La "République" de Montferrand



Au moment où ce texte commence à être écrit (le 16 juin 2002), nous n'avons pas encore déterminé quelle est exactement la finalité de ces pages "Histoire" ; nous ne savons pas non plus quelles formes elles prendront par la suite. Pour autant, nous avons quelques certitudes : ce que nous découvrons au fil des recherches est souvent inattendu et dévoile des pans d'histoire qui semblent n'avoir été repris par personne, particulièrement en ce qui concerne les matériaux trouvés dans certaines minutes notariales. Il est donc utile de les signaler et si possible de les analyser, quitte ensuite à les "reformuler", par exemple dans une synthèse. Nous avons constaté aussi combien les articles de revues peuvent être ignorés ou négligés, soit parce que le périodique est ancien soit (ou et) parce que la diffusion en a été restreinte et qu'il n'y a même pas de traces dans les grandes bibliothèques parisiennes comme la Bibliothèque Nationale ou la Bibliothèque Mazarine, soit surtout parce qu'il n'existe nulle part de répertoires papier ou informatique d'articles de revues.

C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de reprendre ici l'intégralité du texte de J. Rouquette : "La République de Montferrand", paru dans le tome 1 de la "Revue historique du diocèse de Montpellier", probablement en 1909, puisque la période couverte va de 1909 à avril 1914 puis de décembre 1914 à janvier 1915. C'est tout au moins ce qui est conservé aux Archives Départementales de l'Hérault (PAR 1341). Une recherche préalable à la Bibliothèque Mazarine avait permis de montrer que cette revue n'existait que dans quelques rares bibliothèques, en plus des ADH :

- la Bibliothèque Municipale de Toulouse : "3, 1911/12 ; 5, 1913/14 <481400>"
- la Bibliothèque Municipale de Montpellier : "1, 1909 ; 12, 1914 <99719>"
- la Bibliothèque de l'Abbaye Saint-Benoît d'en Calcat (Dourgne, Tarn) : "1, 1909-1915 (lac) " (bibliothèque réservée aux professeurs, étudiants et chercheurs).

Ainsi, l'article du tome 1 qui est repris ci-dessous ne semble exister, en bibliothèque publique, qu'en trois exemplaires, deux à Montpellier et un dans cette abbaye. En fait, une recherche à la Bibliothèque municipale de Toulouse a montré que celle-ci dispose de toute la collection de 1909 à 1915, ce qui porte le nombre à quatre exemplaires. Nous pensons donc faire oeuvre utile en le reproduisant dans ce dossier, d'autant plus qu'il concerne directement la plupart des communes de l'Hérault où ont vécu beaucoup d'EUZET de cette région. Nous avons choisi de le placer dans le dossier des Matelles car cette commune est rapidement devenue la "capitale" de cette petite "république" que l'on appelait du "Val de Montferrand". Nous avons volontairement écrit en gras les années indiquées dans le texte.




La garrigue à l'attaque des ruines du château de Montferrand
(photo du 27.05.03)



LA REPUBLIQUE DE MONTFERRAND
Au XVe siècle.



On sait que les libertés communales étaient très développées dans le diocèse de Maguelone, et que bien rares étaient les communautés qui, comme Beaulieu par exemple, attendirent la fin du XVe siècle pour se soustraire à l'autorité du seigneur, et gérer elles-mêmes leurs intérêts. Cette étude que nous ferons un jour présentera le plus grand intérêt. D'une manière générale, les syndics étaient élus pour un an, ainsi que leurs conseillers, et la communauté, communitas, universitas ne dépassait pas les limites de la paroisse.

Or, à cette règle que nous croyons générale, il y a cependant une exception. Il y avait dans le diocèse de Maguelone une petite république, ayant ses libertés et ses franchises, élisant ses syndics avec leurs conseillers tous les deux ans, et groupant dans un même intérêt au moins une douzaine de paroisses : c'était la république de Montferrand.

Sa capitale était les Matelles. Ses limites ? Nous allons tâcher de les fixer le plus exactement que nous pourrons, soit à l'aide de documents déjà édités, soit surtout à l'aide de documents plus détaillés que nous avons trouvés.

La république de Montferrand doit remonter aux premières années du XIVe siècle. C'était le vrai comté de Montferrand, le noyau véritable autour duquel se groupaient d'autres juridictions.

Le premier acte que nous connaissons, prouvant l'existence de cette confédération est de 1276 (édité par GERMAIN, Etudes Historiques sur les comtes de Maguelone, etc., pièces justif. p. 116) D'après cet acte, la confédération ne comprend que six paroisses : Valflaunès, Treviès, Saint-Jean-de-Cuculles, Saint-Sébastien-de-Cassanhas, Saint-Gely-du-Fesc et Saint-Etienne-de-Cazevieille ; plus deux petites villes, villulis, Combaillaux et Saint-Clément. On remarquera que dans cet acte il n'est pas question des Matelles.

Un acte de 1307 est plus explicite à propos de cette dernière paroisse ; dans cet acte dont nous parlerons plus amplement tout à l'heure, nous ne voyons figurer que Guillaume du TRIADOU, de Cassanhas ; Pierre GERVAIS, de Saint Clément ; Pierre de LAMBRUSCAL, de Combaillaux ; Jacques de Abrolhano, de Treviès ; Deodat de Buxeto, de Valflaunès, et maître Guillaume DELTOUR, de Turre, notaire des Matelles. On pourra peut-être nous alléguer que ce dernier ne figure ici que grâce à son titre. Ce serait une erreur : l'acte en effet nous semble montrer que ce notaire des Matelles n'est pas le notaire officiel de l'évêque : tous ces hommes traitent des intérêts de la vallée avec l'évêque, en présence de Durand del THYURE, notaire de Montferrand ; pro vobis ipsis et aliis hominibus dicte vallis, presentibus et futuris, et tibi Durante del Thyure, notario curie nostre Montisferrandi. (GERMAIN, op. cit., p. 121).

Ces deux documents publiés par M. GERMAIN sont assez vagues et ne peuvent nous permettre de fixer exactement les limites de la petite république de Montferrand. Heureusement que nous avons trouvé des actes plus explicites ; grâce à eux nous pourrons déterminer ces limites.

D'abord l'acte d'élection des syndics, en 1468, mentionne dix paroisses : les Matelles, Viols, Saint-Jean-de-Cuculles, Saint-Martin-de-Tréviès, Valflaunès, Saint-Etienne-de-Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Combaillaux, Saint-Clément et Saint-Vincent-de-Barbayrargues. (Marcel ROBAUD, not, 1468, n 25, fol 39).

Remarquons tout d'abord que Combaillaux n'est pas encore une paroisse, comme nous l'avons dit (Revue n 3, p. 148). Ensuite cet acte ne nous donne pas les limites exactes de la république de Montferrand au XVe siècle. Il est certain que, vers le nord-ouest, elle dépassait la paroisse de Saint-Etienne-de-Cazevieille. Le mas de Byzanques, que nous n'hésitons pas, d'après THOMAS (Dict. topog. de l'Hérault, art. Biranque), à identifier avec le Biranque actuel, faisait partie de la confédération. Cela ressort de plusieurs actes, en particulier de l'acte d'élection des syndics en 1470, à laquelle prend part un électeur de ce mas (Marcel ROBAUD, not. 1474-1475, n 27, fol. 145).

Vers l'est, nous devons ajouter deux paroisses : celle de Saint-Mathieu-de-Tréviès et celle du Triadou ou Saint-Sébastien-de-Cassanhas. Cette dernière est mentionnée dans les actes de 1276 et de 1307, et non dans l'acte de 1468 ; mais il n'y a pas de doute que, au XVe siècle, le Triadou ou Saint-Sébastien-de-Cassanhas fit partie de la république. En effet, lors de l'élection de 1456, nous relevons parmi les électeurs un homme de Triadou, de Triatorio (Marcel ROBAUD, not. 1456, n 21, fol. 40) , et dans un acte du 22 février 1469 (1470) nous trouvons parmi les consuls modernes de cette République, Guillaume DELTOUR, du Triadou (Marcel ROBAUD, not. 1469 n 26, fol. 51).

Saint-Mathieu-de-Tréviès formait aussi au XVe siècle, avec N.-D.-de-Cesselès, une seule paroisse. Elle aussi était comprise dans la confédération de Montferrand. En 1468, en effet, nous trouvons parmi les conseillers élus, Jean MONTET, de Saint-Mathieu (Marcel ROBAUD, 1468 n 25, fol. 35).

Ajoutons-y enfin la paroisse de Saint-Sauveur-du-Pin. En 1456, parmi les consuls modernes, nous voyons figurer un Jean PROSET, de la Grange-du-Pin : ce mas faisait partie de la paroisse de Saint-Sauveur. (Marcel ROBAUD, 1456, n 25, fol. 37).

Ainsi donc, à peu de choses près, la république de Montferrand comprenait le canton actuel des Matelles, excepté Murles, Prades, Saint-Bauzille-de-Montmel et Vailhauquès. Il faut y ajouter Viols, actuellement du canton de Saint-Martin-de-Londres.

Les limites nous semblent donc assez bien circonscrites. Entrons maintenant dans la vie même de la petite république, et voyons d'abord ses libertés et ses franchises, telles que les lui accordèrent les évêques de Maguelone, puis l'administration de la république et ses dépendances vis à vis de son protecteur, l'évêque comte de Montferrand ; enfin le mode d'élection des syndics, leur nombre et leurs droits.

C'est un proverbe de nos pères qu'il faisait bon vivre sous la crosse. Nous allons voir que nos évêques furent, pour les habitants de cette vallée, de véritables pères de famille.

Le premier qui leur accorda des privilèges et des franchises fut Béranger de FREDOL, évêque de Maguelone pendant 33 ans, de 1263 à 1296. Par un acte, donné au Terral, le 15 des kalendes d'août 1276 (18 juillet 1276), il accorda trois franchises.

La première, dont l'importance n'échappera à personne, et que leurs descendants ne possèdent plus, fut la suppression des droits de lods que percevait le seigneur à l'occasion des partages des biens paternels, maternels ou tous autres, faits entre frères.

La deuxième se rapporte au droit de mouture des blés. Désormais les habitants, qui doivent faire moudre leur blé aux moulins du seigneur-évêque, ne paieront que la vingtième partie.

Enfin les habitants de Montferrand auront les mêmes poids et les mêmes mesures que les habitants de Melgueil. (GERMAIN, op. cit. pièces just. pp. 116 et 117).

Quelques années plus tard, le 10 des kalendes de juillet 1285 (22 juin 1285), ce même évêque accorda d'autres privilèges qui marquent un progrès social remarquable, et aussi le grand intérêt que prenait le seigneur-évêque à ce que le peuple ne fut pas pressuré par les seigneurs subalternes.

Désormais on ne pourra détenir dans les prisons de Montferrand un prévenu quelconque, à moins qu'il n'ait été arrêté pour un crime entraînant la mort et la mutilation, à condition que, dans les huit jours de son arrestation, il fournisse des cautions.

On ne pourra plus désormais prendre des gages sur les boeufs, les mulets ou autres animaux, pourvu que le condamné consente à donner d'autres cautions. De même si les officiers de la curie de Montferrand doivent prendre des gages sur les habitants, à cause du ban, du cens, des usages ou droits de lods, qu'ils auraient refusé de payer, ces officiers ne peuvent le faire sans accorder un délai de quinze jours ; si dans cet espace de temps, les habitants ont satisfait, on ne peut les obliger à payer les frais, qu'après les quinze jours écoulés ; ils les paieront ensuite d'après l'estimation qui en sera faite par la curie de Montferrand.


La chute du jour aux Matelles,
le 5 juin 2002.

Aucun habitant de la confédération , qui sera assigné devant l'official de Maguelone, ne pourra être appelé pour la même cause devant le baile de Montferrand.

Avant de faire connaître la dernière franchise, nous devons donner quelques courtes explications.

Parfois l'évêque donnait, sous la redevance de quelques albergues, une partie plus ou moins grande de son comté à quelque chevalier, véritable seigneur subalterne. Celui-ci pressurait les habitants, en augmentant surtout le cens ou usage que chaque propriétaire devait payer à l'évêque-comte avant l'inféodation. Les habitants de la petite république avaient eu sans doute à se plaindre de ces petits seigneurs : aussi recoururent-ils à l'évêque-comte, leur véritable souverain, et lui demandèrent protection.

Béranger de FREDOL s'empressa de faire droit à leurs réclamations, et leur accorda le statut suivant. Dorénavant aucun de ces seigneurs ne pourra, à quelque occasion et sous quelque prétexte que ce soit, augmenter le sens ou usage, mais devra se contenter de percevoir celui qui a été fixé, à chaque propriétaire, pour chaque champ par les textes anciens, ou d'après la coutume. ( GERMAIN, op. cit. pièce just. p. 119).

Béranger de FREDOL ne devait pas terminer son long épiscopat sans accorder encore de nouvelles franchises aux habitants de la vallée de Montferrand. Nous avons encore de lui un acte du 16 des kalendes de janvier 1293 (17 décembre 1292).

Jusqu'ici c'était une coutume que l'évêque fournisse les subsistances aux gens de la vallée qu'il appelait sous les armes ; cette coutume, il la reconnaît obligatoire pour lui et ses successeurs.

Nous avons vu plus haut que l'évêque, sans doute pour introduire plus d'unité dans son comté, et par là favoriser les relations commerciales, avait imposé en 1276 les mesures de Melgueil au comté de Montferrand. Ce progrès était à signaler de la part de nos évêques, mais le peuple n'en voulait pas ; déjà Béranger de FREDOL avait dû faire publier, sur les instances du peuple, que les anciennes mesures sur le vin, le blé et l'huile seraient de nouveau en usage ; aujourd'hui, pour tranquilliser les habitants, il annule l'acte de 1276 et leur reconnaît le droit de se servir de leurs anciennes mesures.

Cette année-là encore (1293), l'évêque accorda une liberté aux gens pauvres de la vallée de Montferrand : compacientes et compacionem habentes gencium pauperum vallis nostre Montisferrandi. Jusqu'à cette époque, tous les habitants étaient obligés de faire moudre leur blé aux moulins de l'évêque. C'était une dépense pour les gens pauvres, qui, obligés d'acheter du blé à Montpellier, devaient l'emporter de cette ville aux moulins de l'évêque-comte, situés dans la vallés de Montferrand. Pour soulager ces pauvres, l'évêque consentit à perdre quelque bénéfice, et leur permit de faire moudre, là où ils voudraient, le blé qu'ils étaient obligés d'aller acheter en dehors de la vallée.

Nous ne connaissons pas d'acte de Gaucelin de LA GARDE, successeur immédiat de Béranger de FREDOL (1296-1305), et qui intéresse le sujet qui nous occupe ; mais le 6 juin 1307, Pierre de LEVIS confirma les libertés et franchises accordées par Béranger de FREDOL.

C'est la première fois que nous voyons apparaître le don de joyeux évènement, dû par les habitants de la vallée de Montferrand à tout nouvel évêque de Maguelone. Citons cette partie de l'acte : Dandum per homines dicte vallis dominis Magalonensibus episcopis, in Ecclesia Magalonensi de novo venientibus, videlicet quinquaginta librarum melgoriensium, tamen quod non sit nec fiat prejudicium in futurum, nec in possessione seu quasi, nec usui antiquo, nec aliter ultra dictam summam dictis hominibus prestandam (GERMAIN, op. cit. pièces justific. p. 122).

Germain s'est donc trompé quand il a fixé à l'année 1362 l'origine de ce don de joyeux avènement, dans son étude sur le Temporel des évêques de Maguelone, p. 56, n. 2. Nous connaissons en effet encore deux cas où les évêques-comtes l'exigèrent avant de confirmer les coutumes et les franchises : la première, le 27 janvier 1310 (1311), par Jean Raimond de COMMINGES qui s'autorisa de l'exemple de son prédécesseur immédiat Pierre de LEVIS ; et la seconde le 22 mars 1334 (1335), par Pictavin de MONTESQUIOU.

S'il y eut un acte passé entre l'évêque-comte et les habitants, pour exiger ce don de joyeux avènement, nous ne le connaissons pas, mais son existence dès les premières années du XIVe siècle ne peut faire de doute, et nous ne pouvons en retarder l'établissement à l'année 1362 sous l'épiscopat de Deodat de CANILLAC.

La principale franchise que les évêques accordèrent à la vallée de Montferrand, liberté qui allait la transformer en petite république, fut la liberté de créer des syndics. En quelle année ? Nous l'ignorons. Trouverons-nous jamais la charte d'octroi ? Qu'on nous permette cependant ici une hypothèse.

C'est en 1307 que nous voyons apparaître pour la première fois le don de joyeux avènement. Or, l'acte est passé en présence de six habitants de la vallée de Montferrand, représentant les paroisses ou villages de Cassanhas, de Saint-Clément, de Combaillaux, de Tréviès, de Valflaunès et des Matelles. L'acte de 1310 est passé en présence de trois habitants de la vallée, Pierre GERVAIS, de Saint-Clément ; Pierre de LAMBRUSCAL, de Combaillaux, et Bertrand de Vallebuxeria, des Matelles. Ne serions-nous pas ici en présence des trois syndics que nous verrons tout à l'heure figurer en tête de la petite république ? Le don de joyeux avènement que nous constatons avoir été payé trois fois avant l'époque fixée par M. GERMAIN, ne serait-il pas le prix que l'évêque mit à la création des syndics ? Hypothèse, il est vrai, mais qui nous semble bien probable ; car nous ne voyons pas de motif pour que les successeurs de Béranger de FREDOL prennent le don de joyeux avènement pour confirmer des franchises, importantes sans doute, mais pour l'octroi desquelles lui-même n'avait rien exigé. C'est là le point obscur dans les origines de la république de Montferrand.

Passons sur ce fait : nous savons qu'elle était constituée dans le courant du XIVe siècle, qu'elle avait trois syndics et trois conseillers, et si nous ne connaissons pas encore l'acte fondamental de sa constitution, - la création des syndics, - nous connaissons du moins ses libertés et ses franchises.

D'après M. GERMAIN "l'évêque-comte entretenait dans chacune de ses paroisses des officiers seigneuriaux savoir : un capitaine, un bayle, un juge, un procureur, un notaire et des sergents ; chacune d'elles avait de plus un lieutenant du bayle ou un sous-bayle, spécialement chargé de sévir contre les malfaiteurs." (Le Temporel des Evêques de Maguelone, p. 57).

Le savant historien, qui nous a tracé la voie, n'a eu à sa disposition, pour expliquer le mécanisme administratif de la république de Montferrand qu'un acte de 1520 : in quibus quidem parochiis predictis dominus Magalonensis episcopus, et in qualibet ipsarum, tenet officiarios videlicet capitaneum, bajulum, judicem, procuratorem, notarium et servientes. Precipue in qualibet ipsarum est locumtenens bajuli, sive subbajulus : qui habet potestatem ac facultatem ac speciale mandatum ab ipso domino episcopo magalonensi contra quoscumque malefactores delinquentes infra dictum bailliagium.

M. GERMAIN fait dire au texte, nous semble-t-il, plus qu'il ne contient. Le mot precipue aurait dû le mettre en garde contre sa traduction. Jamais en effet il n'y a eu dans la vallée de Montferrand un capitaine, un juge, un notaire dans chacune des paroisses, cette vallée ne formant qu'une juridiction. Il pouvait y avoir dans chaque paroisse un sous-bayle ; mais nous ne croyons pas non plus que ce sous-bayle dut exister nécessairement dans chaque paroisse. Ainsi l'élection des syndics de Combaillaux faite le 10 octobre 1457 fut présidée par Jean SABATIER, bayle des Matelles ( Marcel ROBAUD, not. 1457, n 22, fol. 44).

Nous avons recherché en vain ces nombreux fonctionnaires de l'évêque. Bien plus, parmi les documents que nous avons eus à notre disposition pour reconstituer le fonctionnement de cette République au XVe siècle, il nous semble que l'évêque de Maguelone n'avait, dans la vallée de Montferrand, qu'un seul fonctionnaire responsable vis-à-vis de lui : c'était le capitaine ; qu'il était le seul, avec le juge, de toute la temporalité, que l'évêque nommait directement ; et que les autres officiers de l'évêque étaient nommés par le capitaine, comme le bayle et a fortiori les sous-bayles, qui pouvaient exister, sinon dans toutes, au moins dans certaines paroisses de la vallée de Montferrand. Nous ne citerons à l'appui de notre assertion qu'un seul acte : la nomination de Pierre ALAMAND faite par son oncle ? Louis ALAMAND, le futur cardinal d'Arles, qui joua un si grand rôle au concile de Bâle (1), nomination qui fut faite le 2 juillet 1418.

Dantes et concedentes tibi (Petro) et a te depputandis plenam et liberam potestatem capiendi detinendi, arrestandi, incarcerandi, multandi, puniendi, condempnandi et absolvendi,et quascumque lites et controversias seculares, civiles et criminales in curia hujusmodi (Montisferrandi) motas et movendas ac vertentes, ventilatas audiendi, examinandi, dedicendi desti(tuendi ?) et sine debito terminandi ; necnon de criminibus et excessibus sive delictis per laycales personas et subditos seculares et alios quoscumque, quorum cognitio, punitio et cognitio ad viccarium dicte viccarie, pro tempore existenti, perti(nere) potest, quoquo modo commissis et perpetratis, et comitendis et perpetrandis inquirendi ; et cos (co)agendi (= coegendi), castigandi, multandi, puniendi, omnia alia et singula per te vel alium seu alios faciendi, dicendi, gerendi et exercendi, fieri faciendi, percipiendi et mandandi que ad hujusmodi viccariatus officium tam de jure quam de consuetudine pertinere noscuntur. (Fontanilhon 1416-1435 fol 144).

Qu'on relise cet acte, et on verra que le capitaine de Montferrand a tous les droits de l'évêque-comte, même celui de juger les crimes. De fait, il exerce ce droit. Le 13 juillet 1422, ce même Pierre ALAMAND appelle à son tribunal Ermessende, accusée d'un vol de vin commis dans l'église de Saint-Vincent-de-Barbayrargues, il interroge la prévenue, ainsi que les témoins. Le 6 septembre 1422, l'affaire est confiée, il est vrai, à Pierre BRUN, licencié en lois, lieutenant de Bernard VIOLLETE, docteur en décrets et juge de toute la temporalité de l'évêque. C'est que Jean de Perrosa, prieur de Saint-Just, et procureur général de l'évêque, se présenta lui-même pour prendre l'affaire en main. ( FONTANILHON, 1421-1428, 1er cahier, fol. 2 et ss.)

Nous ne croyons donc pas que l'évêque nommât lui-même directement le juge de Montferrand, il laisse ce soin au capitaine qui a tous les pouvoirs. Pourquoi, en effet, le juge de toute la temporalité apparaîtrait-il dans l'affaire de 1422, si l'évêque avait à Montferrand un juge qui fut l'égal de Bernard Violète ? L'évêque se reposait donc sur le capitaine de tous les soins de l'administration. C'est lui qui nommait le baile qui se tenait aux Matelles, et il est bien probable que dans chaque paroisse, comme le veut l'acte de 1520, le capitaine était représenté par un sous-bayle, et même par un ou plusieurs sergents.

Que rapportait à l'évêque chaque année la vallée de Montferrand ? Nous connaissons déjà le don de joyeux avènement ; mais outre ce don, il y avait les droits seigneuriaux, dimes, usages, cens, droits de justice, amendes, lods, etc. Combien valaient-ils ?

Nous les estimons à une valeur environ de dix à douze mille francs de notre monnaie ; à l'appui de notre assertion, nous citerons un acte, qui, outre l'intérêt qu'il présente dans la question actuelle, nous permettra aussi de fixer la date exacte - inconnue encore - de la mort de Pierre ADHEMAR.

Cet évêque avait affermé à Antoine DURAND, prêtre de Saint-Martin-de-Tréviès, et prieur de Cassanhas, tous les revenus de la vallée de Montferrand : videlicet fructus, ususfructus, redditus, proventus, utilitates, commoditates, gausidas, decimas, obventiones, pedatgia, census sive usatica, servitutes, media laudimia cum medietate curie, et quecumque alia emolumenta quos, quas et que dominus Magalonensis episcopus habet et percipit ... in castro et tota valle Montisferrandi.

Pierre ADHEMAR mourut avant la fin du bail, le 5 mars 1418 (an de la nat.) ... suos dies clausisse extremos, scilicet anno domini millesimo quadringentesimo decimo octavo et die quinta marcii. Le chapitre nomma vicaires capitulaires Bernard VICTOR, vestiaire de Maguelone, Jean de GOZON, prieur de Baillargues, et Guillaume TRINQUIER (Trincatoris), prieur de Clapiers, tous chanoines de Maguelone, qui continuèrent le bail. Or, celui-ci avait été fait pour deux ans et au prix de 200 livres ; l'évêque s'était engagé cependant à en retrancher 25 livres. Le bail avait donc été fait pour 175 livres.

Or, si la livre tournois valait sous Louis XI 42 fr. 28 de la monnaie en cours en 1839 (Numismatique du moyen âge, par Blanchet, t. 1, p. 26), nous pouvons, d'après un acte que nous avons trouvé, augmenter cette valeur du tiers pour avoir la valeur de la livre tournois au commencement du XVe siècle. En effet, une pension de six livres, faite en 1401, devient, en 1478, une pension de 8 livres et 5 sols (Arnaud CALVIN, 1477-1487, n 6, f 24). En nous appuyant sur ces données, nous pouvons donc assigner à la livre tournois une valeur approximative de 56 francs en 1418. Le bail représentait ainsi une valeur de près de 10 000 francs de notre monnaie. Ce n'était pas là un bénéfice net pour l'évêque, car avec cette somme il devait payer les officiers de Montferrand.

(1) FISQUET imprime ALEMAND. Nous nous conformons à l'orthographe des notaires de Montpellier qui écrivent toujours ALAMAND. Puisque le nom du cardinal d'Arles vient sous notre plume, on nous permettra une réflexion. L'église de Maguelone est peut-être la seule église de France ayant des origines très anciennes, peut-être même apostoliques, et dont aucun évêque n'ait les honneurs de la canonisation. Ce diocèse est donc bien moins favorisé que Béziers, Agde et Lodève. Malgré ses fautes, le cardinal d'Arles a été béatifié en même temps que le bienheureux Pierre de LUXEMBOURG. Nous constatons qu'il n'est l'objet d'aucun culte dans son ancien diocèse, pas plus d'ailleurs que Jean de Verceil, enterré à Montpellier et que nous pourrions cependant revendiquer.

(fin de la première partie de l'article)

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A côté de l'administration seigneuriale, il y en avait une autre : celle du peuple par le peuple, et c'est celle qui nous intéresse le plus, parce que c'est celle que les historiens ont laissé le plus dans l'ombre. Les idées de liberté ne datent pas de nos jours, et nous croyons avec Guizot que, si un des syndics de la petite république, aujourd'hui disparue, sortait de la tombe, il serait bien surpris de voir le peu de libertés communales que nous a laissées la Révolution.

Quilibet nascitur liber, immunis a quocumque jugo, sive prestatione vectigalis, tributi et alterius oneris. Les syndics de Montferrand n'avaient pas attendu 1789 pour proclamer que tous les hommes naissent libres ; ils l'affirment en 1520 dans une de leurs requêtes (cité par GERMAIN : Le temporel des évêques de Maguelone, pièces justificatives, p. 88). Cette phrase en dit long sur l'état des esprits à une époque que les historiens officiels aiment à nous représenter comme vouée à la servitude. Pour nous, c'est le beau temps des libertés communales qui ont subi trois assauts : La Réforme, Louis XIV et surtout la Révolution.

Tandis que dans les autres parties du diocèse - nous ne parlons pas de Montpellier - la paroisse se confondait avec la communauté, la communauté de Montferrand comprenait, comme nous l'avons dit, une douzaine de paroisses : les Matelles, Viols, Valflaunès, Saint-Etienne-de-Cazevieille, Saint-Sébastien-de-Cassanhas avec le Triadou, Saint-Martin-de-Tréviès, Saint-Mathieu et Notre-Dame-de-Cesselles, Saint-Vincent-de-Barbayrargues, Saint-Clément, Saint-Jean-de-Cucules, Saint-Gély-du-Fesc, Saint-Sauveur-du-Pin et Combaillaux ; plus le mas de Biranque.

Ailleurs, à Ganges, Fabrègues, Cournonterral, Mudaison, Montferrier, etc. les syndics ou consuls sont élus pour un an ; à Montferrand, ils sont élus pour deux ans, et leurs pouvoirs vont de la fête de saint Martin à la fête de saint Martin. Dans les autres communautés, la date de l'élection est fixe ordinairement ; dans la République de Montferrand, elle a lieu dans les premiers jours de novembre : en 1456, le 9 ; en 1468, le 3 ; en 1480, le 6 novembre. Ici comme ailleurs, les syndics sortants ne sont pas réélus. Etaient-ils éligibles ? Nous n'avons trouvé aucun document ni pour ni contre ; mais nous croyons que c'était une coutume, basée sur le sentiment de l'égalité et de la justice, et aussi surtout sur ce fait, que les syndics sortants devaient présenter leurs comptes aux auditeurs nommés par les électeurs.

Dans une véritable démocratie, il convient que chacun puisse aspirer à gérer les affaires et à partager les honneurs ; voilà pourquoi tous les ans on change de syndics, tous les deux ans à Montferrand à cause sans doute du déplacement obligatoire des électeurs. De plus ne laissez pas manier pendant plusieurs années les deniers publics par le même individu : il s'habituera à les considérer comme siens : nos pères avaient raison.


La nuit des Matelles,
le 5 juin 2002.

Assistons maintenant à une élection : nous prendrons pour type celle de 1468 ( Marcel ROBAUD, not., 1468 n 25, f 39), parce qu'elle fut faite sous la présidence de Tristan de MONTLAUR, capitaine de Montferrand pour Maurus de Valleville, et qu'elle eut lieu dans l'église même des Matelles.

Outre les trois syndics sortants, 81 électeurs de la confédération y prirent part : 21 des Matelles, 1 de Viols, 11 de Saint-Jean-de-Cuculles, 10 de Saint-Martin-de-Tréviès, 8 de Valflaunès, 6 de Saint-Etienne-de-Cazevieille, 9 de Saint-Gély-du-Fesc, 9 de Combaillaux, 2 de Saint-Clément, 4 de Saint-Vincent-de-Barbeyrargues.

Une question se pose tout de suite dans l'esprit du lecteur : Tous les habitants prenaient-ils part à l'élection ; en d'autres termes, syndics et conseillers étaient-ils élus au suffrage universel ? Ce point ne nous semble pas discutable. Nous ne pouvons en ce moment apporter toutes les preuves en faveur de notre assertion ; cette question mérite en effet d'être traitée à part. Nous avons déjà vu beaucoup d'actes d'elections de syndics, nulle part nous n'avons vu exclure du droit d'élection une catégorie d'hommes. Si parfois, comme à Mauguio, par exemple, l'évêque établit une distinction entre les nobles et les gens du peuple, ce n'est pas du tout en faveur des nobles et contre ces derniers, puisque ceux-ci ont droit d'élire leurs syndics et leurs conseillers, qui discutent evec les élus de la noblesse les intérêts de la communauté ; bien plus, les roturiers ou manants ont la majorité dans le conseil.

La formule que l'on rencontre toujours dans ces sortes d'actes : major et sanior [ dans une élection des syndics de Clapiers nous lisons : major et senior pars. Est-ce une faute du notaire ? (ROBERT , not. 1496, n 36, f 32)] pars hominum ou habitantium ; le mot : communitas ou universitas qui désigne la paroisse au point de vue civil, ne sont pas des mots vides de sens. Ils sont pour nous une réalité et désignent clairement que tous les intéressés avaient le droit d'exercer leur vote.

On ne comprendrait pas sans cela les efforts faits par les habitants d'une paroisse pour conquérir de pareilles libertés, si elles n'avaient dû profiter qu'à un groupe d'habitants. C'est la masse tout entière qui pousse vers la liberté, parce que la masse tout entière doit y trouver un bénéfice.

Deux faits surtout viennent, croyons-nous, confirmer notre assertion. D'abord, nous n'avons jamais vu un prêtre prendre part aux élections dont nous avons retrouvé les actes. Ceal se comprend : le clergé était dans une situation particulière. Un deuxième fait est encore plus étonnant. Lors de l'élection des syndics de Combaillaux, le 10 octobre 1457, nous relevons parmi les électeurs le nom d'une veuve : Clairette, veuve de Jean BOISSON, Clareta relicta Johannis Boyssonis (Marcel ROBAUD , not., 1457, n 22, f 44). Sur ce point aurions-nous reculé, et notre mode de votation serait-il moins équitable que celui de nos pères ?

Ce dernier fait nous semble typique, et parait indiquer que tous les intéressés avaient droit de voter, sinon la présence de cette femme qui vote est incompréhensible.

On nous objectera le petit nombre des électeurs de la vallée de Montferrand. Si en 1468 nous ne trouvons que 81 électeurs, en 1470 nous en trouvons 84, outre les trois syndics : 24 des Matelles, 11 de Saint-Jean-de-Cuculles, 6 de Saint-Martin-de-Tréviès, 8 de Valflaunès, 10 de Saint-Gély-du-Fesc, 1 de la Grange-du-Pin, 4 de Saint-Clément, 4 de Saint-Vincent-de-Barbeyrargues, 9 de Combaillaux, 5 de Cazevieille, 1 de Viols et 1 de Bizanques (Marcel ROBAUD, not. 1470-1475, n 27, f 145).

En comparant les chiffres de ces deux élections subséquentes et que nous citons à dessein, il appert qu'il y a eu des abstentions. Ces abstentions ressortent encore davantage par ce fait que, en 1468, sur les trois syndics élus, deux sont absents et ne prennent pas part à l'élection. Le même fait s'était reproduit en 1456.

Dans notre époque de suffrage universel, n'avons-nous pas vu des élections où le quart à peine des électeurs ont voté, où même un candidat qui se présentait seul aux suffrages n'a pas été élu ? Nous allons voir tout à l'heure que dans la petite république de Montferrand on ne connaissait pas ce second tour de scrutin. N'oublions pas enfin que, à cette époque, les passions politiques n'existaient pas au même degré que de nos jours ; et s'il y avait des difficultés dans une communauté, par exemple comme à Grabels en 1485 (Marcel ROBAUD, 1485, n 55, f 55), les parties savaient toujours entrer en accommodement.

Donc en novembre 1468 les électeurs sont réunis dans l'église des Matelles devant le capitaine de Montferrand, Tristan de MONTLAUR. L'un des syndics expose le but de la réunion qui est d'élire des syndics nouveaux pour deux ans. Le capitaine approuve et permet de procéder à l'élection. Sont élus : Antoine de Vallebuxeria, des Matelles ; Guillaume DELTOUR ( de Turre), du Triadou, et Jean JEAN ( Johannes Johannis), jeune, de Valflaunès. Seul, Guillaume DELTOUR est présent. Le capitaine, assis sur un banc de bois, lui servant de tribunal, à la mode des ancêtres, confirme l'élection.

On procède ensuite à l'élection des conseillers au nombre de trois. Auditores vero et consiliarios ad consulendum dictos sindicos et ad audienda compota aliorum olim syndicorum fecerunt videlicet Anthonium Flavardi, dicti loci de Matellis, Petrum Guiraudi loci sancti Egidii de Fisco, et Johannem Martelli loci sancti Mathei.

Et aussitot Guillaume DELTOUR, syndic, nouvel élu, prête le serment ordinaire entre les mains de Tristan de MONTLAUR. Les autres élus ne le prêtèrent que le 15 novembre.

Qu'on remarque bien cette élection des conseillers, que nous constatons ici, comme nous l'avons constatée dans toutes les communautés dont nous avons retrouvé les actes d'élection à cette époque. Les conseils politiques étaient donc constitués. Sans doute les assemblées générales étaient encore nombreuses. Le peuple aimait alors, plus que de nos jours, à exercer son droit de contrôle sur la communauté ; mais il est hors de doute aussi que les assemblées générales tendaient à diminuer, que les syndics avaient, à côté d'eux, pour les aider de leurs conseils, d'autres hommes, élus eux-aussi par le peuple ; qu'avec eux ils géraient les affaires de la communauté, la défendaient devant les tribunaux, engageaient ses biens, passaient des contrats, réglaient les comptes des syndics précédents et surtout répartissaient les impôts et les faisaient lever après que les rôles avaient été approuvés par les électeurs.

C'est cette administration que nous allons étudier maintenant pendant deux années de 1468 à 1470.

Avant de se séparer, après avoir élu les syndics, les électeurs s'occupèrent de la répartition des tailles qui, pour cette année (1469), s'élevaient à la somme de 301 livres 18 sols et 3 deniers tournois pour toute la république de Montferrand, part des 122.000 livres accordées au Roi par les Etats, tenus cette même année au Puy.

... dixerunt[sindici] se habuisse mandatum regium ut ipsi sindici et universitas predicta imponant super ipsos et alios in taliis dicte vallis contribuentes, summam tricentarum et unius librarum, decem et octo solidorum et trium denariorum turonensium, dictam universitatem tangentem de summa CXXIIm librarum turonensium, concessa domino nostro regi per presentem patriam Lingue Occitanie in consilio tento in villa Anicii in mense augusti ultime elapso.

Une autre question fut soumise à l'assemblée. Le viguier d'Anduze, commissaire royal, était venu aux Matelles pour lever la somme, due par la communauté de Montferand pour la démolition de certains châteaux, ordonnée par le roi. Les syndics avaient convenu avec lui de 12 livres, et en avaient payé 4. Que fallait-il faire des autres 8 livres, attendu que la commission avait été abolie ?

Item dixerunt quod dominus viguerius de Andusio venit in presenti loco de Matellis, commissarius auctoritate regia depputatus, ad levandum et percipiendum peccunias ab ipsis sindicis et universitate predicta pro demolitione certorum castrorum quam dominus noster rex demolire fecit in presenti patria ; cum quo ipsi sindici appunctaverunt et convenerunt ad summam duodecim librarum turonensium, et de eisdem solverunt quatuor libras turonenses, licet, prout asseritur, dicta commissio sit abolita : quare petierunt quid super premissis tiendum.

L'assemblée décida que, tant pour les deniers royaux que pour les 8 livres qui restaient à payer, on composerait neuf rôles qui seraient levés, moitié de suite, l'autre moitié au mois d'avril 1469 ; que l'un des syndics lèverait ces impôts aux gages habituels ; que les syndics auraient un scribe et un clerc, qu'ils paieraient selon la coutume ; mais les 8 livres ne devaient être payées au commissaire que si les autres paroisses payaient leur quotité, sinon elles devaient être employées aux besoins de la communauté.

Prefati sindici et homines voluerunt et ordinaverunt tam pro denariis regiis quam pro octo libris turonensibus, dicto commissario exsolvendis, imponantur sive indicentur novem talia levanda, videlicet de presenti quatuor talia cum dimidio, et alia quatuor talia cum dimidio in medio mensis aprilis proxime instantis. Item voluerunt quod unus dictorum sindicorum levet totam dictam assietam ad vadia antiqua et consueta ; et etiam ipsi sindici habeant scriptorem et clericum ad vadia et stipendia consueta. Item voluerunt quod dicti sindici non solvant dicto commissario dictas octo libras turonenses, nisi alii diocesani solvant ; et extunc ponantur in aliis negotiis dicte universitatis (Marcel Robaud not. 1468 n. 25 fol. 39 et suiv.)

Le 12 juillet 1469, eut lieu une assemblée des électeurs, sous la présidence du bayle Blaise de MONTILLIS. Furent présents les trois syndics plus quatorze personnes, à savoir : 4 des Matelles ; 3 de Saint-Jean-de-Cuculles ; 1 de Saint-Martin-de-Tréviès ; 1 de Valflaunès ; 1 de Saint-Vincent-de-Barbayrargues ; 1 du Triadou ; 1 de Saint-Gély-du-Fesc ; 1 du mas de Bizanques, et 1 de Viols. Il s'agit encore de la répartition des tailles. Nous citerons un peu au long cet acte qui complètera un point de l'histoire générale du Languedoc. Entre ce document et celui dont s'est servi dom Vaissète il y a quelques différences, pour les épices, 6000 d'après le savant bénédictin, 5000 d'après nous. (Cf. H.G.L., t. XI, p. 76, éd. Privat)

... Exposuerunt se ipsos convocari fecisse pro eo quia habuerunt mandatum quod, in cinsilio nuper in mense maii proxime lapso, tento in villa Montispessulani per dominos trium statuum presentis patrie Lingue Occitanie, fuerunt concesse per modum de crue domine nostro regi XLIm IIIIxx et XV libras turonenses ; et quod cota et portio dicte vallis Montisferrandi est summa LXXXVIII librarum XIIII solidorum et IIII denariorum turonensium. Item ab alia parte fuerunt concesse dicto domino nostro regi in eodem consilio CXXXIm libras turonenses. Item IIIIor millia libras turonenses domino duci de Borbonio et Vm pro speciebus pro dominis dicti consilii ; et quod cota et porcio dicte vallis Montisferrandi est summa IIc LXXXXIIII librarum V solidorum turonensium. Item pro peccuniis pro mutuatis dicto domino nostri Regi sive les empruntz est summa CXXII librarum XI solidorum turonensium ; quare prefati sindici petierunt quid agendum super premissis.

La part de la vallée de Montferrand revenait donc pour cette année à la somme de 405 livres 10 sols et 4 deniers ; on décida de faire treize rôles et demi, six payables tout de suite ; quatre au mois d'octobre et les trois et demi au mois de mai suivant.

Prefati vero sindici et homines voluerunt et ordinaverunt quod pro predictis omnibus et singulis summis indicantur et parentur tresdecim talia cum dimidio, levanda per solutiones sequentes : videlicet de presenti sex talia, et in mense octobris instantis IIIIor talia et in mense maii tunc sequenti tria talia cum dimidio. (marcel Robaud 1469 n. 26 fol. 14).

Mais avant que l'année fut finie et qu'on eut levé les trois rôles et demi du mois de mai, se tint une autre assemblée des contribuables, le 22 février 1469 (1470), toujours aux Matelles et en présence du bayle Pierre CREMAL. Outre les trois syndics, il y eut 19 électeurs : 3 des Matelles, 2 de Saint-Jean-de-Cuculles ; 1 de Saint-Mathieu ; 2 de Valflaunès ; 2 de Saint-Clément ; 2 de Saint-Gély-du-Fesc ; 1 du Triadou ; 2 de Combaillaux ; 2 de Cazevieille, et 2 de Saint-Vincent.

Deux questions sont à traiter : d'abord nommer un conseiller à la place de Pierre GUIRAUD, décédé, et ensuite répartir la somme de 13 livres 6 sols et 4 deniers tournois que la communauté doit s'imposer pour subvenir aux frais de la guerre de Catalogne.

... Dixerunt [sindici] se habuisse mandatum a dominis consulibus ville Montispessulani pro expensis hominum qui duxerunt mutones et alia victualia gentibus armorum in Cathalonia, quod ipsi sindici imponant summam XIII librarum VI solidorum et IIIIo denariorum turonensium (Marcel Robaud 1469 n. 26 fol. 51).

L'assemblée nomma un autre conseiller ; et, sur le second point, il fut résolu qu'on ferait un rôle de répartition de ces 13 livres, rôle qui serait uni aux trois rôles et demi qui restaient encore à lever, conformément à la décision prise le 12 juillet 1469.

Telle était la petite république de Montferrand, comprenant une douzaine de paroisses, présentant ainsi aux yeux de l'historien un caractère tout particulier et qui méritait d'être connu. Sous la domination de nos évêques-comtes, les populations connaissaient leurs libertés ; nos évêques savaient se montrer bons envers les populations, et celles-ci n'étaient pas vouées à la servitude, comme se plaisent à nous le dire certains historiens. Les hommes de la vallée de Montferrand n'avaient pas attendu 1789 pour proclamer que tous les hommes naissent libres, et nous terminerons cette courte étude par ces paroles que nous avons citées et qui se trouvent dans une de leurs réclamations en 1520 : Quilibet nascitur liber, immunis a quocumque jugo sive prestatione vectigalis, tributi et alterius oneris.

J. ROUQUETTE.



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