après, la crise de 1878, à ce propos).

1876

"Le gouvernement a parlé, le doute n'est plus permis, il faut que les maires pris en dehors des conseils municipaux se retirent, qu'ils cèdent la place à des successeurs pris dans le sein des assemblées communales. Que vont faire les préfets ? Dans notre région notamment, où ils sont nouveaux venus dans leurs départements respectifs, comment vont-ils procéder à ces remplacements ? Sous quelles influences, avec l'aide de quelles lumières, se produiront les choix (...)" (PM du 09.05.1876).

Cette : "Enfin, nous voilà complètement débarrassés de l'ordre moral. Hier soir, à six heures, MM. DOUMET-ADANSON, GAUTHIER et VIVARÈS, maire et adjoints de M. de BROGLIE, ont remis leurs pouvoirs entre les mains d'une administration républicaine provisoire, représentée par MM. FOREST, ESTÈVE et PEYRET. Dix mille personnes encombraient la place de l'Hôtel-de-Ville et les rues environnantes. (...)" (PM du 10.05.1876)

"ESPITALIER, négociant, est nommé maire de Cette", information dans "l'Officiel de ce matin" (PM du 28.07.1876) ; selon le site "mairesGenWeb", la nomination serait du 25.07.1876.

1877
Il entre au Conseil d'arrondissement, en novembre

L'année 1877 n'aurait due être marquée que par deux opérations électorales. D'abord le renouvellement par moitié des conseils généraux puis, le renouvellement intégral des conseillers municipaux. Les conseillers généraux, élus pour 6 ans sont renouvelables par moitié tous les 3 ans. Nommés pour la première fois en 1871, conformément à la nouvelle loi départementale, le premier renouvellement s'étant fait en août 1874, le second était donc prévu en août 1877 (en réalité, il n'eut lieu qu'en novembre 1877). Quant aux conseillers municipaux, élus en novembre 1874 pour 3 ans. le second renouvellement devait donc avoir lieu en novembre 1877 (en fait, l'élection fut reportée en 1878) Ces opérations sont rappelées dans le PM du 02.01.1877, avec cette remarque : "Ces deux séries d'élections seront comme la préface du renouvellement triennal du Sénat qui aura lieu en 1878". Ces décalages s'expliquent par la situation nationale, avec la dissolution de l'Assemblée (le 16.05.1877) et de nouvelles élections législatives qui eurent lieu en octobre 1877.

L'élection des députés


Les premiers résultats connus, grâce au PM du 15.10.1877, donnent Eugène LISBONNE en tête (4976 voix) contre DUBOIS (1426 voix), dans la deuxière circonscription de Montpellier, qui comprend Sète. Le lendemain, le journal précise que l'écart entre les deux candidats est de 3458 voix (PM du 16.10.1877)

L'élection des conseillers généraux et des conseillers d'arrondissement


Ces élections voient le triomphe des républicains : VERDIER, BERTIN, GALTIER, LAISSAC ... (PM des 05 et 06.11.1877). Quant à Honoré EUZET, il est élu conseiller d'arrondissement. Le premier article de presse qui le concerne (en tant qu'homme politique), est celui du PM du 01.11.1877. Le comité républicain de Sète s'adresse ainsi aux électeurs : "Le 4 novembre nous sommes appelés à nommer un conseiller d'arrondissement, qui sera aussi électeur sénatorial. Ce jour-là nous affirmerons une fois de plus notre amour pour la République, et notre aversion pour le pouvoir personnel. Les hommes du 16 mai croient trouver dans ce vote leur planche de salut, il sera la ruine de leurs espérances. Le comité républicain propose à vos suffrages : le citoyen Honoré EUZET, courtier, ex conseiller municipal." Le président de ce comité, A. ENJALBERT, appelle ensuite à la discipline de vote qui avait si bien réussie pour le vote du député. Le 03.11.1877, le PM critique le JCM qui prône l'abstention au scrutin "pour la seule et mauvaise raison que le canditat choisi ne leur convient pas. Ce candidat, M. Honoré EUZET, n'en aura pas une voix de moins (...)". Les résultats de l'élection sont donnés dans le PM du 05.11.1877 et par le MDM des 05 et 06.11.1877. Honoré est élu par 3.459 voix sur 4048 votants, soit un score de 85,45 %, ce qui représente un beau succès. Il remercie ensuite ses électeurs : "Citoyens, Vous avez déjoué les odieuses manoeuvres de nos ennemis. Encore une fois vous avez, le 4 novembre, affirmé votre ardent républicanisme. Vous avez fait votre devoir. Je vous remercie. - Citoyens, Votre mandataire a mesuré de son côté l'importance de la tâche que votre confiance lui impose, il ne faillira à aucun de ses devoirs. Il défendra vos intérêts, il défendra la République. Honoré EUZET" (PM du 10.11.1877).

C'est le 19.12.1877 que le conseil d'arrondissement se réunit à la préfecture pour élire son bureau et constituer ses commissions. Alexandre LAISSAC est élu président, lequel est aussi membre de la commission des travaux publics. Honoré EUZET fait également partie de cette commission où l'on trouve encore les nommés CAIZERGUES, FÉDIÈRES et VERNIÈRES. C'est, manifestement, le bon endroit pour se former et constituer un réseau de relations utiles pour l'avenir (PM du 20.12.1877).


Dissolution du conseil municipal : "Enfin ! l'ordre moral a trouvé des gens assez dévoués pour remplacer le conseil municipal républicain. La municipalité est révoquée ; le conseil municipal est dissous. C'est le coup de grâce à la candidature DUBOIS, déjà fort malade." (PM du 13.10.1877) Le dernier point fait référence à l'élection au Conseil général où LISBONNE l'emporte sur le candidat "officiel", DUBOIS (PM des 15 et 16.10.1877). On verra plus tard que les influences seront toujours fortes entre les trois élections : conseil général, conseil d'arrondissement et conseil municipal.

Le site "MairesGenWeb" indique qu'Emile DUSSOL est maire de Sète, le 11.10.1877. Cette date semble, effectivement, correspondre à l'article ci-dessus.

Le PM du 31.12.1877 annonce, suite à une circulaire du 25 décembre du ministre de l'intérieur, que les élections municipales auront lieu dans toute la France le 6 janvier prochain mais le même PM du jeudi 03.01.1878 indique : "Les bonaparto-légitimistes composant la commission imposée par le 16 mai à notre cité républicaine, viennent enfin de rentrer dans l'obscurité d'où ils n'auraient jamais dû sortir (...) Lundi soir (donc, le 31.12.1877), à cinq heures, a eu lieu l'installation de la commission municipale républicaine composée de l'ancien conseil municipal, arbitrairement dissous par Ordre Moral II. Le maire, M. ESPITALIER, et les adjoints, MM. PEYRET et LACAVE ont été, à leur sortie de la mairie, l'objet d'une ovation importante de la part d'une foule enthousiaste qui les a acclamés au cri de : Vive la République ! Cet acte un peu tardif de réparation a été accueilli par notre population avec un soupir de soulagement."

1878
Membre du Conseil municipal, de janvier à mai, il s'oppose à ESPITALIER

Dans son numéro du 5 janvier, le PM reprend une lettre du président LEVÈRE du comité républicain de Sète, adressée aux électeurs. Les noms des candidats républicains au Conseil municipal sont rappelés : Frédéric AUBÈS (conseiller sortant), François AYMERIC (commis négociant), Edmond BONNET (conseiller sortant), Jules BOURRAS (négociant), Edmond CARRON (commis négociant), Louis CAVALIER (agent d'assurances), Etienne CELLY (tonnelier), Amand DÉJEAN (négociant), Jean DEMAY (conseiller sortant), Joseph ESPITALIER (ex-maire), Honoré EUZET (conseiller d'arrondissement), Antoine FABRE (ancien conseiller), François GAUSSEL (tonnelier), Charles HERVÉ (ancien conseiller), Georges JANSEN (négociant), Auguste LACAVE (ex-adjoint), Joseph MARMIÈS (ancien conseiller), Louis MASSABIAU (plâtrier), Alexandre MESTRE (conseiller sortant), Théodore OLIVE (négociant), Charles PALHON (limonadier), Benjamin PEYRET (ex-adjoint), Philippe PEYRUSSE (limonadier), Etienne PRADINES (conseiller sortant), Jacques RIBES (négociant), Jacques SALIS (conseiller général), Pierre THOMAS (conseiller sortant).

A la même date, le MDM donne cette même liste, en précisant les métiers de certains : AUBÈS : coupeur (maison Boissière) ; BONNET : négociant ; DEMAY : entrepreneur de travaux publics ; FABRE : employé de commerce ; MESTRE : négociant. Le journal conservateur fait plusieurs commentaires sur cette liste : "Enfin le sort en est jeté. l'alliance de toutes les nuances du parti républicain s'est effectuée au sein même du parti radical (...) Sans nous arrêter à des questions de personnes qui nous importent peu, et sans tenir compte de quelques concessions apparentes, nous ne voyons en toute cette affaire que l'esprit et les tendances du comité radical et nous les connaissons trop bien pour ne pas estimer qu'il est encore aujourd'hui, comme toujours, le maître absolu du terrain électoral." Un peu plus loin, dans le même article, il donne ses consignes de vote, par le biais d'une lettre de Sète qui aurait été écrite le 4 janvier : "En de telles circonstances, le parti conservateur dans notre ville, doit, ce nous semble, s'abstenir en masse et de la manière la plus absolue (...) Les républicains modérés ont fait, du reste, pas mal de façons pour se rapprocher des radicaux. Les conservateurs n'en doivent pas faire pour s'en éloigner (...)"

Le 7 janvier, le PM indique, sans commentaires, que la liste républicaine a été élue, à Sète.

En prémices au clivage qui va avoir lieu dans le groupe des républicains, Jacques SALIS fait paraître une lettre dans le PM du 06.02.1878 qui montre, déjà, que la question de la grande jetée Régy va devenir le noeud de partage entre radicaux et modérés. car, dit-il, il y a, depuis quelque temps, une polémique au sujet des projets d'agrandissement et d'amélioration du port de Sète. On a donné naissance à un bruit comme quoi il serait hostile à l'exécution de la grande jetée de l'ingénieur RÉGY. Il rappelle, alors, le rapport qu'il a présenté et soutenu au conseil général, en 1875, justement en faveur de la grande jetée Régy. Il déclare donc : " Par ce qui précède, on pourra constater que loin d'être hostile à la grande oeuvre de M. RÉGY, j'y ai toujours été et j'en suis encore son partisan absolu. Je ne me suis rallié aux propositions nouvelles de M. SIMONEAU, ingénieur en chef du service maritime, que lorsqu'il a été démontré à la commission des travaux publics du conseil général, que l'administration supérieure s'opposait formellement à la mise en oeuvre du projet Régy, pour des raisons techniques et financières. Je regrette maintenant que des protestations se soient élevées aussi tardivement contre les nouveaux projets des ingénieurs qui constituent, quoiqu'on en dise, une amélioration sérieuse et réelle pour notre port et qu'on n'ait pas cru devoir les faire, avant que le conseil municipal notamment, se soit déjà et à l'unanimité prononcé en leur faveur. Car il est fort à craindre qu'à la suite de toutes ces récriminations de la dernière heure, le Gouvernement ne se désinterresse de la question et ne retire purement et simplement le projet de loi qu'il vient de soumettre aux Chambres, sans consentir, après cela, à la mise à l'étude du projet Régy. (...)" Par cette seule déclaration, on comprend le caractère de Jacques SALIS, capable de changer de position en fonction des nécessités, obtenir un peu plutôt que rien, négocier, apprécier les contraintes politiques, etc. Mais, évidemment, il risque de se heurter aux "jusqu'auboutistes ... sauf encore à suivre le vent dominant ! Enfin, il ne faut pas oublier qu'Honoré EUZET a bâti sa carrière dans le sillage de cet homme, ce qui peut expliquer bien des retournements.

C'est début mars qu'Henri FOURNAIRE, rédacteur en chef du JCM, organise une réunion au théâtre sur le sujet des travaux à faire au port. Le JCM reproduit un compte rendu sténographique des débats, dans son numéro des 3 et 4 mars 1878. 2000 personnes environ sont présentes. FOURNAIRE propose de former le bureau de la réunion. Le maire de Sète, Joseph ESPITALIER, est nommé président et deux capitaines au long cours en sont les assesseurs (l'un d'eux devant partir, c'est FOURNAIRE qui joue aussi ce rôle). ESPITALIER remercie les participants puis passe la parole à FOURNAIRE qui mène toute la réunion. Il expose les manoeuvres des ingénieurs qui ont poussé leur plan au lieu et place de celui qui avait été proposé par la Chambre de commerce. Il y a urgence car le projet des ingénieurs doit être présenté à la Chambre des députés. Une délégation (à laquelle il participait) a même été reçue par le directeur de la Navigation, au ministère des Travaux Publics, mais en vain. Enfin, FOURNAIRE rappelle un rapport établi en mai 1874, dans lequel l'auteur, Achille SIMONNEAU, indiquait que les dangers (du plan des ingénieurs) existaient réellement mais qu'ils étaient indispensables pour créer des quais à la compagnie du P.L.M. et donc "qu'il n'y a plus à tenir compte des plaintes qui pourraient se produire parmi les marins". Au-delà même de cette question qui bouleverse la population, on se rend compte que c'est le journaliste FOURNAIRE - et non le maire ESPITALIER - qui mène la contestation. Par la suite, on ne verra plus un responsable de journal tenir un tel rôle de premier plan. Cependant, rapidement, celui-ci va s'opposer aux intransigeants du conseil municipal (et du PM) puis au maire lui-même.

Le 12.03.1878, le PM met en avant le voeu du conseil municipal du 02.03.1878 qui fait suite à ses délibérations de janvier 1876, mai 1877 et janvier 1878 : "Que l'administration supérieure mette à l'étude la grande jetée Régy (pour l'amélioration du port) et l'édifie, s'il est possible, simultanément avec le projet des ingénieurs". Ce qui est notable dans le vote qui a eu lieu, c'est la liste des signataires et des opposants :
- Signataires : EYMERIC, CARRON, CELLY, MAMMIÈS, GAUSSEL, BONNET, SALIS, THOMAS, EUZET, CAVALIER, PRADINES, AUBÈS et MASSABIAU (c'est-à-dire, le groupe SALIS)
- Opposants : ESPITALIER, PEYRET, LACAVE, DÉJEAN, JANSON, PALHON, PEYRUSSE, HERVÉ, FABRE, DEMAY, OLIVE et MESTRE (c'est-à-dire, le groupe ESPITALIER)
- Abstenus : RIBES et BOURRAS (on va retrouver ces deux noms dans la liste ESPITALIER du mois de juin). C'est donc leur abstention qui a permis à l'opposition de faire passer ce voeu par 13 voix contre 12, opérant ainsi un renversement de majorité.

Le MDM ironise sur ce vote qui divise le camp des républicains : "Nous comprenons qu'après ce vote M. le maire de Cette soit fort embarrassé sur la conduite qu'il devra tenir. Il vient de partir, en effet, comme délégué par une réunion irrégulière, tumultueuse, convoquée par des individualités sans mandat, et sans autorité, et dont l'immense majorité, quoique composée d'artisans et de simples ouvriers, a le bon sens de reconnaître qu'elle n'a aucune compétence dans des questions de cette nature, et qu'on aurait bien pu la dispenser de servir de comparse dans cette comédie indigne de gens sérieux. Or, le voeu du conseil est en opposition formelle avec les prétendues résolutions prises dans la réunion. Dans cette conjoncture, quel est l'avis qu'appuiera M. le maire de cette ? " (MDM du 10.03.1878)


Le 14.04.1878, le conseil municipal traite du sujet de l'Exposition universelle. Il adopte un voeu présenté par Jacques SALIS et Honoré EUZET : "Considérant que le conseil municipal de Cette ne saurait rester indifférent à la grande oeuvre de l'Exposition universelle qui doit s'ouvrir le 1er mai prochain - Qu'il importe de faciliter aux classes ouvrières la visite de cette Exposition et l'étude des merveilles de l'art et de l'industrie qui y seront exposées - Qu'indépendamment de l'instruction et de l'expérience que les ouvriers pourront retirer eux-mêmes de cette visite, il est permis de croire qu'ils repporteront dans notre région les bénéfices de cette instruction et de cette expérience - Le conseil vote une somme de 1500 francs, qui sera mise à la disposition de la délégation ouvrière qui se rendra de Cette à Paris poue visiter l'Exposition à charge, pour les délégués, de dresser un rapport aussi exact que précis de leurs travaux et de leurs études - Nous engageons très-vivement les ouvriers à se réunir afin de choisir leurs délégués - Ces délégués devront se mettre en rapport avec la commission spéciale qui a été instituée, par le conseil municipal, à l'effet d'organiser la délégation." (PM du 20.04.1878)


Dans son numéro du 18.03.1878, le PM publie la lettre ouverte suivante : "Cette, le 10 mars 1878. Monsieur le Rédacteur du Journal commercial et maritime, à Cette. Dans votre numéro des 3 et 4 mars vous avez, sans motifs, entrepris une campagne de dénonciations et d'injures contre une partie du conseil municipal qui, dans la séance officieuse du 2 mars au soir, avait voté en faveur d'un voeu relatif au fort de Cette, voeu présenté par M. EYMERIC. Jusqu'à ce jour vous vous étiez contenté de faire allusion à ce dernier conseiller sans le désigner. Aujourd'hui, la situation est changée ; vous venez de nous désigner personnellement ; nous vous demandons réparation par les armes de toutes les insultes que vous nous avez prodiguées gratuitement depuis douze jours. Nous vous donnons le termps de purger honorablement votre différend avec le correspondant cettois du Petit Méridional. Après cela vous choisirez parmi nous celui qui vous conviendra le mieux comme adversaire. En cas de refus de votre part, l'un de nous sera désigné pour vous demander cette réparation. Souvenez-vous bien que dans cette affaire, vous avez eu le triste rôle d'insulteur. Signé : SALIS. - EUZET. - EYMERIC. - THOMAS. - Pour CARRON, absent ; BLANCHET."

Cette lettre ouverte se retrouve aussi dans le SC des 18 et 19 mars.

Le Sémaphore de Cette des 18-19.03.1878

Cette lettre ouverte est intéressante à plusieurs titres. Le sujet, les noms des signataires, la pratique du duel pour venger l'honneur bafoué. Quant à la suite de cet échange, il en est resté au stade du duel épistolaire comme on le voit dans un article du PM du 21.03.1878 : CAMOIN, un des directeurs du PM, écrit une nouvelle lettre ouverte à FOURNAIRE, en tant que rédacteur du JCM, en lui demandant de démentir ses propos (FOURNAIRE deviendra le directeur-gérant du PC, lors de la création de ce journal des républicains modérés, appelés opportunistes par les radicaux). Ensuite, P. THOMAS, conseiller municipal, envoie deux de ses amis, BLANCHET aîné et MARMIÈS aîné au bureau du journal en question. Comme ils n'y trouvent pas FOURNAIRE, ils se rendent à son domicile afin de lui demander les noms de ses témoins "pour une réparation par les armes", ce à quoi, FOURNAIRE répond : "Je n'ai aucune réparation, soit par les armes soit autrement, à donner à M. THOMAS". L'affaire ne semble pas être allée plus loin mais cela a permis à THOMAS et à son parti de critiquer l'attitude de FOURNAIRE et de son journal.

En fait, le PC a plus tard expliqué, par le biais d'une lettre "d'un vieux démocrate" que cet incident est à l'origine de la division entre les intransigeants et les opportunistes mais, plus exactement, ce fut un prétexte : "Toujours avec la même bonne foi, ces messieurs s'offensent d'être traités d'intransigeants, ils ont l'air peiné de la division qu'on jette dans le parti républicain, mais qui donc a commencé cette division ? (...) Est-ce qu'ils n'ont pas avoué que la première cause de désunion a été le mécompte qu'ils ont éprouvé lorsque le conseil n'a pas voulu nommer un de leurs adjoints ? ... Est-ce qu'ils ne déclarent pas que dans la séance du 11 mai, M. MARNIÈS a soulevé l'incident qui demandait des explications à l'administration, à propos d'articles de journaux sur cinq conseillers. Eh bien, de là est partie la véritable division, et ce ne sont pas les opportunistes qui l'ont provoquée. Voyons s'il n'y a pas lieu, au contraire, de penser que ce sont les intransigeants qui ont cherché à faire naître une occasion. En effet, on se souviendra tout d'abord que ce sont les cinq qui ont commencé la discussion avec le journaliste du Commercial, qui s'est défendu selon son droit et son tempérament, et comme il l'a entendu, sans que le Conseil ait à rien à y voir. Mais n'oublions pas ce point essentiel : c'est dans les premiers jours de mars que la polémique des cinq et du journaliste a eu lieu. Comment se fait-il que messieurs les cinq aient attendu jusqu'au 11 mai c'est-à-dire deux mois après pour produire leur doléance ? Si ces messieurs devaient se plaindre n'était-ce pas au moment de l'action ? A ce moment n'aurait-il pas été convenable qu'ils allassent trouver l'administration de son cabinet pour lui demander de s'interposer, de faire cesser des intempérances de langage qui se produisaient de part et d'autre. Au lieu de ce procédé si pratique à tous égards, on a préféré interpeller l'administration, et lui demander des explications sur des faits qui lui étaient tout à fait étrangers, et cette interpellation s'est produite en pleine séance, au début de la session ordinaire la plus chargée en affaires. Est-ce qu'on ne voit pas là la désunion dans le conseil et le trouble dans les affaires ? (...) Qui donc partage si gratuitement, le conseil démissionnaire, en droite et en gauche ? N'est-ce pas encore ces brouillons intolérants dont il serait temps que la République fut débarrassée (...)" (PC du 16.06.1878)

Avant d'évoquer la démission de tous les conseillers municipaux, il faut encore revenir sur ce qui a produit cet évènement exceptionnel. A la clé, c'est toujours l'article du 3 mars du Journal commercial intitulé : Les cinq hommes forts (qui visait donc SALIS, EUZET, EYMERIC, THOMAS et CARRON). Dans le dernier numéro du PC (le 14.12.1878), Henri FOURNAIRE écrit : "Après l'impression produite par Les cinq hommes forts et quelques autres articles parus à la suite, la discorde pénétra dans l'assemblée communale dont les cinq faisaient partie. Chaque séance devint une arène où les combattants, divisés à peu près également, étaient prêts à se dévorer à propos de la chose la plus insignifiante. Le parti le plus avancé reprochait au modéré d'approuver au moins tacitement, sinon ouvertement, les appréciations des articles du Journal commercial, sans se douter à ce moment que leur véritable auteur était dedans et non au dehors du conseil. La position était très tendue et menaçait de tourner au tragique. Bref, il fallait en finir. D'autre part, le Journal commercial, possédé par un homme timoré et paisible ayant été quelque peu écorniflé dans son caractère commercial par ces articles-brûlots, me remercia de mes services (il publie la lettre de licenciement) Personne ne disconviendra que sans l'article du 3 mars, je ne fusse encore attaché au Commercial. Or, qui l'avait confectionné cet article ? - Mais passons. Le Conseil municipal fut dissous et l'auteur apparent de tout ce tapage envoyé inspecter les pavés." Cet article est aussi une réponse au PM qui, dans son numéro du 22.05.1878 avait passé l'entrefilet suivant dans sa chronique locale : " M. FOURNAIRE nous adresse une lettre qu'il nous est impossible d'insérer à cause des expressions injurieuses qu'elle renferme à l'adresse d'un de nos correspondants. Nous nous bornons à donner acte à M. FOURNAIRE de son insertion d'après laquelle c'est volontairement qu'il s'est retiré du Journal commercial."

La démission de tous les conseillers municipaux

"La municipalité et le conseil municipal de Cette ont donné leur démission à la suite de divergences qui s'étaient produites dans cette assemblée sur des questions locales. Plutôt que d'entraver, par une hostilité réciproque, la marche des affaires communales, les conseillers ont préféré donner leur démission, afin que le suffrage universel soit appelé en dernier ressort. Les élections auront lieu prochainement." (PM du lundi 3 juin : la séance du conseil municipal a donc eu lieu à la fin du mois de mai).

Le 10.06.1878, la rupture est définitivement consommée entre les deux camps républicains, comme on le voit dans le compte rendu qui est fait par le PM : "Vendredi soir (c'est-à-dire le 7 juin), une réunion privée, composée de plus de 3,000 personnes, a eu lieu dans le vaste local de la fonderie à Cette. Tous nos conseillers municipaux avaient été convoqués, afin de fournir des éclaircissements sur les faits qui avaient amené la démission en masse du conseil. Une partie de nos conseillers parmi lesquels M. ESPITALIER, maire, n'ayant pas jugé convenable de déférér à l'invitation qui avait été rédigée, cependant, dans les termes les plus courtois. M. SALIS, conseiller général, au nom de douze de ses collègues présents, a donné à l'assistance toutes les explications désirables, explications qui ont été accueillies par une triple salve d'applaudissements et un cri unanime de : vive la République ! (...) Un comité a été formé ensuite, à l'effet de choisir les 27 noms qui devront figurer sur la liste des élections municipales prochaines. A la fin de la séance, un blâme sévère a été infligé à l'unanimité aux conseillers municipaux qui avaient cru devoir se dérober aux explications qui leur avaient été demandées. La réunion avait un caractère public puisque l'on avait distribué plus de 6,000 cartes."

La création du "Petit Cettois"

A la même date, le 10.06.1878, le PM indique qu'il a reçu le "premier numéro d'un journal républicain quotidien qui se publie à Cette, le Petit Cettois, organe des intérêts commerciaux et politique de cette ville." Il souhaite à son confrère "bienvenue et succès" et exprime sa satisfaction de "voir la cause républicaine compter un défenseur de plus.". En fait, c'est le nouveau journal dont FOURNAIRE est le directeur-gérant et qui va s'employer à faire gagner la cause des modérés face à celle des radicaux. Le plan va parfaitement fonctionner jusqu'à la fin de l'année 1878.

Le contexte municipal

En réponse à un article du MDM, le PC du 12 juin rappelle qu'elle était la situation avant la dissolution du conseil municipal : "Le correspondant cettois du MDM, M. J.P. insinue dans sa lettre à ce journal à la date du 6 courant, que l'élément intransigeant aux dernières élections municipales l'avait emporté sur la partie républicaine modérée, dont M. ESPITALIER, maire, est le chef. M. J.P. se trompe bénévolement. D'abord, la victoire d'un parti sur un autre implique nécessairement la lutte entre adversaires ; or, nous ne sachions pas qu'à l'époque, les intransigeants fussent opposés aux modérés ; tout le monde était d'accord pour voter sur la même liste sans distinction de nuances. De plus, les chiffres officiels de l'élection démentent cette assertion. - Les voici : M. ESPITALIER obtint 3,964 voix. M. SALIS 3,928 voix. Différence en faveur de M. ESPITALIER, 36 voix. Le Conseil municipal était composé de 15 membres du groupe ESPITALIER et 12 du groupe SALIS. Deux membres du groupe SALIS démissionnèrent quelque temps après l'élection et jusqu'à la dissolution du Conseil, la balance resta entre 13 Espitaliers et 12 Saliens (...)". L'article est signé J.K.


"Dans sa séance du 12.06.1878, le Conseil départemental de l'instruction publique de l'Hérault a désigné comme membres de la commission cantonale de l'instruction primaire MM. SALIS, ESPITALIER, le Curé doyen, le Pasteur, ESTÈVE négociant, EUZET, conseiller d'arrondissement, MATHIEU négociant et Eugène VIVAREZ, receveur au Bureau de bienfaisance et de l'hospice (...)" (PC du 7 juillet).

Le contexte journalistique

Les républicains modérés étaient soutenus par le Petit Cettois (PC), cependant que les républicains radicaux s'appuyaient sur le Sémaphore de Cette (SC) et sur les journaux radicaux de Montpellier, notamment le Frondeur (LF). "L'âme" du PC était son directeur, Henri FOURNAIRE. Quand celui-ci rentrera en disgrace (voir plus loin), on le retrouvera, en janvier 1879, comme rédacteur de la chronique cettoise dans un nouveau journal, L'idée moderne et la chronique du Midi (IMCM). C'est dans la chronique du 05.01.1879 de l'IMCM qu'il écrit à propos du SC : "dirigé dit-on par MM. THOMAS, SALIS et EUZET" que, le 29.06.1878, il "râlait son agonie et expirait en envoyant sa dernière bordée avant de couler". Effectivement, c'est peu avant, le 30.05.1878, que le PM apprenait à ses lecteurs cette prise en main : "à partir du 1er juin le Sémaphore de Cette deviendra la propriété exclusive de MM. SALIS, conseiller général, THOMAS et EUZET, conseillers municipaux. Nous sommes heureux d'annoncer cette bonne nouvelle à nos amis de Cette qui auront désormais à leur disposition un organe exclusivement local qui saura défendre leurs intérêts et défendre en même temps la République. Nous adressons au nouveau Sémaphore nos voeux les plus sincères de prospérité. Avec des inspirateurs tels que MM. SALIS, THOMAS et EUZET les éléments de succès ne manqueront pas." Ainsi, à la veille des nouvelles élections de juin 1878, les deux factions républicaines avaient chacune leur journal local pour défendre leurs idées : le PC pour les uns, le SC pour les autres.



Suite à la dissolution du conseil municipal, de nouvelles élections ont lieu le 23.06.1878. Le parti républicain est donc divisé en deux listes : celle des modérés qui s'appelle la "liste des candidats du comité républicain" (avec, à sa tête, le maire sortant, Joseph ESPITALIER) et la liste des intransigeants qui s'appelle la "liste du comité radical" (avec, à sa tête, Jacques SALIS). C'est un triomphe pour la liste des modérés qui remportent tous les sièges. La liste des 27 élus est la suivante (avec l'indication des métiers et du nombre de voix) : Joseph ESPITALIER (maire sortant, 3876 - rectifié en 3109, selon le PC du 14.08.1878), François BARRÈS (pêcheur, 3623), Jean BOUNY (charpentier, 3610), Jules BOURRAS (négociant, conseiller sortant, 3716 ), Emile CORNIER (employé de commerce, ex-conseiller municipal, 3690), Edouard DÉFARGE (serrurier, 3699), Amand DEJEAN (négociant, conseiller sortant, 3729), Jean Baptiste DEMAY (entrepreneur, conseiller sortant, 3752), Antoine FABRE (employé de commerce, conseiller sortant, 3619), Martin FRANÇOIS (employé de commerce, 3638), Jean GOUDARD (maître de chai, 3618), Jean GRANIER (capitaine au long cours, 3664), François GRENIER (tonnelier, 3628), Noël GUIGNON (tailleur de pierre, ex-maire, 3661), Georges JANSEN (négociant, conseiller sortant, 3596), Pascal LABRY (maître tonnelier, 3667), Auguste LACAVE (négociant, conseiller sortant, 3730), Alexandre MESTRE (négociant, conseiller sortant, 3695), Louis NEBLE (plâtrier, 3572), Théodore OLIVE (commissionnaire, conseiller sortant, 3682), Charles PALHON (propriétaire, conseiller sortant, 3571), Benjamin PEYRET (négociant, conseiller sortant, 3744), Philippe PEYRUSSE (modeleur, mécanicien, conseiller sortant, 3467), Léger PLUMIER (peintre, 3547), Jacques RIBES (négociant, conseiller sortant, 3627), Jean RIEU (employé de commerce, 3661), Pierre SIRGAN aîné (commis banquier,3521).

Les résultats de la liste du comité radical sont les suivants (avec l'indication du nombre de voix) : Jacques SALIS (1784 - rectifié en 1799, selon le PC du 14.08.1878), Honoré EUZET (1746), Sylvain AUBÈS (1597), Louis AUDEMARD (1809), François AYMÉRIC (1718), Isidore BADOIN (1745), Justin BESSIL (1654), Frédéric BOUNY (1659), Gabriel CARBONNEL (1696), Laroque CARCASSONNE (1715), Edmond CARON (1603), François CARTIER (1635), Louis CAVAILLIER (1661), Etienne CELLY (1609), Philémon DIDIER (1660), Joseph DUGAS (1717), François GAUSSEL (1667), Louis HÉBRARD (1677), Etienne LAURENT (1671), Philippe LUGAGNE (1621), Joseph MARMIÉS (1650), Louis MASSABIAU (1641), Joseph MOULINIER (1672), Etienne PRADINES (1692), Jean RICHARD (1642), Pierre THOMAS (1741), Louis VALLAT (1653).

L'appréciation par les radicaux, de la campagne électorale, de ces résultats et de ce qui a suivi, a été faite trois ans plus tard, aux élections municipales du 09.01.1881 (voir l'extrait repris du PM à cette date)

Dès le lendemain des résultats, profitant du succès de cette élection, les modérés poussent Jacques SALIS à démissionner du Conseil général et Honoré EUZET du Conseil d'arrondissement, puisque "le suffrage universel les repousse aujourd'hui, comme ayant démérité" (PC du 24.06.1878). SALIS prend très vite sa décision : "A la suite du résultat des élections municipales de dimanche, M. SALIS a donné sa démission de conseiller général (...)" (PC du 25.06.1878 et PM du 25.06.1878).

Une fois connue la démission de SALIS, la pression se fait d'autant plus forte sur le conseiller d'arrondissement. Une lettre apocryphe de démission est même publiée dans le PC du 27.06.1878. Puis, un certain J.G. fait publier une lettre témoignant du regret que beaucoup de lecteurs ont éprouvé, en apprenant que la lettre de démission était apocryphe et il ajoute : "il y avait lieu d'espérer, qu'après un blâme comme celui qui lui a été infligé dimanche, M. H. EUZET n'aurait qu'à se démettre" Et puis encore : "S'il tient trop aux honneurs pour se démettre, il nous fera croire qu'il pense aujourd'hui, autrement qu'il pensait pour d'autres il y a un an." (PC du 28.06.1878). Le 29, le PC constate qu'il est toujours en place. Puis, le 04.07.1878, le PC annonce que "cette fois-ci, c'est pour de bon, M. Honoré EUZET a donné sa démission de conseiller d'arrondissement du canton de Cette". Mais, un peu plus loin, le journal indique que sa démission "n'a pas été acceptée par le citoyen MARÉCHAL". On y revient encore le 14.07.1878 en annonçant que, cette fois, la démission est définitivement donnée. Tout ça pour constater, le 13.08.1878, qu'Honoré EUZET "n'a pas fait retraite", contrairement à Jacques SALIS ! De son côté, le MDM donne ses explications au fait qu'Honoré EUZET ne démissionne pas du conseil d'arrondissement : "Il se soucie fort peu de faire place à un opportuniste. Nommé il y a quatre ou cinq mois à peine, il tient, paraît-il absolument à faire son stage administratif et politique. Il apprécie sans doute qu'avant d'être quatrième roue au carosse, il faut commencer par en être la cinquième. M. EUZET a raison, et nous prouve par là qu'il connaît bien les attributions du conseil d'arrondissement. (...) Toujours est-il que, pour le moment, sa décision produit quelques déconvenues parmi ceux qui se promettaient son modeste héritage électoral. (MDM du 04.07.1878)

Quant à SALIS, les déboires continuent avec l'élection au conseil général du 11.08.1878. Il se présente, dans le canton de Sète, contre ESPITALIER mais celui-ci l'emporte largement avec 8109 voix contre 1809 pour SALIS (PC du 13.08.1878). Ainsi, pour un temps, les républicains modérés dominent la place de Sète.

Le contexte maçonnique

Le PC du 09.07.1878 permet de comprendre le rôle souterrain de la franc-maçonnerie, chez les républicains, qu'ils soient modérés, opportunistes (comme le maire Joseph ESPITALIER) ou intransigeant, radical (comme son concurrent malheureux, Jacques SALIS) : Nous ne sommes pas franc-maçon (écrit Henri FOURNAIRE) Nous avons même souri parfois, n'allant pas à la messe, de voir des hommes s'imposer des rites et des cérémonies aussi ... inutiles que celles de n'importe quelle église. Depuis que nous savons le beau, le noble rôle joué par les francs-maçons cettois dans la déplorable querelle qui vient de finir entre deux de nos personnalités politiques, nous ne rions plus de la franc-maçonnerie. MM. DIDIER, NICOLAU, JANSON, COUGNENC et AUBÈS délégués de la loge des Vrais amis fidèles se sont littéralement multipliés en démarches de toute sorte, en supplications touchantes et émues, en appels suprêmes de paix et de concorde adressés à leurs frères en maçonnerie MM. SALIS et ESPITALIER (...)"


Le Conseil d'arrondissement ouvre sa session le 15 juillet sous la présidence du doyen d'âge, GILODES. Le bureau est formé avec LAISSAC comme président, BERTIN comme vice-président, VIGOUROUX comme 1er secrétaire et EUZET comme 2ème secrétaire. C'est, ensuite, la mise en place des commissions. Honoré EUZET fait partie de la commission des Travaux publics (PM du 16.07.1878). Un voeu est présenté par Honoré EUZET, VIGOUROUX et ANTERRIEU au Conseil d'arrondissement : "(...) que le service de la gendarmerie départementale soit détaché des attributions du ministre de la guerre, pour être placé dans celles du ministre de l'intérieur (...)" (PM du 18.07.1878). Dans sa séance du 23 septembre, le Conseil d'arrondissement a adopté un voeu émis par Honoré EUZET, relatif aux stationnement en gare des wagons complets et aux taux du magasinage de ces wagons (PM du 26.09.1878). Le PC a raillé cette initiative qui devait surtout profiter aux marchands de fourrage ((ce qui était le cas de EUZET) et aussi parce que l'initiative réelle de ce voeu avait été prise antérieurement par le congrès des chambres syndicales, à Paris, en août ; pour autant, le PC approuvait cette mesure (PC des 28.09., 29.09. et 15.10.1878).

En octobre, Alfred NAQUET, député du Vaucluse, parcourt le département ; Béziers, Sète, Montpellier, sont autant d'étapes où il peut exposer son point de vue de républicain : "Arrivé hier jeudi dans l'après midi. A deux heures, M. NAQUET débarquait à Cette, où il a été reçu par des délégués des cercles républicains, à la tête desquels se trouvait M. EUZET, conseiller municipal. M. PERRÉAL, conseiller général l'accompagnait. Plusieurs centaines d'ouvriers s'étaient également rendus à la gare et lui ont fait cortège jusqu'au café Glacier où il a pris un peu de repos. (...) Six heures ont marqué l'instant du banquet. Ce banquet composé d'une trentaine de personnes, a été d'une intimité toute charmante. Les citoyens BOUDON, ODE, BLANCHART, EUZET, conseiller municipal, PERRÉAL, conseiller général, TAXIL, du Frondeur, DURANC, de La République du Midi, CABROL et BERNARD de L'Indépendant du Midi, Rodolphe EDWARS du Journal commercial, FÉROULD du Petit Languedoc, et LACROIX du Petit Méridional ont successivement porté des toasts. M. NAQUET en a clos la série par un toast à l'amnistie en faisant l'historique des guerres civile et internationale de 1870-1871. A huit heures et demie on s'est mis en route pour le local où devait avoir lieu la réunion. Là, plus de 3,000 personnes attendaient l'arrivée de M. NAQUET qui dans sa conférence a eu un succès extraordinaire. (...) Une tribune était spécialement réservée aux dames. (...) Le sujet du discours, "La question sociale" est entièrement repris dans le journal (PM du 25.10.1878). A la même date, le PC présente ainsi l'arrivée d'Alfred NAQUET et son compte rendu ajoute des détails intéressants : "Aujourd'hui au train de deux heures, M. Alfred NAQUET est arrivé dans notre ville, venant de Béziers. Il a été reçu à la gare par M. Honoré EUZET, conseiller d'arrondissement,(et non conseiller municipal, comme l'écrit le PM) et d'autres personnes n'ayant aucun caractère officiel. (il n'y a personne du conseil municipal) Une foule nombreuse stationnait dans la salle des Pas-Perdus et devant la gare pour voir et acclamer le savant député de Vaucluse. M. NAQUET a fait son entrée en ville donnant le bras à Honoré EUZET, (élément qui ajoute une touche personnelle au tableau) suivi par les personnes qui étaient venues l'attendre, au nombre de 250 environ, et passant sur le quai de la Bordigue et le quai de Bosc. Arrivé devant l'hôtel Barillon, il est entré dans le café Glacier pour prendre un peu de repos. Ce soir, la conférence qu'il doit donner, aura lieu dans le local de la tonnellerie mécanique et aura, pensons-nous, tout l'attrait qu'on doit attendre d'un homme de grande valeur. (remarque à souligner venant d'un journal républicain modéré pour un républicain radical) Beaucoup de cartes ont été distribuées ; on en distribuera encore à l'entrée de la salle de conférence (...)

La fin du "Petit Cettois"

"La distribution du journal à nos abonnés au moyen des enfants présentant des inconvénients dont ils ont raison de se plaindre, nous avons pris le parti, depuis hier, de faire opérer cette distribution par la voie de la poste" (PC du 22.11.1878). "A partir de lundi le Petit Cettois cesse de paraître" (PC du 24-25.11.1878). "Par suite de la suppression des annonces et autres revenus que le Petit Cettois avait acquis depuis sa fondation, la direction se trouve forcée de fixer le prix de vente à dix centimes au lieu de cinq" (PC du 07.12.1878). "Nous avons aussi décidé de ne plus faire d'abonnements en ville, à cause des difficultés que procure la distribution. Nous nous contenterons de la vente par crieurs autorisés. Un dépôt de notre journal sera établi au kiosque de la place de la Bourse" (PC du 07.12.1878). "La direction du Petit Cettois, désireuse de plaire au public, vient de fixer le prix de vente à cinq centimes le numéro ; elle espère qu'il lui sera tenu compte du sacrifice qu'elle fait pour lui être agréable" (PC du 14.12.1878). Ces avis montrent que le PC était financièrement aux abois en cette fin de l'année 1878. Le numéro du 14 décembre est le dernier et l'explication de l'arrêt se trouve dans le numéro du 7 décembre : "Depuis douze jours, l'inflexible Atropos a coupé le fil de la vie du Petit Cettois. Quand la vie d'un journal ne tient qu'à un fil, il n'est pas malaisé de le faire passer de vie à trépas ; il suffit de lui supprimer l'imprimerie. Le fil est rompu. Pour le renouer, il faut trouver une autre imprimerie (...) Au demeurant, le Petit Cettois reparaîtra une fois, deux fois ou trois fois par semaine, jusqu'à ce que l'installation d'une nouvelle imprimerie à Cette nous permette de l'éditer tous les jours (...) M. FOURNAIRE a fait et créé le Petit Cettois, les souscripteurs ont fourni leur argent, rien de plus naturel (...)". Dans ce dernier article, Henri FOURNAIRE vise le maire de Sète, Joseph ESPITALIER, comme il l'expliquera en 1879. Cet épisode aura des conséquences car le PC était la voix des républicains modérés de Sète.

1879

La création du "Nouveau Cettois"

Le premier numéro conservé (en ligne) du NC est du 06.03.1880 mais il porte le numéro 380 et les numéros suivants suivent cette numérotation (n 381, 382, 383, etc.). Il ne s'agit donc pas d'une erreur, ce qui en reporte la création au tout début de l'année 1879, compte tenu des numéros dominicaux qui incluent les lundis. D'ailleurs, on en a la preuve par des articles du PM qui citent à plusieurs reprises le NC. Ainsi, dans son numéro du 05.02.1879 : "Le Nouveau Cettois du 4 février annonce la démission de M. LACAVE, notre second adjoint (...) Cette façon de congédier un bon soldat ne respecte ni la dignité, ni la reconnaissance dues à de si beaux états de service (...)". On peut encore donner en exemple le numéro du 19.02.1879 ; alors que dans son numéro du 17, le PM écrivait que le bruit de la retraite du maire de Sète courait en ville et s'accréditait d'heure en heure, le NC s'insurgeait contre ce bruit et critiquait SALIS supposé être l'auteur ou l'inspirateur de cet article : "On comprend aisément que ce bruit de retraite ait pu être désagréable à M. le maire. Avait-il l'intention d'accomplir un acte d'amabilité lorsque, au lendemain de sa victoire municipale, il écrivait à son rédacteur M. FOURNAIRE, qu'on ne blaguera absolument qu'EUZET et jusqu'à sa démission (...) Et là-dessus le Petit Cettois, dirigé par M. ESPITALIER, se faisait propagateur périodique de la retraite de notre sympathique conseiller d'arrondissement ; et cela, parfois, dans un style genre assez badin. Et si on rend aujourd'hui ce qui appartient à César, à qui la faute ? (...)". En fait, peu d'informations sur Sète sont signalées dans le PM en 1879. Seules exceptions, les critiques sur la ligne adoptée par le NC qualifié de "feuille réactionnaire" (PM du 27.02.1879). Ainsi, les numéros du PM des 12, 13, 17, 18, 19 et 20 avril se font longuement l'écho des disputes entre CHABRIER du NC (probablement son rédacteur en chef) et les deux directeurs du PM, SERENO et CAMOIN.

La création de "L'idée moderne et la chronique du Midi"

"Ainsi que je l'ai annoncé par la voie du Petit Méridional, le Petit Cettois cesse momentanément de paraître par la volonté de M. Joseph ESPITALIER, maire de Cette, conseiller général par la grâce du Petit Cettois et de son rédacteur en chef (...) Le public cettois a pris parti dans la lutte électorale du mois de juin, pour tel chef de file qui lui a paru présenter plus de garanties, de capacité, d'honnêteté et de vertus civiques. J'ai été le porte-parole autorisé d'un de ces chefs. Aujourd'hui, ce chef me lâche, suivant sa propre expression, pour faire appel à l'étranger. Les 3800 qui ont suivi le drapeau que j'ai hardiment déployé ont mille fois raison de me demander d'où peut provenir un tel revirement. Serait-ce moi qui ai démérité, ou bien lui qui aurait trompé ? (...)" (IMCM du 05.01.1879)

Henri FOURNAIRE donne ensuite sa version des évènements dans un article intitulé : Une lessive. "Le samedi 29 juin 1878, c'est-à-dire huit jours après les élections municipales, le journal le Frondeur, de Montpellier, arrivant à Cette par le train du matin, contenait un article de quelques lignes accusant M. ESPITALIER de compromissions avec les réactionnaires (...) Le même jour, à 5 heures du soir, le Sémaphore de Cette, dirigé, dit-on par MM. THOMAS, SALIS et EUZET, râlait son agonie et expirait en envoyant sa dernière bordée avant de couler. Le Sémaphore reproduisait purement et simplement l'article du Frondeur ; le trait était bien lancé (...) M. ESPITALIER se présenta aux bureaux de la rédaction du Petit Cettois, à 3 heures, le Frondeur à la main (...) Je connaissais l'article depuis le matin. M. ESPITALIER était naturellement très-vexé et très-irrité. Il prétendit d'abord que mon article de l'Heureux et fier du lendemain des élections était la cause malheureuse de l'attaque de TAXIL ; mais je lui mis l'article sous les yeux et il fut bien obligé de convenir que le sens en avait été défiguré par ce dernier et qu'en tout cas, quoique n'ayant pas tenu la plume pour le rédiger, l'article était le résultat d'un accord entre nous dans les circonstances que je précisais. A la suite de ce premier incident, je l'engageai vivement à se rendre à Montpellier par le train du soir à l'effet d'intenter une action correctionnelle au Frondeur et à son rédacteur. Ce fut chose convenue et il sortit. Le Sémaphore n'avait pas encore paru. - A cinq heures et demie, cependant il vit le jour pour la dernière fois, et l'article de TAXIL figurait tout au long dans ses colonnes. M. ESPITALIER ne reparut au Petit Cettois que le lundi soir et prétendit qu'à Montpellier un des employés chefs de la préfecture ne lui avait pas conseillé d'attaquer TAXIL. Ce même jour le Petit Cettois publiait un article d'un rédacteur irrégulier parlant des gifles que M. TAXIL avait reçues à Marseille de la part de M. ORUS." FOURNAIRE donne ensuite le texte des correspondances qu'il a échangées avec le maire à ce sujet. TAXIL avait exigé une rectification dans le journal et comme elle ne parut pas, il vint trouver FOURNAIRE avec deux témoins à son bureau. A la suite de ce nouvel incident, FOURNAIRE conclut, dans un courrier adressé à ESPITALIER : "Ce soir, je sortirai armé, dans le cas où on le pousserait contre moi." (IMCM du 05.01.1879).

Et puis encore, ces quelques mots : "Au moment de mettre sous presse, nous avons à peine le temps de dénoncer le fait suivant. M. Joseph ESPITALIER, maire de Cette, a interdit formellement à l'afficheur, qui est en même temps le Précon de la mairie, l'affichage d'un placard annonçant l'apparition de l'Idée moderne. Les maires de l'Empire sont dépassés. Nous en reparlerons." (IMCM du 05.01.1879) ... On n'en a pas reparlé !

En effet, ces article dans l'unique numéro conservé (en ligne) de ce journal constituent, en quelque sorte, le testament journalistique sétois d'Henri FOURNAIRE mais, à cause de ces evènements, pour les républicains sétois, Joseph ESPITALIER restera l'homme qui s'est compromis avec les réactionnaires. Ce journal que le PM appelle simplement "L'idée moderne" a continué à exister comme on le voit dans le PM du 08.02.1879. C'est l'époque de la création des comités dits de l'amnistie. Pour celui de l'Hérault, le PM donne les noms des représentants de la presse républicaine de Montpellier. En plus du PM, on y voit La commune libre, La République du Midi, Le Frondeur et le PM ajoute : "Auxquels nous pourrions ajouter sans doute, aujourd'hui, M. Th SERRE pour l'Idée moderne".

En tout cas, le PM ne manque pas de reprendre ces informations dans ses numéros des 8, 10 et 13 janvier 1879, sous le titre L'Honorable M. ESPITALIER : "On n'a pas oublié dans notre région, la querelle survenue il y a quelques mois, entre M. TAXIL et M. ESPITALIER. Comme on le sait, cette querelle se termina devant les tribunaux, mais elle fut précédée par une série d'incidents qui donnaient lieu à un échange de lettres très curieuses entre M. FOURNAIRE et M. ESPITALIER, maire de Cette et propriétaire du Petit Cettois". En fait, l'objectif du PM est alors de mener une campagne contre le maire de Sète, à la suite des documents révélés par Henri FOURNAIRE dans IMCM. Sont notamment repris, les parties de lettres adressées à FOURNAIRE qui montrent la manière de faire du maire de Sète : " (...) Que X..., au lieu d'épiloguer, prenne le train avec deux amis et aille claquer préventivement TAXIL dans un café avec intention bien arrêtée de ne pas se battre. On ne se bat pas avec des TAXIL. Voilà mon système à moi." Et encore, suite à la visite de TAXIL au bureau du PC : "Vous pouvez dormir bien tranquille. Si le chien faisait cependant mine d'aboyer, tapez dur et le premier, crevez moi ça comme un chien enragé". Evidemment, le PM ne manque pas de s'étonner de ces procédés : ""Sommes-nous dans un pays de sauvages ou dans un pays civilisé ? et, surtout : "Nous demandons à M. le préfet de l'Hérault ce qu'il pense de ce maire qui parle de crever les gens et qui traite les journalistes républicains de chiens enragés

Cependant, Le vrai "testament journalistique" de cette période, on le trouve dans la brochure intitulée : "Une page d'histoire à Cette" d'Henri FOURNAIRE. Le PM du 09.02.1879 s'en fait l'écho : "Nous avons aujourd'hui entre les mains la curieuse brochure de M. FOURNAIRE : Une page d'histoire à Cette, qui était impatiemment attendue et qui, par les détails piquants qu'elle contient, répond à cette impatience. Nous nous proposons un de ces jours, comme nous l'avons déjà promis de faire quelques emprunts à cette brochure. Il faut que nos lecteurs sachent de quelle manière l'honorable (?) M.ESPITALIER encore maire de Cette, a compris les devoirs qui s'imposent au premier magistrat d'une grande cité."

Henri FOURNAIRE : un journaliste efficace mais trop franc ... et donc incontrolable ?

On a déjà vu les démêlés d'Henri FOURNAIRE avec le JCM. Il en fut de même avec le PC, journal de combat qui permit aux modérés de gagner les élections mais qui laissa quelques souvenirs cuisants, comme il l'explique dans un article du PC du 14.12.1878 (dernier numéro paru), à propos de ces élections municipales de juin : "Le lendemain, à 9 heures du soir, le résultat des élections était chose certaine en faveur de la liste modérée, et le jour suivant parut l'article le triomphe de la raison, si vivement critiqué par les vaincus et les vainqueurs eux-mêmes, sous prétexte qu'il y était déclaré qu'on était heureux et fier d'une alliance avec les réactionnaires. Je m'empresse de prendre hautement la responsabitité de l'article ; c'est moi qui l'ai écrit ; mais avant de l'écrire, il a été inspiré et les mots incriminés ont été répétés à l'inspirateur, qui n'a rien trouvé à redire, (...) S'il faut dire la vérité, il n'y a jamais eu d'alliance et de compromission avec personne, du moins à ma connaissance ; mais secrètement, la plupart des meneurs de l'élection désiraient l'apport des 6 ou 700 voix réactionnaires qui ont voté (je le crois du moins), avec la liste des modérés ; ils ont été vexés de ce que le journal ait dit franchement la vérité. Il leur a semblé qu'on mettait à nu leurs plus secrètes pensées et quelques jours après, (...) un article réactif signé un clérical (...) parut à l'effet de tempérer la mauvaise impression première. L'élection finie, on aurait bien voulu me secouer comme un vieux paillasson et me déposer après devant la porte ; mais des incidents pouvaient encore survenir, une nouvelle élection était en perspective, on résolut, avant de me lâcher, de me brider ; des censeurs furent désignés pour venir tous les jours vérifier les articles avant de les donner à l'impression. Ces censeurs purent se convaincre par les originaux des manuscrits que j'étais toujours resté dans les limites raisonnables, et que si quelqu'un avait déraillé, ce n'était pas moi. Mais à leur tour, ils se mélèrent de fabriquer eux-mêmes de la copie, ce dont j'ai conservé les preuves. Je fus donc obligé de devenir le censeur des censeurs, et c'est grâce à l'un d'eux que la lettre contre Léo TAXIL, parlant de l'hyène à la gueule ensanglantée, fut publié malgré mon opposition."

On trouve encore, dans le PC du 20.06.1884, l'entrefilet suivant : "On télégraphie de Bastia que M. FOURNAIRE successeur de SAINT-ELME à la rédaction du Sampiero a été l'objet d'une violente agression à la suite de laquelle une vive agitation règne dans la ville". (la nomination de FOURNAIRE devait être récente car SAINT-ELME est décédé - en fait, assassiné - en 1884). Décidément, les mêmes causes produisent les mêmes effets, semble nous dire le PC nouvelle formule, une justification a posteriori en quelque sorte ... Quant à son adversaire journaliste le plus acharné, Léo TAXIL, son étoile fut ternie dès 1881 : "La République maçonnique publie un décret du conseil de l'ordre du Grand Orient de France ratifiant l'expulsion définitive de la maçonnerie du sieur Gabriel Jogand PAGÈS dit Léo TAXIL, prononcée par la loge du Temple des amis de l'honneur français dans sa tenue du 14 octobre 1881. Cette expulsion a été motivée par la condamnation pour plagiat, subie en police correctionnelle par le sieur Léo TAXIL" (PC du 14.03.1882), ce qui n'empêchera pas le PM de continuer à faire la plublicité du Frondeur (le journal de Léo TAXIL) pendant de longues années encore.

Mais, tel un phénix, FOURNAIRE reparaît avec le JCM, en 1886, toujours dans des relations conflictuelles, comme le montre une communication de J.B. VIVAREZ, publiée dans le JC du 04.08.1886 : "Le nommé Nemo (autrement dit Henri FOURNAIRE) dont l'autorité et la considération se valent, a jugé à propos de me prendre plusieurs fois à partie dans le Commercial d'une façon plus ou moins directe. Je me suis toujours promis de ne point répondre : on ne perd pas son temps pour si peu. Que pourrais-je, d'ailleurs, lui dire que tout le monde ne sache ? Il a injurié M. SALIS après avoir accepté ses invitations, M. ESPITALIER après avoir été à sa solde, M. Honoré EUZET après avoir été son associé, M. B. PEYRET qui l'a si souvent aidé dans des moments difficiles. Aujourd'hui, il se retourne contre moi, qui lui ai fait l'aumône quand il avait faim. Certes, je ne demande pas qu'un tel homme ait la reconnaissance du ventre. Mais devrait-il attendre au moins pour m'attaquer, d'avoir digéré le pain dont je l'ai nourri. Je ne fais pas appel à son honnêteté mais à son souvenir. Serait-ce encore trop exiger ?"

Le dernier sursaut connu se place en 1889 quand, pour une élection municipale complémentaire, il se présente (au premier tour) comme candidat indépendant. Il obtient péniblement 90 voix et disparaît, à nouveau, dans l'anonymat !



A propos de la visite de Louis BLANC à Sète, le 23.09.1879 LT écrit : "Louis BLANC était accompagné de son frère et de MM. SALIS et EUZET, qui étaient allés au devant de lui à Montpellier. Une foule énorme remplissait la gare et les arrivants ont été accueillis par les cris unanimes de : Vive Louis BLANC ! vive la République ! vive l'amnistie ! (...) Aujourd'hui, l'htel Barillon n'a pas désempli. Le maire et tout le conseil municipal sont venus souhaiter la bienvenue à l'illustre visiteur (...) Le soir a eu lieu la conférence dans un vaste hangar qui contenait quatre mille personnes, bien qu'une partie du local fût occupée par des machines. La séance était présidée par M. SALIS dont la courte allocution a été vivement applaudie (...) Le sujet du discours était : "Le peuple de février 1848 (...) A la suite de la conférence, M. Louis BLANC a été accompagné, dans le plus grand ordre, par la foule chantant le Chant du Départ et la Marseillaise. (Le Temps du 26.09.1879). On trouve aussi un compte rendu dans le PM du 24.09.1879 où l'on voit quelles délégations ont été reçues par Louis BLANC : "des déportés de 1851, de la Loge maçonnique, des cercles du Travail, des Droits de l'Homme, des Amis réunis, des Alliés, de l'Avant-Garde, puis des délégués des communes de Marseillan, de Narbonne, de Mèze, de Gigean, de Poussan" . De son côté, le MDM en profite pour ironiser sur les divisions dans le camp républicain : "La venue de Louis BLANC à Cette a mis à la fois sur les dents les radicaux et les opportunistes. Tout comme à Marseille, ce sont les premiers qui l'ont pour ainsi dire, accaparé, et se sont fait ses patrons ; mais les seconds n'ont pas voulu rester en arrière, et hier, à deux heures, le conseil municipal, maire en tête, est allé en grande pompe présenter les hommages au vieux tribun socialiste. Ce qui prouve que la démocratie a ses fétiches ; les uns vrais, les autres de convention, ou même forcés. C'était tout de même un spectacle assez curieux que celui d'une lutte à l'adoration d'une même personne, entre gens qui se haïssent cordialement. (...) Le soir, à huit heures et demie, la presque totalité des électeurs républicains cettois se pressait dans l'ancien local de la tonnellerie mécanique (...) A son entrée, le citoyen Louis BLANC est acclamé par une partie très-faible , mais très turbulente de l'auditoire. Quelques cris de : Vive l'anarchie ! Vive l'article 7 ! se font entendre. Cependant, personne n'a vu l'orateur quand tout à coup, il apparaît à sa place, à la tribune, sur laquelle très-certainement un escabeau a été placé. MM. LISBONNE et SALIS sont à sa droite ; MM. VERNHES et EUZET à sa gauche ; derrière beaucoup de notabilités radicales qui nous sont parfaitement inconnues. M. SALIS ouvre la séance par quelques paroles de remerciements à l'illustre député de l'extrême gauche (...)".

1880

La fin du "Nouveau Cettois" et la création du "Petit Cettois"

On a vu que le dernier numéro du PC est du 14.12.1878 (n 143) et qu'il a été remplacé par le NC dès le début 1879. Le gérant responsable du NC est B. BRABET. On le retrouve, un peu plus tard, comme gérant responsable du PC (nouvelle formule). En effet, le 01.05.1880, le PC reparaît et s'intitule fièrement : Journal Républicain Libéral. Il annonce ainsi ses objectifs : "Le Nouveau Cettois ayant cessé sa publication, nous venons prendre sa place. (...) La ligne de conduite diffèrera peu de celle du Nouveau Cettois. Il défendra la République libérale ouverte à tous et voulant la liberté pour tous. (...) Nous pouvons ajouter que, sans attache d'aucune sorte, il nous sera facile d'étudier toutes ces questions (relatives à la gestion de la ville) avec une entière indépendance. (...)"

En 1880, paraît le rapport concernant "l'Enquête sur l'obligation, la gratuité et la laïcité de l'enseignement primaire", par Jean MACÉ et Emmanuel VAUCHEZ, pour le Cercle Parisien de la Ligue de l'Enseignement. Cette enquête lancée en 1872 a été interrompue à deux reprises, à cause des évènements du 24 mai 1874 et du 16 mai 1877. Elle a été envoyée à l'ensemble des élus (députés, sénateurs, conseillers généraux, conseillers d'arrondissement, maires, conseillers municipaux ...). Dans ces pages, sont reprises les déclarations des élus, par arrondissement. Celle de Sète est signée par le maire et conseiller général, J. ESPITALIER, par ses adjoints, PEYRET et DEJEAN, par Honoré EUZET, conseiller d'arrondissement, par vingt conseillers municipaux et par deux anciens conseillers municipaux (BLOEME et CORMIER). Les soussignés demandent "l'instruction primaire, obligatoire, gratuite et laïque, pour les deux sexes, dans toutes les écoles subventionnées par les communes, les départements et l'Etat" (Gallica)

Le maire de Sète, Benjamin PEYRET, postulant au Conseil général, le PC appuie sa candidature contre celle de Jacques SALIS soutenu par les journaux radicaux du département. Ainsi, dans son numéro du 01.08.1880, le PC rappelle les positions de SALIS lors de l'élection de 1874, estimant qu'une fois élu, il n'avait rien fait et, en plus, qu'il avait été à la tête de ceux qui s'opposaient à la grande jetée Régy qui aurait grandement amélioré le port de Sète. Mais, Jacques SALIS ayant remporté l'élection, "le conseil municipal à l'unanimité a donné sa démission" (PC du 05.08.1880). Le tableau des maires de la ville qui est à la mairie indique que Théodore OLIVE est devenu maire le 08.09.1880 (information reprise sur le site de MairesGenWeb). Cependant, les journaux sont silencieux sur cette nomination ou élection.

Heureusement, trois articles du PM permettent de lever un coin du voile ; le premier est du 31.08.1880 : "Un mot, non point au sujet de notre crise municipale, mais de notre comédie municipale. Voici l'histoire : Au lendemain de nos dernières élections au Conseil général, le candidat malheureux se démet de ses fonctions de maire, tout en conservant son mandat de conseiller municipal. Le conseil municipal, atteint par la défaite de son chef, démissionne en masse. M. le préfet, ne pouvant le faire revenir sur leur décision, force lui fut de consulter le dernier élu et premier représentant de notre cité, le citoyen SALIS. Après un court entretien, l'un et l'autre se déclarèrent ennemis de toute commission municipale ; il ne fut pris aucune décision ; nous fûmes tout simplement (chose impossible), menacés d'élections municipales en septembre. En ce temps-là, notre gouverneur était notre premier écharpé, le citoyen DEJEAN qui, sentant son trône, sinon s'effondrer au moins profondément vermoulu, déclara ne plus vouloir s'y asseoir. M. le préfet, de nouveau, entretint le citoyen SALIS de la situation de Cette et, sur ses instances, ce dernier, par devoir et par raison, consentit à essayer de former une commission municipale ; après force courbettes et révérences, une liste fut dressée et portée à Montpellier. Mais quel vent avait soufflé dans l'intervalle ? Nul ne le sait. Toujours est-il que M. le préfet déclarait au citoyen SALIS que M. le ministre se contenterait d'un triumvirat ; la commission municipale était bravement et sans autre forme de procès, jetée par dessus bord. Les citoyens DEJEAN, JANCEN et GUIGNON, conseillers démissionnaires, consultés et appelés même, dit-on, à Montpellier, acceptèrent les fonctions de triumvirs. La situation était sauvée, Cette allait pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Mais les collègues du conseil municipal, consultés à leur tour, n'approuvèrent sans doute pas le zèle par trop inopportun des triumvirs qui, l'oreille basse, durent déclarer à M. le préfet ne pas être nés pour faire le bonheur de Cette et retirèrent leur adhésion au triumvirat. De là un gâchis croissant. Nouvel appel de M. le préfet au citoyen SALIS qui, cette fois se mit à sa disposition pour toute communication relative au Conseil général seulement ; après l'aventure de la commission municipale, il n'avait pas d'autre chose à faire. D'où embarras plus grand que jamais. M. le préfet, par dépêche de 9 heure du soir, et par l'intermédiaire du citoyen DUBARRY, secrétaire général de la mairie, à défaut de toute autorité municipale, invite les citoyens EUZET, conseiller d'arrondissement, et CARRON, électeur, à se rendre le lendemain matin, à 7 heures, à la préfecture ; ces deux citoyens ne purent répondre à l'honneur de si tardive et si matinale invitation. Et voilà comment, à Cette, ville de 30.000 habitants, nous n'avons plus ni conseil municipal ni maire, plus rien ; jusqu'à quand cela durera-t-il ? (...)

Le deuxième article du PM est du 05.09.1880 : "Notre situation municipale est toujours la même ; le citoyen OLIVE gouverne seul. Le cumul, pour ce digne républicain, est élevé à la hauteur de la plus respectable vertu démocratique : il est conseiller municipal, maire, premier adjoint, deuxième adjoint, tout, tout. Il ne doute de rien ; il a rêvé que cela pouvait être, et cela est ; il continue à commander à 30.000 citoyens avec la désinvolture d'un pur 16 mai. (...) Il est du devoir de M. le ministre de l'intérieur et de M. le préfet de mettre ordre, sans retard, à cet état de choses."

Le troisième article du PM est du 12.09.1880 : "Le citoyen OLIVE est toujours conseiller municipal, maire, premier et second adjoint ; il se cramponne au pouvoir avec une rage extra-diabolique (...) Cette est une ville de 30.000 âmes, respirant la prospérité, le travail, les affaires, le mouvement commercial et maritime ; on ne saurait donc impunément et sans coupable négligence suspendre plus longtemps sa vie communale. M. le préfet assumerait une grave et sérieuse responsabilité, il lui appartient et il est de son devoir de mettre un terme à ce profond et très préjudiciable désordre. Qu'il refuse carrément la démission du conseil municipal, si ce n'est point la pire des comédies, et qu'il l'oblige à remplir sa tâche ; ou qu'il l'accepte carrément aussi et qu'il cherche une solution prompte et favorable ; c'est son affaire à lui. Mais Cette ne peut pas ne pas vivre de la vie dont jouissent les 36.000 communes de France. (...)"

Et puis encore : "Toujours pas de conseil municipal, pas de maire, pas d'adjoint ! Un vrai gâchis municipal que M. le préfet tolère et paraît même favoriser. On se demande quand finira un pareil état de choses et s'il est permis de méconnaître plus longtemps les intérêts d'une ville aussi importante que l'est Cette" (PM du 03.10.1880)

1881

L'élection municipale du 09.01.1881 : la revanche des radicaux.

C'est quelques jours avant l'élection municipale que le Comité central républicain présente la liste de ses 27 candidats, dans la mouvance radicale : "Jacques SALIS, conseiller général ; Gaston ARNAUD, propriétaire ; Sylvain AUBÈS, ancien conseiller ; Joseph BEFFRES, entrepreneur ; Joseph BERGNES, comptable ; F. BOUNY, maître tonnelier ; Paul BRUEL, négociant ; François CARTIER, boulanger ; Jérôme CAYRON, ferblantier ; Pierre CHAUVET, maître de chais ; Henri DEFARGES, capitaine au long cours ; Philémon DIDIER, commerçant ; Emile DUCROS, négociant ; François GAUSSEL, ancien conseiller ; Marius LAGARDE, tonnelier ; G. LAUTHIER, tonnelier ; Alexis LEQUES, tonnelier ; Mathieu MAGIS, plâtrier ; Pierre MARQUES, coiffeur ; Louis MASSABIAU, entrepreneur, ancien conseiller ; Joseph NICOULAU, entrepositaire ; G. NOUGARET, calfat ; François PARENT aîné, mécanicien ; Etienne PRADINES, ancien conseiller ; Etienne ROQUES, commerçant ; Pierre THOMAS, ancien conseiller ; Marius VAREILLE, négociant." (PM du 05.01.1881). La liste est présentée, pour le comité, par le secrétaire CANET, le président AYMERIC, le vice-président TAQUET et le trésorier VAILLÉ. Evidemment, on ne peut qu'être surpris de l'absence du nom d'Honoré EUZET dans cette liste. Comment l'expliquer ? Il faut, peut-être, rechercher là la première raison des problèmes qui vont suivre entre lui et les radicaux.

De son côté, La liste républicaine (dans la mouvance des modérée) paraît le 8 : "Eugène ALMAIRAC, négociant ; Félix ARMEINGUIÉ, limonadier ; Simon BASSAS, entrepreneur ; BAYROU, négociant ; Joachim BERTRAND, tailleur de pierre ; Xavier BONNIEU, jardinier ; BROUILLONNET aîné, employé de commerce ; Théodore CAUSSE, négociant de la maison CAUSSE frères ; Jean COMBE, entrepreneur ; Auguste FALGUEIRETTES, négociant, président du Conseil des Prud'hommes ; Félix FONDERE, négociant ; Jean GRANIER, capitaine au long cours ; Pierre GRANIER, négociant de la maison VAILLARD et GRANIER ; François GRENIER, tonnelier ; Jean GOUDARD, tonnelier ; Georges JANSEN, négociant ; François MARTIN, employé de commerce ; Marius MAURIC, menuisier ; Louis NOELL, pharmacien ; Théodore OLIVE, armateur ; Charles PALHON, propriétaire ; Léger PLUMIER, peintre ; REY, camionneur ; SIRGAND aîné, comptable ; Emile TEULON, docteur en médecine ; Adolphe VEROLY, commis négociant ; Jean Baptiste VIVAREZ, courtier." (PC du 08.01.1881)

Pour bien comprendre la situation, il faut la comparer à celle de l'élection de 1878. C'est ce que fait le PM du 09.01.1881 : "Aux dernières élections municipales, en 1878, deux listes étaient en présence la liste radicale, se recommandait de la bonne moralité, de l'intelligence, du désintéressement et de la probité politique et républicaine de ses candidats. La seconde, le liste modérée, avait pour elle une alliance secrète avec la réaction, des promesses de places à ses agents électoraux, une presse achetée, chargée de noircir, de déconsidérer, d'injurier les candidats radicaux ; chargée de crier bien haut que les candidats radicaux ne rêvaient que révocations, que renversement de toute administration, qu'anéantissement de la société, qu'enfin les candidats radicaux étaient de purs ambitieux, des incapables. Voilà quelle était la situation aux élections de 1878, et comme la calomnie, généralement, triomphe au début, la liste dite modérée triompha. Les républicains se rappellent le cri du coeur qu'au lendemain de ce triomphe poussa le chef des modérés, le citoyen ESPITALIER ; il déclara par la voie de la presse, être fier et heureux de l'appui de la réaction. Républicains Cettois qui fûtes trompés ce jour-là, souvenez-vous en ! Le premier travail de ces républicains sans principes républicains fut le renvoi immédiat de quelques employés municipaux, républicains sincères et honnêtes pères de famille ; le second, la distribution de places grassement salariées à leurs agents électoraux en partie encore en fonctions. Après ces deux hauts faits d'armes les conseillers modérés firent semblant de se mettre à la besogne ; ils parlèrent beaucoup des écoles, des casernes, des crèches, des asiles, des rues privées telles que les rues AURIOL, etc. ... mais ils ne firent rien, et la preuve c'est que ni écoles, ni casernes, ni crèches, ni rues privées, rien n'est fait ; tout est à faire. Qu'ont-ils donc fait pendant ces trois années ? Ils ont oublié les intérêts de la ville. Leur chef de file, le citoyen ESPITALIER s'est mollement assis dans un fauteuil de receveur particulier et M. le Ministre de l'intérieur, dans une lettre publiée hier donne une idée de leur gestion, de leurs hautes capacités financières et économiques" :
"(...) Depuis trois ans les dépenses s'étaient accrues dans une proportion tout à fait anormale, de telle sorte que les ressources annuelles ne suffisaient plus pour y faire face. Une pareille situation ne peut se prolonger sans compromettre l'équilibre des finances municipales et sans créer, à bref délai, les plus grands embarras à l'administration locale
"

Sur le dernier argument financier, la réponse est la suivante dans le PC du même jour : "On a fait insérer dans le Petit Eclaireur une lettre du Ministère de l'intérieur au Préfet de l'Hérault d'où il résulte que les dépenses de la ville de Cette dépassaient nos ressources annuelles et par suite compromettaient l'équilibre qui doit exister dans tout budget bien administré. (...) On n'a peut-être pas remarqué que la lettre en question est du 26 juillet 1879 et que les irrégularités qu'elle relève se passaient depuis trois ans, c'est-à-dire en 1876. Or, à cette époque, c'était la municipalité SALIS, AYMERIC, THOMAS et tutti quanti qui était au pouvoir, d'où il suit que les reproches du Ministre de l'Intérieur s'adressaient à ces messieurs et non à la dernière administration. (...)" (lettre d'un électeur dans le PC du 09.01.1881)

Cependant, ce dernier contre-feu ne suffit pas et c'est la liste radicale qui passe en entier à la mairie. SALIS a le plus de voix (3447), VAREILLE en a 3320, ARNAUD 3214, DUCROS 3239, LAUTHIER 3143, NICOLAU 3178, THOMAS 3279, etc. Du côté de la liste républicaine, ALMAIRAC obtient 1900 voix, FONDERE 1914, CAUSSE 1904, etc. Sur 8227 inscrits, il y a eu 5224 votants (PC du 11.01.1881).

Par décret du Président de la République, en date du 09.02.1881, la mairie de Sète est ainsi composée : Maire, Jacques SALIS ; 1er adjoint, Marius-Simon VAREILLE ; 2ème adjoint, Pierre THOMAS. Le PM des 09, 10, 11, 12 et 13, donne par le menu le programme du nouveau conseil municipal, précédé d'un discours de Jacques SALIS. Ce programme paraît important, bien pensé à l'avance et redistribué dans les commissions : réforme du service des eaux et de la voirie, réorganisation du service des indigents, volonté de régler une fois pour toutes la question des rues privées AURIOL, etc. Vu le nombre des affaires, on prévoit tout de suite une session extraordinaire du conseil municipal, les commissions se réunissent tous les soirs, etc. Cependant, ce volontarisme de départ laisse percer rapidement l'inquiétude de voir retomber l'enthousiasme : "Il ne faut pas qu'il (le conseil municipal) se laisse arrêter dans ses travaux par les fluctuations de la politique, par les compétitions et les querelles intestines qui ont divisé trop souvent notre administration communale. Il faut qu'il produise quand même ; que la poussière des dossiers soit secouée, que ceux-ci soient étudiés avec soin et qu'une prompte solution leur soit donnée" (PM du 19.02.1881)

Jacques SALIS, maire de la ville de Cette
(photo probablement prise en 1903 quand il est député de la 3ème circonscription de Montpellier)
- Guide de l'Hérault 1904, vue 855 sur le site en ligne des AD 34 -



Les journaux de l'époque reproduisent souvent des lettres qui leur sont adressées sans que l'on sache qui, exactement, les a écrites. Ainsi, dans sa rubrique Tribune électorale, le PM du 14.10.1881 publie une lettre écrite le 13, concernant l'élection d'un conseiller général, suite à la démission de Jacques SALIS de cette assemblée : "Nous sommes l'écho d'un grand nombre de nos concitoyens en disant que pour mettre fin à la désunion qui vient encore diviser le parti radical et qui divisera sûrement notre conseil municipal, il serait nécessaire que le citoyen Honoré EUZET, conseiller d'arrondissement, qui d'après la hiérarchie démocratique a seul le droit d'aspirer aux fonctions de conseiller général, se présentât à nos suffrages. Elu deux fois conseiller municipal, conseiller d'arrondissement depuis quatre ans, le citoyen Honoré EUZET nous offre toutes les garanties possibles. Intelligence des affaires et convictions radicales éprouvées. Tous nos concitoyens connaissent son attitude ferme pendant les époques néfastes des 16 et 24 mai. De plus, nous sommes certains que son nom ramènerait l'union avec beaucoup de républicains qui ne se sont séparés de notre groupe que sous l'influence de deux personnalités rivales. Que le citoyen Honoré EUZET sorte donc de sa modestie habituelle ! Son nom s'impose ; qu'il se présente à nos suffrages, il sera vainqueur ; ou bien qu'il veuille bien nous donner les motifs de son refus. - Un groupe d'électeurs."

La réponse d'Honoré EUZET, est immédiate puisqu'elle se trouve dans le PM du 15.10.1881 : "Mes chers amis, je suis heureux que la lettre que vous avez publiée dans le Petit Méridional hier me fournisse l'occasion d'expliquer avec franchise pourquoi je n'ai pas cru devoir me rendre aux nombreuses sollicitations qui m'ont été faites, à l'effet de prendre part comme candidat à la lutte électorale du 16 octobre prochain. Plusieurs groupes d'électeurs avaient pensé que les quinze années de bons et loyaux services rendus à la démocratie cettoise, le mandat de conseiller municipal dont j'ai été investi à deux reprises, un stage de quatre ans dans le conseil d'arrondissement dont j'ai l'honneur d'être le vice-président, me donnaient des titres suffisants à la confiance de mes concitoyens ; ils avaient pensé aussi qu'il était bon que Cette fût représentée par un Cettois dans notre assemblée départementale où s'agitent des intérêts si divers. J'ai senti tout le poids de ces considérations et cependant j'ai cru qu'elles devaient céder devant des nécessités plus impérieuses encore. Ce n'est pas, en effet, au moment où notre parti donne le triste exemple des divisions personnelles que je dois venir jeter de nouveaux éléments de désordre. J'aurais volontiers autorisé mes amis à se servir de mon nom, si j'avais pu penser qu'il pût aider à reformer l'union du parti républicain cettois, dont je constate la division et le morcellement avec une tristesse qui sera partagée par tous les amis sincères de la démocratie. Mais ce résultat si désirable l'aurions-nous obtenu ? Il est pénible de le constater mais aujourd'hui le peuple trompé par des meneurs intéressés à nos divisions ne reconnaîtrait plus les siens. Voilà pourquoi, malgré les bruits qui ont couru avec persistance ces jours derniers, je ne briguerai pas le mandat de conseiller général. je me suis toujours tenu à l'écart de toutes les manoeuvres qui ont servi à nous diviser, et ce n'est pas sans une certaine fierté que je me rappelle que j'ai été l'élu de la démocratie cettoise dans un temps où elle était encore unie, où elle n'avait pas encore déserté le terrain des principes pour celui des personnalités. Il ne saurait donc me convenir de prendre une part quelconque aux querelles dont nous avons depuis quelques jours le décourageant spectacle. J'attends donc avec confiance l'expiration de mon mandat de conseiller d'arrondissement ; je soumettrai alors ma conduite et mes actes au verdict de mes concitoyens. Jusque là, je contribuerai dans le cercle modeste de mes attributions, à servir de mon mieux les intérêts de ma ville natale et de la République. Je vous assure, mes chers amis, de mon entier dévouement, H. EUZET, vice président du conseil d'arrondissement" Cette lettre fait référence à la candidature THOMAS (ex-sous-chef de la gare de Sète) - soutenue par les radicaux - contre celle de DUCROS - 2ème adjoint au conseil municipal. Le PM est rempli d'articles critiques contre Emile DUCROS. On comprends mieux pourquoi Honoré EUZET n'a pas voulu ajouter un élément supplémentaire de discorde. D'ailleurs, les résultats montrent que les deux candidats avaient chacun leurs partisans sans qu'aucun des deux ne se détache vraiment. En effet, le 18.10.1881, le PM indique que THOMAS l'a emporté avec seulement 2 voix de majorité, cependant que sur 9000 inscrits, il n'y a eu que 3200 votants. Le PM ajoute que "de nombreuses protestations se produisent qui amèneront infailliblement l'annulation de l'élection"

Dans sa lettre, Honoré EUZET indique qu'il est vice-président du conseil d'arrondissement. Effectivement, c'est dans sa première séance du 18.07.1881 que le conseil a tenu sa première séance sous la présidence du doyen d'âge, CAUSSE, assisté du plus jeune conseiller présent, GIRAUD. Au second tour de scrutin, c'est VIGOUROUX qui a été élu président par 6 voix contre 5 données à EUZET et 1 bulletin blanc (PM du 19.07.1881). Ensuite, EUZET a été élu vice-président par 8 voix. On voit, par ces votes, que notre Sétois avait pris du galon auprès de ses pairs. Il restait à transformer l'essai !

1882
Républicain indépendant, il s'oppose aux radicaux, échoue à être élu au Conseil général et, en conséquence, démissionne du Conseil d'arrondissement

Le contexte journalistique

Ce contexte est toujours celui d'une division entre les républicains radicaux [soutenus par l'Avenir Maritime, de Sète (AM) et le Petit Méridional, de Montpellier (PM)] et les républicains modérés [soutenus par le Petit Cettois) (PC), de Sète], cependant que les conservateurs [soutenus par l'Eclair (EC), de Montpellier] jouent les observateurs amusés et critiques des divisions républicaines. Un article du PC (le 18.02.1882) donne la tonalité de ces différences : "L'Avenir Maritime ayant eu l'occasion de parler de nous, hier, nous a traité de journal réactionnaire. Nous acceptons volontiers ce qualificatif - de la part d'un journal qui appelle l'Etre suprême Monsieur Dieu, - si ce journal a voulu dire que nous n'avons pas les mêmes principes que lui. Nous sommes, du reste, en trop bonne compagnie pour nous sentir blessé d'un terme qu'on n'a pas ménagé aux THIERS, aux DUFAURE, aux VACHEROT, aux Jules SIMON, aux VALLON, aux LABOULAYE, etc. Mais si notre confrère a voulu insinuer que nous sommes des partisans de l'ancien régime, des privilèges, - des ennemis de la liberté, nous n'acceptons pas l'épithète dont il nous gratifie, et nous lui répondons que nous sommes aussi libéral que lui, car nous voulons la liberté pour tout le monde, pour ceux qui pensent comme nous, comme pour ceux qui pensent autrement. Notre confrère pourrait-il en dire autant ? L'Avenir ajoute que les radicaux ne peuvent pas nous lire. Et pourquoi cela, s'il vous plait ? Est-ce que par hasard, il existerait dans le parti de l'Avenir un dogme qui interdirait à tous ses adeptes la lecture de journaux autres que les journaux radicaux ? Ce serait faire peu de cas de leur indépendance qu'on exalte si fort, pourtant. Ou bien, en alléguant cette prétendue impossibilité de nous lire dans laquelle se trouveraient ses amis, l'Avenir a-t-il voulu les mettre en garde contre la velléité qu'ils pourraient avoir à le faire, de peur qu'en nous lisant, leurs idées vinssent à changer ? Dans ce cas, ce serait faire peu de fond sur la fermeté de leurs convictions ? Quant à nous, nous avons une meilleure opinion de nos concitoyens, nous leur dirons au contraire : lisez tous les journaux, pesez, jugez, comparez en votre âme et conscience, et vous verrez ensuite quels sont ceux qui vous parlent le langage de la vérité, de la sagesse, du bon sens ; ceux qui veulent réellement votre bien, ceux qui sont vos vrais amis ? Nous ne redoutons pas cette comparaison le jour où le calme se fera dans les esprits et dans les coeurs, le jour où la raison règnera en maîtresse dans notre pays. L.C." Cependant, la situation n'est pas aussi claire qu'il y paraît. En effet, dans la campagne pour la conquête d'un poste de conseiller général, on voit alors le Sémaphore de Cette (SC), "organe de la démocratie radicale socialiste", soutenir à fond, Honoré EUZET, en tant que candidat radical socialiste contre Pierre THOMAS, le candidat radical officiel. Certes, les deux sont des candidats "républicains" mais il semble bien que le SC ait été créé à l'occasion du deuxième tour de cette élection au Conseil général, les résultats du premier tour ayant été invalidés par le Conseil d'Etat (l'exemplaire du 09.05.1882 n'est que le numéro 3, or, c'est justement dans ce numéro que l'on voit la profession de foi d'Honoré EUZET et la critique de son concurrent, Pierre THOMAS) ; ce nouveau journal est donc une machine de guerre des radicaux qui s'intitulent radicaux socialistes contre les radicaux tout court.


L'année 1882 marque un véritable tournant dans la carrière politique d'Honoré EUZET. Dès le mois de février, on s'aperçoit que les journaux radicaux commencent à mener une sorte de guerre d'usure contre lui et cette tension va aller crescendo jusqu'à la rupture. Ainsi, le PM du 13.02.1882 publie une réclamation critiquant l'absence d'EUZET à la réunion du 10 de la commission d'enquête pour les travaux du port de Sète (commission du conseil d'arrondissement) : "Le signataire affirme que les raisons de cette absence, données par le conseiller d'arrondissement qui s'était régulièrement excusé, sont fausses. Le protestataire nous semble trop affirmatif et il ne nous sied pas de le suivre sur ce terrain. Nous croyons que M. EUZET a été véritablement empêché parce que s'il en était autrement, il aurait une étrange façon de défendre les intérêts de la ville de Cette et de comprendre son mandat." C'est une attaque en règle mais c'est peut-être aussi le signe de l'esprit d'indépendance d'Honoré EUZET, surtout pour un sujet essentiel concernant sa ville (on se souvient que c'est à partir de ce même sujet que les attaques avaient été menées contre le maire Joseph ESPITALIER, en 1878). Il est clair que le parti radical ne supportait pas l'indiscipline. Le 16.02.1882, le PM publie la réponse d'Honoré EUZET (idem dans le PC du 15.02.1882) : "Je n'ai pas assisté le 10 à la première séance de la commission d'enquête sur les travaux du port de Cette pour cette seule raison : j'étais malade. M. X..., de l'Avenir Maritime prétend que je ne l'étais pas. C'est son droit, mais j'ai le regret de lui dire qu'il n'est pas en cela, d'accord avec mon médecin. J'avais cru jusqu'ici que ce dernier et moi, étions les meilleurs juges pour apprécier l'état de ma santé. Il paraît que je me trompais ; à l'avenir, si pareil cas se produisait, j'aurais le soin de prévenir M. X., en l'autorisant à se livrer sur ma personne à un examen médical (...)" Le PM répond alors, par l'intermédiaire d'une lettre d'un lecteur qui signe seulement d'un M : "J'avais cru, jusqu'ici, que lorsqu'une maladie empêchait un conseiller d'arrondissement de se rendre à la commission d'enquête sur les travaux du port de Cette, elle le dispensait également de se rendre au café ou au concert. C'était peut-être une erreur de ma part. Si cependant M. Honoré EUZET a transgressé les prescriptions du docteur pour se procurer quelques distractions, il aurait aussi bien fait, je pense, de se rendre là où le devoir l'appelait. Admettons, monsieur le conseiller, que j'ai tort en cette cisconstance, vous voyez bien que je suis conciliant ; cependant pourriez-vous me dire si c'est la même maladie qui vous dispense d'assister aux diverses commissions dont vous faites partie ? En ce cas, je le regretterais vivement ; mais comme les électeurs n'ont pas besoin d'un représentant qui, pour raison majeure, ne peut s'occuper de leurs intérêts, abandonnez un poste que vous remplissez si mal. Voulez-vous que je vous dise pourquoi vous ne manquez jamais aux séances du conseil d'administration ? C'est parce que votre absence serait signalée. Il n'en est pas de même pour les autres commissions, le compte rendu de séance n'étant pas publié. A bon entendeur, salut. - M." (PM du 17.02.1882)

Un autre débat a lieu à propos du tracé du chemin de fer, de la superficie à prendre par l'Etat et des indemnisations en conséquence. Une proposition d'Honoré EUZET est rejetée par la commission compétente (en particulier, l'Etat devrait prendre, dans le quartier des Pierres Blanches une superficie de 8 hectares au lieu des 16 demandées pour l'exploitation des carrières). Les conclusions adoptées par la commission fixent le chiffre à 14 hectares, étant entendu que les 2 hectares laissés à la ville devraient être contigus aux carrières déjà exploitées. Au passage, le journaliste du PM lance une pique à "notre ami Honoré EUZET", (...) "lui qui est rédacteur, depuis deux ou trois ans, au Petit Cettois" ... (PM du 20.02.1882)


"L'Avenir Maritime" contre "Le Petit Réveil" ou TAQUET contre EUZET

A la même date, le 23.03.1882, le PM et le PC tiennent le lecteur au courant sur le litige qui existe entre TAQUET (rédacteur en chef de l'AM) et EUZET. Le second reproche au premier des articles parus les 17 et 19 mars dans son journal (ces numéros n'ont pu étre retrouvés) et intitulés Types Cettois. Il estime s'être reconnu dans l'un d'eux, désigné sous le nom de Pipette (probablement en rapport avec l'usage de la pipe ou du moins du tabac). Il a envoyé ses témoins au domicile de TAQUET pour savoir si c'était lui qui était visé mais TAQUET a répondu qu'il n'avait pas nommé EUZET dans ses articles et donc qu'il n'avait pas à faire d'excuses. Au retour, les docteurs PEYRUSSON et BORDONE, missionnés par EUZET, ont fait leur rapport. A la suite, EUZET critique vertement TAQUET, en écrivant que s'il n'avait pas l'intention de le viser, il aurait dû avoir le courage de l'avouer et d'accepter les conséquences de sa déclaration. Du coup, TAQUET contre-attaque : "M. Honoré EUZET a cru devoir m'adresser des témoins pour me demander ou réparation ou rétractation de certaines paroles prêtées à à un personnage imaginaire que je désignais sous le nom de Pipette. D'après M. EUZET, ce personnage ne serait pas sans quelque ressemblance avec lui (...) Je refuse (...) formellement le duel proposé par M. Honoré EUZET à cause des articles parus dans l'Avenir, mais je lui demande réparation de la lettre insérée par le Petit Réveil de ce jour et je lui envoie mes témoins." Effectivement, le PM du 26.03.1882 donne le procès verbal fait par les deux témoins de TAQUET, AYMERIC et THOMAS, après avoir demandé à EUZET la "rétractation des outrages (...) ou une réparation par les armes". On voit que TAQUET inverse complètement la situation. En fait, chacun des deux dit être l'offensé et donc celui qui a le droit de choisir les armes et les conditions du duel (en plus, le seul fait du choix de THOMAS comme témoin de TAQUET montre que la compétition qui va suivre, entre EUZET et THOMAS, quant à l'élection au conseil général, avait probablement des ressorts plus personnels et plus anciens)

Honoré EUZET rend publique dans le PC des 26-27.03.1882, une lettre qu'il adresse à LEVÈRE et BLANCHET et qui souligne encore une fois la dégradation du climat au sein même du parti radical de Sète : "Mes chers amis. Il résulte du procès-verbal que vous avez bien voulu m'adresser, que les témoins de M. TAQUET et vous-mêmes aviez reconnu qu'à la suite de la polémique survenue entre lui et moi, une rencontre était inévitable. Ne pouvant vous mettre d'accord avec les témoins de M. TAQUET sur le point de savoir lequel de nous était l'offensé, vous aviez proposé de nous en remettre au sort pour le choix des armes. Les témoins de M. TAQUET ont reconnu que c'était là le moyen le plus simple de trancher la question. Consulté par vous, je me suis rallié à cette opinion et je vous ai donné carte blanche. M. TAQUET, consulté à son tour, n'a pas cru devoir accepter le moyen proposé par vous, accepté par ses propres témoins et par moi-même. Il a ainsi par ses prétentions non justifiées, rendu une rencontre impossible. Je me borne à constater les faits sans chercher à apprécier la conduite de mon adversaire, sachant bien que les gens de coeur l'ont déjà jugée avec la sévérité qu'elle mérite. J'ajoute qu'au fond, il m'importe peu d'avoir l'épée ou le pistolet comme arme de combat, aussi ai-je accepté spontanément la proposition que vous me faisiez de nous en remettre au sort pour le choix des armes. Mais ce que je repousse absolument, c'est le rôle odieux d'offenseur. Ce rôle appartient tout entier à celui qui tous les jours me diffame dans son journal, et qui, hier encore, au moment où vous discutiez avec les témoins les conditions d'une rencontre continuait ses lâches attaques au mépris des convenances les plus élémentaires. Ceci est mon dernier mot. M. TAQUET peut continuer sa vilaine besogne, ses attaques ne sauraient plus m'atteindre et encore moins m'émouvoir. Agréez, mes chers amis, avec mes remerciements, mes affectueuses salutations. H. EUZET." Cet article est utile à plusieurs titres, non seulement pour la connaissance des moeurs de l'époque mais, surtout, parce qu'il nous apprend l'existence de cette campagne de diffamation contre Honoré EUZET, organisée par l'AM, journal radical. Comment croire que ces attaques auraient pu se faire et se poursuivre sans l'aval de la hiérarchie radicale ? Comment expliquer que la lettre ci-dessus paraisse dans le PC et qu'elle ne soit pas dans le PM, autre journal radical qui suit de près la politique locale (par contre, le PM du 26.03.1882 donne le texte du procès verbal de rencontre entre témoins, par ceux de TAQUET : THOMAS et AYMERIC) ? A noter, pourtant, qu'un des deux témoins d'EUZET est LEVÈRE qui était président du comité radical de Sète (au moins en 1878) et qui apparaît dans la presse radicale comme participant aux réunions de la société de la Libre pensée (PM du 21.02.1882). Il est donc difficile de conclure sans avoir lu et étudié les articles incriminés de l'AM et du PR. Seule cette analyse permettrait de savoir quels sont réellement les faits qui étaient reprochés à TAQUET, d'une part, et EUZET, d'autre part. En tout cas, trouver la bonne explication permettrait de mieux comprendre ce qui va se passer tout au long de cette année 1882.

Le 31.03.1882, le PM publie le procès verbal du duel qui a finalement eu lieu : "A la suite du différend survenu entre M. Honoré EUZET, conseiller d'arrondissement, et M. TAQUET, directeur de l'Avenir Maritime, une rencontre a été reconnue inévitable entre les soussignés témoins des deux parties et aux conditions suivantes : 1/ Le duel aura lieu au pistolet demain matin à la frontière espagnole. 2/ Une balle sera échangée à vingt mètres au commandement et simultanément - Cette, 28 mars 1882 - Pour M. EUZET : L. BLANCHET, P. LEVÈRE - Pour M. TAQUET : L. DUPRÉ, B. MAGISTRE. Conformément aux conditions ci-dessus la rencontre a eu lieu à la frontière espagnole. Deux balles ont été échangées sans résultats. Les témoins ont déclaré l'honneur satisfait. Port Bou, 29 mars 1882 (signature des témoins) Le docteur ETIENNE, de Béziers, assistait les combattants."

L'élection du maire et des adjoints

Le 01.05.1882, le conseil municipal nomme comme maire Marius VAREILLE, comme premier adjoint Gaston ARNAUD et comme second adjoint Guillaume LAUTIER. "Ces nominations ont été le résultat d'une transaction. Notre conseil municipal était partagé, depuis quelque temps, en deux fractions à peu près égales, voulant, l'une, qu'il soit apporté dans l'administration de la Cité plus de décision, plus de volonté personnelle ; l'autre trouvant que le statu quo répondait heureusement à toutes les exigences de la situation présente : il n'est pas bon, en effet, que dans une assemblée délibérante, qui devrait avant tout ne s'occuper que d'affaires, un antagonisme trop accentué se produise ; que, sur un prétexte ou sur un autre, l'un tire à droite et l'autre à gauche." (PC du 02.05.1882) ; de son côté, le PM du 01.05.1882 donne le résultat des élections pour les communes importantes du département. En ce qui concerne Cette, il fournit les mêmes informations en précisant que "la séance a duré deux heures" et qu'il "n'y a pas eu de programme imposé". Le numéro du 1er mai du PC est manquant, ce qui empêche d'en savoir plus sur la liste des élus. De son côté l'Eclair donne les mêmes résultats en ajoutant que "ce résultat a surpris beaucoup de personnes" (EC du 01.05.1882) puis, le lendemain : "Il y aura encore de beaux jours pour M. NICAULAU, son camarade VAREILLE a été renommé maire, toutefois ce n'a pas été sans peine. Il paraît qu'il y a eu du tirage, la séance a été longue et orageuse et il n'a fallu rien moins que les efforts et l'éloquence du député de Cette pour faire prévaloir la transaction qui a amené le résultat que l'on connaît. Toutefois, l'accord n'aura pas été de longue durée, le bruit court que M. ARNAUD a déjà donné sa démission de premier adjoint." (EC du 02.05.1882). De son côté, l'AM explique longuement qu'ARNAUD avait espéré devenir maire, suite à différents contacts, et qu'il n'a pas retiré sa démission malgré une commission qui s'était rendue auprès de lui ; puis, le journal ironise : "M. ARNAUD voulait gravir le Capitole en chef et non en sous-chef" (AM du 05.05.1882)

L'élection au conseil général
(canton de Sète)

Le 27.04.1882, le PC signale que le Journal Officiel publie un décret convoquant pour le 14 mai les électeurs de Sète afin d'élire un conseiller général, "en remplacement de M. THOMAS, invalidé"

Dès le 06.05.1882, le PM commence ses attaques contre EUZET qui s'est porté candidat : "Depuis que la candidature de M. EUZET a été lancée, nous attendons sa profession de foi (...) Rien n'est encore venu et nous commençons à craindre que le candidat radical socialiste (le fait d'appuyer sur le mot socialiste est, sinon une critique, du moins une forme d'ironie) ne garde un mutisme complet (...) Les électeurs ont besoin d'une, même de plusieurs explications parce que M. EUZET n'était pas candidat au 16 octobre (...) Connaître si la candidature nouvelle est une simple fantaisie, un bon plaisir du condidat ou de ses amis, ou bien si ce candidat a des raisons, des titres ou des faits acquis qui militent en sa faveur (...) Nous sommes le 6 mai, les élections se font le 14, il ne faudrait pas attendre au dernier moment, car le procédé pourrait être discuté dans sa loyauté. Nous comprenons que le cas de M. EUZET est quelque peu embarrassant mais le silence n'est pas une excuse probante, et s'il ne veut pas que sa candidature tombe dans le domaine du risible et du puff, il faut qu'il en prouve le sérieux et donne des raisons valables."

C'est dans les quelques numéros conservés du SC que l'on voit en action le soutien qui est apporté à Honoré EUZET pour remporter le mandat de conseiller général. Ainsi, le 9 mai, le SC écrit en première page, en s'adressant aux électeurs : " Le comité républicain radical socialiste s'inspirant des principes démocratiques les plus avancés et des besoins de notre cité, recommande à vos suffrages le citoyen Honoré EUZET, ancien conseiller municipal, vice-président du conseil d'arrondissement. Le passé politique de cet honorable citoyen vous répond de la fermeté de ses principes ; les services qu'il a rendus dans les différents mandats dont vous l'avez investi, nous sont un garant qu'il saura tenir dignement sa place au conseil général. Citoyens, vous ne vous laisserez pas influencer par les manoeuvres intéressées de certaines coteries ; (...) Citoyens ! Depuis quinze ans, vous avez toujours trouvé le citoyen Honoré EUZET à l'avant-garde de notre parti ; sous l'Empire et pendant les périodes néfastes du 24 mai et du 16 mai, il était à la brêche. En l'envoyant siéger au conseil général, vous montrerez que vous savez distinguer les vrais serviteurs de la cause populaire, ceux qui dans les temps difficiles, n'ont jamais désespéré de l'avenir de la République, et ont tout fait pour en assurer le succès définitif. Vive la République démocratique et sociale. Pour le comité des groupes républicains, radicaux, socialistes. La Commission : AIGON Félix - BLANCHET Louis - HÉRAIL Louis - CROS Henry - LEVÈRE Pierre - BAGOT Jules.".

Suit, ensuite, la lettre du candidat aux électeurs radicaux : "Citoyens, en posant ma candidature au Conseil général, je cède aux instances réitérées de mes amis politiques. Ils ont pensé que sur mon nom pouvait se reformer l'union du parti républicain cettois, que des dissensions personnelles divisent si malheureusement depuis plusieurs années. Quelle que fût ma résolution de rester momentanément en dehors des luttes électorales je n'ai pu refuser de m'associer à une oeuvre de concorde républicaine. Si les efforts de mes amis et les miens ne devaient pas être couronnés de succès, je n'en considérerais pas moins comme un grand honneur d'avoir poursuivi un but si désirable. Mais j'estime, citoyens, que pour porter ses fruits, cette union ne saurait se faire que sur le terrain de vrais principes démocratiques. Je me présente donc à vos suffrages sous l'invocation des mêmes principes qu'en 1877, alors que je briguais le mandat de conseiller d'arrondissement. J'étais à cette époque, avec ceux qui pensent que la République ne serait qu'un leurre si elle ne nous servait à réaliser progressivement l'ensemble des réformes politiques et sociales qui doivent améliorer le sort des classes laborieuses. Ce que j'étais alors, je le suis aujourd'hui : mon programme n'a pas changé ; vous l'avez ratifié il y a quatre ans, je viens vous demander de lui donner une nouvelle consécration. Citoyens, dans les divers mandats dont vous avez bien voulu m'investir depuis 1872, tous mes actes, tous mes votes, je le dis avec fierté, m'ont été dictés par mon dévouement inaltérable à la cause républicaine et par le souci de la prospérité de ma ville natale. Comme membre du conseil municipal et comme membre du conseil d'arrondissement, j'ai eu l'occasion d'étudier toutes les questions qui se rattachent aux intérêts moraux et matériels de notre canton. Si vous m'envoyez au conseil général, je saurai mettre à profit l'expérience acquise pendant dix ans de vie publique. Citoyens, vous me connaissez. Enfant de Cette et républicain, c'est à ce double titre que je sollicite vos suffrages. A vous de voir si mes services antérieurs me rendent digne d'une nouvelle marque de confiance. Si votre verdict m'est favorable, vous trouverez en moi, comme par le passé, je vous le promets, un serviteur fidèle de vos intérêts, un défenseur énergique des droits du peuple. Si, au contraire, citoyens, votre décision ne répond pas à mon attente, je l'accepterai sans amertume, pour reprendre dans les rangs de la démocratie, la place modeste qu j'y occupais il y a quinze ans, alors que, tous unis, nous préparions l'avènement de la République. Vive la République démocratique et sosiale ! Honoré EUZET, ancien conseiller municipal, vice président du conseil d'arrondissement."

Plus encore que le soutien à Honoré EUZET, c'est la critique acerbe de Pierre THOMAS qui frappe dans ce numéro du 09.05.1882 du SC. Le journal rappelle l'élection du 16 octobre 1881, la cassation par le Conseil d'Etat le 18 mars 1882 et l'information de cette cassation le 18 avril 1882 puis, s'adressant à THOMAS, il est écrit : "Vous avez été invalidé parce que vous méritiez de l'être, parce que le dépouillement du scrutin s'était fait dans des conditions particulièrement scandaleuses (...)" et le journal ajoute : "si nous avons à nous plaindre de quelque chose, c'est que cette réparation ait été trop tardive, c'est que ayez pu vous parer pendant cinq mois d'un titre qui ne vous a jamais appartenu". Le même journal ne manque pas de souligner que le conseil municipal lui a refusé son appui par trois scrutins, alors que les édiles étaient élus par son comité et donc qu'ils ont pu apprécier ce qu'il valait.

Le 09.05.1882, le PM publie, à la demande d'Honoré EUZET, ses deux professions de foi, l'une adressée aux électeurs et, l'autre, aux électeurs radicaux. Le PM le fait, bien que, souligne le journal, il ait reçu les documents seulement la veille, "c'est-à-dire après leur publication dans d'autres journaux de la région." :

Le 11.05.1882, le SC continue l'appui à Honoré EUZET et accentue la charge contre Pierre THOMAS. Pour le premier, il écrit : "Honoré EUZET est un enfant du pays, Cette l'a vu naître, nous l'avons vu grandir, nous l'avons vu à l'oeuvre ; quoi de plus naturel et de plus logique qu'une mère défende son enfant ? Cette, défendra le sien c'est certain.". Contre le second, il écrit : "M. Pierre THOMAS, de Cahors, s'indigne contre M. le Préfet de l'Hérault, contre le Conseil de Préfecture, contre le Conseil d'Etat enfin, de ce que l'invalidation de son élection - le 16 octobre dernier, - est venue tromper ses plus chères espérances." ... alors que, le 16 octobre (explique le SC), les urnes contenaient 43 bulletins de plus qu'il n'y a eu de suffrages exprimés, bref, que les autorités administratives et judiciaires ont condamné des irrégularités. Le lendemain, le SC reprend les mêmes arguments, en particulier sur l'origine des deux candidats : "Tous les électeurs intelligents et impartiaux penseront qu'il vaut mieux choisir un cettois comme conseiller général, qu'un étranger (...)" (SC du 13.05.1882).

Plus intéressant encore est l'analyse de la situation portée par le MDM du 11.05.1882 : "La lutte sera circonscrite entre radicaux plus ou moins avancés (dans cette première appréciation, EUZET est donc qualifié de radical), et ni conservateurs ni même opportunistes, ne songent à se mettre sur les rangs ; c'est vous dire que nous sommes disposés à garder la neutralité la plus absolue. Les seuls compétiteurs qui jusqu'à ce jour sont sur les rangs sont, d'une part, M. EUZET, membre et vice-président du conseil d'arrondissement, qui se qualifie de démocrate-socialiste (c'est la première fois que l'on apprend comment il se qualifie lui-même) , et, d'autre part, ledit M. THOMAS, invalidé, qu'on ne désigne plus que sous le nom de candidat perpétuel et qui signe comme républicain radical. Il serait difficile de dire quelle est celle des deux affiches qui est d'un plus beau rouge ; et ce qu'il y a de plus surprenant, toutefois, c'est que la proclamation de M. EUZET, socialiste (on voit dans cette nouvelle appréciation que, pour les conservateurs, le socialisme n'est qu'une forme avancée du radicalisme), est relativement d'un caractère beaucoup plus modéré. Cette anomalie est facile à expliquer, c'est que M. EUZET, à qui l'on peut bien reprocher d'être un républicain utopiste, est toujours tel qu'on l'a connu sous l'Empire et n'a donc pas eu besoin d'exagérer sa nuance (cet argument, ce raisonnement, lui permettra de surmonter toutes les crises qui vont émailler sa carrière, à commencer par celle-ci), tandis que son concurrent, dont le passé remonte moins haut, a senti le besoin d'accentuer la sienne. Ce qui est encore plus étrange, c'est que M. THOMAS cherche à se faire un titre de la décision du conseil d'Etat qui l'a invalidé, et s'intitule le candidat de la protestation, espérant faire partager son irritation personnelle à la masse électorale (...)" Dans le même article, le MDM indique qu'un nouveau journal vient d'être publié, "en vue de soutenir la candidature de M. EUZET ; cette feuille a pris un titre déjà connu, le Sémaphore de Cette ; elle contient des articles fort spirituels, et laisse assez loin derrière elle ses soeurs en radicalisme. Quoiqu'il en soit, quand le MDM va publier les résultats de l'élection (MDM des 15 et 22.05.1882), ils présentera THOMAS comme radical et EUZET comme socialiste.

Le 12.05.1882, le PC reprend une lettre d'Honoré EUZET qu'il a adressée à THOMAS, son concurrent, par l'intermédiaire de deux de ses amis, BRUNEL (conseiller municipal) et LEVERE. Il propose à THOMAS une "réunion publique contradictoire", au théâtre. Il lui laisse le choix du jour et de l'heure mais il attend sa réponse le soir même. Après avoir rencontré THOMAS, les deux amis en question l'avertissent que celui-ci doit consulter son comité sur cette question et qu'il donnera sa réponse le lendemain matin, 10 mai, "dès la première heure". EUZET constate le 10 au soir qu'il n'a aucune réponse et déclare : "Cet incident que je considère comme clos, sera apprécié par le public" (cet épisode est passé sous silence dans le PM).

Il est certain que dans cette lutte fratricide, tous les coups ont été utilisés, même les plus discutables. Ainsi, dans une tribune électorale, le PM indique quelle fut la conduite de THOMAS pendant la guerre contre les Prussiens. En effet, le journal explique que "dans un but de discrédit, on écrit et on fait courir le bruit que grâce à la protection de M. GAMBETTA, le citoyen THOMAS a été nommé, pendant la guerre, officier de l'intendance, ce qui lui a permis de rester à Cette, les pieds sur les chenets, pendant que les hommes valides de son âge allaient se faire tuer à la frontière." Le journal décrit avec beaucoup de détails le parcours de THOMAS, parti alors qu'il n'était pas obligé et ayant accompli son devoir jusqu'en novembre 1871. Le journal rappelle aussi que, depuis 1871, il est membre du conseil municipal "où il a rendu dans des périodes autrement difficiles que celles d'aujourd'hui, des services signalés." (PM du 14.05.1882)

Le PM donne, le 15.05.1882, les résultats de l'élection (1er tour) destinée à remplacer THOMAS dont l'élection au conseil général avait été invalidée par le Conseil d'Etat : "THOMAS républicain 1976 voix ; EUZET républicain 1.115 voix ; FERRA 82 voix ; bulletins nuls 155 ; bulletins blancs 12 ; il y a ballottage." A noter que dans ces résultats, Honoré EUZET est présenté de la même manière que THOMAS : républicain.

"Le mal dit Républicain (nom ironique donné par le PM au MR) engage M. EUZET à continuer la lutte (pour se faire élire conseiller général). Il ne fallait pas moins attendre d'un journal qui est dirigé par l'ancien trappiste BERTHAULD. Le mal dit Républicain est un journal réactionnaire, qui fait les affaires de la réaction en essayant de diviser le parti républicain. M. EUZET consentira-t-il à être le complice de la mauvaise action commise par ce journal ? (PM du 18.05.1882 - on avait déjà trouvé ce type de critique par le PM, les 11 et 14 mai et on les retrouvera ensuite, le 30 mai)

De son côté, avant le scrutin de ballottage, le SC résume la situation ainsi, dans son numéro du 20.05.1882 : "Par la décision du 24 mars dernier, le Conseil d'Etat a réduit à 2226 les 2237 voix que M. VAREILLE, maire de la ville de Cette, avait cru acquises à M. Pierre THOMAS, candidat au Conseil général. Le dimanche 14 mai, M. THOMAS a vu ce chiffre de 2226 dégringoler à 1975 voix. Le dimanche 21 mai, justice sera faite au candidat de la protestation. - Un groupe de radicaux." Ce journal critique la candidature officielle de THOMAS qui rappelle celles du temps de l'Empire. A noter aussi une communication qui situe bien les positions respectives : "Quant à M. EUZET, son concurrent, s'il ne représente pas absolument nos idées politiques, nous estimons que par sa connaissance plus approfondie des affaires commerciales et administratives il peut défendre, d'une manière plus efficace, nos intérêts au Conseil général. Bien qu'il ait été, en d'autres occasions, notre adversaire, nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître qu'il ne s'est jamais départi, à notre égard, de la courtoisie qu'on se doit entre républicains ; qu'il s'est tenu à l'écart des intrigues qui ont amené la déplorable situation actuelle. De plus, c'est un candidat indépendant, patronné par un comité indépendant ; son élection serait une protestation contre la candidature officielle. - Vive la République.". Il est indiqué que les signatures suivent mais aucun nom n'est donné à ce communiqué écrit, manifestement, par des républicains modérés. Conclusion : si le SC se présente comme l'organe de la démocratie radicale socialiste, on voit bien qu'il s'appuie aussi sur des républicains radicaux indépendants et des républicains modérés, face au bloc des républicains radicaux officiels.

Le PM, lui, fustige EUZET qui a décidé de maintenir sa candidature au second tour : "Malheureusement, nous avions compté, paraît-il, sans l'indiscipline de quelques groupes ambitieux et sans l'égoïsme de certains candidats qui, dans une lutte électorale, oublient le chapeau du parti qu'ils ont la prétention de représenter pour ne penser qu'à leurs intérêts personnels ; nous avions compté sans ces brouillons sempiternels que l'on voit surgir pendant toutes les périodes électorales et qui, volontairement ou non, font les affaires de la réaction" (PM du 19.05.1882 qui rappelle les affaires de Rochefort, Uzès, Montauban et, surtout, celle de Roujan, dans l'Hérault, où un bonapartiste a été élu conseiller général). Puis, le PM se fait plus précis : "M. EUZET compte-t-il sur les abstentions ? Mais tout le monde sait que les électeurs sont fatigués de voter, et que les abstentions constatées au premier tour seront peut-être plus nombreuses encore dimanche prochain. Nous avons beau chercher, nous ne trouvons rien, absolument rien qui justifie la conduite de M. EUZET mais nous voyons un candidat qui n'a pas su accepter sa défaite avec la modestie qui lui convenait, et dont la persistance peut assurer le succès d'une candidature réactionnaire posée au dernier moment."

"A l'heure où paraîtront ces lignes, le scrutin sera ouvert. Nous adressons un dernier appel aux électeurs républicains pour les inciter à se rendre en masse dans les salles de vote et à déposer dans l'urne le nom de M. THOMAS. Il s'agit aujourd'hui non seulement de voter pour un républicain sérieux, honnête, qui a donné des preuves incontestables de son dévouement à la ville de Cette et à la République, mais aussi de planter hardiment le drapeau de la discipline républicaine. M. THOMAS, nous le répétons, est le candidat de la discipline, de la loyauté républicaine, contre M. EUZET, le candidat des révoltés, des ambitieux, des brouillons, des dissidents. Il n'y a plus de démocratie possible si le parti républicain ne donne pas une leçon méritée aux indisciplinés comme M. EUZET qui se proclament radicaux et socialistes et se laissent patronner par les orléanistes et par les modérés. Nous avons confiance dans la démocratie cettoise et nous sommes certains qu'elle votera en masse, aujourd'hui, pour M. THOMAS. La démocratie cettoise n'oubliera pas que M. EUZET est le candidat des journaux dirigés par les cléricaux et de comités composés d'opportunistes, de modérés, de fruits secs du suffrage universel. Quand on est vraiment socialiste et radical, on repousse des alliances compromettantes ; c'est ce que M. EUZET n'a pas fait. Les électeurs s'en souviendront aujourd'hui. (PM du 21.05.1882)

Le PM donne, le 22.05.1882, les résultats du second tour de l'élection pour le conseil général "THOMAS candidat radical élu par 2190 voix ; EUZET candidat radical socialiste 1284 voix ; RIUS candidat socialiste 397 voix ; bulletins blancs 47 ; 3947 votants ; THOMAS a gagné 214 voix entre le premier et le second tour." A noter que dans ces résultats, Honoré EUZET est présenté comme radical socialiste (on peut voir là une première étape avant l'élection municipale de 1884). A noter aussi que 6030 électeurs se sont abstenus sur 9977 inscrits (PC des 21-22.05.1882), soit plus de 60 % d'abstention. Le même PC, dans ce numéro, donne des explications sur la candidature RIUS, lequel "se place sur le terrain des revendications de la classe ouvrière". Là-encore, on se rend compte de la montée en puissance d'une nouvelle force.

D'une certaine manière, on peut dire que tout ce combat électoral trouve sa conclusion dans un litige qui oppose SERENO (du PM) à BONNEL (du MR). Le second dit qu'il a infligé une gifle au premier et le premier dit que le second l'a calomnié. Des témoins se rencontrent - et c'est là que c'est intéressant pour notre sujet. En effet, les témoins du responsable du PM sont deux députés de l'Hérault : SALIS et VERNIÈRE, cependant que les témoins de BONNEL (responsable du MR) sont EUZET et ROMAN. Si l'on passe sur les détails (savoir qui est l'offensé, notamment), il faut surtout retenir qu'EUZET se trouve désormais face à SALIS et ce, dans la défense d'un journal de modérés, pour ne pas dire plus ! C'est, à tout le moins, un renversement d'alliance pour EUZET à qui, pourtant, personne ne dénie le titre de radical et qui, en plus, se dit socialiste. Il y a là un mélange des genres tout à fait surprenant qui tient, certainement, à la personnalité même d'EUZET, caractère qui lui permettra, plus tard, de gagner puis de conserver la première place à la mairie, plus qu'aucun maire avant lui.

Des démissions en chaîne

"A la suite de l'élection de dimanche dernier (pour le Conseil général), M. EUZET a adressé à M. le préfet sa démission de conseiller d'arrondissement pour le canton de Sète. (PM du 23.05.1882). Bien évidemment, dans un écrit du 26, le MDM porte un jugement critique sur cette démission : "On nous a annoncé que M. Honoré EUZET a donné sa démission de membre du conseil d'arrondissement ; c'est de tradition républicaine : il n'y a dans le personnel qui marche sous les drapeaux de la république française que des amours-propres féroces. l'un donne sa démission d'adjoint parce qu'il n'a pas réussi à se faire élire comme conseiller général, l'autre se démet de ses fonctions de conseiller d'arrondissement parce qu'il n'a pas été élu conseiller général. Mais il y a plus, le conseil municipal lui-même serait en plein désarroi : on nous annonce la démission de MM. DUCROS et BRUNEL comme conseillers municipaux ; et on ajoute que d'autres membres du parti DUCROS imiteront bientôt cet exemple." (MDM du 28.05.1882). Le PM donne les mêmes informations mais sans commentaires : "A la suite de l'élection de dimanche dernier (pour le Conseil général), MM. DUCROS et BRUNEL ont adressé leur démission de conseillers municipaux à M. le maire. D'autres conseillers municipaux ayant soutenu aussi la candidature EUZET doivent imiter MM. DUCROS et BRUNEL." (PM du 26.05.1882).

En septembre 1882, les démissions de conseillers municipaux se succèdent. Si celles de SALIS (député) et THOMAS (conseiller général) sont données pour, officiellement, "ne pas cumuler les fonctions électives" (PM du 22.09.1882), les autres sont clairement dues à la désunion qui règne au conseil municipal. Ainsi pour NICOLAU : "Le conseil municipal étant désuni et sa désunion ne pouvant que nuire à la bonne gestion des intérêts de la ville, je crois qu'il est de son devoir de se retirer pour ne pas tromper la confiance des électeurs" (PM du 22.09.1882) ; c'est aussi le cas de PRADINES qui maintient sa démission malgré les démarches faites pour qu'il reste en place : "attendu qu'il y a certains membres qui comptent sur les absents pour faire passer les affaires qui compromettent les intérêts de la ville et la dignité du conseil" (PM du 22.09.1882) ; le 25, on compte 8 démissionnaires sur les 27 conseillers et, en plus, "la majeure partie des membres restants ont prouvé mainte fois par l'opposition systématique qu'ils faisaient à toutes les propositions de l'administration, qu'un autre intérêt que celui d'une bonne gestion était leur but principal" (PM du 25.09.1882). Le PM appelle alors à une nouvelle élection générale et rappelle le précédent de 1878 : "En 1878, la question du port divisa en deux parties le conseil municipal. D'un commun accord les membres d'alors comprenant que cette désunion serait nuisible se retirèrent et le corps électoral trancha le différend. Aujourd'hui, c'est la question de l'eau qui est venue brouiller les esprits (...) Il n'y a qu'à faire comme en 1878, consulter le suffrage universel." (PM du 25.09.1882).

En effet, qui dit démission dit remplacement. Or, en ce qui concerne le conseil d'arrondissement, il s'agit de remplacer Honoré EUZET mais ce n'est pas le plus facile, comme le constate le MDM du 27.06.1882 : "Dans notre ville qui, d'après le dernier recensement, n'aurait pas moins de 35.000 âmes, il se passe un fait qui est très caractéristique et qui ne s'était pas encore produit. Les électeurs étaient convoqués pour aujourd'hui dans le but d'élire un conseiller d'arrondissement en remplacement de M. EUZET, démissionnaire. Aucune candidat ne s'est présenté et les électeurs se sont également abstenus." Le journal trouve deux causes à cette défection. D'une part, la lassitude des électeurs suite aux trop nombreux scrutins et, d'autre part, les fonctions de conseiller d'arrondissement qui sont jugées insignifiantes.

Dernière touche sociale à cette année 1882, le souvenir de l'insurrection de la Commune parisienne. Le PC du 23.03.1882 fait paraître une lettre d'un membre du Cercle catholique qui évoque un article paru dans AM, à propos de la Commune de Paris. Ce correspondant indique que, le 18 mars, "les communards de Cette fêtaient l'anniversaire d'une insurrection criminelle, faite en présence de l'ennemi" et puis, que "le Cercle républicain radical a brillamment fêté l'anniversaire de la Commune" (banquet, toasts, bal ...) : "soirée qui restera longtemps dans le souvenir des républicains socialistes qui y ont participé", écrivait-on dans AM. Evidemment, le correspondant catholique ne citait ces lignes que pour "en faire justice".

1883

Dès 1883, la presse radicale se fait l'écho de la formation d'un groupe socialiste, sans pour autant indiquer l'ampleur de ce mouvement naissant : "Conformément à une décision prise par les initiateurs pour la formation d'un groupe socialiste, les socialistes sans distinction d'école sont invités à se rendre à la réunion qui aura lieu samedi prochain, 3 mars, à 8 heures et demie du soir, dans une des salles du café de la Paix, rue de l'hospice. les initiateurs invitent les travailleurs à assister à cette réunion, convaincus que les ouvriers ne doivent plus compter que sur eux pour arriver à leur émancipation. Nous convions nos frères à venir en masse avec nous pour former une majorité compacte du parti des travailleurs." (PM du 01.03.1883).

Changement dans le petit monde des journaux, l'Avenir Maritime (AM) devient le Radical Cettois (RAC), aux ordres du président du Cercle Radical (PC des 30.09-01.10.1883), comme on le voit aussi dans une lettre adressée par Léopold CROS au PC : "Samedi, j'ai été grossièrement attaqué par la feuille de chou qui a pris la place de L'Avenir Maritime. Cela n'a rien d'étonnant quand on connaît les vrais inspirateurs de ce chiffon de papier" (PC du 23.10.1883) ou encore une lettre de J.B. MEISSONNIER qui critique un article paru dans le RAC : "le Radical Cettois, qui comme chacun sait, n'est autre que l'Avenir Maritime, transformé pour les besoins de la cause des boucaniers qui sont montés à l'assaut du pouvoir, dans la commune, et la traitent depuis lors en pays conquis." (PC du 24.10.1883)

Crise municipale : "M. le préfet a accepté cette démission (du maire et des adjoints) et a dit aux délégués qu'il choisirait la nouvelle municipalité parmi les premiers inscrits sur la liste municipale. Ceux-ci sont MM. THOMAS, DÉFARGES et PARENT (...) M. THOMAS ayant donné sa démission de conseiller municipal, ne saurait accepter logiquement les fonctions de Maire. Il est donc probable que ce sera M. DÉFARGES (...)" (PC des 24-25.12.1883) Aux mêmes dates, le PM indique qu'une délégation de 3 membres est allée trouver le préfet pour composer la nouvelle administration mais sans succès, et le journal ajoute : "Il paraît que le préfet songerait à notre conseiller général (SALIS) ou à notre conseiller d'arrondissement (EUZET) pour la mairie, mais nous ne savons pas si un de ces citoyens est disposé à se fourrer dans pareille bagarre" (PM du 24.12.1883). Dès le lendemain, on apprend que DÉFARGES (écrit DEFARGE) est désigné pour remplir les fonctions de maire (PM du 25.12.1883). Puis, le feuilleton continue du fait de l'absence (jusqu'au 25) de VAREILLE, maire démissionnaire, qui doit procéder à l'installation du maire provisoire (PM du 26.12.1883)

Au sein du conseil municipal, la division entre les radicaux et les modérés semble de plus en plus nette à la fin de l'année. A la dernière séance du conseil, sous la présidence de DÉFARGES, les radicaux envisagent une démission collective : "Dès l'ouverture de la séance, il a été donné lecture d'une lettre signée NICOLEAU, LAUTIER, DIDIER, PRADINES et deux ou trois autres membres protestant contre le blâme dont l'administration VAREILLE avait été l'objet et demandant presque au Conseil un vote de confiance envers cette même administration. Comprend-on cela : MM. NICOLEAU, LAUTIER et DIDIER se faisant donner un bon point par ceux de leurs collègues qui ne veulent plus d'eux ? M. DÉFARGES a accueilli cette proposition comme elle le méritait en disant simplement qu'il en prenait acte. (...) A la fin de la séance quelques membres du Conseil ont présenté une proposition tendant à ce que le Conseil se dissolve après le 6 janvier, époque à laquelle finit le mandat qui lui a été confié par les électeurs. Cette proposition ayant été repoussée par d'autres membres, il n'a été pris aucune décision." (PC du 28.12.1883)

1884
Il entre au conseil municipal et est élu 2ème adjoint, en juin

Le mandat des conseillers municipaux finissant le 6 janvier 1884, le préfet a dû proposer une prorogation de ce mandat mais les radicaux refusent cette offre comme on le voit dans la lettre adressée au préfet par treize conseillers municipaux, NICOLEAU, LAUTIER, BEFFRE, LAGARDE, NOUGARET, BOUNY, PRADINES, BERGNES, MARQUÈS, DIDIER, VAREILLE, AUBER et PARANT : "Les soussignés, élus au conseil municipal de Cette en 1881, pour trois ans, sont d'avis qu'ils exèderaient leurs pouvoirs s'ils acceptaient la prorogation qu'une disposition transitoire vient de leur offrir. Aussi, tout en remerciant les électeurs de leur honorable confiance, ils se font un devoir de les informer que, par respect pour le suffrage universel, ils cessent, dès ce jour, leurs fonctions municipales." (PM du 06.01.1884). Dans le même numéro du PM, le journaliste ajoute que le conseil municipal est ainsi réduit à huit membres et que le préfet devra prendre un arrêté pour des élections complémentaires. Il critique, ensuite, le jeu des personnalités et écrit : "après douze ans de travail, le parti républicain est des plus divisés" et en conclut : "La division ayant pris naissance dans les personnalités, tout ce qui a été mêlé en quoi que ce soit au mouvement doit être écarté dans l'avenir. Les choix doivent être faits parmi les non-compromis. La future liste doit être toute composée d'hommes nouveaux. C'est le seul moyen d'arriver vite à la conciliation et à l'union du parti (...)".

Manifestement, les commentaires du PM n'ont pas plu aux conseillers municipaux restants : "Il paraît que l'aéropage qui forme à la mairie le Conseil des Huit jusqu'à ce que de nouvelles élections soient venues en désigner d'autres, a donné, des ordres visant notre journal, et nous devons à l'avenir, ne pas attendre la moindre communication de nos gouvernants communaux; (...) Nous nous inclinons. (...)" (PM du 11.01.1884). La question posée était celle des communications des délibérations communales au PM. La réponse est le boycott du journal par la mairie.

Du côté des conservateurs, on raille l'équipe VAREILLE : "Quoiqu'il en soit, bien qu'on ne puisse attendre rien de bon du suffrage universel tel qu'il fonctionne et tel qu'il est dirigé, nous ne croyons pas qu'on puisse trouver plus mal que feu l'administration VAREILLE et compagnie." (PC du 08.01.1884). Le même journal précise que DÉFARGES fait fonction de maire (05.01.1884).

Entre également en jeu, un nouveau journal, le PRC avec un de ses rédacteurs : Honoré EUZET qui écrit sous le pseudonyme Quidam (voir l'explication dans l'article du PM du 02.05.1884 qui se trouve dans la partie "1863 à 1869" ci-dessus). C'est ainsi qu'en janvier se développe une polémique entre le PRC et le PM : "Le Quidam chevaleresque, dont l'ambition mal déguisée est d'obtenir une place en tête de la liste des candidats au Conseil municipal de Cette s'essouffle chaque samedi d'une façon invariable, pour accuser de gaspillage une administration (c'est le Conseil municipal dans son ensemble qui est visé, et donc sous la coupe de la majorité radicale, actuellement démissionaire) qui, certainement, ne lui a pas fait perdre le moindre grain (allusion à son activité de courtier en grains) (...) Tout préoccupé de consolider ses anciens tréteaux, Quidam oublie d'éclairer sa lanterne, c'est-à-dire de montrer les attestations, les témoignages (...) Ici pas une seule preuve (...) Dans quelques jours, l'administrateur dont l'écharpe empêche Quidam de dormir (il est connu de tous qu'Honoré vise le poste de maire), livrera sans doute à la publicité, conformément à la loi, son compte administratif de l'exercice 1883. Le moment sera venu de trouver dans ce document officiel et de faire connaître à la population la justification d'attaques si obstinément rééditées. Si le claivoyant Quidam néglige de le faire, comme il l'a négligé pour 1881 et 1882, il s'expose à se faire encore traiter publiquement de radoteur. Il serait difficile, en effet, de croire Quidam sur parole. Dernièrement, il lançait contre le conseil municipal, comme un pavé écrasant, une phrase que devait avoir prononcée notre député (il s'agit de Jacques SALIS) dans une réunion du cercle Radical. Or, il paraît que la phrase était une pure invention et que le député a déclaré par écrit qu'elle ne lui appartenait pas. (voir plus loin sur cette phrase où serait inclus le mot turpitude) certainement notre député a trop de tact et de bon sens pour avoir tenu le langage familier à Quidam. C'est dommage : Quidam avait tant sué pour rouler ce roc ! Plaignons Quidam-Sisyphe ! (PM du 18.01.1884)

Suite de cet épisode le 22.01.1884 avec une une lettre du radical BLANCHET au PM : "Ce n'est pas mon ami et collaborateur "Quidam" qui a fait le compte rendu de la séance du cercle républicain radical dans le numéro du Petit Républicain Cettois du 6 courant, et c'est en m'appuyant sur les dires de l'unanimité des membres et sur le texte du procès-verbal de la séance que j'ai, moi, attribubuée justement au citoyen SALIS, député et membre du cercle, les paroles que l'on essaye de nier aujourd'hui pour les besoins d'une cause perdue. J'atteste, et tous les membres du cercle présents à la réunion l'attesteront comme moi, que le citoyen SALIS a dit textuellement : "Il faut nécessairement que le prochain conseil municipal de Cette soit composé d'hommes intègres, intelligents et dévoués, dignes, en un mot, de la grande cité qu'ils représentent et auxquels on ne puisse pas reprocher les turpitudes dont se sont rendus coupables certains conseillers municipaux qui n'ont pas craint de faire passer leurs intérêts privés avant ceux de la commune" (...) Le cercle entier a applaudi et c'est avec plaisir que je me suis joint à lui pour approuver notre député." (PM du 22.01.1884) Le PM ne s'est pas avoué vaincu, au contraire, dans son numéro du 23.01.1884, il fait paraître une correspondance de SALIS qui déclare qu'il n'a pas prononcé la phrase incriminée. Du coup, le PM ironise sur BLANCHET et le PRC : "Il est certain que tant qu'il serait resté embusqué derrière sa feuille, il aurait pu tirer sur nous tout à son aise, comme il l'a fait à plusieurs reprises, nous aurions gardé le silence (...)" Par cet échange, on voit donc que le camp républicain de Sète est de plus en plus fragmenté en ce début 1884. Non seulement, il y a les modérés du PC (et les 8 conseillers municipaux restants) mais les radicaux eux-mêmes sont partagés entre ceux du PM (et les 13 conseillers municipaux démissionaires) et ceux du PRC (dont Honoré EUZET). Un peu plus tard, la situation se complique encore car le président et le secrétaire du Cercle républicain radical font publier dans les journaux l'extrait du compte rendu de la réunion du Cercle du 4 janvier, compte rendu qui reprend le discours de SALIS avec les mots qui accusent certains conseillers municipaux de turpitude. Si la publication de cet extrait ne surprend pas trop d'être dans le PC du 29.02.1884, on peut se poser d'autres questions de le voir publié sans commentaires dans le PM du 28.02.1884, exactement comme si le PM lâchait le député SALIS, parce que celui-ci avait soutenu les éléments les plus extrémistes du conseil municipal. Dit autrement, c'était convenir par le journal radical que le député radical de Sète avait menti !

Il faut dire que parmi les conseillers municipaux qui avaient démissionné, l'un d'eux était particulièrement critiqué en tant que vrai chef de file du groupe radical de Sète, NICOLAU (patronyme souvent écrit NICOLEAU dans les journaux). Le PM publie ainsi une lettre que ce dernier a adressé au directeur gérant du PRC à qui il reproche d'avoir écrit dans le n 24 de ce journal : "Les hommes du clan NICOLEAU (...) Qu'ils président au scrutin, qu'ils usent des expédients déloyaux qui leur sont familiers, qu'ils abusent de leur qualité d'administrateurs pour exercer la pression officielle sur certains employés communaux, qu'ils transforment les autres en agents électoraux, comme ils l'ont fait dans d'autres circonstances !" ; il exprime ainsi sa réponse dans le PM du 27.02.1884 : "Comme je ne dispose ni d'hommes, ni de clan, c'est moi sans doute que vous cherchez à viser personnellement. (...) J'oppose en attendant mieux, un démenti formel. Je suis toujours prêt à rendre compte de mon mandat de conseiller municipal au comité qui m'a fait l'honneur de me présenter aux suffrages de mes concitoyens. (...)"

Quant à "Quidam" lui-même, on trouve sa défense dans une lettre qu'il adresseà AYMERIC et qui est reprise dans le PC des 20-21.01.1884. Il en profite pour rappeler les critiques qu'il a adressées à l'administration VAREILLE.

Toutes ces disputes entre républicains, toutes ces inimitiés personnelles, toutes ces "turpitudes" plus ou moins dénoncées et plus ou moins réfutées, expliquent probablement le fiasco des élections communales complémentaires prévues le 24 février. En effet, pour compléter le conseil municipal, il s'agit d'élire 19 nouveaux conseillers. Mais, dès le 16 février, le PM marque son scepticisme : "Nous ne croyons pas qu'il se trouve beaucoup de candidats ayant assez de générosité pour accepter le fardeau communal pour deux mois seulement, à moins que nous ne voyions éclore, ainsi qu'on nous l'a affirmé, une liste d'hommes d'affaires (...) S'il y a lieu, le scrutin de ballottage aura lieu le 2 mars."

Le résultat est édifiant, comme on le voit dans un article du PM du 26.02.1884, intitulé "Pas de candidats, pas d'électeurs". Le journaliste écrit que sur 9874 inscrits, 20 seulement se sont présentés, qu'un seul bureau sur quatre avait pu être constitué et ... qu'il n'y avait aucun candidat ! Même tonalité dans le PC du 26.02.1884 : "Aucun candidat ne s'est présenté et une vingtaine d'électeurs tout au plus ont pris part au vote, et encore ne l'ont-ils fait que pour s'amuser. Les bulletins trouvés dans l'urne n'étaient pas sérieux. (...)"

La seule possibilité qui restait était que le préfet nomme une commission puisque les élections complémentaires n'avaient rien donné. C'est pourquoi DÉFARGES, faisant fonction de maire, a présenté au préfet une liste de noms pour la formation d'une commission municipale mais le préfet l'a refusée, le procédé étant jugé anti-démocratique; Dans son numéro du 12.03.1884, le PM estime alors que le statu quo n'est pas acceptable et "si le gouvernement veut que les huit prennent toutes les responsabilités, il doit au moins leur donner les pouvoirs nécessaires" (car, le conseil municipal réduit ne peut traiter que des affaires courantes).

Le PM qui soutient les radicaux et qui critique la liste de l'Alliance républicaine fait part d'une lettre écrite le 24.04.1884 : "Dans un journal qui doit bien nous aimer puisqu'il parle souvent de nous un Quidam quelconque nous met en demeure de lui faire connaître les réactionnaires qui émaillent la liste du comité de la carte. La demande venant de quelqu'un autorisé pourrait nous trouver favorable à la réponse, mais accéder au désir ou se soumettre à l'ordre du premier Quidam venu ne peut nous plaire. La seule concession que nous accordions est de soumettre le cas à nos concitoyens ? Nous prions donc les électeurs républicains de bien vouloir désigner au Quidam dont s'agit quels sont les réactionnaires compris dans la liste que, grâce à un correspondant qui voulait nous mater, nous avons publiée dans notre numéro d'hier." (PM du 25.04.1884).

"Un groupe d'électeurs indépendants vient, au nom de la conciliation, de faire une liste prise dans les deux affiches et de présenter 30 candidats ou plutôt un pur compromis pour les électeurs d'aujourd'hui. Il nous semble que cette résolution est très sage. (PM du 04.05.1884). Cette tentative des républicains radicaux appuyés par le PM ne séduit pas les républicains modérés appuyés par le PC, avant même la sortie de la liste en question : "Est-ce un signe de découragement ou un ballon d'essai ? Le correspondant du Petit Méridional annonce qu'une troisième liste est en préparation, laquelle serait composée en majeure partie de commerçants. (...) A moins que les citoyens AYMERIC et Cie, en présence du fiasco qui attend leur liste introuvable, ne préfèrent voir surgir une liste de commerçants à laquelle ils seraient heureux de se raccrocher afin d'empêcher les républicains modérés de passer (...) Les Nicolistes, comme les appelle un journal local, redoutent plus les investigations des républicains modérés sur les actes de feue l'administration VAREILLE que celles des commerçants." (PC du 01.05.1884).

"Au cours du dépouillement, les radicaux, s'apercevant que la liste de l'Alliance républicaine avait la majorité, ont brisé les tables et déchiré deux listes d'émargement. La police a été impuissante à faire évacuer la salle. Le dépouillement a été suspendu. Les bulletins non dépouillés sont restés enfermés dans l'urne, qui a été scellée et confiée à la garde d'agents de police." (EC du 05.05.1884). De son côté, le PM évoque ces troubles dans le dépouillement, par le moyen d'une lettre d'électeurs adressée au maire :"pendant la séance du 4 mai courant, au moment des opérations électorales, les diverses salles det sections de vote et notamment la première section ont été brusquement envahies et troublées par une foule nombreuse, irritée contre certaines fraudes qui, paraît-il, auraient été commises pendant le dépouillement des urnes." La lettre indique, ensuite, qu'une des urnes, remplie de bulletins, a été enlevée de la salle de la première section et portée sur la place de la mairie, que les listes d'émargement ont été déchirées, que des bulletins ont été détruits, et donc qu'il faut annuler ces élections (PM du 06.05.1884)

"Une dépêche préfectorale parvenue dans la journée d'hier annonçait que les élections de dimanche étaient renvoyées et priait le maire d'afficher cet avis de renvoi" (PM du 10.05.1884). Cet avis est venu après les troubles lors du dépouillement des votes de l'élection municipale et après que le maire provisoire, DEFARGES, ait annoncé et fait afficher qu'un second tour aurait lieu comme prévu le dimanche suivant, alors que les résultats du premier tour n'avaient pas été proclamés. Evidemment, cette proclamation annonçant un scrutin de ballottage avait provoqué des protestations (PM des 06, 08 et 09.05.1884).

Finalement, la liste de l'Alliance républicaine (opposée à la liste Radicale) est élue tout entière (30 noms) : "AIGON Félix, boulanger 2573, ARNAUD-BLOEME, négociant 2734, AIMARD Raphael, camionneur 2694, AUZIER François, tonnelier 2705, BERTRAND Joachim, tailleur de pierres 2748, CAVALIER Louis, négociant 2740, CONQUET Michel, épicier 2544, COTHENET aîné, négociant 2725, DÉFARGES Henri, capitaine au long cours 2750, EUZET Honoré, courtier 2707, FALGUEIRETTES Auguste, négociant, président du Conseil des prud'hommes 2777, GAUSSEL François, maître de chai 2709, GAUTIER Edouard, négociant 2758, GRANIER Pierre, négociant 2705, LAUTIER François, mécanicien 2739, MARTEL Lucien, entrepositaire 2762, MATHIEU (jeune) Edouard, négociant 2765, MAURY François, charcutier 2603, NÈBLE François, entrepreneur 2715, OLIVE Théodore, armateur 2782, PERRIN Marius, employé de commerce 2750, PEYRET Benjamin, négociant 2752, SOULOUMIAC Etienne, maître tonnelier 2567, TEULON Emile, docteur en médecine 2562, THER Joseph, gérant du camionnage P.-L.-M. 2732, TICHY Hippolyte, docteur en médecine 2781, TRIAIRE Etienne, négociant 2756, VAILHÉ Joseph, propriétaire 2682, VÉROLY Adolphe, employé de commerce 2728, VIVAREZ Jean Baptiste, courtier en vins 2708." (PC du 17.06.1884) Les noms de cette liste avaient été indiqués par le PM du 24.04.1884, puis du 25.04.1884, suite à une proclamation adressée aux électeurs par le Comité central de l'Alliance Républicaine.

Dans la séance d'installation du conseil municipal, les votes donnent les résultats suivants : PEYRET élu maire (26 voix - 2 bulletins blancs), OLIVE élu premier adjoint (27 voix - 2 bulletins blancs), EUZET élu deuxième adjoint (27 voix - 2 bulletins blancs) ; PEYRET remercie DÉFARGES qui a "rempli les fonctions de maire depuis la démission de l'ancien conseil". (PC du 24.06.1884). A propos de DÉFARGES, le MDM du 24.06.1884 précise qu'il faisait fonction de maire depuis plus de six mois.

Le second semestre est marqué par l'épidémie de choléra qui frappe le sud de la France, particulièrement à Marseille et à Toulon. A Sète, on met en place des mesures préventives contre l'épidémie;. C'est une instruction adressée au directeur de la compagnie des chemins de fer PLM, à savoir "d'installer dans les deux gares de petite vitesse et grande vitesse des salles de désinfection, comme il en existe sur bien des points, notamment à Paris" (PC du 09.07.1884). C'est la décision de "faire aménager le Lazaret pour recevoir les malades, en cas d'épidémie" (PC des 13-14-15.07.1884). C'est un arrêté ordonnant que "tous les voyageurs et bagages provenant des régions où le choléra aura été officiellement constaté, subiront dans les gares, avant d'entrer à Cette, des mesures de désinfection." (PC du 16.07.1884) C'est l'interdiction "par les gares de grande et de petite vitesse, ou par toute autre voie, l'entrée de tous les meubles ou objets de literie ayant servi, qu'ils soient expédiés par colis séparés, ou qu'ils fassent partie des bagages des voyageurs arrivant des départements atteints par l'épidémie cholérique. Est également interdite l'entrée sur le territoire de la ville des chiffons, vieux habits, crins, plumes ayant servi ainsi que des débris organiques de toute nature, quelle qu'en soit la provenance." (PC du 23.07.1884)

Si le texte concernant le Lazaret a été discuté dans la séance de la commission d'hygiène du 11.07.1884, sous la présidence du maire, Benjamin PEYRET, les arrêtés relatifs à la lutte contre le choléra ont été signés par "l'adjoint délégué, pour le maire empêché : Honoré EUZET". De même, c'est lui qui apporte le démenti de la municipalité quand le PR fait courir la rumeur selon laquelle un "cas douteux de choléra se serait produit au Lazaret" (PC du 22.07.1884). Il faut se rendre compte qu'il importait de ne pas créer des mouvements de panique, alors que le choléra se rapprochait (il est à Gigean, selon le PC du 09.08.1884). C'est encore Honoré EUZET, le 11.08.1884, qui, "pour l'administration municipale" écrit un article critique vis-à-vis du MDM, lequel prétendait que "les eaux de l'Issanka qui servent à l'alimentation de la ville pouvaient être mises en communication avec celles de la Vène" (PC du 12.08.1884). Ainsi, dans cette lutte contre le choléra, Honoré EUZET est en première ligne, là où on aurait attendu le maire lui-même. Plus tard, on saura se souvenir du rôle actif qu'il a joué dans ces évènements.

On ne peut que mettre en parallèle l'effacement du maire. En effet, si l'annonce de l'ordre du jour des séances du conseil municipal du 3 et du 10 juillet sont encore sous la signature de Benjamin PEYRET, on constate que le conseil municipal du 12.07.1884 est présidé par Théodore OLIVE, le premier adjoint, "en l'absence de M. PEYRET" (PC du 12.07.1884) puis, le conseil municipal du 19.07.1884 s'est aussi tenu sous la présidence du premier adjoint, Théodore OLIVE, "en l'absence de M. PEYRET empêché" (PC du 22.07.1884). Un mois plus tard, le PC du 19.08.1884 déplore que la mairie n'avise plus le journal de la tenue des séances du conseil municipal et que le PC soit obligé de se renseigner auprès d'autres journaux. On comprend qu'il a dû se passer quelque chose d'important entre les conseillers : "Avant-hier, 3ème séance de la session du conseil municipal. M. le maire étant absent ainsi que beaucoup de conseillers municipaux, c'est M. OLIVE, premier adjoint, qui a ouvert la séance et occupe le fauteuil présidentiel". En fait, le maire ne va plus venir aux réunions du conseil municipal et, semble-t-il non plus, aux séances des commissions. Le PC ne va même plus indiquer des excuses pour son absence, le conseil municipal étant toujours présidé par OLIVE (par exemple, ceux du 17 septembre, 31 octobre, 14 novembre, 16, 17 et 20 décembre). On ne peut qu'être frappé par cette attitude bizarre du premier magistrat de la commune, alors que son deuxième adjoint se répand dans les médias et est en première ligne dans la lutte contre le choléra. PEYRET va, désormais, rester chez lui, tout en ne démissionnant pas et en gardant un certain contrôle à distance sur ses conseillers. Cette situation unique s'expliquera en partie grâce aux débats qui se tiendront en 1886 et les explications qui seront données par Honoré EUZET (PM du 10.05.1886).

Il n'en demeure pas moins que l'attitude du maire tient d'abord à son caractère comme on le voit dans l'affaire de l'église Saint Louis (la mairie avait fait envoyer la troupe pour empêcher toute procession autour de l'église, et ce pendant trois jours). L'EC qui ne fait pas de cadeaux aux républicains évoque à ce propos une anecdote : "Hier, votre correspondant a parlé de l'administration PEYRET, je regrette que beaucoup de catholiques aient voté pour cet homme, qui a, le premier, interdit les processions à Cette, par faiblesse, dit-on, mais qui ne les a pas moins interdites pour cela. Les hommes faibles sont plus dangereux quelquefois que les radicaux, parce qu'ils se laissent mener par la queue de leur parti." EC ajoute une conversation entendue à l'époque des élections : "Un de nos amis rencontrant dans la rue M. B., un des plus chauds partisans de l'administration actuelle, lui dit : Est-ce vrai que vous voulez nommer M. PEYRET, maire ? Il me semble que vous pourriez faire un meilleur choix dans votre liste. M. B. répondit : Nous avons choisi M. PEYRET, parce que c'est une nullité administrative et que nous lui ferons faire ce que nous voudrons. Cette parole, dont nous garantissons l'exactitude, devrait faire ouvrir les yeux à M. PEYRET et lui faire comprendre qu'il est des responsabilités devant lesquelles certains de ses amis reculent et qu'on a voulu lui faire endosser. (...)" (EC du 18.08.1884). Evidemment, ce qui est dit ici à propos des processions et de l'envoi de troupes, vaut probablement aussi pour son attitude de ne plus aller à une quelconque réunion à la mairie. Quel conseil a-t-il donc reçu pour aboutir à cette impasse ?

Au conseil municipal du 20.08.1884, alors que l'épidémie de choléra est à Gigean, un des médecins chargé du constat des décès donne sa démission. Honoré EUZET explique que son remplacement est déjà assuré, "mais le conseil peut lui infliger un vote de blâme". Conformément à cette proposition, le conseil, à l'unanimité, inflige un blâme sévère à ce médecin et décide que cette partie du procès verbal sera communiquée aux journaux locaux (PM du 24.08.1884)

Les autres séances du conseil municipal sont dévolues à des questions de pure gestion municipale. Ainsi, dans sa séance du 14.11.1884 (présidée par OLIVE, le maire, absent, n'étant pas excusé), il y a un débat à propos de la tenue du marché sur la place de la mairie et des risques encourus à cause des tramways et omnibus ; Honoré EUZET "demande l'application rigoureuse de l'arrêté de 1872 exigeant que le commerce tienne le marché sur la place de la Mairie" ; sa proposition est adoptée par 13 voix contre 5 (PM du 16.11.1884). dans la même séance, EUZET présente un long rapport sur la construction d'un nouveau collège ; est également examinée la question du prix du pain ; EUZET lit une pétition des ouvriers sur ce sujet mais c'est rejeté par le conseil (le PC des 16-17.11.1884 qui rapporte ce débat rappelle que le pain est moins cher sur le marché et à la boulangerie du Cercle catholique). Au conseil municipal du 16 décembre, la discussion porte sur un rapport de la commission des travaux, prévoyant des adjudications, ce qui est adopté ; par contre, le marché relatif aux promenades est prévu de gré à gré, ce qui est combattu par DÉFARGES et EUZET, comme antidémocratique et devant entraîner des dépenses plus chères qu'avec une adjudication. Mis aux voix, personne ne soutient ces conclusions du rapport, pas même les membres de la commission qui a émis ces conclusions (PC et MDM du 18.12.1884, le conseil étant présidé par OLIVE, le maire absent et pas excusé)

1885

L'année 1885 est une année de gestion "normale", c'est-à-dire sans élection locale pour Sète, mais elle se caractérise toujours par une forte anomalie pour le conseil municipal. En effet, le maire, Benjamin PEYRET, ne préside jamais son assemblée qui est donc laissée à la responsabilité du 1er adjoint, Théodore OLIVE, ou, rarement, à celle du 2e adjoint, Honoré EUZET, jusqu'au moment où le premier donne sa démission, en octobre, pour la reprendre en novembre et continuer à présider le conseil municipal.

Le 09.01.1885, les sociétaires de la caisse des écoles se réunissent en assemblée générale annuelle sous la présidence d'Honoré EUZET, adjoint. Parmi les décisions, il y a la constitution du bureau avec comme vice président NICAULAU, comme trésorier MATHIEU et comme secrétaire ALLEGRE (PM du 22.01.1885 - des détails sont donnés dans le JC du 20.01.1885, en particulier tout ce qui concerne la distribution de livres).

Au conseil municipal du 06.02.1885, il est décidé de maintenir les anciennes commissions sans changer leur composition, sauf si des membres voudraient permuter, ce qui serait accepté. Honoré EUZET demande, à ce sujet, d'avoir voix délibérative dans les commissions qu'il préside ou auxquelles il assiste. Il demande, en outre, à faire partie des commissions des Finances, de l'Instruction publique, des Beaux Arts et des Travaux publics. Le conseil adopte ses propositions (JC du 06.02.1885). On se rend compte, ainsi, de son désir d'être partout, au moment même où le maire, Benjamin PEYRET, fait la politique de la chaise vide. La nature a horreur du vide ! En mars, un journal annonce même que le maire aurait envoyé sa démission au préfet mais on n'en parle plus ensuite (JC du 23.03.1885)

La question de la laïcisation

Le 13.01.1885, Honoré EUZET est l'un des cinq conseillers municipaux (avec TEULON, ARNAUD, VÉROLY et MATHIEU) qui s'opposent au projet de bail à loyer de locaux vacants du Lazaret pour être annexés à l'hospice. L'objectif était de loger les baigneurs indigents des départements voisins qui sont envoyés à Sète chaque année et que l'hospice ne pouvait recevoir, à cause de l'insuffisance de locaux. L'autorité militaire étant favorable à cette opération, un projet de bail a donc été établi. Les opposants ont argué du fait que la dépense pourrait devenir importante. C'est par 14 voix contre 5 que le projet est, finalement, adopé (PM du 15.01.1885). Le JC donne encore la précision suivante : "la soeur Marthe, supérieure de l'hospice, dont le dévouement ne saurait être trop exalté, possède une somme de 3000 francs qu'elle a offerte pour cette oeuvre, et au besoin, elle ferait appel à la charité publique" (JC du 15.01.1885). On peut se demander si ce dernier argument n'était pas trop à l'opposé des conceptions idéologiques de certains opposants, notamment EUZET ... (bien qu'ils n'aient argumenté que sur l'aspect financier)

En effet, il se fait l'apôtre de la laïcisation auprès du conseil municipal, suite à la démission du conseiller ARNAUD, à l'hospice ; il s'agit donc de trouver un remplaçant : "il fait observer qu'il serait heureux de savoir s'il y a un candidat pour ce poste, attendu qu'ayant l'intention de demander la laïcisation de l'hospice, il ne voudrait voter que pour un candidat qui s'engagerait à poursuivre la mesure de laïcisation. M. EUZET prétend qu'avec l'organisation actuelle de l'hospice, la liberté de conscience n'est pas assez garantie et que sous peu il lui soumettra un projet de laïcisation dont il prendra hautement la responsabilité, espérant que le conseil républicain dont il fait partie lui donnera satisfaction. (...)" Le vote a lieu au scrutin secret et c'est par 15 voix sur 23 que FALGUEIRETTES est élu membre de la commission hospitalière. (JC du 06.02.1885) On comprend pourquoi, plus tard, ses opposants l'ont affublé du surnom de laïcisateur. C'est le MDM (dans son numéro du 08.02.1885) qui critique le plus la position d'EUZET : "C'est avec un profond regret que nous avons vu un membre de l'administration que nous avions considéré jusqu'ici comme un esprit sérieux, se lancer avec tant d'apparat dans cette rengaine démodée de la laïcisation, qui a produit partout de si piètres résultats, et que les médecins les plus éclairés, en même temps que les plus libéraux, répudient avec éclat (...)"; le journal approuve le conseil municipal qui a eu la sagesse de ne pas l'écouter en nommant FALGUEIRETTES, "très-brave homme, que nous ne croyons pas disposé à appuyer la laïcisation."

Un communiqué d'Honoré EUZET est repris dans les différents journaux : "L'Eclair annonce dans son numéro de ce jour, 20 mai, que les casernes seront bénites dimanche par M. le curé de Saint-Louis. C'est inexact. La municipalité de Cette se passera dans cette circonstance du concours du clergé qui est d'ailleurs parfaitement inutile. Messieurs du clergé ne seront point invités à la cérémonie." (JC du 23.05.1885). Après avoir écrit que le JC avait oublié de publier le communiqué le 22 (mais était-ce bien un oubli ?), les responsables du journal rectifient le tir, si ce n'est sur le fond, du moins sur la forme : "Nous ne voyons pas la nécessité d'une pareille rectification, dans tous les cas, il nous semble que M. EUZET aurait pu y mettre un peu plus de termes. Bien que M. EUZET parle au nom de la mairie, nous voulons croire que M. PEYRET et M. OLIVE ne l'ont pas autorisé à tenir un pareil langage.". Il est évident que dans cette question de l'inauguration des nouvelles casernes, EUZET a voulu se positionner comme un anticlérical de stricte obédience. Cette marque lui restera longtemps, face aux républicains modérés représentés, dans la presse, par le JC. Pour sa part, l'autre journal modéré, le MDM trouve qu'il aurait pu simplement démentir le fait, "sans se montrer si ... impoli. Mais il faut voir là le désir de poser et de faire sa cour à cette catégorie d'électeurs qui peuvent être sensibles aux charmes d'un pareil style." (MDM du 22.05.1885). Cependant, il est clair aussi qu'Honoré EUZET veut apparaître comme un homme qui sait décider, qui sait le faire savoir et ce, dans des termes durs qui tranchent avec le vocabulaire des dirigeants de l'époque. Ainsi, en tant qu'adjoint délégué à l'instruction publique, il intervient dans le débat sur les heures d'ouverture des salles d'asile qui ne seraient pas respectées par certaines responsables : "Si une des directrices des écoles communales viole cet arrêté (sur les horaires d'ouverture), qu'on veuille bien la faire connaître à l'administration qui saura faire son devoir. (PM du 25.10.1885) A bon entendeur, salut ! C'est sans appel ...


C'est en tant qu'officier de l'Etat civil, qu'il prononce le divorce de Françoise JALBY et de François Esprit DAVID, "ex-négociant, séparé de corps et de biens depuis plusieurs années qui a bénéficié (si on peut appeler cela un bénéfice) des effets de cette loi", c'est-à-dire de la loi de 1884 sur le divorce, appliquée pour la première fois à Sète. Le journal qui relate les faits ne donne que les initiales des nom et prénom de l'intéressé et ajoute "L'épouse a fait défaut. En revanche, une foule de curieux avait envahi la porte de la Mairie pour assister à un spectacle aussi curieux qu'inusité." (JC du 15.03.1885). Comme pour d'autres questions, en cette année 1885, on a l'impression qu'Honoré EUZET tient à se montrer à l'avant-garde de l'innovation juridique et sociale.

Le 20.03.1885, à la séance du conseil municipal, TRIAIRE lit un rapport dans lequel il demande la suppression du conservatoire de musique. TICHY lit ensuite un contre-rapport dans lequel il conclut au maintien du conservatoire. EUZET fait prévaloir que la convention n'est pas en vigueur, car le ministre ne l'a pas signée. Il estime donc qu'il vaudrait mieux ajourner cette question à deux mois. Le vote qui suit lui donne raison par 15 voix contre 10. De plus, il est procédé à la nomination de quatre membres, afin d'étudier sérieusement l'organisation du conservatoire (JC du 22.03.1885 et PM du 23.03.1885).

La question des locaux du théâtre

- Au conseil municipal du 08.04.1885, TEULON lit un rapport de l'architecte sur le danger qu'offre le théâtre actuel (c'est-à-dire le théâtre Jeannin, dans la Grand'rue) pour la sécurité publique. Le conseil est d'avis de nommer une commission extra municipale comprenant deux membres compétents du conseil pour examiner l'état des lieux et émettre son avis sur les mesures à prendre. (PM du 10.04.1885 et JC du 01.04.1885).

- Un mois plus tard, au conseil municipal du 08.05.1885, la question revient. Au nom de cette commission, EUZET donne lecture du rapport qui "conclut à la conservation du théâtre actuel, moyennant quelques travaux de consolidation et d'aménagement qui, à son avis, n'excèderaient en aucun cas la somme de 8000 francs." La discussion qui suit est très vive et très longue. Les opposants font remarquer que le bail qui reste à courir vient à terme dans 15 à 18 mois, que le coût dépassera 8000 francs et qu'un particulier a pris, à ses risques et périls, l'initiative de la construction d'un théâtre dans un lieu central, place Delille. Finalement, par 13 voix contre 7, le conseil décide la fermeture du théâtre (MDM du 12.05.1885, JC et PM du 10.05.1885).

- Pourtant, c'est un revirement complet de la situation, au conseil municipal du 01.06.1885 car, sur "sur 13 conseillers qui avaient voté la fermeture du théâtre, il s'en est trouvé un seul, M. THER (...) qui a eu le courage d'élever la voix et de rappeler le conseil au respect de sa dignité" (JC du 03.06.1885). THER critique FALGUEIRETTES car il est le cousin du cafetier du théâtre (et a donc des intérêts personnels à conserver le théâtre actuel). Finalement, le rapport d'EUZET est adopté par 12 ou 13 voix (selon le JC) : "c'est à peu près le même nombre de voix qui l'avait repoussé la première fois" et le JC conclut : "le théâtre Jeannin sera donc sauvé de la ruine qui le menaçait et la ville dépensera 8 à 10.000 francs si ce n'est davantage pour favoriser quelques intérêts particuliers".

- Nouvel affrontement au conseil du 09.06.1885 quand OLIVE fait la lecture du procès verbal de la séance du 1er juin où fut votée la réouverture du théâtre Jeannin. THER demande au président de lire une protestation contre ce qui s'est fait et qui lui a été adressée par un de ses collègues absent. " Le citoyen EUZET prend la parole et du ton sec et impérieux qu'on lui connaît, il dit qu'il s'oppose à cette lecture, sous prétexte qu'un membre absent à une séance n'a pas le droit de protester contre ce qui s'y passe. Cette thèse pourrait être soutenable si on n'était pas revenu sur un vote acquis et auquel le protestataire avait pris part (...) M. OLIVE allait soumettre la question au conseil, c'était ce qu'il y avait de plus sage à faire, mais le citoyen EUZET ayant de nouveau fait opposition, M. le président a cédé et a refusé à M. THER la permission de lire la protestation de son collègue." Le JC qui fait le compte rendu de ces interventions indique ensuite que THER proteste en son nom et qualifie le vote du 1er juin d'escamotage. MARTEL s'oppose à lui et demande qui sont les escamoteurs et le JC ajoute : "M. THER aurait pu lui répondre que les escamoteurs sont ceux qui profitent de l'absence de plusieurs de leurs collègues dont ils connaissent l'opinion sur la question du théâtre, ont interverti l'ordre du jour afin d'enlever cette question qui, en bonne règle, n'aurait pas dû venir ce jour-là." La dispute reprend de plus belle. Ainsi, à propos d'une interpellation d'ARNAUD contre l'administration de la ville (en fait, contre EUZET, estime celui-ci), "le citoyen EUZET se répand violemment en invectives contre les drôles, les cafards, etc. qui ont insinué jésuistiquement qu'il avait joué un rôle déloyal dans ce qu'il appelle le malentendu du 1er juin". le JC insiste sur le langage inapproprié qu'il emploie en plein conseil et termine sur le président OLIVE qui d'un ton courroucé ordonne de faire évacuer la salle. En conclusion, le JC fait une supposition sur le rôle des deux adjoints : "Peut être faut-il attribuer l'irritation de M. le président au rôle effacé que l'autoritaire EUZET voudrait lui imposer." (JC du 11.06.1885) Enfin, si l'on veut comprendre ce qui s'est passé, il faut se reporter à ce qu'en dit le journaliste de l'EC pour la séance du 05.06.1885 : "M. ARNAUD, l'un des membres les plus intelligents, les plus honorables du conseil a protesté contre le fait que voici : le lundi matin, jour pour lequel était convoqué le conseil, on adressa une note à tous les conseillers en disant qu'à l'occasion des funérailles de Victor HUGO la séance n'aurait pas lieu le soir. Là-dessus, certains conseillers s'absentèrent ou disposèrent de leur soirée. Mais il paraît que dans l'après-midi, on envoya un agent chez certains conseillers pour dire que la séance aurait lieu. Qui ne devine tout de suite la stratégie ? On avait voulu tout simplement écarter les conseillers qu'on savait hostiles à la réouverture du théâtre de la Grand'Rue. C'est contre cette manoeuvre que proteste M. ARNAUD qui ne veut pas, dit-il, qu'on puisse l'accuser d'être de connivence dans ce qui s'est fait et veut dégager sa responsabilité. Pendant que M. ARNAUD parle ainsi, M. EUZET n'a pas l'air d'être à son aise. M. OLIVE répond d'une façon très embarrassée qu'il ignorait ce qui s'était passé et, tout en exprimant ses regrets à M. ARNAUD, pour sortir de ce mauvais pas, il s'empresse de demander qu'on passe à l'ordre du jour. M. ARNAUD a ajouté, croyons-nous, qu'il saisirait la presse de sa protestation. Cette oontestation est la confirmation de ce que nous avons dit, à savoir que le vote de lundi n'avait été obtenu que grâce à à un coup avorté, à une manoeuvre déloyable, et que c'était un véritable escamotage" (EC du 07.06.1885 - Le même texte se retrouve dans le JC du même jour)

- Un rapport est adressé au maire par la commission d'examen des locaux du théâtre. Cette commission est présidée par Honoré EUZET et ses membres sont COULON, NÉBLE, BERTRAND, MARQUEROL et DELMAS jeune. Cette commission était chargée d'examiner les locaux du théâtre afin de savoir si les conditions de sécurité étaient réunies. Effectivement, des travaux ont été entrepris (galeries consolidées, plafond refait, strapontins supprimés, passages du parterre élargis, issues sur le jardin crées, bureaux du contrôle reculés, mise aux normes de l'éclairage et des prescriptions de secours contre l'incendie) ; la commission a témoigné sa satisfaction à l'architecte de la ville qui "avec des ressources minimes a transformé cette salle à l'aspect délabré et d'accès difficile, en une salle d'un aspect gai et d'un accès commode." En conclusion, la commission déclare que le public peut désormais fréquenter sans crainte le théâtre (PM du 26.09.1885 et JC du 27.09.1885).

Le jeu de rôle qui a été joué dans cette affaire montre bien les caractères des trois partenaires principaux. Le maire, PEYRET, est aux abonnés absents. Il ne compte pas. OLIVE, le premier adjoint, préside le conseil à sa place mais c'est un mou qui ne souhaite pas d'affrontements et surtout pas avec le 2ème adjoint. Ce dernier, EUZET, profite de la situation en tentant d'imposer ses vues, même avec des moyens déloyaux et en usant d'un langage et d'un ton qui le font classer dans la catégorie des gens autoritaires. Plus exactement, il est accusé (probablement à juste raison) d'autoritarisme. Sur le fond, on s'aperçoit aussi qu'EUZET est, certainement, un excellent technicien de la chose publique, alors que les conseillers municipaux compétents semblent rares !

La gestion courante du conseil municipal



Le JC n'est pas tendre pour Honoré EUZET, même si les piques sont parfois à fleurets mouchetés. Ainsi, le compte rendu du conseil municipal paru dans le numéro des 12-13-14.07.1885 fait part au lecteur que la séance est "sous la présidence du deuxième adjoint", sans préciser son nom, ce qui est inhabituel. Par contre, à la suite du compte rendu, il y a un PS qui, lui, rappelle bien qui est ce président de séance : "On a remarqué que l'expression d'autoritarisme dont nous avait gratifié, il y a quelque temps, le citoyen EUZET n'était pas surfaite. Lui qui empiétait continuellement sur les attributions de M. OLIVE n'entend pas qu'on empiète sur les siennes lorsqu'il préside."

En dehors des affaires et des réactions purement politiciennes, les journaux de 1885 montrent surtout le travail habituel des conseillers municipaux, y compris dans les domaines les plus terre à terre. Honoré EUZET intervient à propos des égouts (de la route Nationale), des logements insalubres (il s'occupe de l'assainissement des impasses de la rue Villefranche et de la rue Pascal), de la propreté des rues privées, de la caisse des écoles (qui distribue des livres et autres fournitures aux élèves des écoles communales), du budget du collège (il demande une augmentation du traitement des professeurs et la création d'une salle d'étude) ; il propose encore un projet de surveillance des enfants, il vote pour le projet de construction des Halles à l'emplacement des anciennes casernes, etc. Toutes ces affaires de la gestion quotidienne forment le coeur du métier et ne doivent pas être masquées par les questions plus polémiques, comme celle du théâtre (on peut retrouver les interventions ci-dessus dans les n du PM des 22 janvier, 13 mai, 26 juillet, 12 novembre et 17 décembre, du JC du 25 mars, etc.)

De fait, il prend une place dominante dans ce conseil mais son style ne lui vaut pas que des amis, comme on le voit lors de la séance du conseil municipal du 24.07.1885, à propos du procès verbal de la séance précédente, ARNAUD présente des observations au sujet de l'égout de la route nationale dont le conseil a voté la construction depuis plus d'un an : "En présence de la lenteur apportée par l'administration supérieure à accorder l'autorisation pour ces travaux, M. ARNAUD est d'avis qu'on adresse aux journaux locaux une note tendant à dégager la responsabilité du conseil (...) Le citoyen EUZET demande la parole, et du ton cassant qui lui est particulier, il déclare que l'administration n'accepte pas de faire des communications à la presse au sujet de cette affaire. On pourrait se demander de quel droit ce conseiller, qui n'est que deuxième adjoint, parle au nom de l'administration tout entière ; mais on sait que le maire ne compte pas et que M. OLIVE est un peu comme PONCE-PILATE ; il ne faut donc pas s'étonner que le deuxième adjoint impose sa manière de voir." En fait, dans le cas précis, il n'a pas imposé son point de vue car le vote qui a suivi a été en faveur de la proposition du conseiller ARNAUD, par 12 voix contre 4 et 5 abstentions. (EC du 27.07.1885)

C'est dans le JC du 14.10.1885 que l'on apprend qu'OLIVE, le premier adjoint, a remis sa démission entre les mains du préfet, "depuis cinq ou six jours". Le JC le regrette car il était considéré "à bon droit comme un homme honnête et impartial" ... qualités, ajoute le journaliste, "qui l'on rendu suspect aux intrigants" et qui ont, par tous les moyens, rendu la situation impossible. Enfin, le JC s'étonne que le conseil n'ait pas été convoqué pour prendre une décision en conséquence. La suite est donnée par le PM : "Il y a eu vendredi soir réunion officieuse de notre assemblée communale (...) Une délégation de sept membres qu'accompagnera M. EUZET, 2ème adjoint, doit se rendre chez M. OLIVE et le prier de retirer sa démission des fonctions de 1er adjoint, donnée, on le sait, il y a déjà quelques jours (...)" (PM du 17.10.1885) Cette médiation a dû être efficace puisque, dès le conseil municipal du 12.11.1885, on revoit OLIVE présider l'assemblée - comme il l'avait fait depuis le début de l'année. Dans cette séance, EUZET présente, au nom de la commission de l'Instruction publique, le projet de budget, qui est adopté.

Au conseil municipal du 30.12.1885, il démontre ("avec raison", dit le J.C.) que si l'on veut fournir aux directeurs du théâtre le moyen de faire leurs affaires, il convient de ne pas leur créer de concurrents et donc qu'il faut refuser les autorisations d'installation aux cirques et théâtres forains. Pourtant, la majorité décide d'accorder ces autorisations aux spectacles forains, "se plaçant à un faux point de vue d'égalité" (JC du 31.12.1885)

1886

Situation de la presse, en 1886 :

Le PM annonce dans son numéro du 02.05.1886 qu'il vient de créer à Sète un "bureau-succursale, situé rue Pascal, 9, au coin de la rue Louis Blanc, derrière la place de la Mairie" et que son "rédacteur-correspondant, M. Firmin PUECH, se tiendra désormais dans ce bureau" à la disposition des lecteurs du journal. Il est évident que cette situation nouvelle permet, désormais, au PM d'avoir une information plus fournie et plus ciblée sur la politique locale et sur ses habitants.

Les numéros du JC qui sont en ligne permettent de se rendre compte que le combat politique le plus rude se situe, en 1886, entre le JCM et le JC. Ainsi, cet article du JC du 18.09.1886 : "Le journal du petit Frédéric, qui n'a de Commercial et de Maritime que le titre, publie un entrefilet dû à la plume d'un officieux déçu et chagrin, où il est dit que la commission de la caisse des écoles a donné raison à M. EUZET, en maintenant comme trésorier de la caisse, M. FIOURY, contrairement à la sage décision prise, il y a quelques mois, par M. le Maire. Le journal du petit COMBES oublie, ou plutôt ignore, que si la commission a donné raison à M. EUZET, elle donne tort à la loi et aux cinq-cents législateurs qui l'ont élaborée. Mais qu'importe la loi quand on s'appelle Frédéric COMBES ? Sait-on même s'il en existe ?"

Le 15.01.1886, EUZET préside l'assemblée générale annuelle du comité de la Caisse des Écoles, assisté des membres fondateurs et souscripteurs : "Après avoir exprimé la vive satisfaction qu'il éprouve du zèle apporté par les sociétaires, il informe les membres présents que, conformément à l'article 6 des statuts, il va être procédé au remplacement de trois membres démissionnaires et d'un membre sortant, par voie de tirage au sort." ; ensuite, a lieu l'élection d'un vice-président et d'un trésorier ; NICOLAU est élu vice-président, MATHIEU trésorier et ALLEGRE secrétaire ; la situation financière de l'oeuvre est ensuite examinée (nombre de livres en stock, nombre de livres distribués, projets de nouvelles distributions de livres) ; EUZET estime, qu'en 1886, des livres pourront être distribués à la moitié des élèves et il espère qu'en 1887, on pourra distribuer des livres gratuitement à tous les élèves, sans distinction (PM du 19.01.1886)

Le 25.02.1886, sur le rapport de GAUTHIER, le conseil municipal vote une subvention de 2100 francs pour venir en aide à la Société des fourneaux économiques, "dont le budget est en déficit par suite de la misère qui règne depuis quelque temps". De plus, sur la proposition d'EUZET, il est alloué 2000 francs aux ouvriers sans travail, somme qui sera convertie "en bons de pain, de viande et de légumes, distribués par les conseillers municipaux aux familles nécessiteuses" (MDM du 26.02.1886)

Des relations excécrables entre le maire, Benjamin PEYRET, et son 2ème adjoint, Honoré EUZET

A une séance du conseil municipal en mai, présidée par OLIVE, premier adjoint, un conseiller municipal, COTHENET, demande la parole pour faire une proposition : "il regrette vivement que M. le maire n'assiste jamais aux séances du conseil et à celles des commissions. Si M. le maire persiste à s'absenter, il demandera au conseil d'exiger sa démission." Un autre conseiller municipal, CONQUET, demande un vote de confiance en faveur du maire mais EUZET intervient : " il dit vouloir rétablir la vérité et déclare que le véritable motif donné par M. le maire à la délégation qui avait été le trouver pour le prier de retirer sa démission n'était pas l'état de sa santé, mais le reproche qu'il croyait devoir adresser à M. EUZET, qui cherchait à empiéter sur ses attributions de maire. M. EUZET ajoute que M. le maire avait plusieurs fois fait volontairement abandon de sa prérogative. M. CONQUET proteste contre les paroles de M. EUZET et le prie de ne pas attaquer M. le maire lorsqu'il est absent. M. EUZET réplique que si la thèse soutenue par M. CONQUET était adoptée, le conseil ne prononcerait jamais le mot M. le maire, M. le maire étant toujours absent ; pour son compte, il ne croit pas que la délégation l'ait dispensé d'assister aux séances ; dans tous les cas, ce serait une violation de la loi. M. THER déclare que, tout en accordant sa confiance à M. le maire, il regrette qu'il soit absent à toutes les séances. Divers membres font la même déclaration et notamment M. COTHENET. M. COTHENET n'a aucune méfiance à l'égard de M. le maire ; il ne comprend pas qu'on réclame un vote de confiance en sa faveur. M. le maire a toute son estime, mais il n'hésite pas à déclarer au conseil qu'à l'ouverture de toutes les séances, si M. le maire persiste à s'absenter, ainsi que plusieurs autres de ses collègues, il demandera qu'on exige leurs démissions par application de la loi. On passe au vote par appel nominal et par vingt voix contre une, celle de M. EUZET, le conseil accorde sa confiance à M. le maire." (PM du 10.05.1886). Des précisions sont aussi apportées par le JC des 09-10.05.1886 : "M. CONQUET prend à son tour la parole, il rappelle qu'il y a cinq ou six mois, le Maire ayant donné sa démission, une délégation du conseil lui fut envoyée pour l'engager à retirer sa démission. M. PEYRET, touché de cette marque de sympathie de la part de ses collègues, consentit à revenir sur sa détermination, mais à la condition qu'on ne l'obligerait pas à présider les séances du conseil municipal." Sur les explications données par EUZET, le JC ajoute : "Je répondis au maire que puisqu'il me faisait ce reproche, (l'empiètement sur ses fonctions) il voulut bien m'indiquer lui-même quelles étaient mes attributions. Non seulement M. PEYRET n'a jamais voulu les définir, mais dans certaines circonstances, ajoute EUZET, il était bien aise de se décharger sur moi de ses propres directives. Ainsi, un jour, des dames étaient allées lui demander la permission de faire des processions. M. PEYRET qui était présent à la mairie, fit répondre à ces dames qu'il n'y était pas et me les envoya, afin de ne pas prendre la responsabilité d'un refus." Mais, selon les conservateurs, ce type d'argument se retourne contre lui quand il reproche au maire "de lui laisser les ennuis et la responsabilité des résolutions anticléricales. Il nous semble que M. EUZET devrait au contraire remercier le maire de faire ainsi son jeu puisque jusqu'à présent il a édifié une popularité sur une hostilité systématique contre les catholiques." (MDM du 10.05.1886). Et plus tard encore, ce journal élargit le raisonnement en constatant la foule nombreuse, présente aux funérailles du Frère Jacques BARDY : "Une cérémonie de cette nature est bien faite pour faire réfléchir M. EUZET, notre second adjoint ; et si comme on l'assure, c'est un homme intelligent, il comprendra qu'en dépit des apparences, notre classe ouvrière, qui manifeste tant de sympathie pour les hommes dévoués à l'éducation de ses enfants, n'a pas tant de tendances qu'il pourrait le croire pour les idées de laïcisation." (MDM du 02.06.1886)

D'autres querelles enveniment encore la même séance du conseil municipal, notamment sur le sujet de la surveillance des enfants dans les écoles, le jeudi. En effet, la proposition adoptée du conseil n'ayant pas été envoyée au préfet, EUZET s'en étonne et déclare que c'est parce que le maire ne veut pas la signer. Il déclare encore "qu'il n'a rien fait relativement à l'enseignement sans être d'accord avec le maire ; il lui a même soumis le discours qu'il a prononcé à la distribution des prix des écoles communales" mais il ajoute : "non au point de vue de la forme, car s'il avait un discours à faire apprécier sous le rapport littéraire, ce n'est pas à M. PEYRET qu'il s'adresserait, mais il a voulu lui soumettre son programme.". Evidemment, ces dernières paroles soulèvent des protestations de la part de conseillers qui prennent le parti du maire. Devant le tumulte, la séance est levée (JC des 09-10.05.1886.

Le PM du 15.05.1886 relate les points discutés au conseil municipal (la date n'est pas indiquée mais c'est, probablement, le 11). La séance est présidée par le 1er adjoint (OLIVE) et le maire est absent excusé. M. EUZET dit : " Je tiens à constater que M. le maire a senti le besoin de se faire excuser, que ses excuses sont la preuve que mes amis et moi, nous avions raison quand nous disions que M. le maire ne se conformait pas à la loi en refusant d'assister aux séances des commissions et du conseil, sans se faire excuser et qu'il se mettait dans le cas de faire prononcer légalement sa déchéance." Le PM indique qu'il y a des interventions d'un grand nombre de conseillers municipaux mais que, malgré cela, il continue à parler : "Le conseil a le droit d'accepter cette situation, mais je veux dégager ma responsabilité ; M. le maire en n'assistant pas à nos délibérations, ne connaît pas suffisamment nos projets pour les défendre utilement auprès de l'administration supérieure. C'est une fâcheuse situation que vous avez consacrée en acceptant ses excuses." Le conseiller VIVARÈS estime que le maire n'est pas dans l'illégalité car l'absence n'entraîne la démission qu'au bout de trois sessions et non au bout de trois séances. La séance est levée, son président estimant que l'incident est clos. Cependant, d'autres précisions sur cet incident sont données par le JC du 13.05.1886 (qui concernent, effectivement la séance du 11) : il est dit que le maire n'avait pas besoin de s'excuser "attendu que lorsqu'il donna sa démission, il invoqua par écrit comme principale raison l'impossibilité où il se trouvait d'assister aux séances du conseil". A la suite de ces explications, EUZET déclare : "qu'il ignorait l'existence de cette lettre mais qu'en tout cas, s'il a constaté l'absence du Maire, ce n'est pas par animosité contre lui, mais dans l'intérêt de la bonne gestion des affaires municipales. Il est impossible, dit-il, de bien défendre les intérêts de la ville lorsqu'on n'assiste pas aux séances du conseil ni à celles des commissions.".

Suite à l'intervention précédente, il est clair que les relations entre le maire et son deuxième adjoint ne se sont pas améliorées. On peut même dire qu'elles sont devenues excécrables : " La Tribune du Midi a publié hier l'entrefilet suivant : On nous annonce que M. PEYRET et M. Honoré EUZET, deuxième adjoint, ne peuvant s'entendre, le bureau de ce dernier a été transféré au secrétariat" Le PM qui rapporte ces mots ajoute qu'EUZET adresse les lignes suivantes : "Il est bon d'ajouter, afin de compléter cette information, que c'est sur le désir formel exprimé par M. EUZET que son bureau a été transféré au secrétariat. M. EUZET a à se plaindre de la grossièreté de M. PEYRET, et il a voulu fuir les occasions qui lui étaient offertes, de sortir du calme dont il ne doit pas se départir, à l'égard du Maire doublé d'un vieillard." (JC du 25.05.1886)

La crise la plus forte est, certainement, celle du mois de juin. Reprise par toute la presse, on en trouve un bon résumé dans le MDM et on peut ainsi noter de larges extraits de ce journal (que l'on pourrait définir comme conservateur-modéré) : "C'est sans la moindre émotion que nous voyons les républicains de diverses nuances se chamailler entre eux ; toutefois nous nous étonnons de voir notre pétulant adjoint M. EUZET, qui aurait certes cent raisons de garder une prudente réserve, s'acharner contre le maire de Cette, et l'appeler avec arrogance à la barre, comme s'il était son justiciable. M. EUZET ne veut pas approuver le compte administratif, parce qu'il impute au maire les irrégularités qui se sont produites sur ce compte. Il lui reproche notamment d'avoir toléré que le receveur municipal eût deux caisses distinctes, l'une pour les fonds communaux, l'autre pour les fonds de la caisse des écoles. Il croit que cette négligence du maire sera cause de la perte de 7.115 francs éprouvée par la commune, ne sera pas garantie par le cautionnement du receveur municipal. Nous ne partageons pas le point de vue de M. le deuxième adjoint (...) M. EUZET fait le naïf, et il sait très-bien qu'en fait de compte administratif la responsabilité du maire n'est que fictive et de pure forme, et c'est même pour cela qu'on nomme un receveur grassement rétribué et astreint à déposer un fort cautionnement. Les maires du temps passé n'ont jamais fait, et ceux de l'avenir ne feront pas autrement que M. PEYRET. Mais si l'on descend au fond des choses, on verra que les vrais coupables, ne sont pas là où les voit M. le second adjoint. Il faut les chercher parmi les sectaires fantastiques dont M. EUZET est un des types les plus accomplis, qui, sous prétexte d'épuration, ont trouvé moyen de fourrer la politique dans un milieu d'où les vrais intérêts communaux auraient dû l'exclure, et de substituer à un agent-comptable, dont le zèle, l'aptitude et l'intégrité étaient exemplaires, un politicien ou agent électoral, qui était à peu près privé de toutes ces qualités, et qui a trouvé tout naturel de se prévaloir de son attitude de bon républicain pour en agir avec la plus grande liberté vis-à-vis de la caisse qui lui était confiée. Conclusion, M. EUZET me semble faire à son chef beaucoup de querelle d'Allemand, et si quelque chose m'étonne, c'est que ce dernier supporte si patiemment une pareille attitude." (MDM du 16.06.1886). Quelques jours plus tard, le MDM fait paraître le texte d'une lettre d'Honoré EUZET qui accuse le maire d'avoir toléré ces deux caisses et de ne pas avoir assuré la surveillance qui incombait à lui-seul. A la suite, le MDM persiste dans son raisonnement, pour dire que le seul vrai contrôle est celui qui est fait par un délégué du Trésorier Payeur Général. Quant à la situation créée par ce conflit, le MDM conclut, à nouveau : "Mais une situation qui n'est pas correcte et que le public a peine à comprendre, c'est le profond antagonisme qui existe entre le maire et M. EUZET, deuxième adjoint. Il y a là une anomalie qui est fâcheuse au point de vue d'une bonne administration, et qui semble ne pas pouvoir se prolonger indéfiniment." (MDM du 23.06.1886). Dans les autres journaux qui relatent cette crise, on peut noter encore les postures des divers intervenants. Par exemple, DEFARGE qui dit qu'il n'est le mandataire de personne (c'est-à-dire du maire ou de ses amis) et, bien sûr, EUZET : "M. EUZET dominant le bruit, dit que quel que soit le nombre de ses adversaires, on ne l'empêchera pas de défendre ce qu'il croit juste et on ne le fera pas départir du calme qu'il s'est résolu à conserver." (JC du 13.06.1886) ou c'est encore le président OLIVE qui n'obtient le silence qu'après avoir agité sa sonnette pendant plus de dix minutes ... on voit d'ici la scène ! (PM du 13.06.1886)

"Les relations entre le maire et M. EUZET, 2ème adjoint, sont maintenant tellement tendues que M. PEYRET vient de retirer toutes ses délégations à M. EUZET. Le PM du 04.07.1886, qui donne cette information, ajoute simplement que "ces conflits sont profondément regrettables au point de vue de la marche régulière des affaires municipales."

Le MDM s'étonne, qu'à la séance du conseil municipal du 10.08.1886 qui voit le renouvellement des membres des diverses commissions (comme chaque année), le nom d'EUZET ne figure dans aucune de ces commissions. Le commentaire de ce journal conservateur qui, d'habitude, n'est pas tendre pour les radicaux, est révélateur de la réputation du 2ème adjoint : "n'étant pas dans le secret des dieux, nous ne connaissons pas les motifs de cette élimination, car notre impartialité nous oblige à reconnaître que la présence de M. EUZET, deuxième adjoint, et homme très-intelligent, aurait pu être de quelque utilité dans une ou plusieurs de ces commissions" (MDM du 14.08.1886) Il faut certainement relier ces observations à celles que l'on trouve quelques jours avant sur les séances officieuses : "Nous connaissions encore les séances extraordinaires, qui ont lieu dans l'intervalle, avec l'autorisation de M. le préfet ; mais nous n'avions jamais entendu parler des séances officieuses : qu'es aco ? Il paraît que ce sont tout simplement des réunions de famille entre quelques conseillers (et qu'on ne saurait empêcher), ayant pour but de s'entendre sur la conduite à tenir dans les séances règlementaires. Cela certes ne peut faire de mal à personne ; mais comme ces réunions n'ont rien de légal et ne sont pas autorisées, on ne peut y prendre aucune délibération valable. Par suite, comment se fait-il que nos confrères croient devoir en rendre compte compendieusement ? et qu'on y lit à tout moment : l'assemblée a résolu ; l'assemblée a pris une délibération ; elle a modifié les résolutions sur tel ou tel point : cela est tout simplement ridicule et aucune de ces décisions ou délibération n'a la moindre valeur. Nous comprenons que M. EUZET qui préside ces réunions et qui est l'inspirateur officieux de certaines feuilles, cherche à donner à ces assemblées privées plus d'importance qu'elles n'en méritent." - sous-entendu, c'est le moyen qui lui reste d'exister puisque le maire a interdit sa nomination dans toutes les commissions. (MDM du 11.08.1886)

En fait, on voit bien qu'elle est la politique du maire par rapport à son second adjoint. Ainsi, alors qu'OLIVE, le premier adjoint, est absent, il revient présider le conseil pour empêcher EUZET d'en assurer la présidence, ce que le MDM appelle un "tour de Jarnac" : "Par suite, la session ordinaire du mois d'août étant ouverte depuis le 10, M. EUZET avait l'espoir de présider les séances du conseil ; mais cette espérance a été déçue par le tour de Jarnac que lui a joué, au dernier moment, M. PEYRET, maire, en se décidant, contre ses habitudes, à présider lui-même le conseil municipal, et il faut convenir, du reste, qu'il ne s'en est pas trop mal tiré. (MDM du 13.08.1886). A la suite de cet épisode, le MDM tire quelques conclusions sur les deux hommes et le portrait qu'il donne de PEYRET est plutôt flatteur, ce qui, a contrario, n'est pas à l'avantage d'EUZET : "Ce qui est vrai, c'est que parmi toutes les variétés de républicains que nous avons vu défiler devant nous, M. PEYRET, maire, est un de ceux que nous accepterions le plus volontiers, à cause de son impartialité, de sa rectitude d'esprit et de son incontestable probité. Indépendant par position, il voulait se retirer pour des motifs de santé. Le conseil l'a prié de rester, et il n'a consenti à se rendre à ses voeux qu'à la condition d'être dispensé de présider régulièrement les séances du conseil municipal. Mais cela ne l'empêche pas, quand M. OLIVE, premier adjoint, est absent, ce qui est fort rare, de présider l'assemblée, s'il se trouve dispos. M. EUZET se méprend et s'abuse lui-même, quand il affecte de croire qu'il a obligé le maire à remplir les devoirs de sa charge." (MDM du 15.08.1886) Auparavant, le MDM avait, d'ailleurs, bien marqué sa préférence pour le maire PEYRET : "M. PEYRET, à la tête de l'administration, est un gage de modération, de droiture et d'impartialité." (MDM du 10.05.1886)

En fait, l'analyse des comptes rendus des séances du conseil municipal montrent qu'EUZET a pu les présider entre janvier et mars 1886 et ces séances ont pu se dérouler sans le moindre problème, y compris pour le renouvellement des membres des commissions au conseil du 12 février. Que s'est-il donc passé en mars ou avril pour arriver à une telle tension entre le maire et son second adjoint ? On peut noter, cependant, que si un voeu a été émis à l'unanimité par le conseil municipal le 16 février, une pétition sur le même sujet a été adressée aux députés et aux sénateurs par cinq conseillers municipaux seulement : EUZET, COTHENET, THER, VÉROLY et AYMARD. Le JC du 28.03.1886 indique que ces cinq conseillers municipaux ont écrit un mémoire pour démontrer la nocivité de la loi du 27.05.1885 qui permet désormais aux repris de justice libérés de s'installer à Sète. Le texte souligne qu'ils sont environ 600, "une véritable armée" qui cause beaucoup de dommages, car la police est insuffisante. Le mémoire ou pétition propose de revenir à la situation antérieure qui interdisait aux libérés de séjourner à Sète. Le sujet est, évidemment, important mais on peut se demander pourquoi ni le maire ni le premier adjoint n'en sont signataires. Il est évident qu'il y a là matière à fâcherie. Evidemment, peut-être que le maire ne voulait pas écrire à tous les élus nationaux mais, dans ce cas, la minorité du conseil aurait dû passer par un canal politique. Faire autrement voulait dire que le maire était marginalisé, à la limite de l'incompétence. Plus tard, le PM rappelera le voeu du conseil municipal en en reprenant une partie ("Qu'il plaise au gouvernement de comprendre la ville de Cette au nombre des villes dont l'entrée est interdite aux condamnés libérés ou tout au moins de lui accorder une subvention suffisante qui lui permette d'être en l'état de défense contre les nombreux méfaits dont elle est victime et qui sont souvent suivis de meurtre.") et en ajoutant que ce voeu fut appuyé par une pétition " très bien motivée" et signée par les cinq conseillers municipaux dont les noms sont repris dans le journal (à noter qu'AIGON est indiqué comme signataire, au lieu de THER). Il est évident que si le PM du 01.09.1886 évoque cette pétition plusieurs mois après, c'est pour mettre EUZET en avant. On est alors en septembre, après toute une série d'escarmouches depuis le mois d'avril.

A la séance du conseil municipal du 19.11.1886, COTHENET et EUZET demandent qu'il soit nommé de nouvelles commissions, "certains membres du conseil ayant été exclus systématiquement de celles qui existent". Le premier adjoint, OLIVE, propose de nommer les membres des commissions à la majorité relative. EUZET répond que ce n'est pas légal. "En présence de ce désaccord, le conseil renvoie à une séance ultérieure la nomination des commissions afin que les conseillers aient le temps de se concerter d'avance sur les noms à proposer." (JC du 19.11.1886)

Au conseil du 22.11.1886, le maire, PEYRET, est présent et préside, en l'absence d'OLIVE, le premier adjoint. Il est évident qu'il veut empêcher EUZET de présider. Dès le début, la séance commence mal. En effet, si GAUTIER est élu secrétaire, quand il demande à lire un voeu, le maire s'y oppose, en disant que l'on doit s'en tenir à l'ordre du jour car c'est une séance extraordinaire. GAUTIER lui répond que sur les convocations, il était indiqué que c'était une séance ordinaire. Le maire lui rétorque que c'était une erreur. Du coup, GAUTIER refuse de remplir les fonctions de secrétaire du conseil. Un nouveau vote a lieu et c'est VÉROLY qui prend sa place. Ensuite, EUZET demande la parole et rappelle qu'à la séance précédente, il avait adressé une question à l'administration mais qu'il n'a pas eu de réponse. Puisque le maire est présent, il réitère sa question. PEYRET lui répond qu'il ignore ce dont il s'agit mais qu'OLIVE, qui présidait, lui a promis de lui répondre. Par conséquent, EUZET n'a qu'à attendre la réponse d'OLIVE. Suite à cela, EUZET se retire, suivi par GAUTIER, THER, COTHENET, AIGON et NÈBLE. Un peu plus tard, la séance est levée "au milieu de l'émotion produite par le brusque départ des membres susnommés" (JC du 24.11.1886). Et le JC ajoute : "Décidément, cela se gâte"

Les idées d'Honoré EUZET et de la minorité, au conseil municipal


De nombreuses questions techniques sont débatues au conseil municipal, en 1886, et, souvent, Honoré EUZET croise le fer avec une partie de ses collèques. Ainsi, au conseil du 21.10.1886, un débat a lieu sur les appointements du nouveau commissaire de police. GRANIER, MARTEL et EUZET estiment qu'il faut les augmenter et ils s'opposent à FALGUEIRETTES (proposition rejetée - JC du 23.10.1886) ; au début de l'année, GAUTIER et EUZET sont pour le maintien des cours de travaux manuels malgré le peu de succès, dû, d'après eux, aux heures qui leur sont consacrées ; de nouveaux horaires sont proposés (proposition adoptée) ; il insiste pour que soit payé, à compter du 1er janvier, le professeur de piano au Conservatoire et s'oppose à MARTEL (renvoi à la commission des Beaux-Arts) ; il propose le transfert d'une école enfantine de l'avenue de la gare à la rue de la Charité et demande le crédit correspondant (proposition adoptée) ; il propose d'organiser la surveillance des enfants dans les écoles le jeudi, ce qui suppose un crédit important ; à ce sujet, une vive discussion s'élève mais il appuie la proposition par des arguments politiques : "il croit que certaines familles mettent leurs enfants aux écoles congréganistes parce que dans ces écoles on les garde le jeudi ; si vous en faites autant, dit-il, ces parents retireront leurs enfants des écoles congréganistes et les mettront aux écoles laïques dont le niveau des études est supérieur, et d'ailleurs, ajoute-t-il, il importe d'élever les nouvelles générations dans les idées républicaines" ; les réparties sont vives, en particulier de VIVARES qui rappelle que la loi a prévu que les écoles vaqueront les dimanches et jeudis, afin de permettre aux enfants dont les parents le voudront de suivre l'instruction religieuse : il faut donc respecter la liberté de conscience des parents : la question fait l'objet d'un vote et est adopée par 14 voix contre 7 (JC du 30.01.1886, débats au Cm du 28.01.1886) ; cet exemple montre que la minorité qui a EUZET (2ème adjoint) pour porte-parole sait se faire entendre par ses idées, face à la majorité dirigée par OLIVE (1er adjoint) qui préside toujours le conseil, à la place du maire, absent excusé ou non ; on le voit bien dans cette séance du 28 janvier quand EUZET présente son rapport au nom de la commission de l'Instruction publique : il "présente un rapport reflétant ses idées personnelles et celles de la minorité de la commission".

Les fonctions d'Honoré EUZET, en tant que délégué cantonal


En tant que délégué cantonal, Honoré EUZET fait la tournée des écoles communales. "On nous assure que beaucoup d'autres délégués ne tarderont pas à suivre son exemple" (PM du 29.06.1886). Cette fonction a fait grincer quelques dents, comme on le voit dans l'article suivant du MDM : "Dans ces temps où le choléra fait des progrès chez nos voisins d'Italie ...", il serait utile de s'occuper des " mauvaises exhalaisons qui s'échappent des bouches d'égout sur toute l'étendue de nos quais. M. le maire fera bien de confier cette surveillance à l'infatigable activité de son deuxième adjoint, M. EUZET. Cette mission, s'il voulait s'en charger, serait tout aussi utile que celle qui consiste à aller visiter les écoles au point de vue pédagogique." (MDM du 30.06.1886). Ou aussi cette intervention parue dans le MDM du 11.08.1886 : "Nous voyons encore que c'est M. EUZET (...) qui a présidé les séances d'examen des élèves des écoles laïques et des institutions libres, ainsi que des jeunes personnes fréquentant les cours secondaires des jeunes filles. Nous n'avons aucun motif d'être désagréable à M. EUZET qui est, comme on dit vulgairement, un bon zigue ; mais nous nous demandons avec quelque anxiété quel titre pédagogique il pourrait invoquer pour présider des examens de cette nature ? Concourt-il lui-même aux interrogations ? Cela nous semblerait un peu drôle.". L'intéressé fait répondre par l'intermédiaire du JCM : "Le Journal commercial et maritime nous répond au nom de M. EUZET et sur un ton de parfaite urbanité, que depuis dix ans M. EUZET fait partie de la commission cantonale de l'instruction publique et qu'il est permis de supposer qu'il a rempli son mandat à la satisfaction de tous, puisque depuis ce temps, et sous toutes les administrations, il lui a été maintenu. Nous n'avons pas à contredire en quoi que ce soit à ces assertions de M. EUZET". (MDM du 13.08.1886)


1887

Comme les années précédentes, le premier adjoint, OLIVE, assure la présidence du conseil municipal et chacun semble en avoir pris son parti, au point que le MDM écrit, le 23.03.1887, qu'OLIVE est "plus spécialement chargé d'administrer la ville de Cette" ! Il semble aussi que la guerre d'usure entre le maire et son second adjoint se soit calmée. Le début de l'année 1887 est plus calme au conseil municipal. A la séance du 03.01.1887, le compte rendu de la séance précédente est adopté sous réserve d'une observation d'EUZET quant à l'entreprise de l'arrosage de la ville. Comme toujours, il n'hésite pas à donner son point de vue quel que soit le sujet technique abordé. Ainsi, en ce qui concerne le contrat d'assurance avec l'incendie, il pense qu'il serait plus équitable et plus rentable que la police - dont le montant s'élève à 1.200.000 francs - soit répartie entre diverses compagnies. Cependant, comme le contrat actuel court jusqu'en 1891, il faut souscrire avec la Paternelle (le Progrès National ayant vendu son portefeuille à la Paternelle). Il émet le voeu qu'à l'avenir, la répartition d'assurance se fasse d'une manière plus conforme aux intérêts de la commune. A noter que 9 conseillers sont absents : GAUTIER, COTHENET, NÈBLE, THER, TRIAIRE, DEFARGE, AUGIER, AIMARD et AIGON (PM du 05.01.1887) Même discours , mêmes arguments, un mois plus tard, par rapport à la technique de l'adjudication qui devrait toujours se substituer au marché de gré à gré (cette fois en ce qui concerne l'achat de machines prévues pour le marché d'adduction des eaux de la source d'Issanka). Le ton monte d'un cran quand il s'agit de nommer un membre de la commission scolaire, en remplacement de MARTEL, démissionnaire (PM du 18.02.1887). Enfin, sur le même sujet de l'adjudication, une longue discussion a lieu, le 09.11.1887, au sujet de ces machines pour l'adduction d'eau et à cause du contrat de gré à gré qui est proposé au conseil municipal. Le PM reprend cette discussion en mettant en avant l'argument d'économie développé par Honoré EUZET. La majorité ne le suit pas et le projet de marché est adopté par 12 voix contre 6 (PM du 12.11.1887). Cependant, la question essentielle reste celle du théâtre.

La question de la construction d'un nouveau théâtre

C'est le 19.02.1887 qu'arrive au conseil municipal la discussion sur l'opportunité de construire ou non un théâtre municipal. Cette discussion est provoquée par la position de la commission des Beaux-Arts. Le maire est absent et la séance est - comme d'habitude - présidée par le premier adjoint, Théodore OLIVE mais il y a aussi 10 conseillers absents (TICHY, FALGUERETTES, TRIAIRE, NÈBLE, AUGIER, AIMARD, VAILLIÉ, SOULOUMIAC, AIGON et CONQUET) : "M. DEFARGES, au nom de la commission des Beaux-Arts, demande au conseil de supprimer la subvention au directeur du théâtre pour l'année 1887-88 et de ne pas renouveler le bail du théâtre Jeannin qui expire le 30 septembre. Les principaux arguments invoqués par le rapporteur en faveur des décisions de la commission sont : 1/ que le nombre de places du théâtre Jeannin étant trop restreint, les recettes ne peuvent pas suffire à payer les appointements d'une bonne troupe, malgré la subvention de 23.000 francs accordée par la ville au directeur ; 2/ que le directeur ne pouvant pas engager des artistes à 1500 ou 1800 francs par mois, le public cettois étant exigeant déserte le théâtre et il s'en suit que presque tous les directeurs se sont ruinés et que tous se ruineront si la ville continue à donner de l'argent pour l'exploitation du théâtre Jeannin ; que dans ces conditions le conseil municipal doit être assez consciencieux pour ne pas continuer à encourager un directeur à prendre une entreprise ruineuse en lui accordant une subvention. M. DEFARGES dit que ce qui a encouragé la commission à prendre cette décision, c'est que ne comptant plus sur le théâtre Jeannin, un nouveau théâtre remplissant toutes les conditions voulues sera construit par une société ou par l'administration et qu'alors seulement on aura un théâtre digne d'une ville ayant une population de 40.000 habitants. Il conclut en disant : ayez un théâtre confortable et alors vous pourrez avoir une bonne troupe ; vous pourrez en un mot vous montrer exigeants sans ruiner un directeur. M. EUZET combat les conclusions du rapport ainsi que les considérants ;" Sur la question de la rentabilité pour le directeur du théâtre, il déclare (qu'il) "trouve que le rapporteur a un peu été dans la voie de l'exagération en disant que tous les directeurs s'étaient ruinés ; il cite M. DELPARTE comme ayant gagné de l'argent et si les autres en ont perdu dans l'exploitation du théâtre, c'est qu'ils n'étaient pas aptes à prendre la direction. M. EUZET ose espérer que le directeur actuel, s'il ne gagne pas de l'argent, il n'en perdra pas non plus, surtout s'il continue à nous donner de bonnes représentations comme il le fait depuis quelques temps. L'orateur est de l'avis du rapporteur en ce que le théâtre Jeannin n'est pas un théâtre pour une ville de 40.000 habitants mais en attendant d'en avoir un plus confortable et que les finances de la ville permettent de le construire, il faut conserver celui-là." (PM du 21.02.1887)

Dans une réunion officieuse, le conseil municipal est réuni sous la présidence de Théodore OLIVE, qui donne lecture d'une lettre adressée par M. DUSSOL Celui-ci fait connaître à l'administration qu'il lui fait parvenir un plan descriptif de son théâtre mais que ce plan pourra être modifié conformément aux désirs de la ville. Lucien MARTEL estime que ce projet est trop vague et qu'il faudrait connaître "le coût du loyer de son théâtre et quel temps il lui faudra pour le construire". Le président répond que suite à une consultation qu'il a eue avec M. DUSSOL, il "faudrait sept mois pour la construction de son théâtre et comme prix du loyer, il demanderait 25.000 francs". Jean Baptiste VIVARÈS estime que M. DUSSOL aurait dû donner ces renseignements par écrit et qu'il est impossible de discuter sur ces paroles qui ne constituent aucun engagement. Joseph THER et Adolphe VÉROLY demandent que le conseil veuille faire introduire M. PÉCHEUR, fondé de pouvoir de M. DUSSOL, afin qu'il éclaire le conseil sur cette offre. Une fois introduit, M. PÉCHEUR dit qu'il ne peut répondre sur le prix du loyer car le devis estimatif n'a pas été dressé et le conseil n'a pas fait connaître les modifications qu'il proposerait d'apporter. "Il croit cependant pouvoir affirmer que le coût du loyer ne dépasserait pas 25.000 francs". Dans la discussion qui suit, Henri DÉFARGES déclare : "Avec la somme de 30.000 francs inscrite chaque année au budget pour les dépenses théâtrales, on pourrait payer l'annuité nécessaire à un emprunt de 600.000 francs environ, somme à peu près nécessaire pour l'édification d'un théâtre sur un terrain communal." Puis, Auguste FALGUERETTE demande la nomination d'une commission composée de 8 membres pour étudier toutes les propositions d'édification d'un théâtre. Cette proposition est acceptée et sont nommés membres au scrutin secret : FALGUERRE, GRANIER, MARTEL, DÉFARGES, THER, CONQUET, TICHY et MATHIEU. Dans la foulée, FALGUERETTE en est nommé vice-président. A la suite de ce compte-rendu, le PM donne son point de vue : "Nous nous plaisons à constater que tous nos édiles veulent doter notre ville d'un théâtre, mais faut-il encore que tous soient disposés à la doter d'un théâtre confortable, construit dans toutes les conditions voulues, digne en un mot d'une ville de 40.000 habitants. Malgré ce que peuvent en dire les pessimistes, nos finances sont dans un état florissant : en conséquence que la commission se mette résolument à l'oeuvre pour la construction d'un théâtre par la ville et qu'elle n'invite pas la commission précédente, nommée il y a trois ans, sur la proposition de M. EUZET, laquelle ne s'est jamais réunie. Il est vrai que nous avions alors le théâtre Jeannin. Aujourd'hui, il ne doit y avoir ni théâtre Jeannin ni théâtre Dussol. Il ne doit y avoir qu'un théâtre municipal, et nous espérons que nos édiles y pourvoiront." (PM du 28.03.1887)

A la date du 04.06.1887, la majorité du conseil présente une motion concernant le théâtre (reproduite dans le JC du 18.12.1888, afin d'appuyer la solution consistant à construire un théâtre provisoire) : "Les soussignés, conseillers municipaux, en vertu de la délibération prise à la date du 7 mars 1887, et surtout après la terrible catastrophe de l'opéra-comique de Paris, de vouloir bien interdire au public le théâtre Jeannin qu'ils considèrent comme insuffisant, dangereux et insalubre, ainsi que le disait le docteur TICHY dans son rapport du 28 mars 1885. Ils estiment qu'en cas d'accident, un jour de spectacle, la responsabilité de l'administration serait immense et qu'il appartient d'ores et déjà aux conseillers soussignés de dégager la leur. les soussignés reconnaissent qu'un théâtre est indispensable dans une ville aussi importante que la nôtre, à la condition cependant qu'il offrira au public toute la sécurité désirable exigée par la loi ; ils pensent avec raison qu'il vaut mieux pour une année en priver la population qui saura comprendre le sentiment qui les guide, que de l'exposer à être brûlée ou à être écrasée sur des décombres. C'est pourquoi les soussignés invitent instamment l'administration à fermer définitivement le théâtre Jeannin et à prendre un arrêté à cet égard, conformément à l'article 97 de la loi municipale de 1884. Ont signé : J. THER, M. DEFARGE, J.B. VIVARÈS, M. CONQUET, A. VEROLY, F. LAUTIER, F. MAURY, G. GRANIER, E. TEULON, GAUSSEL, VAILLÉ, AUZIER, Ed. MATHIEU jeune, E. TRIAIRE, H. TICHY."

Au conseil municipal du 21.10.1887, toujours sous la présidence OLIVE, parmi les absents, le maire PEYRET est (pour une fois) indiqué. A propos du théâtre, le président demande le rejet pur et simple d'une proposition des nommés DIOSE, père et fils, de Lyon, pour la construction d'un théâtre municipal. EUZET déclare que "tout en étant opposé à la fermeture du théâtre Jeannin, la saison théâtrale est trop avancée", il suit donc cette demande mais veut établir les responsabilités de la fermeture. Ainsi, il est donné lecture du rapport de la commission nommée par le préfet ; cependant, cette lecture est interrompue par le bruit de personnes qui n'ont pas pu prendre place aux bancs qui sont réservés au public. Suite au tumulte qui ne cesse pas, le président lève la séance." (PM du 24.10.1887)

La suite de l'histoire est à l'avantage d'OLIVE et de la majorité, au grand dam d'Honoré EUZET : "Dans un long discours, M. EUZET critique vivement l'administration à propos de la question du théâtre. Il établit avec le rapport de MM. les experts nommés par le préfet que, contrairement à ce que dit M. OLIVE dans son arrêté, le théâtre Jeannin est solide et qu'il n'est pas insalubre et que s'il y avait quelques issues à créer, cette dépense est insignifiante. Si l'administration, dit-il, avait consulté les hommes compétents avant de prendre son arrêté, c'est-à-dire au mois de mai dernier, on aurait eu le temps depuis de faire les réparations et nous ne serions pas privés de théâtre. A présent, il est trop tard pour réparer la faute commise. Il conclut par une énergique protestation en son nom et au nom de ses amis, ajoutant qu'il n'aura pas la naïveté de réclamer un blâme contre M. OLIVE, certain que la majorité du conseil ne le suivrait pas." (PM du 12.11.1887) Ce qui suit, dans la même séance du conseil du 9 novembre, montre que sous des aspects vifs mais policés, existe une forte opposition de personnes entre le premier et le second adjoint : "M. OLIVE, président : Je ne réponds pas aux attaques dont je viens d'être l'objet, surtout de la part qu'elles me viennent. - M. EUZET : J'ai pour devoir de respecter le président ; mais à M. OLIVE, je lui dis qu'à ses paroles dédaigneuses, j'oppose mon plus profond mépris. ... Et la discussion reprend, ensuite sur un autre sujet (les pétitions tendant à obtenir le transfert du marché de l'Esplanade). La séance est levée quand plusieurs conseillers quittent la salle.

Les innovations du conseil municipal

Au premier trimestre, la ville de Sète voit se développer un conflit professionnel dans la boulangerie, à cause de l'augmentation du prix du pain. Or, la mairie tente d'intervenir pour aboutir à une conciliation entre les parties. Cette intervention politique est critiquée par le MDM au nom de la liberté commerciale : "On dit que M. EUZET et quelques uns de ses amis, assez mal inspirés à notre avis, ont insisté afin que le conseil municipal intervienne dans la question de la boulangerie et du prix du pain (...) Le conseil municipal s'est ingéré abusivement dans une question qui ne le regarde nullement et son intervention est une atteinte à la liberté commerciale. Certainement on peut croire que M. EUZET était animé d'excellentes intentions et qu'il aurait fait des propositions relativement modérées ; mais il est bien évident qu'il voulait par là se montrer agréable au club radical, afin de rester, au moins en apparence, le chef de ce parti à Cette, au point de vue de sa popularité et de son action politique. Mais il serait peut-être survenu un autre politicien ultra-radical, qui aurait demandé que les boulangers vendent au pair, et puis d'autres auraient prétendu qu'un homme, quand il a faim, a le droit de prendre un petit pain gratis, là où il se trouve, à le devanture du boulanger. Certes, nous conviendrons que dans une société bien organisée, il devrait y avoir un principe de solidarité en vertu duquel personne ne serait exposé à mourir de faim, surtout lorsqu'il en est qui ont de quoi nourrir des régiments. Mais c'est la collectivité tout entière qui doit faire les frais de cette solidarité et non point le boulanger seul." Finalement, les boulangers modèrent la hausse, avec un prix du pain qui n'augmente que de 5 centimes les 2 kilogs. Le MDM estime qu'ils ont été intimidés par l'agitation qui s'est faite autour d'eux. Quoiqu'il en soit, on se rend compte que ce conflit révèle deux conceptions de la vie en société. On peut, remarquer aussi qu'Honoré EUZET est, comme d'habitude, à l'avant-garde des idées nouvelles qui vont se développer par la suite, avec ce que l'on a appelé le socialisme municipal. (MDM du 06.04.1887)

La gestion courante du conseil municipal

Voici quelques interventions et délibérations concernant la gestion courante :

Dans la séance du 07.07.1887, le PM s'étend longuement sur des discussions relatives au Bureau de bienfaisance. Certains de ses immeubles ont été affectés à d'autres missions communales, en particulier avec la création d'une école laïque. Or, dertains de ces immeubles sont arrivés dans le patrimoine du Bureau de bienfaisance par l'intermédiaire de donations entre vifs, à la condition qu'ils devaient servir à l'établissement d'un Bureau de bienfaisance. La mairie s'expose donc à des revendications des héritiers. Ceux-ci sont défendus, en conseil municipal par le conseiller VIVARES, cependant que l'autre point de vue est défendu par EUZET. Celui-ci déclare, notamment : "Quand l'ancienne administration décida la création de l'école laïque Jeanne d'Arc, c'est qu'elle avait prévu l'invasion des cléricaux dans ce quartier, et qu'elle avait senti qu'à leurs organisations formidables il fallait imposer une digue. Cette digue fut la laïcisation de l'école Jeanne d'Arc qu'en ce moment l'on nous propose de supprimer. On parle de spoliations lorsque nous n'avons emprunté à l'immeuble Baissade qu'une simple cour et que non seulement le bureau de bienfaisance, mais encore la commune a amélioré cette partie en l'élevant d'un premier étage, pour y installer un dortoir à l'usage du bureau de bienfaisance". D'autres arguments sont encore avancés de part et d'autre. Finalement, le conseil rejette la demande du Bureau de bienfaisance et donne raison à Honoré EUZET (PM du 10.07.1887).

Le PM, toujours prompt à mettre en avant les initiatives de son poulain, indique dans son numéro du 11.07.1887 que "dans sa séance en comité secret qui a eu lieu avant-hier, le conseil a décidé de se réunir vendredi prochain, 16 courant, pour examiner une question qui a trait aux saisies de vins, soi-disant falsifiés. C'est sur la proposition de M. EUZET que cette décision a été prise."

Même quand ce sont les affaires courantes qui sont en jeu, la malice des conseillers est toujours là. Le PM du 23.07.1887 indique, par exemple, qu'une nouvelle fois, le quorum n'a pas été atteint pour pouvoir valablement délibérer : "M. EUZET est entré dans la salle du conseil au moment où la séance venait d'être levée."

Au conseil municipal du 30.09.1887, Honoré EUZET obtient le renvoi à la commission des Travaux publics, des cahiers des charges et des borderaux de prix de six entreprises, pour les années 1888-1889-1890 (PM du 03.10.1887)

Au conseil municipal du 28.11.1887, Honoré EUZET demande et obtient le renvoi à la commission des finances de la question de la subvention aux Dames de saint Maur (PM du 01.12.1887).

Au conseil municipal du 07.12.1887, Honoré EUZET propose d'étudier les voies et moyens pour mettre à exécution le projet de pavage de l'avenue de la gare ; il soutient aussi que deux emprunts soient réunis en un seul ; les deux affaires sont renvoyées. (PM du 10.12.1887)

Au conseil municipal du 16.12.1887, Honoré EUZET remercie l'administration (de la ville) d'avoir soumis le devis relatif au pavage de l'avenue et mis les moyens financiers pour réaliser le projet (qui est renvoyé, sur sa proposition, aux commissions des finances et des travaux publics, les deux commissions devant se réunir le lendemain). Par contre, il s'oppose à la vente d'une baraquette qui est au quartier du Lazaret. En effet, "cette baraquette est destinée à être traversée par le boulevard du tour de la montagne et, en outre, elle avoisine l'emplacement sur lequel doit être édifié le nouvel abattoir". Il en résulte que le lieu doit, avant peu, acquérir une plus-value et que, donc, la ville n'a pas intérêt à vendre. Le conseil, à l'unanimité repousse la vente (PM du 20.12.1887).

L'organisation de la mouvance socialiste

1887 est aussi une année où commence à se structurer la mouvance socialiste, comme on le voit dans le PM du 04.03.1887. Une convocation est adressée par voie de presse aux "citoyens membres du groupe socialiste", pour une réunion à leur siège qui est "au café débit du Parc, rue Grand Chemin, géré par le citoyen André TITÉ". L'objectif de cette réunion est de bâtir un programme "qui doit servir de ligne de conduite politique à ce groupe en formation."



Pour terminer cette année 1887, un clin d'oeil amusant aux moeurs de l'époque : on voit, de temps en temps, dans les journaux, que les chiens non tenus en laisse sont abattus (arrêtés municipaux). Aussi, des chasseurs ont fait un communiqué qui est paru dans le MDM du 28.07.1887 : "Nous aimerions mieux saluer le chapeau de M. EUZET, deuxième adjoint, que l'observer les ukases de M. OLIVE. - un groupe de chasseurs" ...

1888
Il s'oppose à la construction d'un théâtre provisoire

L'année commence avec un conseil municipal qui ne peut se tenir, à cause des absences non motivées, d'après le Petit marseillais qui donne les noms, repris par le JC du 20.01.1888. On trouve onze noms : EUZET, COTHENET, GAUTHIER, AIGON, NÈBLE, TEULON, VAILLÉ, AIMARD, FALGUEIRETTE, MARTEL et BERTRAND.

Le vote pour la construction d'un nouveau théâtre

La question majeure de l'année est celle de l'édification d'un théâtre provisoire ou définitif à Sète. - JC du 13.01.1888 : "Le conseil municipal se réunit demain, vendredi, pour décider si, l'état des finances ne lui permettant pas de voter la construction d'un théâtre définitif, il ne conviendrait pas de s'en tenir à celle d'un théâtre provisoire, qu'on édifierait, par exemple, sur le vacant situé avenue Victor Hugo, en face de l'école Paul Bert. Nous ne croyons pas que Cette, une grande ville désormais, puisse se passer pendant plus longtemps, d'un théâtre définitif ou provisoire. Il serait préférable de voter un théâtre définitif, l'argent que coûterait un théâtre provisoire devant être de l'argent perdu ; mais, comme il est peu probable qu'avant une dizaine d'années les finances de la commune permettent d'y affecter les deux millions qu'il coûterait bien certainement, il faut bien savoir se contenter du provisoire projeté. Seulement, pourquoi le conseil municipal voterait-il dare, dare, l'achat du théâtre provisoire de Montpellier ? Il faudrait, d'abord, le démolir pièces par pièces, ce qui ne se ferait pas sans dommages ; il faudrait, ensuite, le reconstruire en sciant, coupant, de manière à le mettre à la mesure de l'emplacement choisi, et la perte ne serait pas petite ! Les planches, la brique, le plâtre et le carton-pâte ne sont pas chers à Sète ; aussi croyons nous que, pour un prix inférieur à celui du théâtre provisoire de Montpellier, on y en construirait un, également provisoire, ayant un aspect beaucoup plus monumental, beaucoup mieux aménagé ... et neuf. Que ne fait-on pas avec 100 et même 80.000 francs intelligemment employés ? Nous sommes d'avis, par suite, et puisque on ne saurait faire autrement, que le conseil municipal décide, en principe, la construction, sur l'emplacement de l'avenue Victor Hugo, d'un théâtre provisoire ; mais qu'il se refuse absolument de traiter l'achat du théâtre de Montpellier avant d'avoir demandé à l'architecte de la Ville un plan et un devis lui permettant de se rendre compte si, en faisant cette acquisition, il ne consentirait pas un marché de dupe, dont les finances municipales feraient naturellement les frais.

- JC des 15-16.01.1888 : "Le conseil municipal s'est réuni hier soir, en comité secret, pour s'occuper de la question du théâtre provisoire, et si nous nous en rapportons aux indiscrétions qui sont venues jusqu'à nous sur ses décisions, il aurait décidé 1/ que le théâtre serait construit 2/ qu'il serait fait une démarche pour savoir à quel prix le propriétaire du théâtre provisoire de Montpellier consentirait à le céder et à le reconstruire à Cette 3/ que, si l'accord sur son prix ne se faisait pas, la Ville en ferait construire un, sur un plan et un devis à arrêter. Nous persistons à croire que le conseil municipal, après avoir décidé, en principe, la construction d'un théâtre provisoire, aurait dû s'en tenir à cette dernière résolution."

C'est un peu plus tard que l'on apprend comment la ville a pu continuer à avoir des représentations théâtrales, alors qu'il n'y avait ni théâtre provisoire ni théâtre définitif. En effet, la municipalité avait fait fermer, pour des raisons de sécurité, le théâtre Jeannin mais avait fait venir de Bordeaux le théâtre du sieur Piétro BONO, ce qui permettait de faire taire les mécontents. Or, celui-ci "a tenu rigoureusement sa promesse en donnant au public cettois cinq représentations par semaine composées principalement de nouveautés. En même temps, sa présence a donné du temps à la municipalité pour prévoir la saison suivante. C'est pourquoi Piétro BONO demande alors une subvention au conseil municipal, ce que le JC approuve fortement (JC des 29-30.01.1888). Cependant, au conseil municipal suivant, Honoré EUZET demande si la ville a pris des engagements à l'égard de Piétro BONO. Il lui est répondu que la ville l'a simplement autorisé à s'établir à Sète, "à l'exclusion de tout autre établissement de ce genre". Après discussion, le conseil repousse la demande d'indemnité (JC du 16.02.1888).

En même temps, l'hypothèse de l'achat du théâtre provisoire de Montpellier est abandonnée ; suite à une demande d'Honoré EUZET, le président lui répond que : "l'achat de ce théâtre présente de sérieuses difficultés, qu'il appartient par partie à des mineurs, qu'il doit se vendre en conséquence par licitation, et que cette vente n'est pas près d'avoir lieu. La ville n'a donc pas à compter sur cette acquisition." (JC du 04.02.1888)

A la même date, à l'occasion de la demande de remboursement par l'architecte CARLIER pour son expertise sur le théâtre Jeannin (le montant étant, d'ailleurs, jugé disproportionné), on apprend que "l'Administration de la ville ayant décidé la fermeture du théâtre Jeannin, et celui-ci ne s'étant pas opposé à cette fermeture et n'ayant formulé aucune plainte pour infirmer la décision administrative, on a dû légalement faire nommer une commission." (JC du 04.02.1888). Manifestement, il ne restait plus qu'une solution : bâtir un théâtre provisoire, mais le conseil municipal avait-il une majorité pour soutenir un tel projet ?

C'est justement sur ce sujet que 11 conseillers municipaux démissionnent, en mars. "La question du théâtre de l'avenue de la Gare est venue jeter la désorganisation au sein de notre conseil municipal. Nos lecteurs savent que, dans la séance des commissions des finances et des travaux publics qui a eu lieu mercredi dernier, la majorité de deux voix a été acquise à l'édification du théâtre Carlier. Les membres de la minorité ont fait remettre hier matin à M. le préfet la lettre de démission ci-après : M. le préfet, le conseil municipal étant sur le point de prendre une décision que nous considérons comme funeste aux intérêts de la commune, nous avons l'honneur de vous remettre notre démission afin de dégager notre responsabilité. Permettez-nous d'espérer, M. le préfet, que, conformément à la promesse que vous avez bien voulu faire à nos délégués, vous voudrez bien convoquer le corps électoral dans le plus bref délai pour lui permettre de se prononcer sur cette question délicate. Agréez, etc. - Signé EUZET, FALGUERETTE, MARTEL, MATHIEU, COTHENET, GAUTIER, AIMARD, BERTRAND, AUZIER, NEBLE, AIGON" (PM du 11.03.1888)

Au conseil municipal qui suit, les 14 conseillers municipaux restants votent, à l'unanimité, le rapport sur le théâtre Carlier, avec une dépense évaluée à 322.000 francs ; dans cette séance, le maire Benjamin PAYRET est présent mais c'est toujours Théodore OLIVE qui préside (!) ; ce dernier lit ensuite la lettre de démission des 11 et dit que cette démission est regrettable d'autant que "nous n'avons rien fait pour la provoquer" ; sur sa proposition, une délégation se rendra auprès des démissionnaires pour les engager à revenir sur leur décision. Font partie de cette délégation : OLIVE, TICHY et TEULON (PM du 13.03.1888).

Le préfet a bien du mal à trouver une position définitive dans ce conflit (probablement poussé en coulisses par chacune des parties) : " Cette, le 29 mars. - M. le préfet a bien voulu se décider à mettre à l'enquête le projet de théâtre de Cette (...) Le Petit Méridional nous annonce (...) que cette enquête de commodo et incommodo aura lieu du 21 au 23 avril prochain, presque en même temps que les élections municipales. Mieux vaut tard que jamais. Pour un homme habile, M. le préfet est un homme habile ; il veut, dans cette circonstance, ménager la chèvre et le chou. La chèvre, c'est l'administration actuelle ; le chou, c'est EUZET. Qui résistera de la chèvre ou du chou (?) Qui le sa ! (...) Pendant ce temps-là, les bons cettois attendront une salle de spectacle convenable ; les partisans de la salle Jeannin se prennent à espérer, car s'ils arrivent à l'Hôtel-de-Ville, vous pouvez compter qu'ils feront des pieds et des mains pour ouvrir cette rôtissoire (?). Un moment on avait cru que le projet Carlier rallierait tout le monde par ses bonnes dispositions, son aspect élégant, son bon marché et la célérité avec laquelle cet architecte s'engageait à le construire, c'était une erreur." (MDM du 30.03.1888)

Le sujet revient dès le début du nouveau conseil ; en effet, le 22.06.1888, à la suite de l'exposé du rapport GUIRAND, le conseil municipal finit par voter à la majorité les conclusions du rapport qui prévoient la construction d'un nouveau théâtre : "M. GUIRAND, rapporteur de la commission des beaux-arts, donne lecture de son rapport, concluant : 1/ A la construction d'un théàtre définitif sur une place qui serait située entre la rue Nationale et la rue Grand'Chemin et sur le prolongement de l'avenue de la Gare. Frais d'expropriation pour l'emplacement : 1.600.000 francs ; frais de construction : 1 million de francs. Total de la dépense pour la construction du théàtre : 2.600.000 francs. 2/ Au prolongement de l'avenue de la gare jusqu'au quai d'Alger ; montant de la dépense : 2.400.000 francs ; total général de l'évaluation des frais à faire pour l'exécution de ce projet grandiose : 5.000.000 francs." Le PM donne beaucoup de détails sur cette séance car il s'agit de montrer l'opposition des conseillers municipaux les plus radicaux : "M. BLANCHET combat les conclusions du rapport de M. GUIRAND. Il demande au conseil de construire le théâtre sur l'emplacement actuel des bureaux et des chantiers des ponts et chaussées. M. EUZET se prononce aussi énergiquement contre les conclusions du rapport. Il dit que l'exécution de ce grand projet entraînera la ville dans une dépense de 6.000.000 de francs au minimum. Il ne voit d'autres combinaisons pour contracter un emprunt de cette somme que le vote de 56 centimes additionnels (...) (le JC du 24.06.1888 indique le chiffre de 62 centimes, soit une augmentation de 30 %) y compris les 8 centimes additionnels qui viennent d'être votés. Quant aux avantages que les ouvriers de Cette en retireraient, M. EUZET n'est pas de l'avis du rapporteur. Ce sont les ouvriers étrangers dit-il, qui en profiteront, car les ouvriers cettois sont tonneliers ou portefaix. L'orateur conclut en demandant au conseil d'ajourner ce projet ruineux pour la ville, pensant qu'il serait préférable de construire un abattoir, un hôpital, une bourse et un théâtre définitif sur un emplacement dont le coût ne serait pas de 1.600.000 francs. M. COMBES, 1er adjoint, appuie les conclusions du rapport. Sur la demande de MM. VITOU, ROCCANTI, FABRE, FALGUERETTES, MARTEL, Francois MARTIN, EUZET, MAGISTRE, COLLOT CAVALLIER, CAYROL, GIRARD, BLANCHET, RICHARD, GINOUVÈS, le vote a lieu par appel nominal et les conclusions du rapport sont adoptées par 16 voix, contre 11 et 2 abstentions. Ont voté pour : MM. AUBÈS, AUSSENAC, COMBES, FABRE, AULOY, PLANCHON, GINOUVÈS, BOUDON, GIBERT, CHAUVET, GAUTHIER, GUIRAND, GOUDAL, SÉNÉGAS, MOULIN, JEANNOT. Ont voté contre : MM. BLANCHET, RICHARD, François MARTIN, MARTEL, FALGUERETTES, VITOU, ROCCANTI, GIRARD, CAVAILLER, EUZET. Se sont abstenus : MM. COLLOT et MAGISTRE. Absent : M. DURAND. (PM du 24.06.1888) A noter que le JC du 24.06.1888 donne des détails sur le contre projet présenté par BLANCHET, lequel souligne les manques d'infrastructures à Sète : "Notre ville qui l'existe pour ainsi dire que d'hier, a eu des développements si rapides qu'elle manque à peu près de tout ce que possèdent des villes d'importance bien moindre. Un théâtre définitif, un nouvel abattoir, l'hospice hors de la ville, une cale de radoub, une bourse, s'imposent certainement (...) Nous pouvons réaliser ces cinq projets avec une somme bien moins forte (...)"

Cependant, les débats du conseil municipal du 02.10.1888 montrent une nouvelle évolution ; en effet, il est dit que la commission compétente s'est occupée sérieusement d'arriver, dans le plus bref délai possible, à la réouverture du théâtre Jeanin, mais qu'il reste à obtenir l'autorisation du préfet. Ces débats sont plutôt houleux car certains estiment que le préfet est de mauvaise volonté (PM du 04.10.1888).

Le 16.10.1888, un article du PM fait le point de la situation, pour la nouvelle municipalité : "Nous n'avons jamais pensé que la réouverture du théâtre Jeanin était une solution définitive. Ce n'est là qu'une solution provisoire qui permettra aux Cettois de satisfaire leur goût et de ne pas être privés d'une distraction si agréable jusqu'au jour où un grand théâtre véritablement digne de Cette aura été édifié. C'est à ce but si vivement désiré par tous que doivent tendre tous les efforts. Aussi avons-nous été heureux d'apprendre de la bouche même du vice-président de la commission, M. FALGUERETTES, que tous les membres étaient unanimes pour hâter autant que possible le projet d'édification d'un théâtre définitif. Mais en attendant, il faut promptement un théâtre provisoire à Cette. Il y a donc nécessité urgente d'en finir avec cette question, d'obtenir l'autorisation de M. le préfet, sans toutefois qu'il faille compromettre les finances de la ville, qui n'ont certes pas besoin de grosses dépenses nouvelles. Si, comme le semble espérer la commission, M. le préfet autorise la réouverture de la salle Jeanin moyennant une dépense de 11.000 francs, il sera facile de donner la première représentation dès les premiers jours du mois prochain, ainsi que nous en avons déjà formulé le voeu. Le plus court moyen serait de traiter avec la troupe du théâtre de Béziers, qui pourrait venir donner trois représentations par semaine, sans quoi on risque de n'avoir qu'une troupe médiocre et dont le directeur serait loin de faire fortune."

Les élections municipales

Le premier tour des élections municipales

Un article du JC du 05.05.1888 fait un point très critique sur la liste des radicaux (dite de la concentration). Sous la signature d'un électeur du bon coin, sont particulièrement égratignés, AYMERIC et EUZET. Le premier, parce qu'il semble désigné pour être maire, alors qu'il n'est pas un enfant du pays et que, n'étant pas Cettois, il repartira quand la ville ne lui donnera plus d'avantages. Quant à EUZET, il est vu comme un "candidat usé, trop usé, qui veut toujours de la timbale municipale. Il ne la lâche pas depuis bientôt 20 ans et soit avec les écarlates, les rouges, les bleus, les mauves, il faut qu'il soit toujours à la mairie." Bref, c'est un caméléon et, en plus, quand on analyse les critiques réciproques passées entre AYMERIC et EUZET, on se demande où est la cohérence dans cette liste. L'auteur ajoute qu'il ne comprend pas l'intérêt qu'ont les BLANCHET, VITOU ou AULOY "à devenir les suivants de tels potentats"

Résultats du premier tour des élections municipales du 6 mai (9282 inscrits et 5206 votants) :

1/ Liste de la concentration républicaine radicale : ALBERGE Emmanuel, tonnelier 1671 - AULOY Emile, ingénieur 1911 (1800, selon le JC) - AYMERIC François, négociant en vins, ancien conseiller municipal 1902 - BÈFRE Joseph, entrepreneur, ancien conseiller municipal 1682 - BLANCHET Joseph, 2048 - BLAZY François, négociant 1776 - BRIFFAUD Baptiste, camionneur 1904 (1595, selon le JC) - CAVALIER Pani, négociant en vins 1795 (1792, selon le JC) - CAYROL Antoine, fabricant de caissons 1851 - COLLOT Louis, ancien conseiller d'arrondissement 1846 (1843, selon le JC) - COMBES Louis, négociant en vins 1774 - COTHENET Jean, négociant en vins, ancien conseiller municipal 1830 - CRÉMIEUX Napoléon, négociant en tissus 1767 - EUZET Honoré, courtier, ancien adjoint 1949 - FABRE Antoine, commis-négociant, ancien conseiller municipal 1886 - FALGUEIRETTES Auguste, négociant en vins, ancien conseiller municipal 1901 (1001, selon le JC) - FERRAND Pierre, capitaine marin 1723 - FRANÇOIS Martin, négociant en vins, ancien conseiller municipal ... (1904, selon le JC) - GALIBERT François, menuisier 1744 - GAUTIER Edouard, courtier, ancien conseiller municipal 1892 - GINOUVÈS Camille, maître de chaix, ancien conseiller municipal 1841 - GIBERT Louis, employé de commerce 1784 - GIRARD François, employé de commerce 1792 - JANSON Auguste, employé de travaux publics 1687 - MAGISTRE Barthélémy, pharmacien 1967 - MARTEL Lucien, négociant, ancien conseiller municipal 1921 - RICHARD Michel, négociant en vins, ancien conseiller municipal 1899 - ROCHE-FRANCHE Louis, épicier, président du syndicat 1711 - RONCATI Henri, maître de chaix 1849 - VITOU Prosper, propriétaire 1923 (PM et JC du 08.05.1888). Trois résultats sont très différents dans le JC par rapport à ceux qui sont donnés dans le PM (AULOY, BRIFFAUD et FALGUEIRETTES). Ils doivent donc être pris avec prudence. Le résultat pour FRANÇOIS n'est donné que dans le JC. Le meilleur score est celui de BLANCHET mais EUZET arrive en deuxième position.

2/ Liste de l'Alliance républicaine : BARTHÈS Victorin, propriétaire, capitaine au long cours 1493 - BRESSY Jules, propriétaire, ancien juge au tribunal de commerce 1565 - BRIFFAUD Emile Pierre, camionneur 1592 (1360, selon le JC) - CAUSSY Victor, négociant consignataire 1541 - CONQUET Michel, commerçant, conseiller sortant 1496 (1540, selon le JC) - DÉFARGE Henri, capitaine au long cours, conseiller sortant 1442 - DÉJEAN Bernard, boulanger 1427 (1429, selon le JC) - FRAISSINET Emile, agent de la compagnie marseillaise de navigation à vapeur, membre de la chambre de commerce, ancien conseiller municipal 1661 (1669, selon le JC) - GAUSSEL François, maître de chaix, conseiller sortant 1515 - GRANIER Pierre, ancien négociant, conseiller sortant 1518 - HERVÉ Charles, ex-chef de dépôt des chemins de fer du Midi, ancien conseiller municipal 1560 (1563, selon le JC) - LABRY Louis, négociant en vins 1614 - LACROIX Jean, entrepreneur de débarquements 1542 - LAUTIER François, mécanicien, conseiller sortant 1536 - MATHIEU Edouard, négociant, ancien conseiller municipal 1569 - MAURY François, conseiller sortant 1447 - MOUREAU Antoine, entrepreneur de débarquements, ancien conseiller municipal 1459 (1499, selon le JC) - NÈGRE Hyppolite, négociant en charbons 1558 - OLIVE Théodore, armateur, premier adjoint faisant fonction de maire 1598 - RIBES paul, négociant en vins 1644 - RIMBAUD Henry, négociant en vins 1599 - RIVIÈRE Bertrand, maître serrurier 1499 (1495, selon le JC) - ROCHE Marius, employé de commerce 1589 - SAUVAIRE Sylvestre, conseiller d'arrondissement 1601 - THER Joseph, gérant des camionnages des chemins de fer P.L.M. et Midi, conseiller sortant 1566 - VAILLÉ Emile fils, employé de commerce 1459 (1499, selon le JC) - VÉROLY Adolphe, conseiller sortant 1566 - VIVARÈS Jean Baptiste, conseiller sortant 1524 (PM et JC du 08.05.1888) Là aussi, beaucoup de différences de chiffres entre le PM et le JC. A noter, particulièrement le cas de BRIFFAUD.

3/ Liste du comité socialiste ouvrier (ou "Liste socialiste ouvrière", selon le PM) : AILLAUD Jean, prud'homme des ouvriers, portefaix 1357 - AUBÉS Frédéric Sylvain, coupeur, ancien conseiller municipal 1575 - AUSSENAC Antoine, président de la Fédération des chambres syndicales ouvrières, ancien conseiller municipal 1521 - BALMAIN Alexandre, secrétaire de la chambre syndicale des portefaix 1388 (1588, selon le JC) - BOUDON Pierre, employé aux chemins de fer du Midi 1435 - BOYER Achille, maître de chaix 1366 - CAUCANAS François, tonnelier 1314 (1374, selon le JC) - CHAUVET Pierre, courtier, ancien conseiller municipal 1415 (1412, selon le JC) - COMBES Henri, ingénieur civil 1535 - DIÉGELMANN Claude, serrurier-mécanicien 1373 - DONNADIEU Pierre, trésorier de la chambre syndicale des portefaix 1456 (1600, selon le JC) - DURAND Modeste, ancien membre de la commission municipale en 1870 1421 - GALANT Joseph, tailleur 1388 - GOUDAL Paul, soutireur, trésorier de la chambre syndicale des tonneliers 1392 - GRANIER père, ancien membre de la commission municipale en 1870 1410 - GRANIER Barthélémy, plâtrier ... (1395, selon le JC) - GRANIER Jules, tonnelier 1389 (1388, selon le JC) - GUIRAUD (GUIRAND, selon le JC) Marius, typographe 1398 - JANNOT Casimir, fabricant de futailles 1415 - LACOSTE Joseph, horloger 1375 - MAGIS Mathieu, plâtrier, ancien conseiller municipal 1383 - MOULIN Pierre, président de la chambre syndicale des tonneliers 1409 - PLANCHON François fils, limonadier, trésorier de la Fédération des chambres syndicales ouvrières 1427 - PRADINES Etienne, ancien conseiller municipal 1402 - PRAT Louis, tonnelier 1391 (1591, selon le JC) - SARRAZIN Joseph, camionneur 1391 (1591, selon le JC) - SELLEZ Jean, tonnelier 1372 - SÉNÉGAS Martial, imprimeur-lithographe, secrétaire de la Fédération des chambres syndicales ouvrières 1410 (1411, selon le JC) - SOULIER junior, boulanger, ex-gérant de la coopérative P.L.M. 1394 - VALLAT Pierre, tonnelier 1410 (PM et JC du 08.05.1888). Là encore, quelques différences notables qui sont dues, parfois, à la confusion de lecture de certains chiffres (le 3 et le 5, notamment).

A l'issue de ce premier tour, le JC tire, au-delà du cas de Sète, des leçons plus générales sur le suffrage universel : "Les élections municipales d'hier ont été chaudement disputées : le nombre de votants a été considérable ; le chiffre de 5200 votants a dépassé les prévisions. Il semblait pourtant d'après le peu de mouvement des jours précédents, que la lutte ne serait pas ardente ; on semblait fatigué de voter depuis longtemps, parce que plus ça change plus c'est la même chose, disait-on (...) Le suffrage universel est versatile comme un grand enfant que l'on a gâté par toutes sortes de câlineries et de promesses ; il aime toujours le nouveau et ce qu'il lui faut, c'est le changement. Quelque soit le bien que l'on ait fait ; que l'on ait administré avec sagesse ou non, on n'échappe pas à cette loi fatale. Et depuis 1870, (...) cette marche n'a pas été modifiée ; il n'est pas de cas que l'on puisse nous citer, qu'une administration ait été réélue, immédiatement, deux fois de suite, malgré les retouches à sa composition. Le suffrage universel élit une fois les républicains dits modérés, la fois d'après c'est au tour de ceux qui se disent plus radicaux, et ainsi de suite ; pourtant ce sont des républicains de même nuance au fond qui changent de camp par suite de divisions personnelles, voilà tout (...) Mais cette fois il y a eu des complications. Une liste socialiste s'est produite, et comme celle-ci d'un républicanisme plus extrême encore, est du fruit plus nouveau que les deux fractions qui se disputent le pouvoir depuis bientôt vingt ans, c'est elle qui devrait bénéficier des faveurs du suffrage. Et cependant depuis 1870, il faut l'avouer, pas un seul conseil municipal n'avait pu arriver au terme de son mandat, pas un n'avait fait autant de besogne, pas un n'avait été composé de gens aussi intègres (...) Le vrai succès de la journée est seul pour les socialistes et leur programme. Ils ont nettement défini ce qu'ils voulaient et on pense qu'ils tiendront leurs promesses. Comme ils n'ont jamais été au pouvoir, ils ne peuvent être ni jugés ni discrédités, et leur triomphe est une chose certaine et positive pour dimanche prochain si comme on le dit, les électeurs qui ont voté pour l'Alliance reportent leurs voix sur la liste socialiste. Quoique fasse la Concentration, qui n'arrive qu'avec une faible majorité sur celle de l'Alliance, elle ne pourra pas empêcher l'appoint des mêmes voix (...)" (JC du 08.05.1888). On ne peut qu'être impressionné par ce "diagnostic démocratique" mais dans cette analyse, c'est encore le mot positif qui est le plus inattendu (le triomphe des socialistes : "une chose certaine et positive"). Il fallait vraiment que la politique anticléricale (notamment) des radicaux ait choqué grandement une partie de la population pour que les modérés préfèrent se jetter dans les bras des socialistes !

Le pronostic du JC (journal des républicains modérés) est également partagé par EC (journal des conservateurs) : "Le courant se dessine de plus en plus en faveur de la liste socialiste pour le deuxième tour de scrutin qui aura lieu dimanche prochain. Ainsi que nous l'avons dit, les candidats de la liste de l'Alliance se sont désistés et la plupart des voix données à cette liste iront aux socialistes. D'autre part, on dit aussi qu'un certain nombre de modérés sont décidés à voter pour la liste socialiste afin d'empêcher la liste radicale de passer. On ajoute, non sans raison, que les socialistes n'étant pas encore passés au pouvoir, ne sont pas usés, discrédités, n'ont fait de mal à personne, tandis que plusieurs membres de la liste radicale, dont on ne connaît que trop le passé, soulèvent de grandes antipathies, et sont beaucoup plus redoutés que les socialistes. Etant donné cette situation, nous ne serions nullement surpris que, dimanche prochain, les socialistes ne triomphent avec une importante majorité. Ce serait nouveau et original à la fois." (EC du 10.05.1881)

Le second tour des élections municipales

"A la suite de M. OLIVE, tous les conseillers municipaux en exercice, ont donné leur démission, et nous les approuvons. Un conseiller de préfecture vient tous les jours de Montpellier pour expédier les affaires courantes." (JC du 10-11.05.1888)

"Tribune électorale : Ouvriers, frères et amis ! Les candidats de la liste de l'alliance républicaine se retirent honorablement de la lutte qu'ils avaient engagée dimanche dernier. Il ne reste plus en présence que les socialistes et les concentrés. Dans ces circonstances, nous faisons appel, nous socialistes, à tous les hommes de bon sens et de bonne volonté, c'est-à-dire à tous les dévouements. La liste de la concentration représente des haines, des vengeances, des appétits, des convoitises, des ambitions, sans compter les incapacités. Les candidats nous arrivent les uns de Carcassonne, comme AYMERIC ; les autres de Lyon comme ROCHE-FRANCHE ; ceux-ci de Perpignan, comme BÈFRE ; ceux-là de Martigue, comme FERRAND. Nous y voyons des processionnaires comme GAUTIER, des laïciseurs comme EUZET. Inconnus ou trop connus, honnêtes ou non, sobres ou intempérents, ils forment un accouplement bizarre autant qu'hybride. Arriver au pouvoir c'est pour eux impitoyablement frapper. N'ayant aucun courage, ils poussent en avant des ivrognes et des voleurs qui, sans respect pour l'autorité insultent M. OLIVE dans l'exercice de ses fonctions d'adjoint. Certes ! nous ne partageons pas les opinions de M. OLIVE, mais nos principes nous obligent à les respecter. (...) A dimanche frères ouvriers ! Que chacun soit à son poste. la victoire est certaine ! Pour un groupe socialiste, Pertufas." (JC des 10-11.05.1888)

"Tribune électorale : Le journal opportuniste de Montpellier, le Petit Méridional qui oublie qu'il doit en grande partie aux républicains de toute nuance de Cette son succès et sa vie, ne se contente pas de refuser d'insérer nos communications, alors qu'il insère complaisamment toutes celles de la liste dite de concentration, mais il va jusqu'à conseiller aux électeurs de voter pour cette dernière liste, sous prétexte qu'elle a obtenu la majorité des voix tépublicaines. Le Petit Méridional trompe sciemment ses lecteurs. Trois listes républicaines étaient en présence : Deux de ces listes ont obtenu ensemble 3200 voix environ, tandis que celle de la concentration n'a obtenu que 1800 voix en moyenne et on sait comment elle a obtenu ces 1800 voix, donc cette liste ne représente pas la majorité des républicains à Cette. S'il plait aux électeurs de l'alliance de voter pour la liste socialiste au deuxième tour de scrutin, nous ne voyons pas en quoi les socialistes commettent un acte monstrueux en acceptant ces voix qui sont toutes des voix républicaines. Ah ! si les électeurs de l'alliance votaient pour les AYMERIC, EUZET et tutti quanti, il est probable que ceux-ci ne dédaigneraient pas un tel appoint et ne le trouveraient pas monstrueux (...) Nous avons tenu à relever l'attitude partiale du Petit Méridional, comme nous avons relevé celle de M. SALIS, et nous engageons tous nos amis, les socialistes de Cette comme ceux du département à cesser de soutenir un journal qui se dit républicain et n'est, comme le Commercial de Cette, qui a refusé aussi d'insérer nos communications, que l'organe d'une coterie d'ambitieux et d'incapables (...). L'article est signé : B. VÉZY (JC du 12.05.1888)

Le jour même des élections pour le second tour, le JC publie une tribune électorale qui montre le clivage entre les radicaux et les socialistes. Publiée dans le JC, elle montre aussi que les libéraux, les modérés sont en faveur des socialistes : "Le Petit Méridional dans une de ses correspondances dit que la liste socialiste pour laquelle nous sollicitons vos suffrages, se compose d'ignorants et d'incapables. C'est ainsi, ouvriers, que nous traitent les concentrés, ces républicains de pacotille, qui oublient que nous les avons faits ce qu'ils sont et croient avoir le droit aujourd'hui de nous jeter à la face le mépris. Nous sommes des incapables ! - Mais où sont les capacités de la concentration ? Sont-ce les FERRAND, les BOUNY, les MAGIS, les BÈTRE, les CRÉMIEUX, etc. ? Est-ce que par hasard, ils valent mieux que nos amis SARRAZIN, AUBÈS, DURAND, PLANCHON, AUSSENAC ou P. GRANIER ? Au moins il y en a ici qui ont donné des preuves éclatantes de leur dévouement à tous ceux qui souffrent, qui ont subi des persécutions, qui ont été emprisonnés et proscrits pour ce bon peuple dont ils ont pris la défense et qui toujours sur la brèche n'ont jamais failli à leur mission. Quand les prétendus démocrates de la concentration parlent avec dédain de la classe ouvrière et qu'ils écrivent qu'on ne peut parmi nous trouver une administration éclairée, nous répondons que nous avons déjà vu GUIGNON et MICHEL à l'oeuvre et qu'ils ne se sont pas plus mal que d'autres acquitté de leurs mandats. (...) Pour trois groupes d'ouvriers. - Jacques L." (JC des 13-14.05.1888)

Les résultats du second tour des élections municipales sont donnés dans le JC du 15.05.1888 : noms, nombre de voix et appartenance (soc pour socialistes et c pour concentration), : AUBÈS 2488 (soc), BLANCHET 2474 (c), COMBES 2430 (soc), AUSSENAC 2420 (soc), MAGISTRE 2384 (c), RICHARD 2372 (c), COLLOT 2371 (c), FABRE 2368 (c), MARTEL 2368 (c), FRANÇOIS 2368 (c), AULOY 2365 (c), CAYROL 2363 (c), FALGUEIRETTES 2359 (c), VITOU 2355 (c), PLANCHON 2351 (soc), GINOUVÈS 2349 (c), RONCATY 2348 (c), BOUDON 2344 (soc), MOULIN 2342 (soc), GIBERT 2341 (c), JANNOT 2340 (soc), CHAUVET 2338 (soc), GAUTIER 2338 (c), GIRARD 2334 (c), SÉNÉGAS 2334 (soc), DURAND 2329 (soc), CAVALIER 2328 (soc), EUZET 2325 (c), GUIRAND 2324 (soc), GOUDAL 2321 (soc)." Et le JC de conclure : "En somme, la liste socialiste a obtenu 69728 voix, ce qui représente une moyenne de 2324 voix par candidat et la liste de la concentration a obtenu en tout 69635 voix, ce fait une moyenne de 2321 voix par candidat. Donc, on peut dire que dans l'ensemble la liste socialiste a eu la majorité des suffrages exprimés." Cependant, le résultat, en nombre de candidats élus, est de 13 socialistes et 17 de la concentration (on peut aussi traduire ce résultat en disant que l'addition des voix socialistes et modérées l'emporte sur les voix purement radicales. C'est, probablement, une leçon qu'EUZET ne devait pas oublier, quelques années plus tard, d'autant qu'en plus, cette fois-ci, il a failli ne pas faire partie des 30 élus.

(voir l'analyse de ces élections dans le JC du 01.05.1892)

L'élection du maire et des deux adjoints

Il faut reprendre l'intégralité du compte rendu du PM du 20.05.1888 pour se rendre compte du caractère tout à fait exceptionnel de cette élection (deux autres comptes rendus, plus brefs, se trouvent dans le n de la veille) : "A 8 heures et demie du soir, au moment de l'ouverture des portes au public, un vacarme épouvantable s'est produit ; des insultes ont été proférées à l'adresse du nouveau conseil. Aux insultes succèdent les menaces et enfin les voies de fait. Des morceaux de brique ou de plâtre sont lancés aux conseillers : trois d'entre ces derniers sont atteints à la tête et aux mains. On voit le sang couler en abondance, quoique les blessures soient légères et sans aucune gravité. En présence de cette agression, tous les conseillers réclament M. le commissaire central ; la présence de deux agents aux tribunes publiques suffit pour rétablir le calme. Il était temps, car le public avait envahi l'enceinte réservée au conseil municipal et avait pris place à côté des élus, derrière eux, sur les fenêtres. On procède enfin à l'élection du maire sous la présidence du doyen d'âge, le citoyen DURAND Modeste. Au 1er tour de scrutin, M. BLANCHET est élu par 17 voix contre 12 obtenues par le citoyen AUSSENAC. M. le maire prend place au fauteuil de la présidence et, après avoir remercié ses collègues de l'avoir appelé aux fonctions de premier magistrat de la ville de Cette, il invite le conseil à élire le premier adjoint. 1er tour de scrutin : M. EUZET 15 voix ; M. AUSSENAC 15 voix. 2e tour de scrutin : M. EUZET 15 voix ; M. AUSSENAC 15 voix. M. EUZET demande la parole : Si j'avais accepté la candidature, dit-il, aux fonctions de premier adjoint, c'est que les dix-huit élus de la liste de concentration avaient pris l'engagement de m'accorder leurs voix. Trois de mes collègues ayant manqué à cet engagement, je retire ma candidature en présence de cet acte malhonnête. Applaudissements. M. BLANCHET, maire, dit : Si j'ai accepté les fonctions de maire, c'était par dévouement et aussi parce que j'avais lieu d'espérer que j'aurais à mon côté un homme d'expérience, M. EUZET. Celui-ci retirant sa candidature, je donne ma démission de maire, ne pouvant compter sur l'appui de nos trois collègues, devenus des transfuges aujourd'hui. Applaudissements unanimes. Le citoyen Modeste DURAND, doyen d'âge, reprend le fauteuil de la présidence et invite l'assemblée à élire le maire. Bulletins blancs 17, M. MAGISTRE 13 voix. M. MAGISTRE s'empresse de retirer sa candidature. Il est ensuite procédé à un autre tour de scrutin : M. AULOY 13 voix ; bulletins blancs 17. M. BLANCHET : M. AULOY accepte-t-il d'être candidat ?.. M. AULOY : - Oui ! (stupéfaction générale). M. BLANCHET : - M. AULOY accepte-t-il encore d'être candidat aux fonctions de maire ?.. M. AULOY garde le silence. On vote encore : M. PLANCHON 17 voix ; M. AULOY 12 voix. Le président proclame M. PLANCHON, maire. Celui-ci refuse.

Sur la proposition d'un membre, la séance est suspendue et les conseillers se retirent dans la salle des mariages afin de s'entendre pour la nomination de l'administration. Les socialistes demandent qu'il leur soit accordé le maire et le 3ème adjoint et déclarent que cette demande est le minimum de leurs revendications. Sur la proposition de M. EUZET, les 18 élus de la liste de concentration se retirent dans le cabinet du maire pour délibérer. On décide d'accorder aux socialistes le 1er et le 3ème adjoint et l'on insiste auprès de M. EUZET pour qu'il accepte les fonctions de maire. M. EUZET s'y refuse absolument. Il ne serait pas digne de lui, dit M. EUZET, d'accepter des fonctions que son ami, M. BLANCHET, vient d'abandonner si noblement. D'ailleurs, en présence de ce qui vient de se passer, peut-on pour administrer, compter sur une majorité ? On recherche de nouvelles combinaisons mais MM. RICHARD, MARTEL, VITOU se refusent à accepter les fonctions d'adjoint. Enfin, on s'arrête à une dernière résolution : laisser aux socialistes toute l'administration, en leur promettant un concours dévoué. M. EUZET est chargé de leur faire cette déclaration au nom du groupe. On rentre de nouveau en séance.
" Plusieurs tours de scrutin ont lieu successivement. Le maire est élu par 29 voix et les adjoints par 30 voix. Antoine AUSSENAC, élu maire, prend place au fauteuil de la présidence et déclare que, lui, modeste travailleur, est appelé aux fonctions de maire, par suite de circonstances inattendues.

C'est dans le PM du 22.05.1888 qu'Emile AULOY s'est justifié de son changement de vote lors de l'élection du premier adjoint, disant qu'à la suite du désistement de BLANCHET, il avait repris sa liberté d'action. En réalité, on voit bien, tant par les deux tours de scrutin pour le vote du premier adjoint que dans son explication, il s'est opposé à l'élection d'Honoré EUZET. Il voulait bien de BLANCHET comme maire mais il s'opposait à EUZET, non seulement comme adjoint mais encore plus comme maire. Il fut suivi par deux de ses collègues, rendant ainsi impossible la gestion de la ville par les radicaux. Tous les journaux se font l'écho de ce changement de situation. Ainsi, le MDM estime que "le désarroi le plus complet règne dans le camp radical" et, surtout, le journal reprend l'analyse des radicaux sur la traîtrise qui vient d'avoir lieu : "Nous affirmons que dans la séance préparatoire du jeudi 17 mai présidée par notre camarade GINOUVÈS, il a été pris l'engagement d'honneur de voter pour MM. BLANCHET, EUZET, MAGISTRE et CAVALIER comme maire et adjoints. MM. COLLOT et FABRE ont seuls faits des réserves pour le deuxième et troisième adjoints (et déclaré qu'ils voteraient en blanc). M. AULOY, quoiqu'il en dise, a accepté, ainsi que nous tous, ce pacte verbal. Dans les diverses réunions préparatoires, M. AULOY, comme les deux amis qui l'ont suivi dans sa défection, se sont montrés d'une violence peu commune vis-à-vis des socialistes et se sont opposés à toute conciliation, et si à la première séance du conseil de vendredi ils nous ont trompés, c'est qu'une heure avant ladite réunion, M. AULOY et un de ses amis étaient en conférence avec nos douze collègues de la liste socialiste, qui leur promettaient une place dans l'administration - texte signé par les radicaux, dont EUZET" (MDM du 26.05.1888)

Le MDM qui fait part de la sérénade par les sociétés de musique (l'Harmonie Cettoise, la Chorale des Touristes et la Fanfare des Ecoles - mais la Lyre Sainte-Cécile n'est pas présente) ironise quelque peu sur l'accueil de la population au nouveau maire. Après avoir constaté que son discours, sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville a été fort applaudi et qu'il n'y a pas eu le moindre incident, il est dit : "Notre nouveau maire devient décidément très à la mode : AUSSENAC for ever" (MDM du 23.05.1888

Le 02.06.1888, les nominations se font pour les commissions et les délégations. Honoré EUZET devient membre de la commission des finances, de la commission des travaux publics, de la commission des eaux et de l'éclairage, de la commission des logements insalubres et de la commission scolaire ; il est aussi élu administrateur du bureau de bienfaisance, soit 7 représentations sur les 13 qui sont attribuées (PM du 05/06/1888).

Les affaires courantes

Le 20.08.1888, le PM donne quelques éléments d'une discussion, au conseil municipal du 17, sur l'organisation et l'avenir du bureau de bienfaisance. Certains souhaitent une meilleure distribution des soins (il n'y a que quatre docteurs) et d'autres veulent que l'établissement soit laïcisé dans le plus bref délai. Sur ces deux points, Honoré EUZET donne son point de vue. Pour le premier, il craint que si l'on diminue les appointements des médecins (pour en augmenter le nombre), on ne trouve pas de docteurs. GINOUVÈS propose alors qu'il n'y ait pas d'attachés à l'établissement, ce à quoi il répond "que l'essai en a été fait sous l'administration VAREILLE et que le résultat a été mauvais" ; cette répartie, mise en avant par le PM, montre l'expérience qu'il a acquise au fil des années. Il demande aussi l'ajournement de cette question "par déférence pour l'administration du bureau de bienfaisance", ce qui est adopté. Pour la laïcisation, il démontre qu'elle entraînera la ville dans de grandes dépenses que le budget actuel ne pourrait pas supporter. "tout en déclarant qu'il est partisan de la laïcisation (...), il dit qu'il croit devoir, en sa qualité d'administrateur, déclarer loyalement qu'il n'est pas possible de laïciser immédiatement cet établissement humanitaire". Là aussi, son avis est suivi par les autres conseillers municipaux. Ces discussions, qui ont lieu au conseil municipal du 20.08.1888, sont reprises sous un angle différent par le MDM : "La dernière séance, à laquelle il nous a été impossible d'assister, a présenté ce seul fait intéressant, que M. EUZET, membre du conseil, délégué à l'administration du bureau de bienfaisance, était présent. M. EUZET, qui depuis le triomphe si inattendu des socialistes et la défection de quelques-uns de ses anciens alliés, a adopté pour système de ne jamais se rendre aux séances du conseil municipal, a tenu cette fois à y assister pour tâcher d'empêcher ses collègues d'entamer une nouvelle campagne de laïcisation contre cet établissement hospitalier. Ce n'est pas que M. EUZET soit ennemi de la laïcisation, bien au contraire ; mais, pour cette fois, il fait fléchir ses principes, en présence des difficultés et des charges qui en résulteraient pour la commune." En effet, il explique que certains dons et legs importants, reçus par le bureau, ont eu pour condition que l'établissement soit dirigé par des religieuses. Dans le cas contraire, les héritiers pourraient récupérer les immeubles et le montant du remplacement serait énorme. Il insiste aussi sur le coût salarial (une religieuse est appointée à 515 francs alors qu'une dame laïque reviendrait, au moins, à 1500 francs). Le journal conclut : "Quand le bon sens et l'esprit d'économie sont aussi bien d'accord, il est permis de manquer aux engagements les plus absurdes. Nos compliments à M. EUZET (MDM du 21.08.1888) Enfin, dans la même séance, il s'oppose à JEANNOT qui voudrait prohiber l'entrée de futailles de Mèze et de Marseillan car, dit-il, elles portent un grand préjudice au commerce des futailles de Sète. EUZET lui répond "qu'un voeu identique avait été formulé il y a quelques années à la municipalité. Il est illégal de vouloir protéger les produits industriels d'une cité au détriment d'une autre. Ce serait vouloir créer des douanes intérieures/" (JC du 19.08.1888). Là encore, il démontre sa connaissance des affaires et il apparaît comme, le sage, celui qui a la mémoire de l'institution.

Le 02.10.1888, le secrétaire général de la mairie, de PLEUC, présente le rapport de la commission des finances, en l'absence de son rapporteur. Honoré EUZET fait alors plusieurs interventions : "(...) Je tiens à faire observer que sur l'état des dépenses soumis au conseil, figurent les traitements de plusieurs mois de deux employés. Je demande à M. le maire de régulariser cette situation. Si ces deux employés sont utiles, vous n'avez qu'a demander au conseil la création de ces deux emplois mais de telles dépenses qui ont un caractère permanent ne doivent pas figurer au chapitre des dépenses imprévues." Le maire lui répond qu'il a dû remplacer un employé malade mais, qu'à l'avenir, il tiendra compte de ses observations. Un peu plus tard, Honoré EUZET fait une autre intervention à propos des bouches d'égout, après avoir constaté qu'il a été beaucoup réalisé pour l'assainissement de la ville qui est, aujourd'hui, très propre : "mais les bouches d'égout sont très défectueuses. Leur transformation coûterait 25.000 francs environ. L'état actuel de nos finances ne me permettent pas de vous proposer immédiatement ce crédit. J'invite l'administration à imiter celle qui l'a précédée, en reprenant son projet qui consistait à inscrire chaque année au budget une somme de 5000 francs pour la réfection des bouches d'égout." Le maire lui répond qu'il s'engage à inscrire la somme de 5000 francs sur le prochain budget, conformément à ses désirs. Honoré EUZET a aussi insisté sur l'énormité des crédits supplémentaires qui ont déjà été votés par le nouveau conseil (105.000 francs) et il demande à l'administration d'y réfléchir (PM du 04.10.1888). Evidemment, le PM met en valeur les interventions techniques et pratiques d'EUZET pour montrer son sérieux mais on se rend compte, par là-même, de l'étendue de ses connaissances dans la gestion quotidienne de la mairie. Il est évident que cet aspect jouera, plus tard, dans son élection au fauteuil de maire, en plus de ses antécédents républicains sous l'Empire et de son adhésion au radicalisme puis au radical-socialisme.

Technicité reconnue donc mais aussi emploi de tactiques politiques pour user peu à peu l'adversaire : "On peut déjà constater un grand découragement parmi les membres les plus modérés de notre administration communale. M. EUZET, l'absent par système, et aussi peut-être par calcul, va trouver de nombreux imitateurs ; il est même permis de présumer que d'ici à un mois les séances du conseil municipal ne seront plus suivies que par les douze ou treize membres qui composent la minorité socialiste." (MDM du 14.09.1888) Du coup, le journal s'interroge sur la question théâtrale, alors qu'aux dernières élections, tous les candidats, sans exception, avaient mis cette affaire au premier plan. Cet absentéisme voulu se retrouve même dans les commissions. Ainsi, la commission des finances du 27.09.1888 ne peut se tenir, compte tenu des absents, cetains excusés et d'autres non (Honoré EUZET se trouvant dans cette dernière catégorie). (MDM du 28.09.1888) Un autre journal, le JC, insiste encore plus sur ces absences. A propos de la commission des finances, au conseil du 18 septembre, JEANNOT se plaint que la question de l'emprunt n'a pu être traitée à cause des absences répétées et non excusées de certains de ses membres. "M. EUZET se sentant visé, répond que, s'il n'assiste pas aux réunions de la commission, c'est qu'il prend ses vacances. Et avec quelle permission ? lui demande le premier adjoint. Je n'ai de permission à demander à personne, riposte M. EUZET et mes vacances ne cesseront que quand il me plaira. M. COMBES dit que, lui-aussi, aurait besoin de vacances, mais que le devoir le retient au poste." AUSSENAC intervient alors pour faire cesser ces échanges dignes d'une cour de récréation : "M. le maire déclare l'incident clos et dit que l'esprit d'unité et la concorde doivent régner entre les membres des commissions. (JC du 20.09.1888). Cette sage intervention n'empêche pas, un peu plus tard, de nouveaux échanges acerbes entre COMBES et EUZET, à propos de l'Exposition de Sète ... et des absences d'EUZET aux séances du conseil municipal.

En fait, du côté des socialistes, plus l'année avance, plus il est difficile de tenir le conseil et le public qui assiste aux séances. Cela tient, en partie, au maire qui déclare que "les mesures coercitives lui répugnent". C'est le MDM du 24.06.1888 qui le constate alors que la séance du 23 juin vient de se dérouler avec le public qui a assisté en faisant un vacarme insupportable. Le journal conservateur ne peut s'empêcher de souligner : "On a beau être socialiste, il faut bien cependant être respecté, surtout quand on est le premier représentant d'une cité".

1889

L'année 1889 va voir se dérouler, au conseil municipal, des débats plus ou moins houleux, non seulement entre radicaux et socialistes mais aussi entre socialistes, le maire arrivant difficilement à calmer ses troupes. En fait, plus que sur le plan des idées, ces disputes sont révélatrices de formations initiales trop disparates chez les conseillers municipaux. Bien entendu, les conservateurs n'ont pas manqué d'ironiser sur l'inculture de certains d'entre eux, comme on le voit avec cette réflexion d'EUZET et les commentaires du MDM : "M. JEANNOT pourrait parfaitement discuter avec moi sans se mettre en colère. Que voulez-vous, répond JEANNOT, Je n'ai pas usé mes fonds de culotte sur les bancs du collège, et chacun il parle avec son tempérament. Bravo, citoyen JEANNOT, vous avez dit là une bien grande vérité, que, du reste, savaient déjà tous ceux qui vous ont entendus en compagnie de votre copain PLANCHON. L'un et l'autre vous êtes d'excellents ouvriers plâtrier et tonnelier, mais vous faites des capitouls détestables et même ridicules. Vous êtes ignorants comme des carpes et parlez le françaix comme des vaches andalouses ; vous feriez donc bien de rester chez vous." (MDM du 13.03.1889)

Le problème financier posé par la diminution des recettes de l'octroi.

A la séance du conseil municipal de 8 mars, un rapport est présenté sur les recettes de l'octroi. Le conseiller municipal GIBERT explique que pendant les quatre premiers mois de 1888, l'excédent a été de 22674 francs et que, si cette progression s'était maintenue jusqu'à la fin de l'exercice, on aurait eu une augmentation de 68.468 francs, alors que l'excédent n'a été que de 36.468 francs. Or, il y a eu de grandes fêtes en août et un concours musical qui a attiré à Sète un grand nombre d'étrangers, ce qui a forcé les industriels à faire des approvisionnements en conséquence. Les recettes de l'octroi auraient dû s'en ressentir. Ce n'est pas le cas. Il faut donc rechercher les responsabilités de cette situation, savoir notamment si les agents se sont bien acquitté de leur fonction. C'est d'autant plus indispensable que le service de l'octroi rapporte au budget 800.000 francs de recettes et donc qu'il constitue le plus clair des revenus de la ville. La discussion qui suit cette présentation devient confuse entre les socialistes et les radicaux. Finalement, Honoré EUZET intervient : "Je ne puis voter l'ordre du jour présenté par M. GIBERT, lequel contient implicitement un blâme contre l'administration, sans indiquer les causes d'une décroissance dans les recettes de l'octroi. Je demande donc que la lumière soit faite par une commission d'enquête nommée par le conseil municipal avec mandat de déterminer les responsabilités. Je ne puis, dit-il, être suspecté de tendresse pour l'administration, mais je ne puis la condamner sans qu'il soit fait une enquête sérieuse." La proposition est mise aux voix et adoptée à l'unanimité (PM du 11.03.1889). A noter que le PM, dans son compte rendu, ironise sur la majorité socialiste du conseil en écrivant, à plusieurs reprises : "le groupe du conseil dit socialiste" ou encore "plusieurs membres du groupe, dit socialiste", ce qui en dit long sur les relations entre les deux parties du conseil municipal.

Il faut attendre le conseil municipal du 05.04.1889 pour connaître les conclusions de la commission d'enquête. Le rapport présenté par GIBERT fait ressortir la désorganisation du service de l'octroi et l'indiscipline d'un certain nombre d'agents. Les préconisations sont, surtout, de rétablir le poste de préposé en chef adjoint (pour la surveillance active du service) et de redonner au préposé en chef toute l'autorité nécessaire, sous le contrôle de l'administration (c'est-à-dire de la mairie), pour obtenir l'obéissance et le fonctionnement régulier du personnel (environ 85 personnes). Le rapport dédouane le préposé en chef qui avait été mis en accusation par une partie du personnel. Ces conclusions sont, cependant, rejetées par 13 voix contre 10, les socialistes votant contre et les radicaux (dont EUZET) votant pour. La discussion qui suit prend, ensuite, un tour assez violent car les socialistes veulent mettre tous les torts sur le préposé en chef (interventions de JEANNOT, de CHAUVET, de PLANCHON). Ce dernier est particulièrement agressif : "Si l'on ne veut pas le révoquer, qu'on le pende. Il ne cesse de conspirer contre l'administration avec M. OLIVE, et M. GIBERT s'est fait leur complice." BLANCHET résume la situation en disant que le vote ayant rejetté les conclusions du rapport ne fait que consacrer les errements commis par l'administration (PM des 07 et 08.04.1889). On comprend alors que l'unité est définitivement rompue entre les deux groupes formant le conseil municipal.

La révocation d'employés : un système des dépouilles à la mode sétoise ?

Un autre débat anime le conseil municipal, le 8 mars. En effet, suite à la demande du premier adjoint, Henri COMBES, de voter une pension de retraite aux agents MAGNÉRI, MURATEL et CABANIS, dont l'emploi a été supprimé, Honoré EUZET fait une longue déclaration : "Je constate à regret que le conseil ne se réunit pas une seule fois sans être appelé à délibérer sur les demandes de liquidations de retraites ou d'indemnités formulées par des employés injustement révoqués. Sans parler des procès qui sont pendants, les sommes qu'il faudra inscrire au budget par suite des agissements de l'administration seront très onéreuses pour les finances de la commune. Dans le cas particulier qui nous occupe, quatre agents de police ont été révoqués par l'administration sans que celle-ci en eût le droit, et, depuis huit mois environ, il faut payer des agents sans que ces derniers remplissent leurs fonctions. L'administration, croyant sortir de cette impasse, a eu recours à un expédient : elle a fait voter par le conseil la suppression des emplois de ces quatre agents, emplois qu'il faudra rétablir plus tard ; mais les droits à la caisse de retraite de ces quatre employés communaux n'en existent pas moins. Or, comme la caisse de retraite ne fonctionne pas encore, c'est le budget communal qui devra servir les retraites et les charges seront très onéreuses pour celui-ci. De cette situation, il résulte que ce seront les contribuables qui aurant à supporter les conséquences des rancunes de l'administration. M. EUZET conclut en demandant au conseil de voter la liquidation des retraites demandées par M. COMBES, 1er adjoint, et en invitant l'administration à bien peser à l'avenir les conséquences des révocations et des suppressions d'emploi." La discussion qui se poursuit montre que les mentalités restent inchangées. A une interpellation de Casimir JEANNOT qui rappelle que le nombre de révocations était supérieur sous l'administration précédente, EUZET répond que la situation n'était pas la même et que, dit-il, "En tous cas, j'ai toujours été opposé aux révocations" ; quant à François PLANCHON, il déclare qu'"il y a encore de nombreux réactionnaires en place et l'administration donnera un bon coup de balai" ; il rappelle, ensuite, à Honoré EUZET qu'il a promis son concours à l'administration, ce à quoi celui-ci répond : "Je ne me considère plus comme lié à l'égard de l'administration qui a fait une véritable hécatombe d'employés, malgré les engagements pris." Le conseil finit par voter la liquidation de ces retraites et est aussi autorisé à se défendre devant le conseil de préfecture, dans l'action intentée à la ville par divers employés révoqués (PM du 11.03.1889)

Au conseil municipal du 19.03.1889, au nom de la commission des finances, GIBERT lit un rapport concluant au vote d'une indemnité correspondant à un mois de traitement, en faveur de trois employés communaux révoqués : ALLES, AUBERT et MIRAMOND ; un peu plus tard, une indemnité de 58 francs est accordée au garde du château d'eau révoqué, Jacques NOËL. (PM du 21.03.1889)

Le PM du 01.06.1889 estime que le conseil municipal se réunira dans le courant de la prochaine semaine et donne l'information suivante : "M. EUZET a demandé à M. le maire de porter à l'ordre du jour de cette séance les revendications des employés révoqués et de ceux dont l'emploi a été supprimé. Si M. le maire ne tenait aucun compte des désirs de M. EUZET, ce dernier interpellerait l'administration à ce sujet et demanderait la nomination d'une commission pour fixer le chiffre d'indemnité à accorder aux intéressés." Le PM du 18.06.1889 donne connaissance d'une communication d'employés communaux révoqués, BESSIL et Salomon PUECH : "En réponse à une lettre de M. MARTEL, publiée dans le Petit Méridional, nous déclarons qu'il est complètement faux que M. MARTEL nous ait dit qu'il s'abstiendrait de prendre part au vote sur la proposition de transaction faite par M. EUZET. Au contraire, après un long entretien que nous avons eu avec lui, nous avions acquis la certitude qu'il voterait en notre faveur, selon ses propres déclarations."

Une élection municipale complémentaire

Le PM du 26.06.1889 annonce la tenue de l'élection complémentaire : "C'est dimanche prochain que les électeurs devront nommer cinq conseillers municipaux afin que, selon la loi, le conseil municipal soit complété, pour élire deux adjoints". Le journal conclut, après analyse des candidatures que c'est toujours la même idée qui revient : "la dissolution du conseil".

Un retour inattendu, celui d'Henri FOURNAIRE, l'ancien journaliste, qui se positionne - seul - dans l'élection municipale complémentaire : "En sollicitant vos suffrages pour être nommé conseiller municipal, je n'ai qu'un but : continuer dans une autre sphère d'action le dévouement que j'ai toujours montré dans la presse pour le bien public et surtout celui des classes laborieuses dont je fais partie. Parmi les nombreuses questions à résoudre pour le conseil municipal, j'estime que la principale de toutes est l'homogénéité de sa composition". Il insiste sur le désarroi du corps électoral et sur le fait que tout le monde veut la dissolution du conseil. Dans sa conclusion, il se présente comme quelqu'un né à Sète et donc à même de comprendre et résoudre les problèmes locaux. (PM du 27.06.1889)

Les résultats du premier tour (9508 inscrits, 3600 votants), d'après le PM du 01.07.1889 :

- Liste boulangiste : MM. BOULANGER 1350, LAGUERRE 1302, NAQUET 1305, LAISANT 1287, DEROULÈDE 1303
- Liste socialiste : MM. ANDRÉ 1260, BROUZON 1268, MOLINIER 1271, MOLLE 1269, VIALAN 1270
- Liste des employés révoqués : MM. BÉHIL 765, BÉNÉZECH 762, GAYRAUD 769, PUECH 754, VAILLARD 754
- Candidat indépendant : M. FOURNAIRE 90

"Faisons remarquer qu'il y a, en chiffres ronds, 2000 voix antiboulangistes contre 1300, les socialistes ayant fait une déclaration antiboulangiste."

Les résultats du second tour (9508 inscrits, 3986 votants), d'après le PM du 08.07.1889 :

- Liste républicaine : MM. ANDRÉ 2443, BROUZON 2450, MOLINIER 2444, MOLLE 2441, VILAR 2441
- Liste boulangiste : MM. BOULANGER 1459, LAGUERRE 1454, NAQUET 1443, LAISANT 1435, DEROULÈEDE 1443

"Les votes obtenus par les socialistes, qui sont élus, appartiennent à toutes les fractions du camp républicain ; les boulangistes n'ont obtenu que les voix réactionnaires. Constatons ici un point important : malgré la propagande effrénée faite par les boulangistes entre le premier et le second tour de scrutin, malgré les photo-lithographies de BOULANGER, distribuées à profusion, les boulangistes ont perdu une centaine de voix. C'est bon à noter, n'est-ce pas ? Car cela démontre une fois de plus que seuls sont boulangistes les ennemis de la République et que s'il y a pu avoir quelques mécontents parmi les républicains, qui, au premier tour, ont voté pour la liste de la boulange, chacun a compris, au second, ce qui lui restait à faire, et chacun a fait son devoir."

A l'issue des élections, il s'agit donc d'installer les 5 nouveaux conseillers élus et de nommer les 2ème et 3ème adjoints au maire. Le Cm se réunit d'abord en séance officieuse, le 25.07.1889 pour s'entendre sur ces nominations. 26 membres sur 30 sont présents mais la séance commence mal car l'un des nouveaux élus demande la démission du maire et celle de CHAUVET, qui refusent. Dans le PM qui se fait l'écho des débats, il est écrit que "pendant plus d'une heure, ce n'a été qu'un débordement d'injures réciproques et d'épithèques les plus grossières". Enfin, par 24 voix contre 2 abstentions, il est décidé qu'il n'y a pas lieu de procéder à la nomination de deux adjoints. Honoré EUZET propose alors à ses collègues de démissionner en masse. Le maire appuie cette proposition mais les socialistes la combattent. Dès lors, la séance officielle du conseil municipal qui était prévue le 26 juillet est reportée à une date ultérieure (PM du 27.07.1889).


Le 03.11.1889, le PM donne des informations sur les finances de la ville, par l'intermédiaire d'une communication : "On nous écrit : Nous sommes heureux d'apprendre que suivant le voeu du public, dont le Petit Méridional a été l'interprète, et sur la proposition du maire, le conseil a décidé qu'un exemplaire du rapport de M. EUZET, concluant à l'adoption : 1/ du compte administratif pour 1888 ; 2/ des chapitres additionnels du budget de 1889 sera, ainsi qu'une copie de ces documents, distribué à la presse et déposé dans les divers cercles de notre ville" Après ces louanges, le PM souligne, cependant, que l'important est de connaître les résultats de la "gestion PEYRET-OLIVE jusqu'à juin 1888 et la gestion AUSSENAC du jour de la prise de possession du fauteuil jusques à fin 1888". Il faut encore connaître, dit le PM, les recettes d'octroi et autres recettes, jusqu'à fin octobre 1889, ainsi que les crédits supplémentaires depuis le 1er janvier. Tout cela pour savoir à qui il faut imputer la situation financière de la ville. Un autre article indique qu'il présente, au nom de la commission des finances, un rapport sur le budget 1890, lequel présente un solde positif de 1595 francs. Il subit les critiques du conseiller JEANNOT qui estime ne pas avoir assez eu le temps de l'examiner alors qu'EUZET conclut à son adoption ; mis aux voix, le rapport est adopté sous l'influence du président AUSSENAC, ce qui ne manque pas d'entraîner un échange acerbe entre JEANNOT et AUSSENAC (JC du 01.01.1890).

Un article ironique du MDM montre qu'en cette année 1889, de par sa compétence technique (et probablement son sens tactique), il est devenu indispensable aux conseillers municipaux socialistes, pourtant majoritaires : " Nous apprenons et de bonne source, que le préfet de l'Hérault, M. POINTU, aurait refusé, d'une façon carrée, la démission de six ou sept membres radicaux" (du conseil municipal). Le journal estime que leur retour apporterait inévitablement des troubles, alors que le conseil "qui, pour être fort amputé, n'en coule pas moins des jours tranquilles et heureux, sous la houlette de son berger, M. Honoré EUZET. C'est au résumé, une histoire drôlement curieuse que celle de ce conseil municipal panaché, qui n'a commencé à se diviser en deux camps des plus haineux qu'à cause de M. EUZET dont les socialistes ne voulaient pas pour premier adjoint et qui, aujourd'hui, en très forte majorité socialiste, se laisse conduire par lui, par le bout du nez. Ceci prouve donc qu'on est parfois plus gêné par ses amis que par ses adversaires." (MDM du 11.12.1889). Evidemment, une autre explication possible est qu'Honoré EUZET s'est rendu compte qu'il pouvait travailler avec les socialistes qui, de fait, étaient nettement moins compétents que lui. D'une certaine manière, cette période a probablement constitué un banc d'essai, avant de prendre le pouvoir.

Ce qui apparaît aussi, c'est l'entente - de fait - entre le maire AUSSENAC et EUZET. le premier est amené à soutenir le second contre les autres conseillers socialistes et il est évident que cette entente, cette confiance, prendra tout son poids dans l'élection de 1895. A titre d'exemple, au conseil du 07.06.1889, à propos des employés révoqués qui ont intenté un procès à la ville, EUZET propose la création d'une commission qui examinerait les motifs des révocations et qui leur accorderait des indemnités en conséquence. Suite aux protestations de certains conseillers, il ajoute qu'il "ne conteste pas les droits de l'administration mais une transaction lui paraît préférable à un procès". AUSSENAC est d'accord avec lui, alors que Modeste DURAND, JEANNOT et PLANCHON sont d'un avis contraire. De même, GIBERT s'oppose à la nomination d'une commission car, dit-il : "si vous entrez dans la voie qu'on vous propose et accordez des indemnités aux employés révoqués, vous reconnaîtrez par là que vous avez eu tort en les frappant et l'on dira que vous n'avez pas su ce que vous faisiez (Bravos dans l'auditoire)" Mais, ce qui est à souligner, c'est la réponse d'AUSSENAC : "Le président répond qu'il n'y a pas de mal à reconnaître ses torts, lorsqu'on vous prouve que vous vous êtes trompé". Evidemment, ce type de réaction entraîne de fortes critiques chez certains conseillers et même dans l'auditoire qui traitent le maire de Judas (EC du 10.06.1889). Ainsi, AUSSENAC devient suspect aux socialistes les plus extrémistes, comme le constate le MDM du 19.05.1889 : dans la séance du 17 mai, JEANNOT et PLANCHON critiquent l'administration municipale pour la dépense faite lors de la réception du ministre des travaux publics, Yves GUYOT. Honoré EUZET prend alors la défense du maire et la discussion s'envenime entre les trois conseillers. Le MDM écrit : "M. AUSSENAC reste à peu près impassible mais il est aisé de reconnaître que lui aussi devient suspect à la majorité des socialistes." En réalité, la division se fait entre ceux qui veulent administrer la ville au mieux de ses intérêts et ceux qui en restent à l'idéologie.

Les démissions de conseillers municipaux continuent en cette fin 1889 mais le préfet fait de la résistance : "Si nos renseignements sont exacts, quelques uns des conseillers qui ont vu leur démission refusée, ou plutôt encore non acceptée par M. le préfet, qui ne leur a pas même accusé réception de leur lettre, traduisent des velléités de retourner au conseil municipal. C'est sans doute la bonne harmonie qui y règne qui les attire. Quant à M. AUSSENAC, il verrait avec le plus vif plaisir revenir une à une toutes ses brebis égarées. Le bercail une fois à peu près complet, M. le maire les recommanderait à la garde vigilante de M. Honoré EUZET, son premier pastourel, et tout irait pour le mieux dans le plus profond des déficits jusqu'en 1892 et sans qu'aucune élection complémentaire vienne obscurcir l'horizon municipal." (MDM du 28.12.1889)

1890

L'année 1890 voit peu à peu s'effondrer l'équipe municipale en place et, du coup, les querelles républicaines pour s'emparer du pouvoir reprennent de plus belle. Quelles en sont les causes ? La raison première semble bien être le caractère même du maire, Antoine AUSSENAC. Un seul exemple que l'on trouve dans le JC du 22.07.1890 quand le journaliste écrit que le maire ne démissionnera pas : "Nous en avons pour preuve le caractère inflexible, violent même, quand il s'agit de défendre son petit boursicot - qu'il a révélé dans la séance mémorable où MM. PLANCHON et JEANNOT, alors en opposition avec lui, voulaient lui faire donner sa démission. Non, s'écria-t-il, avec une fureur indiscible qui contrastait avec le caractère patelain qu'on lui connaît, je ne ferai pas ce que vous voulez que je fasse, je me moque de vous tous, et en donnant un coup de poing formidable sur le bureau, je lève la séance, dit-il (...)". Le résultat, c'est le JC du 11.07.1890 qui le donne, sous forme d'interrogation : "Est-ce que tout ce qui est un peu propre, intelligent et instruit du dernier conseil ne l'a pas déserté ? Un à un sans s'être donné le moindre mot d'ordre, les meilleurs membres sont partis d'eux mêmes." On le voit, c'est en même temps une critique plus feutrée qui vise les illettrés du conseil municipal, le maire peut-être mais sans le nommer. C'est plus net, encore, dans une chronique du JC du 12.07.1890, intitulée : Ce que devraient être les prochaines élections municipales : "Il est donc nécessaire et urgent que les illettrés n'arrivent qu'en très petit nombre dans le futur conseil". En fait, c'est un procès en incompétence qui est fait à l'équipe AUSSENAC. Finalement, dit le JC du 01.06.1890, "13 conseillers sur 30 sont démissionnaires ou ont quitté le pays ou sont incapables de siéger pour cause d'infirmité" et donc il faut compléter le conseil. A tout cela, s'ajoutent les positions des radicaux, ce qui complique encore la situation.

Le PM annonce encore plus de démissions dans son numéro du 18.07.1890 : "Ainsi que nous l'avions annoncé, les conseillers démissionnaires, au nombre de 16, ont reçu de M. le préfet un accusé de réception des lettres par lesquelles ils sont résigné leurs fonctions de conseillers de la ville de Cette. Le conseil se trouve par ce fait disloqué et la séance qui devait avoir lieu ce soir, est renvoyée à une date qu'il est impossible de prévoir aujourd'hui, c'est-à-dire qu'elle n'aura lieu qu'après les élections complémentaires. Par suite des démissions inattendues, telles celles de MM. EUZET et MAGISTRE, qui ont été seulement remises mardi dernier ; par suite aussi de la demande faite par la préfecture à M. BAUDOU, domicilié aujourd'hui à Alais, de vouloir bien donner sa démission, M. le préfet devra prendre un nouvel arrêté de convocation."

(à compléter)

Dans le camp radical, la discorde ne trouve pas sa source seulement dans un conflit de personnalités, c'est davantage celui d'un conflit de génération. Pour s'en convaincre, il n'y a que l'embarras du choix en cherchant dans les nombreuses chroniques électorales parues dans le JC. Certaines sont très critiques mais d'autres font appel à la raison entre vieux routiers de la politique, comme cet article signé MAZEL : "Depuis longtemps et tout particulièrement on ne veut plus d'AYMERIC, on ne veut plus d'EUZET ; depuis 1870, ils ont joué assez de rôles : ils ne voient pas que le corps électoral populaire ne veut plus d'eux, qu'ils le fatiguent. Tous les deux d'ailleurs ont peut-être bien quelques mérites, ils sont de plus de nos amis, mais ce n'est pas une raison pour qu'ils se croient indispensables et supposent que les autres n'ont pas de talents." L'auteur de cet article constate ensuite que le PM du même jour aboutit aux mêmes conclusions en demandant des hommes nouveaux et même entièrement nouveaux, n'ayant aucun passé politique compromis. Il conclut en disant : "Depuis vingt ans, les jeunes de 1870-71 sont devenus des hommes : ils veulent s'affirmer sans se mettre dans les souliers des autres, l'avenir leur appartient." (JC du 27.07.1890)

Tous ces éléments poussent le préfet à décider d'élections municipales complémentaires qui concernent 16 puis 15 conseillers municipaux à remplacer. La liste de ces conseillers est donnée par le préfet pour le premier tour de l'élection (le 3 août - le 2ème tour étant prévu le 10 août) : CHAUVET Pierre, FALGUEIRETTES Auguste, VITOU Prosper, BLANCHET Joseph, RICHARD Michel, MARTEL Lucien, GIBERT Louis, SÉNÉGAS Martial, MARTIN François, GINOUVÈS Camille, FABRE Antoine, DURAND Modeste, COLLOT Louis, MAGISTRE Barthélémy et EUZET Honoré. (JC du 20.07.1890)

C'est le 03.08.1890, dans le PM, qu'Honoré EUZET répond vertement aux attaques du comité de la ligue républicaine, opposée aux radicaux : "Au mépris de toutes les règles et les convenances, vous, candidats, vous prenez la liberté de me juger dans un placard signé de vous. Il n'est donc pas inutile de vous rappeler que je me disais républicain par mes actes, alors qu'il y avait danger à agir ainsi. Laissez-moi vous dire que pendant vingt ans j'ai servi mon pays avec le désintéressement le plus complet ; que je n'ai jamais sollicité et ne solliciterai jamais aucun poste rétribué par l'Etat, le département ou la commune. Il n'est pas de gouvernement assez riche pour me payer ma chère indépendance ! J'ai donc le droit de mépriser les injures des hommes qui ne viennent à la République que lorsque tout danger a disparu et qui, comme vous, ne voient dans la politique qu'un moyen de se faire une position. - Honoré EUZET

Evidemment, ces mots sont l'illustration que, plus on approche des élections, plus le climat se crispe. Pour mieux comprendre, il faut alors analyser les forces en présence.

Elections municipales complémentaires (communication de la Ligue Républicaine) : "(...) Ennemis des questions de vie privée, nous nous contenterons momentanément d'esquisser la vie politique du chef de liste du comité radical, de celui qui, par son entêtement à vouloir rester sur les rangs, a causé la scission du parti républicain de notre ville. Nous verrons par là ce qu'a pu faire l'ambition chez cet homme qui n'a cessé pendant 18 ans de parcourir en tous sens le parti républicain, ballotté comme une épave par tous les courants et venant échouer piteusement après tant d'efforts dans une liste composée d'éléments hétérogènes. M. Honoré EUZET a été nommé conseiller municipal dans une élection complémentaire en 1872 sous l'administration MICHEL. Il démissionna quelque temps après, ne pouvant s'entendre avec ses collègues. Comme membre du conseil ESPITALIER, il a été avec le président actuel de son comité, M. AYMERIC, l'un de ceux qui ont le plus contribué à diviser le parti républicain. Il a combattu avec un acharnement inexplicable M. Marius VAREILLE, dont l'honnêteté ne faisait doute pour personne. Elu en 1884 sur la liste de M. PEYRET, M. EUZET est devenu le membre le plus turbulent pour ne pas dire le plus néfaste du conseil. Si M. EUZET a pu considérer ses oppositions incessantes comme des services rendus, il faut croire qu'il n'a pas la notion vraie des mots, ni le sens réel des choses. Les services qu'il faut lui reconnaître ce sont ses fréquentes démissions. M. EUZET a été tour à tour républicain radical contre M. ESPITALIER, républicain socialiste contre M. THOMAS, aux élections du conseil général, républicain opportunistes contre M. VAREILLE, républicain nimportequiste contre M. PEYRET, enfin républicain boulangiste contre M. SALIS aux dernières élections législatives. Que peut-on penser de cet homme en politique ? Il n'y a qu'un mot pour le qualifier : c'est un Caméléon. Après cela, tirez l'échelle et recherchez les vrais radicaux." (JC du 10.08.1890). Cette tribune est signée par CAUSSIGAL, LABRY, GIBERT et RIBES ROCHE).

Elections municipales complémentaires : "Il est absolument impossible de prévoir les surprises que ménage le scrutin d'aujourd'hui. Plus que jamais les haines personnelles qui sont, on peut le dire, le fléau des élections municipales à Cette, se sont manifestées au dernier moment, avec une violence inouïe que rien ne faisait prévoir ces jours-ci. Des affiches, dont quelques unes à la main, sont placardées à toute heure du jour et toutes ne visent que M. AYMERIC et M. EUZET. Une d'entr'elles accuse M. EUZET d'avoir fait de la propagande boulangiste et porte les signatures de MM. BOISSIER et Aimable DIEBOLT. Ce dernier nous adresse à ce sujet la protestation suivante : Je proteste énergiquement contre l'abus que l'on a fait de mon nom, je n'ai jamais autorisé M. BOISSIER à faire afficher une accusation de boulangisme contre M. EUZET, quand il m'a demandé mon acceptation je la lui ai formellement refusée, je trouve donc son procédé absolument déloyal (...). (PM du 11.08.1890)

Elections municipales complémentaires : "On ne connaît pas encore le résultat complet du 2ème tour de scrutin qui a eu lieu hier, les noms des élus ayant été seulement communiqués au public (...) Ce qui ressort le plus clairement de ce vote, c'est l'écrasement du parti radical dans la personne de ses chefs et l'on peut ajouter que le succès relatif des socialistes est dû surtout aux divisions des républicains." Un "poème" adressé aux nouveaux conseillers municipaux résume l'ambiance à ce moment-là :
"L'électeur a voté - place aux nouveaux élus :
Feront-ils leur devoir mieux que les vieux édiles ?
Puissent-ils nous prouver par des travaux utiles
Qu'ils savent protéger nos biens et nos écus.
Moralité :
Quant aux vaincus, aux brouillons Euzettistes
Il était temps d'étouffer ces fumistes.

Signé : "Populus" (JC du 12.08.1890)

Elections municipales complémentaires : "Il est probable que les élections de dimanche dernier seront annulées. On nous assure qu'une partie des bulletins déclarés nuls ou blancs par les procès-verbaux ont été détruits contrairement à la loi au lieu d'être envoyés à la préfecture pour y être contrôlés. Parmi ceux qui n'ont pas été détruits, il en existe qu'il est impossible de déclarer nuls et appartenant à la liste de la Ligue ce qui déplacerait quelques noms pour les élus. On parle aussi de 280 bulletins en plus des émargements constatés. Une protestation signée par plusieurs électeurs a été adressée à M. le préfet (...)" (PM du 14.08.1890). Dans le même numéro, il est dit que le conseil municipal se réunira samedi prochain pour l'installation des 15 nouveaux élus et la nomination des 2ème et 3ème adjoints. Cependant, dans son numéro du 15.08.1890, le PM revient sur le sujet : "Contrairement à ce qui avait été annoncé, l'annulation des élections municipales de dimanche dernier n'a pas été demandée ; la protestation envoyée à la préfecture ne vise que les bulletins déclarés blancs ou nuls par le procès-verbal et qui ont été détruits au lieu d'avoir été envoyés à la préfecture pour y être contrôlés. Les conclusions de la protestation tendent à faire proclamer élus deux candidats de plus de la liste de la Ligue, M. GIBERT et M. ROUX."

1891

La ville prend, dès 1891, l'initiative d'un sanatorium maritime (voir le rapport du Conseil général, dans sa séance du 23.08.1901).

1892

Le 21.04.1892, LC annonce la parution prochaine d'un nouveau journal, à Sète. Il s'agit de La Concentration Socialiste, "organe des républicains avancés". C'est donc d'un journal créé pour les élections par les socialistes de la future liste qui va s'appeler Liste des candidats du parti ouvrier socialiste. Concentration socialiste, dans laquelle on va trouver Honoré EUZET qui quitte donc les bancs des républicains radicaux. Dans cette liste, il cotoie le maire Antoine AUSSENAC (ce qui n'est qu'une demie surprise, compte tenu de la bonne entente entre les deux hommes) mais aussi Casimir JEANNOT et François PLANCHON (ce qui est plus cocasse, étant donné les batailles homériques passées au conseil municipal).

Quatre listes sont en présence pour l'élection municipale de mai 1892 : Liste 1 : liste républicaine, dite aussi des groupes républicains réunis. Elle est connotée opportuniste ou opportuno-radicale par le journal EC ; Liste 2 : liste libérale indépendante. Elle est connotée réactionnaire par le journal PM ; Liste 3 : liste de concentration républicaine, avec le maire AUSSENAC. Elle est connotée socialiste par le journal EC ; Liste 4 : liste socialiste indépendante qui apparaît comme dissidente de la liste de concentration républicaine, avec seulement 9 noms alors que les trois autres listes en ont 29 ou 30. Il y a encore un candidat indépendant, BARTHEZ (capitaine au long cours) et un candidat socialiste révolutionnaire, Joseph LACOSTE.

Le LC qui, manifestement, fait la part belle aux libéraux, donne la profession de foi de la liste libérale indépendante. Celle-ci se refuse à présenter un programme mais indique qu'elle est un rassemblement d'hommes qui mettent leur intelligence et leur dévouement à la défense des intérêts matériels et moraux de la ville de Sète. La particularité est, certainement, le refus d'un positionnement politique : "Quant à la politique, elle sera mise absolument de côté. La politique engendre la désunion et la discorde. Une ville commerçante comme la nôtre n'a pas besoin de politiciens. Il lui faut des hommes d'affaires, choisis parmi les plus honorables, sans distinction de partis et capables de bien gérer nos affaires (...) Cette a fait la triste expérience des politiciens, elle doit aujourd'hui appeler à la diriger des hommes nouveaux, indépendants, intègres et désintéressés." (LC du 24.04.1892)

A la même date, La LRM fait paraître la communication du parti ouvrier socialiste (concentration socialiste) : "Chers concitoyens, Vous êtes appelés à élire, le 1er mai, vos conseillers municipaux. Nous recherchons l'honneur de vous représenter. Citoyens, Nous sommes très connus de vous comme d'anciens et dévoués serviteurs de la démocratie, aussi est-ce avec confiance que nous nous présentons à vos libres suffrages. Nous voulons l'union de tous les républicains d'avant-garde, de ceux qui réclament le développement progressif et régulier des institutions républicaines et des réformes sociales qui s'imposent pour l'amélioration du sort des classes laborieuses (...) La lutte qui s'engage n'est que le prélude de batailles plus importantes et plus décisives, mais il apparaîtra au moins claivoyant que les candidats du parti ouvrier socialiste, maîtres de la mairie, pourront, dès les prochaines luttes politiques, agir avec plus de force et de cohésion pour le triomphe de la vraie république. C'est pourquoi, nous le déclarons franchement, nous voulons nous emparer de cette citadelle. Ceci dit, Citoyens, nous estimons que les questions ouvrières devront être étudiées par nous avec le plus grand soin et le plus grand dévouement. Nous favoriserons la création de Syndicats professionnels, des Sociétés de secours mutuels et de caisses de retraite pour les ouvriers. Les questions qui intéressent notre port et notre commerce doivent être pour vos élus l'objet d'études incessantes. Contribuer au perfectionnement de l'outillage de notre port, au au développement de notre commerce, n'est-ce-pas préparer le bien-être qui doit résulter pour l'ouvrier d'un travail régulier et rémunérateur ? Nous réclamerons et et favoriserons la création d'une cale de radoub. Nous demanderons la suppression des tarifs différentiels qui font au port de Bordeaux une situation privilégiée et ont porté un coup fatal au commerce des grains, si florissant naguère. (...) Enfin, nous ferons tous nos efforts pour appeler à Cette, par tous les moyens, les établissements industriels (...) Nous créerons l'enseignement primaire supérieur, un collège de jeunes filles. Nous nous engageons à maintenir l'Ecole de musique, en y apportant d'importantes améliorations. Nous maintiendrons la surveillance du jeudi, établie malgré l'opposition d'une minorité rétrograde (...) Nous faciliterons aux sujets d'élite l'entrée dans les lycées, les collèges et les écoles spéciales (...) Des crèches seront créées pour l'enfance ouvrière (...) Nous nous efforcerons de doter notre ville, sans imposer de nouvelles charges aux contribuables, d'un théâtre, d'une Bourse du Travail, d'une Bourse du Commerce, d'un abattoir et d'un lavoir public et gratuit (...) En un mot, nous nous engageons à défendre d'une manière énergique le programme élaboré au congrès de Lyon qui est celui du parti socialiste. Suit la liste des candidats, par ordre alphabétique (LRM du 21.04.1892)

Les résultats, à l'issue du premier tour sont les suivants, selon le PM du 03.05.1892 :

- Liste 1 : AUQUIER 2728, BROUILLONNET 2700, BARBUT 2162, CRÉMIEUX 2466, DEFARGE 2687, DELGAR 2499, ENCONTRE 2491, ENGEL 2784, ESTEVE 2782, FABRE 2496, FERRIER 2618, FIGUIER 2665, GELY 2603, GOUDARD 2613, ICARD 2699, ISSANJOU 2626, JULIEN 2669, MARQUÈS 2509, NOELL 2834, PARPIEL 2604, PEYRE 2560, PEYRUSSE 2487, REMÈGE 2611, RIBES 2783, RIEUNAUD 2596, ROCHE 2807, ROQUE 2325, SCHEYDT 2838, VIEU 2628, VILBAR 2429.
- Liste 2 : AMADOU 1314, BAILLE 1318, BEAULIEU 1233, BOISSIERE 1191, BONNIEU 1242, CAFFAREL 1471, CANTAN 1218, CASTANIER 1218, CLAVERIE 1260, CONGEFIAT 1367, COTTALORDA 1291, COURTES 1381, DOUMET 1401, EUZET Henri 1317, FIGARET 1351, GAUTHIER 1431, GASSMANN 1317, GINTRAND 1198, GLEIZES 1300, GOUDARD 1272, JULLIAN-RÉCOULY 1194, LEMASSON 1248, NOZIÈRE 1211, PAÈS 1273, PALMADE J.B. 1224, PIOCH-AUZUECH 1235, REBOUL 1266, ROUBIÈRE 1197, VERGNES 1227.
- Liste 3 : AUSSENAC 1996, ALBERT 1809, ANDRÉ 1850, AUBÈS 1993, BARRAUDON 1793, BOISSIER 1853, BOUDET 1826, BOYER 1850, BRUNIQUEL 1852, CARTIER 1850, CAYROL 1918, CHANOINE 1863, COMBES 1829, DIDIER 1855, Honoré EUZET 1843, GIRARD 1817, GUIN 1836, JEANNOT 1800, LEQUES 1845, MADIERE 2831 (probablement 1831), MANDAVIALLE 1898, MGRAVAL (probablement MAGRAVAL) 1839, MOLLE 1847, PELLETIER 1882, PLANCHON 1832, ROUSTAN 1868, THOMAS 1825, VALETTE 1825, VAREILLE 1773.
- Liste 4 : GAZALOT 99, BASTIDE 100, BOUDET 127, ESPIE 109, ISOIRD 110, PRADAL 99, SÉNÉGAS 137, BARTHEZ (candidat républicain indépendant) 182, LACOSTE (socialiste révolutionnaire) 70.

Les résultats, à l'issue du second tour sont les suivants :

"La liste opportuno-radicale a obtenu une moyenne de 2600 voix, la liste socialiste une moyenne de 1850 voix et la liste libérale une moyenne de 1820 voix., pour 10.209 inscrits et 6.029 votants (EC du 03.05.1892)

(à compléter)

"Le conseil municipal se réunira dimanche prochain (le 15.05.1892) à dix heures du matin pour nommer le maire et trois adjoints. M. AUSSENAC ayant refusé d'expédier les affaires courantes jusqu'à dimanche, M. le préfet en a chargé M. BOURREL, adjoint, qui présidera à la nomination du maire. (PM du 12.05.1892)

(à compléter)

Il écrit au SC une lettre publiée dans le JC, qui montre, notamment, son implication dans les réflexions locales menées par le parti socialiste local : "Monsieur le Directeur, Je constate avec regret que malgré mes dénégations énergiques et répétées, on persiste à m'attribuer certaines attaques dirigées, dans le Socialisme Cettois contre diverses personnes : deux d'entre elles, des adversaires politiques, peut-être, mais sûrement deux amis personnels, sont venues aujourd'hui même à ma grande stupéfaction m'apporter leurs plaintes. Tout cela est fort ennuyeux. Pour en finir, je déclare qu'à partir de ce jour, je cesse de collaborer au journal le Socialisme Cettois. Je me ferai un devoir et un plaisir d'offrir de nouveau ma collaboration quand le journal se bornera à traiter des questions sociales, politiques et celles d'administration municipale. C'est avec le plus vif regret que je prends cette détermination et mes amis peuvent être assurés que je serai heureux, lorsque ce journal aura l'allure que je désire lui voir prendre dans l'intérêt de notre cause, de continuer sous ma signature, la publication de mes articles d'études sociales et de commencer ainsi que je l'avais promis la publication que j'ai cru devoir ajourner jusqu'ici d'une série d'articles de critique rationnelle des actes de notre municipalité. Bien à vous. Honoré EUZET" (JC du 14.09.1892)

1893

Une grande réunion est organisée le 1er mai pour la fête du travail. La commission d'organisation se réunit "au siège social de la Libre-Pensée, Grand'Rue, 63". Un bureau est élu. "Par acclamation, sont élus les citoyens AUSSENAC, président ; EUZET et PLANCHON, assesseurs ; Henri COMBE, secrétaire." AUSSENAC (président de la fédération des chambres syndicales) fait un discours après avoir remercié l'assistance au nom du parti socialiste puis, c'est le tour du député SALIS. Deux des thèmes majeurs abordés sont la journée de 8 heures et la construction d'une Bourse du Travail à Sète - si possible avant la fin de 1893 (PM du 02 05.1893). Le même journal complète le compte rendu des discours et des manifestations de la journée dans son numéro du 3. Ces informations sont reprises dans le MDM du 02.05.1893, mais sans plus de commentaires.

Ici, pour mieux comprendre les rôles respectifs des protagonistes, il faut citer des extraits de la thèse de Claude WILLARD sur les Guesdistes, lequel souligne que SALIS, réélu député, récompense de leur appui quelques collectivistes. D'abord, p. 640, en ce qui concerne François PLANCHON : "Né à Cette, le 23 février 1850, fils d'un plâtrier. Plâtrier lui-même, puis cabaretier. Fondateur et dirigeant du premier groupe collectiviste de Cette (1886). Elu conseiller municipal en 1888, non réélu en 1892. Délégué au Congrès national de Marseille (1892). Contribue à la réélection du député radical-socialiste SALIS (2e Montpellier) qui, semble-t-il le récompense en lui procurant un emploi à Paris. Il appartient un moment au groupe socialiste cettois de Paris, puis se retire de toute activité militante. Décédé à Cette le 25 juin 1925." On lit encore, p. 296 (note 6) : "PLANCHON, créateur du premier groupe cettois, en 1886, semble, en dépit d'un démenti de sa part, avoir obtenu, grâce à SALIS, un emploi lucratif à Paris (Le Socialiste Cettois, 25 novembre 1893, p. 3)." C'est, ensuite, le cas de "l'ancien maire AUSSENAC, candidat en 1893 dans la première circonscription de Nîmes, (qui) obtient une recette buraliste (Le Socialiste Cettois, 18 novembre 1893, p. 3) ; il disparaît, alors, de la vie politique militante." (p. 296, note 6)

Dans la même page 296 de sa thèse, Claude WILLARD explique le contexte : "Dans plusieurs circonscriptions, les collectivistes s'effacent, dès le premier tour, devant les radicaux. L'exemple est donné en 1893, par les socialistes de Cette : au congrès électoral le 30 juillet, ils acclament la candidature du radical SALIS socialiste sincère, honnête et profondément dévoué au prolétariat (Le Socialiste cettois, 5 août 1893, p. 3)". Il est délégué au congrès national de Paris et est revendiqué comme député collectiviste (le Socialiste du 26.08.1893). De même, les socialistes "annexent les voix de TÉDÉNAT (Béziers) et THÉRON (Carcassonne)". On voit donc que l'évolution d'EUZET doit aussi se comprendre dans ce mouvement d'ensemble.

1894

Le PM du 19.08.1894 et EC du 20.08.1894 donnent les résultats de l'élection municipale complémentaire. Il s'agit d'élire 8 conseillers municipaux et il y a deux listes en présence : la liste socialiste de protestation municipale (que EC nomme simplement liste socialiste) et la liste républicaine. Il y a 9557 inscrits et 3591 votants. Les socialistes, obtenant plus de la moitié des suffrages exprimés, sont élus. Ce sont : Onésime BRUNIQUEL (boucher), Honoré EUZET (représentant de commerce selon EC, courtier selon PM), JULLIAN (vétérinaire), LEJARD (secrétaire général de la chambre syndicale des employés de chemin de fer), MOLLE (président de la chambre syndicale des pêcheurs de l'étang de Thau), Philippe VAILLARD (conseiller prud'homme pour la tonnellerie), Etienne GUIGUES (mécanicien à la compagnie du Midi) et Elie VAREILLE (comptable, agent d'assurances). Dans le numéro du 19.08.1894 de EC, à la veille des élections, on voit qu'il y a eu un revirement chez les socialistes : "Les socialistes qui avaient déclaré n'apporter la lutte que si les partisans de l'administration formaient une liste, viennent de faire afficher à leur tour la liste suivante qu'ils intitulent : Liste de protestation municipale". Ce changement de tactique va s'expliquer par ce qui suit, dès le lendemain des élections.

En effet, dès le 22.08.1894, le PM annonce la démission des 8 conseillers municipaux socialistes qui viennent d'être élus. Chacun d'eux envoie sa lettre de démission au préfet, à peu près dans les mêmes termes. Le PM publie celle d' Honoré EUZET : "Monsieur le préfet, J'ai l'honneur de vous remettre ma démission de conseiller municipal. Elu sur la liste socialiste de protestation municipale, je ne saurais siéger auprès de ceux que le suffrage universel a si justement condamnés. Veuillez agréer, etc. Honoré EUZET". On comprend mieux, alors, pourquoi, dès que les résultats des élections avaient été proclamés, des cris de Démission ! et de Vive la République sociale ! avaient fusés dans la salle des mariages où avait lieu le recensement général. EC avait noté que ces cris provenaient d'électeurs du parti socialiste. Des explications sont encore données dans le numéro du PM du 24.08.1894 : "Ce n'était pas pour siéger que les huit conseillers s'étaient présentés aux électeurs, car ce petit groupe n'aurait rien changé aux décisions du conseil ; mais bien pour faire prononcer les électeurs sur la conduite des membres de la majorité qui n'était pas conforme à leur programme ni au mandat dont on les avait chargés - Un républicain impartial" Ces explications sont encore reprises dans la proclamation des huit élus socialistes (dont Honoré EUZET), dans le PM du 25.08.1894.

1895
Il est élu maire pour la première fois

L'année commence par une élection municipale complémentaire ...


"Elections municipales complémentaires - Le deuxième tour de scrutin (en fait, le premier tour) qui aura lieu aujourd'hui ne s'annonce pas devant être très animé. Le parti au pouvoir n'a pas encore présenté de liste. Voici la composition de la liste socialiste : Honoré EUZET, Elie VAREILLE, CAYROL, BRUNIQUEL, JULIAN, CAUCANAS, GUIGUES, LEJARD, MOLLE." (EC du 27.01.1895). Le journal a rectifié le lendemain, en donnant les résultats du premier tour de scrutin : "Le premier tour qui a eu lieu hier n'a donné aucun résultat. Il y a eu 117 votes qui se sont portés sur divers noms plus ou moins fantaisistes. C'est pour le deuxième tour de scrutin que les socialistes présenteront la liste que nous avons publiée hier." (EC du 28.01.1895)

Les résultats du second tour de scrutin sont donnés dans EC du 04.02.1895. Pour 9441 inscrits,, il n'y a eu que 1939 votants. Tous les candidats de la liste socialiste sont élus : Alphonse JULIAN, 1881 ; Etienne GUIGUES, 1874 ; Onésime BRUNIQUEL, 1873 ; François CAUCANAS, 1871 ; Antoine CAYROL, 1870, Emile MOLLE, 1870 ; Elie VAREILLE, 1870, Armand LÉJARD, 1867 ; Honoré EUZET, 1866 ; plus, 20 blancs, 30 nuls et 32 divers. On peut noter que le plus mal élu est Honoré EUZET, ce qui ne manque pas de surprendre, compte tenu de la suite, dans cette même année 1895.

Cet épisode se termine par une autre démission, celle du conseiller PEYRE, de la majorité. Dans une longue lettre adressée au maire de Sète (EC du 06.02.1895), il rappelle qu'il a plusieurs fois attiré l'attention sur cette élection en estimant que la mairie ne devait pas rester neutre, compte tenu de son caractère lié aux démissions des minoritaires ("pouvaient-on, en effet, méconnaître ou feindre d'ignorer dans quelles conditions se présentaient ces élections complémentaires ?"). Ces appels n'ont pas été entendus et la majorité a été désavouée. Il a, pourtant, rappelé "cette campagne de mensonges, de calomnies, d'insultes des plus grossières qu'une certaine presse que je ne qualifierai pas, sous le voile de l'anomymat, dirigeait contre nous, depuis notre arrivée aux affaires" et qui, selon lui, devait recevoir la réponse qui s'imposait du corp électoral. Le contraire s'étant produit, il donne sa démission. De fait, la situation revient à celle de 1894, avant les démissions des minoritaires, à cette différence près que le parti socialiste se trouve conforté par le suffrage universel.

... et se termine par une élection municipale générale


Les socialistes et les syndicats se réunissent, fin août, pour savoir s'ils doivent prendre part au vote du 1er septembre pour la constitution d'un nouveau conseil municipal. Des opinions différentes s'expriment. POUJOL et AUDOYE estiment que le moment n'est pas opportun, le temps à courir jusqu'au renouvellement (en 1896) étant insuffisant pour mener à bien les réformes projetées. SALIS puis PERIER proposent la nomination d'une commission mais SALIS croit qu'il faudrait éviter la lutte. "Le citoyen EUZET, invité par le citoyen LEBLANC à s'expliquer croit que le parti socialiste doit, en l'état, rester tranquille et ne pas servir de bouche-trou. Il dit qu'il existe actuellement un déficit considérable évalué à 6 ou 700.000 francs et qu'il y a ensuite une foule de créanciers qu'on ne pourra pas payer, attendu qu'on n'aura pas le temps pendant ce court espace qui nous sépare des élections générales et qu'on n'aura pas non plus l'autorité nécessaire pour diriger les affaires de la ville. Il termine en disant qu'il ne faut pas voter, car ce serait tomber dans le piège qui est tendu au parti socialiste.". Après d'autres interventions, le président met aux voix pour savoir s'il faut prendre part au scrutin ; à main levée, la réponse est négative et il est convenu de se réserver pour le mois de mai 1896 (PM du 25.08.1895).

Résultats du 1er tour de scrutin de l'élection municipale : "Aucune liste de candidats ne s'étant présentée pour le renouvellement de notre conseil municipal démissionnaire, le résultat du premier tour de scrutin est négatif. Quelques votes se sont égarés sur des noms divers." (EC du 02.09.1895)

"Nous apprenons aujourd'hui que, pour le deuxième tour de scrutin, les socialistes sont dans l'intention de présenter une liste de cinq candidats seulement. Ces candidats auraient pour mission de gérer les affaires de la ville jusqu'aux élections générales qui auront lieu au mois de mai prochain, afin qu'elles ne soient pas gérées par des étrangers. Si M. le préfet n'accepte pas cette combinaison, les cinq candidats donneront leur démission et nous continuerions à être administrés jusqu'au mois de mai par la délégation nommée par le préfet." (EC du 03.09.1895)

EC donne la liste des 30 candidats présentés par le comité socialiste ; voir ci-après, quelques variations dans la graphie de certains noms qui sont dans la liste indiquée par le PM. (EC du 07.09.1895)

Résultats du 2ème tour de scrutin de l'élection municipale, le 9 septembre. Candidats du "Comité central de tous les groupes corporatifs socialistes de la ville de Cette", sont élus (noms, prénoms, professions, nombre de voix) : "AUDOYE, tonnelier, 1623 ; BRUNIQUEL Onésime, boucher, 1650 ; BARRAL Louis, contre-maître, 1621 ; BOYER Achille, 2140 ; CAYROL Antoine, négociant, 2145 ; COMBES Victor, président de la chambre syndicale des boulangers, 2122 ; CAUSSE, employé de commerce (le chiffre des voix n'est pas indiqué) ; DAVID François, président de la chambre syndicale des pêcheurs de la Courantille, 2146 ; EUZET Honoré, courtier en grains, 1632 ; GAUSSEL François, fabricant de futailles, 1615 ; GIRARD François Balth., employé de commerce, 1643 (son nom est écrit GIFFARD dans la liste de l'EC) ; JULLIAN, vétérinaire, 2112 (son nom est écrit JULIAN dans la liste de l'EC) ; GRANIER Albert, employé de commerce, 1640 ; LEJARD, secrétaire du syndicat des employés du chemin de fer, 213 (le chiffre des voix est tronqué - son nom est écrit LEJART dans la liste de l'EC) ; LAMOUROUX, comptable, 1624 ; LEQUES Antoine, tonnelier, 1624 ; MADIÈRE Charles, 1627 ; MANDAVIALLE, prud'homme, soutireur, 1637 (son nom est écrit MANDAVIALE dans la liste de l'EC) ; MARAVAL, tonnelier, 1630 ; MOLLE Emile, pêcheur, 2123 ; MOURAILLE, employé au PLM, 1610 (son nom est écrit MOURAILLES dans la liste de l'EC) ; MOLINIER, serrurier, 1623 ; PELLETIER, architecte, 1637 ; JEANNOT Gustave, jardinier, 1632 ; ROUSTAN Jean, tonnelier, 2144 ; SALIS, dépositaire de journaux, 2133 ; SANSONNET Alexis, président de la fédération des chambres syndicales, 1627 ; ROSSIGNOL Marius, négociant, 1641 ; VALLAT Pierre, tonnelier, 1610 ; VAREILLES Elie, comptable, 2143 (son nom est écrit VAREILLE dans la liste de l'EC)." (PM du 09.09.1895)

L'EC donne aussi les résultats de l'élection ; celles-ci, écrit-il "ont eu lieu sans animation ni enthousiasme, et cela se conçoit, la lutte étant circonscrite entre les socialistes qui, se voyant sans adversaires, se sont divisés sur le choix de quelques noms. Deux listes étaient en présence : celle de M. EUZET, qui a déjà rempli les fonctions d'adjoint dans une précédente administration, et celle du docteur PEYRUSSAN, récemment nommé conseiller d'arrondissement. Voici les résultats : inscrits, 9663 ; votants, 2380. La liste EUZET (comité central) est élue entièrement, MM. CAYROL et DAVID en tête de liste, par 2146 voix. M. PEYRUSSAN est arrivé en tête de la liste du prolétariat avec 587 voix." (EC du 09.09.1895)

Les détails des résultats de la liste menée par le docteur PEYRUSSAN (Liste socialiste militante du parti ouvrier) sont les suivants : "PEYRUSSAN Paul, docteur en médecine, conseiller d'arrondissement, 587 ; GUIGUES Etienne, employé du Midi, président du syndicat des chemins de fer, 551 ; FABRE Germain, propriétaire, 531 ; SÉNÉGAS Martial, ex-adjoint au maire, 524 ; DOMINIQUE Pierre, limonadier, 504 ; BARTHEZ Victorin, capitaine au long cours, 529 ; COUDERC J., directeur de l'école des Beaux-Arts, 521 ; VALETTE F., Vice-président du syndicat des pêcheurs, 531 ; PRADEL Adolphe, boucher, 522 ; MALATERRE J., trésorier du syndicat des menuisiers, 530 ; LABAIL Jules, propriétaire de tramways, 490 ; GUYARD Jean, officier retraité, 525 ; VAILLARD Ph., président des prud'hommes, 534 ; ISOIRD J., président des pêcheurs de l'étang de Thau, 528 ; ROBERT, patron coiffeur, 513 ; LOUBET René, employé de commerce, 528 ; AZÉMA Simon, plâtrier, 527 ; BONAMI Ch., président du syndicat des tailleurs, 518 ; CASTEL, appareilleur de maçonnerie, 524 ; RICARD, employé de commerce, 512." (EC du 10.09.1895)

L'installation de la nouvelle municipalité se fait le 14 septembre. Le président de la délégation spéciale ouvre la séance et donne les résultats de l'élection devant les 30 conseillers municipaux. Le doyen d'âge, LAMOUROUX, prend ensuite la présidence et demande la nomination d'un secrétaire provisoire et de deux assesseurs. C'est ensuite l'élection du maire. Sur les 30 votants, Honoré EUZET est élu par 28 voix (2 bulletins blancs). Celui-ci s'installe alors dans le fauteuil de la présidence. Le public et le conseil applaudissent. C'est ensuite l'élection des deux adjoints. BRUNIQUEL est élu 1er adjoint par 27 voix (3 bulletins blancs) et JEANNOT est élu 2ème adjoint par 24 voix (5 bulletins blancs et 1 voix pour MOLINIER). Ce compte rendu détaillé est donné par le PM du 15.09.1895 qui ajoute les élément d'ambiance : "La façade de la mairie est brillament illuminée. L'Harmonie et l'Espoir ont donné une sérénade à la nouvelle administration. L'enthousiasme de la population est indescriptible." C'est, pour Honoré, le couronnement de la marche vers le pouvoir, lui qui fut conseiller municipal pour la première fois en 1872.

Discours d'Honoré EUZET, au conseil municipal : "Messieurs, Au nom de mes honorables collègues de l'administration, je vous offre de chaleureux remerciements pour l'honneur que vous nous faites en nous désignant pour présider à vos travaux ; ce témoignage de votre confiance et de votre sympathie nous touche jusqu'au fond du coeur, je vous exprime notre reconnaissance. Il est superflu de vous dire que nous mettrons à votre disposition toutes nos forces et toute notre bonne volonté. Nous vous demanderons de nous accorder, en échange, votre concours dévoué. Nous comptons surtout sur votre esprit de conciliation afin de conserver parmi nous une union utile, indispensable. Je n'exposerai pas de programme, je vous donnerai seulement un conseil qui est celui-ci : négliger, abandonner momentanément les discussions politiques pour nous consacrer entièrement à l'expédition des affaires. Vous trouverez sur ce dernier terrain à employer toute votre activité. Nous avons, en effet, à dresser le budget pour 1896 et un budget honnête, sincère ; nous avons, d'un autre côté et surtout à liquider la situation financière de la commune, c'est-à-dire dresser le bilan et créer de nouvelles ressources, afin de payer les nombreux créanciers de la commune et sortir notre cité de la position humiliante où elle se trouve. Telle est la tâche que vous avez à accomplir. Je vous ai demandé votre concours et offert tout notre dévouement, mais nous serions impuissants si nous ne pouvions compter sur l'appui bienveillant du pouvoir central. Cet appui, M. le Préfet ne le refusera pas, nous l'espérons, à des hommes de bonne volonté qui, tout en se réclamant avec énergie des idées sociales les plus larges et les plus hardies n'en poursuivent le triomphe que par les moyens honnêtes et légaux. Vive la République démocratique et sociale ! Avant de lever la séance, je tiens à remercier ces Messieurs de la délégation spéciale du tact et de l'esprit large et conciliant qu'ils ont apporté dans l'exercice de leur mission. La population tout entière gardera de leur séjour à Cette le meilleur souvenir et les saluer à leur départ avec sympathie et respect." (PM du 16.09.1895)

Discours d'Honoré EUZET, sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville : "Mes chers concitoyens, Au nom de la municipalité et du conseil municipal, je vous remercie de la chaleureuse sympathie que vous voulez bien nous témoigner. Nous trouverons dans vos encouragements la force nécessaire pour accomplir la tâche difficile qui nous est confiée. Nous gérerons les affaires de la commune avec fidélité et honneur. Nous nous efforcerons, en un mot, de bien faire, afin de provoquer, quand nous quitterons la mairie, autant de regrets que nous recueillons aujourd'hui de marques d'estime et d'amitié. Encore une fois merci et Vive la République démocratique et sociale !" (PM du 16.09.1895)

La placette, son bassin et l'Hôtel-de-Ville


De son côté, l'autre liste adresse une lettre de remerciements à ses électeurs : "Les candidats de la liste militante du Parti ouvrier viennent remercier, par la voie de la presse, les nombreux électeurs qui ont bien voulu nous honorer de leurs suffrages ; nous leur adressons nos plus sincères remerciements au nom de la République démocratique et sociale. Donc, merci à tous les électeurs cettois ! - Pour les candidats, GUIGUE." (PM du 15.09.1895)



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