La lignée des EUZET du mas d'Euzet de Saint-Gély-du-Fesc (34).

La branche de Saint-Martin-de-Londres.
(T 17 suite 2)



Histoire.
L'orthographe des noms.

Le bassin de la Boissière compte encore sept mas. Celui de Saint-Martin-de-Londres en a perdu huit et un hameau depuis le XIVe siècle. C'est à cette dispersion que répond le site des premières églises édifiées du VIe au XIe siècle, en pleine campagne. Les mas de la garrigue paraissent être logés dans des clairières ouvertes par les pasteurs néolithiques. Les mêmes populations de bergers, bucherons et laboureurs s'y seraient perpétuées pendant la domination romaine". "Les genres de vie anciens de la garrigue", par le professeur MARRES, cité dans le compte rendu de la séance du 16.01.1943 des travaux de la Société archéologique de Montpellier. 2ème série. Tome XI (1958) [Bibliothèque Mazarine, à Paris, 8 S.S.166]


Histoire.

Des GARONE (ou GARONNE) aux EUZET

A propos du mas de Vernassols, l'abbé Emile BOUGETTE écrit, dans son livre sur le Mas-de-Londres :

" On ne voit pas ce mas figurer dans les actes de reconnaissances faites aux seigneurs du Château de Londres avant le commencement du XVIe siècle. Cela prouve qu'il n'existait pas encore. Le 26 octobre 1511, André PRUNET, du mas de Vernassols, reconnut tenir de la directe seigneurie de Claude de VABRE, baron de la Roquette, son mas, dont les terres confrontaient le chemin allant du Château de Londres au Château de la Roquette, sous le cens de 14 deniers payables à la fête de Saint-Michel. La famille PRUNET continua à habiter le mas de Vernassols jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Le 18 mars 1705, Pierre PRUNET fit reconnaissance au seigneur Henri de ROQUEFEUIL, pour une maison et un four indivis situés au mas de Vernassols et un devois appelé "devois del mas à las Baralles" contenant 42 sétérées."

"Le four indivis prouve que plusieurs familles habitaient le mas de Vernassols. En effet, au milieu du XVIIe siècle, on voit paraître la famille GARONE. Le 4 octobre 1657, Fulcrand GARONE, premier consul du Château de Londres, était présent à la visite pastorale faite par l'évêque BOSQUET. Le 12 mars 1705, les héritiers de Jacques GARONE firent reconnaissance, pour les terres du mas de Vernassols, dont plusieurs avaient été reconnues le 29 mars 1607 à GROS de SAUZET par Blaise PRUNET, ALEGRE et REBOUL.

"La famille GARONE a habité sans interruption jusqu'à nos jours le mas de Vernassols ; elle a même fini par lui donner son nom, en sorte que l'ancienne dénomination est tombée dans l'oubli. Depuis la Révolution, on ne l'appelle plus que le mas de Garone.



Le mas "Le Renard" était appelé anciennement "les Albières de l'Amalou"
(le mot Albières dans la langue romane signifiait "gelée blanche"), à cause
de sa position, dans un sol bas et froid, qui le rendait exposé à la gelée blanche en hiver.



Il fut reconnu sous ce nom par Durand ALEGRE, en faveur de noble Jean de MANDAGOUT le 15 novembre 1390. Les terres de ce domaine sont baignées par les eaux du ruisseau de Rieutord qui vient de Saint-Martin et se jette dans la rivière d'Amalou. Elles étaient traversées par le grand chemin allant de Montpellier à Ganges, qui franchissait l'Amalou sur un pont ancien assez remarquable par sa construction, qu'on appelle encore de nos jours "pont du Renard". A cause de sa proximité avec la grand-route et aussi à cause de divers accidents survenus à la suite d'orages ou de pluies continuelles qui avaient amené des crues subites des divers cours d'eau, on construisit au Renard une hôtellerie pour servir de refuge aux voyageurs. (Abbé BOUGETTE. Histoire du Mas-de-Londres).

Thomas PLATTER II a passé la nuit du 14 au 15 juillet 1596 à l'auberge du Renard : Nous avons poursuivi notre marche jusqu'au château Saint-Martin. Nous y avons bu le pot de la soirée ; puis ce fut le coucher, dans l'unique auberge du lieu, l'enseigne du Renard. Le 15 juillet, après la soupe du matin, nous sommes partis en direction de Saint-Bauzille-de-Putois. Le chemin que nous avons dû prendre était déplorable, hérissé de pierres pointues. (Emmanuel LE ROY LADURIE : "Le voyage de Thomas PLATTER. 1595-1599. Le siècle des Platter", éditions Fayard, traduction par E. LE ROY LADURIE et Francine Dominique LIECHTENHANL. Extrait p. 211 du tome 2).

Jean EUZET et Jeanne GARONNE sont passés de Saint-Martin-de-Londres au mas du Renard puis, au mas de la Boissière. (point 6 de la partie "méthodes" de Les EUZET du Triadou 3 (suite 1) : la branche de Viols-le-Fort.)



Les métiers du passé : fenassier

On a vu que Pierre EUZET était, en 1825, fenassier. Voici l'explication de ce métier.

En Languedoc, un fenassier est un homme qui a une écurie où il reçoit et nourrit les chevaux moyennant salaire. On l'appelle affeneur à Béziers. C'est aussi l'ouvrier qui fait la provision de fourrage et la dépose dans l'écurie.

Fenasse est un des noms vulgaires du sainfoin [qui lui-même est une plante fourragère vivace utilisée dans les prairies artificielles, selon Le Petit Larousse]. C'est aussi les résidus (grains, feuilles, balles, débris de tiges) qui restent sur les planchers des greniers à foin quand on a retiré le foin, et dont on se servait parfois pour semer.

Source : Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, par Marcel LACHIVER (Fayard, 1997).



Jeux d'ombre et de lumière, près de l'église de Saint-Martin-de-Londres
(photo J.C.E., le 18.09.2009)


L'orthographe des noms.

Dans l'avertissement de l'inventaire sommaire des Archives départementales de l'Hérault (série B, tome IV, première partie, édition en 1938), l'archiviste de DAINVILLE a écrit un texte sur les noms en Languedoc et les difficultés de les transcrire (s'ils sont en latin) ou de choisir une forme (s'ils se présentent avec des graphies françaises différentes). Voici ce qu'il dit quant aux noms français :

"Presque tous les o, jusqu'au XVIIIme siècle, se sont prononcés ou en Languedoc. Malheureusement des copistes moins paresseux ont cru devoir écrire ou, dans bien des cas, ce qui nous vaut deux formes également représentées jusqu'à nos jours. S'il est facile de rétablir ROHAN, quand les registres de délibérations de Montpellier nous parlent du duc de ROUAN ou ROUVAN, la chose est moins aisée lorsqu'il s'agit de choisir entre DOMERGUE et DOUMERGUE, SOLAS et SOULAS, ROCH et ROUCH, MOLIÈRES et MOULIÈRES, CADOLLE et CADOULLE, ROGER et ROUGER, POLIN et POULIN, MOISE et MOUISE, COISSARD et COUISSARD.
La confusion fréquente de l'a et de l'e rend parfois aussi très difficile le choix entre deux formes. De même que l'on écrivait indifféremment serge et sarge, terrailhon et tarrailhon, derrière ou darrière, nous avons les formes EUZIÈRE ou AUZIÈRE, PERRAUD ou PARRAUD, SERRIAC ou SARRIAC, SEMBRES ou SAMBRES, BERGEON, BERGON ou BARGON, SEVENIER ou SAVENIER.
Le rotacisme de l's, ou le phénomène inverse, dresse encore un autre obstacle. Nous avons MIRAMAR et MIRAMAS, GUISARD et GUIRARD, VERDURE et VERDUSE, DESMARES et DESMAZES, FAVAR et FAVAS, PAGERY et PAGESY.
L'r final se confond aussi avec l'l et nous avons GALIBER et GALIBEL, LOZÈRE et LOUZÈLE, ARBANÈRE et ARBANELLE. Cet l final, lui-même, nous oblige à choisir entre DELDOUL et DELDOUILH, MONTELS et MONTEILS, CABAL et CABAIL, BONNAL et BONNAIL, RIGAL et RIGAIL, (sans parler de la forme RIGAUD), MIREVAL, MIREVAIL et MARABAIL.
Ou bien l'r final disparaît et nous avons MONCLA et MONTCLAR, AUDEMAR et AUDEMA, PASSAMAR et PASSAMA.
Le c final n'est pas toujours très fixe. Pont-de-L'Arc devient parfois Pont-de-L'Arn, Pompignan par contre tourne en Pompignac.
Une règle peu connue veut qu'en Languedoc les noms de famille prennent le pluriel si l'on énumère plusieurs membres de la même famille : Pierre et Jean BATAILHERS. Or il est moins facile de retrouver le singulier qu'on ne pourrait le croire de prime abord, parce que certains noms prennent aussi un s au singulier : NOZIÈRES, DESMAZES, etc., ensuite parce que d'autres ont subsisté sous leur double forme : MONTEL et MONTELS, SALVI et SALVIS, ALBI et ALBIS, REYNE et REYNES qui finit par se confondre avec REYNÈS.
Une autre règle du même ordre fait mettre au féminin le nom de famille lorsqu'il est porté par une femme. Rien n'est plus facile que de remettre les choses en ordre, lorsqu'il s'agit de Catherine ANDRIEUE. Le redressement est plus délicat pour Jeanne CONSTANCE, si l'on ne sait pas qu'elle est la fille de Louis CONSTANT. Il devient impossible si elle s'appelle Madeleine ARBANELLE, parce que, comme nous l'avons vu tout à l'heure, Arbanelle est une des formes d'Arbanère, et celui qui voudrait masculiniser Archimbelle commettrait une lourde bévue parce que ce mot s'applique à une sorte de romaine en usage dans presque tous les poids publics des localités languedociennes, sous l'ancien régime.
Mais ce n'est pas la seule perturbation que les femmes apportent dans l'onomastique. Un autre usage languedocien les flanque d'une particule d'origine. C'est ainsi que la fille de Daniel ROUSSEL s'appelle Anne de ROUSSEL. Cet usage est si enraciné qu'il s'applique aussi à des noms où il surprend davantage, comme Catherine de GEORGINI. Les cas sont malheureusement nombreux où il n'est pas possible de proposer d'une façon sûre la suppression de cette particule.
L'i constitue aussi parfois un obstacle au choix. Nous avons en effet SALAISON et SALAZON, MAIGNAULT et MANHIAUD, PESCHARIE et PESCHAYRE.
Quelquefois, c'est la coupure insolite des mots devant laquelle force est pourtant de s'incliner : DE SUBERTERIES et DES UBERTERIES, DE SCORBIAC et D'ESCORBIAC, DE SANJOU et D'ISSANJOU.
Les noms se présentent aussi sous deux formes dont l'une méridionale et l'autre française : Jean ROCAGEL ou ROQUEJEL, Pierre COUGAROUX ou COQUEROUX. La mêlée de gens de provenance si diverse, à laquelle nous faisions allusion plus haut, ne permet pas de prendre comme critère la forme méridionale.
A toutes ces difficultés insolubles viennent s'ajouter les erreurs de graphies des greffiers des cours ordinaires et souveraines. Dans un procès des consuls de NÉBIAS (Aude) plusieurs pièces portent fautivement NÉBIAN. Si je les avais trouvées isolées, je les aurais attribuées à Nébian (Hérault). Quand il s'agit de noms de famille, c'est pis. Nous trouvons : DE BOUCAT de NOUZIÈRES et DE BOSCAS de NOZIÈRES ; Joseph DE BREUILLELON et Joseph DE BREUIL et HELION, qui est la bonne forme pour ceux qui connaissent cette famille.
Et ceci m'amène à noter une autre considération qui rend encore plus malaisées, en Languedoc, ces questions d'onomastique. Le littoral méditerranéen attire par la richesse de son sol, la facilité de la vie, et la douceur de son climat une incessante procession de gens venus d'ailleurs. La famille nombreuse de l'âpre Cévenne ou des causses arides y déverse une partie de ses enfants. Ils s'y installent, ils y font fortune, mais la vie heureuse entraîne la dénatalité et les familles s'éteignent vite sur ces terres bénies. Si bien qu'un grand nombre des noms d'autrefois a disparu et que nous sommes privés de ce précieux contrôle pour vérifier la forme à choisir.
Dans ces conditions, il ne restait plus qu'une solution, celle que nous avons adoptée : transcrire les formes diverses d'un même nom. Ce procédé comporte d'ailleurs une certaine consolation, particulièrement en ce qui concerne les noms de lieux ; il fournit souvent des jalons intéressants de leur évolution. Il nous apprend par exemple que la ville d'AIMARGUES, en 1619, s'écrivait encore couramment : LES MARGUES (on allait AUX MARGUES) ; qu'en 1678, CARMAUX se notait CRAMAUX et CARMERAUX ; que PORTIRAGNES était, en 1650, PORCAYRAGNIES et POURCAIRARGUE. Ainsi, peuvent s'expliquer des noms qui défieraient sans cela la sagacité des philologues.
"
(à compléter)

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Les lignées issues de l'Hérault

Saint-Martin-de-Londres.

Saint-Martin-de-Londres (suite 1).