"L'avenir du passé"




Au fil des pages dites "suites 2" qui sont consacrées dans le site à l'Histoire, se pose toujours une question de méthode. Quels matériaux doit-on utiliser ? Quelles analyses faut-il faire ? Quelles interprétations du passé est-on en mesure de poser ? Pour mieux nous pénétrer d'une attitude rationnelle dans cette démarche, nous avons regardé du côté des historiens. Comment ont-ils traité cette question ? Dans quelle mesure ont-ils été influencés par les idées de "leur" présent pour interpréter le passé, quelle que soit l'époque ? Y-a-t-il eu des erreurs de perspective et ces erreurs ont-elles été rectifiées ?

Dans le fichier "Blida suite 2", nous avons repris un extrait de "Fin de siècle", d'Eugen WEBER. Il nous semble que cette pensée résume à elle-seule notre interrogation : "Rien ne s'oublie si facilement que l'inoubliable. Rien n'est aussi incertain que l'expérience, aussi particulier que la perspective, aussi personnel, divers et interprétable que les vies vécues côte à côte. L'avenir du passé n'est jamais très sûr. La seule certitude est que le passé sera ce que l'avenir en fera, que ce que nous choisirons de nous en souvenir changera en même temps que nos préoccupations." A cela, il faut peut-être ajouter que l'idéologie dominante du moment est certainement un moyen facile d'interpréter le passé, lui donner un sens a posteriori. Nous prendrons ici deux exemples de cette "contre-méthode". D'une part, la manière dont les historiens ont interprété les évènements des IXe et Xe siècles (c'est-à-dire avant le plein développement de la royauté) et, d'autre part, la manière dont les historiens ont, avant 1940, interprété les siècles qui ont précédé 1789 (c'est-à-dire la période allant du Moyen Age à la fin de l'Ancien Régime). Nous essayerons ensuite de faire le point sur la situation en ce début du 21ème siècle.

Extraits du livre de Karl Ferdinand WERNER :
"Enquêtes sur les premiers temps du principat français (IXe-Xe siècles)"

(p. 21) "Depuis le déclin du royaume de Francie occidentale jusqu'à la victoire de Philippe Auguste sur tous ses ennemis intérieurs, l'histoire de France se distingue par la prééminence, d'abord d'une puissante aristocratie, puis d'un groupe d'importantes maisons princières. Cette situation n'était pas quelque chose de nouveau car dès avant le siècle qui connut l'apogée du pouvoir royal des grands Carolingiens, les primores francs du royaume mérovingien donnèrent le ton avant de s'incliner devant le lignage le plus puissant qui sortît de ses rangs. Et ne furent pas rares les membres de ces grandes familles, successeurs des duces mérovingiens, qui prirent à nouveau le pas dans la seconde moitié du IXe siècle. (...)"

(p. 23) "Le principat français n'a pas joué un rôle historique seulement en France, mais également dans toute l'Europe. Un fils du duc de Bourgogne devint l'ancêtre des rois de Portugal, à l'époque de la lutte contre l'Islam en Espagne. Guillaume de Normandie conquit l'Angleterre, les maisons d'Anjou et de Blois produisirent des rois anglais. La Flandre devint, sous la direction de ses comtes, la "plaque tournante" politique et économique de l'Europe au Moyen-Âge classique. Ce sont des princes français, et, à leur suite et sous leur direction, la noblesse française, qui ont accompli la Première Croisade. La littérature courtoise française qui se répand dans les pays voisins, apparut, comme on sait, dans les cours princières, non à la cour royale."

(p. 23) "Autant ce principat, ici dessiné en quelques traits, est un phénomène historique, autant le fait qu'il ait été négligé dans la recherche et les manuels est un phénomène historiographique. Certes, les manuels français courants parlaient volontiers de l'expansion de la noblesse française et de la civilisation française en Angleterre, en Espagne, en Italie méridionale et au Levant. Mais l'histoire de France était pour eux l'histoire de la royauté française. Après que l'on eut projeté les concepts d'État et de Nation du XIXe siècle dans les siècles du Haut Moyen Âge classique, et ainsi identifié État et royauté, l'on ne put conséquemment faire des investigations sur l'histoire de la Nation et de la chose publique qu'à travers la trame de l'histoire de la royauté. Aussi toutes ces synthèses, après un tour d'horizon informatif sur les principautés les plus importantes, nous ramènent-elles bien vite à l'histoire du Domaine royal, dont l'extension à toute la France, et par là l'unification de la Nation, est le thème majeur de la vision française de l'histoire. Les princes semblent ainsi vus a priori comme de fort indésirables obstacles à cette unité préétablie. S'ils étaient puissants, ils étaient condamnés pour cette puissance, s'ils ne l'étaient pas, ils devenaient odieux au futile esprit de clocher. L'histoire des institutions, jusqu'à notre temps, ne craint pas de placer, en une fiction juridique insensée, le petit seigneur (qui certes fut caractéristique de l'âge féodal, mais pouvait aussi bien être le petit vassal d'un prince que celui d'un roi) sur le même pied que le prince, de telle sorte qu'à ce dernier l'on n'affecte aucune catégorie propre de droit public. Telle est l'optique des feudistes des XIIIe-XVIIIe siècles, qui considère l'image de l'État et de la féodalité forgée par la royauté triomphante comme ayant toujours existé, bien que parfois assombrie par des usurpations. Pour 300 ans d'histoire française, l'exception devient donc la règle - bien que sans doute parfois négligée - à laquelle le manuel historique doit se soumettre."

(p. 25) "Les contemporains des princes des Xe-XIe siècles ne sont pas consultés alors qu'ils nous ont laissé, non certes des codes juridiques, mais bien des dizaines de milliers d'"actes privés" qui attendent toujours, pour la plupart, une exploitation systématique, et non d'histoire locale ou purement sociale."

(p. 25) "Car le faible intérêt qu'offrait aux historiens une royauté impuissante prise pour l'unique représentante de l'histoire française, conduisit somme toute à négliger gravement ces siècles-là. La monumentale Histoire de France publiée par Ernest Lavisse, si utile en son temps et qui, en 18 gros volumes, conduit (le lecteur) jusqu'en 1789, consacre 19 pages à la période 888-987 qui vit naître la France ! Lorsqu'un érudit belge, Jean Dhondt, publia en 1948 un livre sur les débuts des principautés territoriales en France, il dut attirer l'attention sur la maigreur des travaux antérieurs disponibles."

(p. 25) "Il manque avant tout des regestes et recueils d'actes pour chaque principauté. Jamais les Robertiens, qui seraient dignes de retenir davantage l'attention, dans l'optique de l'historiographie conventionnelle, puisqu'ils se sont finalement assurés la couronne, n'ont fait l'objet d'une édition critique de leurs actes avant 987, ou même simplement d'un catalogue en forme de regeste. Nous en sommes réduits, pour le Poitou, au travail sans critique de Richard, et pour la Champagne, à d'Arbois de Jubainville, lequel écrivit il y a un siècle, pour Blois, à Bernier, qui écrivit il y a trois siècles. Et plus d'une enquête, utile en soi, bornait son horizon au petit monde local, précisément parce qu'eu égard aux fondements de la perspective historique dont nous avons fait état, elle ne pouvait pas voir la signification de son objet dans les relations régionales, faisait d'un centre politique du XIIe siècle un petit coin de France et voyait dans l'édition des sources y afférentes une contribution à "l'histoire locale". Il y a toujours des exceptions importantes, pourtant elles ont bien souvent des raisons qui résident ailleurs que dans le phénomène ici considéré : (...)"

(p. 37) "Dans les siècles de son essor, le principat fut une institution vivante, qui remplit ses devoirs aussi bien et aussi mal que d'autres institutions, adaptées à d'autres époques, et qui mérite en tout cas toute l'attention de la recherche historique. En l'espèce, l'on voudrait croire que la science historique française, et pas seulement elle, a à se racheter d'une faute ancienne.

Extraordinaire analyse qu'il faudrait reprendre entièrement tant elle est claire et rigoureuse. Pendant des siècles, les historiens français ont "recadré" notre histoire sous l'angle de la royauté et donc de la formation progressive du royaume de France. Les travaux de Karl Ferdinand WERNER ont permis d'ouvrir les yeux des nouveaux historiens et l'on voit maintenant paraître des livres qui donnent aux époques négligées et caricaturées la "signification" qui leur manquait encore. Pour ne citer qu'un seul ouvrage, c'est certainement celui de Régine LE JAN : "Famille et pouvoir dans le monde franc (VIIe-Xe siècle), essai d'anthropologie sociale", publications de la Sorbonne, en 1995, collection ancienne et médiévale. Inutile de dire que dans les sources et la bibliographie de cet ouvrage, Karl Ferdinand WERNER est abondamment cité. Peut-être fallait-il que ce soit un Allemand qui rectifie la perspective française, pour des époques où les notions de France et d'Allemagne n'avaient pas encore de sens. C'est aussi une bonne leçon à retenir. Pour autant, l'auteur souligne que (p. 27) "la science historique allemande souffrit d'erreurs de perspective analogues à celles de la science française" et il pose les questions suivantes : "Est-ce qu'en Allemagne aussi, d'ailleurs, on ne suit pas encore ici et là par trop exclusivement l'histoire de la royauté comme si elle constituait à elle-seule l'histoire allemande, même pour des époques où cela n'a absolument aucun sens, comme le Bas Moyen Âge ? N'est-ce pas pour cette raison que chez nous également l'on néglige de façon très regrettable cette période où pourtant commence seulement, à proprement parler, l'histoire tangible du peuple allemand ?"

Finalement sa réflexion débouche sur une constatation qui a une portée immédiate pour le travail que nous essayons - modestement - de faire sur ce site. En effet, il observe que, depuis quelques décennies, des historiens allemands (p. 27) "ont remplacé la systématique ancienne, généralisante, par une nouvelle histoire des institutions et des structures qui aborde l'histoire régionale dans les termes de l'histoire générale." Et il ajoute, plus loin (p. 29) : "Des transformations fort semblables ont eu lieu en France, si bien qu'ici aussi l'image historique de l'ancienne histoire des institutions politiques devrait connaître une révision grâce à l'abondance de la recherche régionale concrète."






La couverture du livre sur
"Les premiers temps du principat français"

Notice en 4ème de couverture : Karl Ferdinand WERNER, membre associé étranger de l'Institut et de 1968 à 1989 directeur de l'Institut historique allemand de Paris, atteindra le 21 février 2004 l'âge solennel de 80 ans. Pour mettre à la disposition du public français l'un de ses textes en langue allemande les plus anciens (paru de 1958 à 1960), mais restant néanmoins l'un des plus vigoureux, quelques collègues français se sont réunis pour en assurer la traduction (Bruno SAINT-SORNY), l'accompagner d'une préface analytique (Olivier GUILLOT) et commenter cet écrit à travers une postface interprétative (Michel PARISSE). Ainsi réapparaissent les "Untersuchungen zur Frühzeit des französischen Fürstentums", les "Enquêtes sur les premiers temps du principat français" en édition synoptique, enrichies par la réimpression d'une étude complémentaire beaucoup plus récente, intitulée "Les premiers Robertiens et les premiers Anjou" (1997), et par un index des noms de personnes et de lieux (Bruno SAINT-SORNY). De ce fait, l'étude qui a porté un nouveau regard sur les continuités des élites politiques du Haut Moyen Âge, est enfin accessible à ceux qui ne maîtrisent point la langue allemande. Se situant très près des sources souvent citées pour la première fois, la présente publication est un service rendu à la recherche actuelle.



Extraits du livre de Georges CHAMPENOIS :
"Le sabotage officiel de l'histoire de France" (1930)

Ce n'est pas sans hésitations que nous avons utilisé ici cet ouvrage car, comme l'écrit l'auteur dès la première ligne : "Ce livre est à la fois un document et un réquisitoire". Nous n'oublions pas non plus qu'il est paru en 1930, c'est-à-dire avant les évènements de 1934, 1936 et 1940. Nous sommes donc loin de la "sérénité" d'un Karl Ferdinand WERNER mais s'il porte l'empreinte des luttes des années qui ont précédé le désastre de 1940, il est aussi fortement révélateur de ce que l'on a fait de l'histoire de France à cette époque. En ce sens les résultats de l'enquête menée par l'auteur sont révélateurs d'une perspective sur le passé qui mérite d'être revisitée. A la page 10 de son introduction, CHAMPENOIS explique son constat et ses objectifs : "Il est trop facile de ramener l'Histoire à cet unique apophtegme, devenu le Credo de la plupart des éducateurs contemporains : avant la Révolution, il n'y avait rien. Avant la Révolution, il y avait, depuis près de 2.000 ans, la France parvenue à un degré d'achèvement et de grandeur qui faisait l'éblouissement de l'univers. Et c'est une assez belle chose pour que l'on ne passe pas à côté d'elle sans s'arrêter un instant et sans se découvrir très bas. Nous avons pensé que le scandale que nous signalons avait assez duré et qu'il importait de rendre à notre pays l'histoire intacte des grands gestes accomplis dans le passé. Et pour donner, aux yeux du public plus de poids à cette campagne de restauration nécessaire, nous nous sommes adressés à toutes les notabilités de l'intelligence, du savoir et du goût : historiens, professeurs, littérateurs, savants, artistes, hommes politiques, moralistes et philosophes, sans distinction de croyance ou d'opinion." (...) Nous avons délimité l'objet de notre enquête par ces trois questions précises : Est-il vrai que l'Histoire de France soit déformée ? A quelles causes peut-on attribuer ce mal ? Quels remèdes convient-il d'adopter pour y mettre fin ?" Suivent alors 96 témoignages. Nous allons, ici, en reprendre quelques uns ou, du moins, quelques extraits.



La couverture du livre sur
"Le sabotage officiel de l'histoire de France"

Pierre de la GORCE (de l'Académie Française) : "(...) La vérité est altérée d'une double façon, soit par des récits tendancieux à l'excès, soit par omission systématique de tout ce qu'il conviendrait le mieux de mettre en lumière. Ainsi arrive-t-il que les enfants sortent de l'école avec la persuasion que rien de bon et d'utile n'a été accompli par la vieille France. Ce qui a pour conséquence de les rendre à leur tour les calomniateurs de leur propre histoire et de tuer en eux l'idée de la tradition et la notion du respect.(...)"

Louis BERTRAND (de l'Académie Française) : "(...) Mais, dira-t-on, est-il possible de donner à des écoliers la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ? Pour peu qu'on y réfléchisse, on comprendra tout de suite combien c'est difficile. La vérité, surtout la vérité historique, est loin d'être simple. Pour saisir les complexités d'un caractère ou d'une situation, il faut des facultés assez rares, tellement rares même, que je me demande si le sens historique n'est pas, de tous, le moins répandu. D'autre part, l'historien doit admettre souvent, sinon concilier des thèses contradictoires. Comment exiger une pareille gymnastique de jeunes cervaux simplistes ? De toute évidence, l'histoire, comme la physique, la chimie ou l'histoire naturelle qu'on sert aux écoliers, doit être une simplification, une adaptation, plus ou moins artificielle, de ce que l'on croit être la vérité. Et ainsi l'histoire enseignée par les manuels scolaires ne peut être qu'une approximation plus ou moins grossière de la vérité. Tout esprit de bonne foi en tombera d'accord. Mais, en aucun cas, elle ne peut être un travestissement de cette même vérité. L'histoire simplifiée, adaptée à des intelligences enfantines, ne peut pas être une contre-vérité. Et voilà tout l'objet du débat : qu'entendons-nous par la vérité historique ? (...)"

Pierre de NOLHAC (de l'Académie Française) : "Il n'est que trop vrai que nos historiens, et les plus célèbres, ont calomnié notre histoire. Dès qu'on aborde, par exemple, un sujet se rattachant aux derniers siècles de la monarchie, on s'aperçoit qure tout y a été défiguré par une information hâtive, partiale et dénigrante. (...) Aucun pays ne pratique une telle destruction systématique de l'idée nationale et ne livre les diverses époques de son histoire aux défigurations successives de l'esprit de parti. (...)"

Frantz FUNCK-BRENTANO (membre de l'Institut) : "Votre enquête est on ne peut plus justifiée. Les affirmations de ces deux grands esprits, FUSTEL de COULANGES et Henri PIRENNE, ne sont malheureusement que trop vraies. Un noble écrivain, Albert DURUY, fils du célèbre ministre et historien, écrivait que pour bien aimer son pays il fallait l'aimer tout entier, à toutes les époques de son histoire. Il est certain qu'on est loin de là en lisant nos histoires et nos manuels officiels. La raison de ce fait lamentable et tristement grotesque est facile à indiquer. Nous avons été hypnotisés par la Révolution de 1789-94, violente réaction contre tout notre passé alors déjà près de vingt fois séculaire. Toute l'ancienne France, l'affreux Ancien Régime, en est donc à condamner. Or, les faiseurs de livres d'Histoire, ceux surtout qui écrivent pour les lycées et pour les écoles du gouvernement, afin d'assurer le succès de leur oeuvre, devaient entrer dans les préjugés en faveur chez nos gouvernants. Sincèrement ou non - je veux croire que c'était sincèrement - ils en venaient à salir tout notre passé, voire, dans les temps qui ont suivi la Révolution, le Premier Empire, la Restauration, le règne de Louis Philippe, le Second Empire, bref, à l'exception de trois ou quatre années révolutionnaires, tout notre passé. Que de fois ne m'a-t-on pas dit à l'étranger : - La France est le seul pays au monde qui déteste son passé. (...)"

Fernand LAUDET (membre de l'Institut) : "(...) On a commencé par modifier les programmes établis par Jules FERRY, en y effaçant le nom de Dieu, puis on a eu peur de parler de morale, en raison de la parenté avec la religion, et, à l'heure présente, la leçon de morale n'est plus donnée à l'école laïque. Enfin, l'Histoire a paru suspecte, et les maîtres, comme les fabricants de manuels, sont très embarrassés quand il s'agit de parler de Charlemagne, de saint Louis, de Jeanne d'Arc, d'Henri IV, de Louis XIV et de Napoléon ou même simplement de monsieur THIERS. Ils ne reprennent un peu d'haleine, et ne regardent plus avec inquiétude la fenêtre ouverte, que s'il faut commenter l'Inquisition ou la prise de la Bastille. (...)"

Louis THÉRY (avocat au barreau de Lille, membre de la Commission historique du département du Nord) : "(...) "L'histoire est devenue le champ clos des luttes politiques. Les hommes imbus des idées philosophiques de la Révolution française n'ont vu, dans l'enseignement de l'histoire, que le moyen d'imprégner les jeunes générations confiées à leurs soins de leur mystique révolutionnaire. Pour y arriver, il fallait discréditer notre vieille monarchie, en dénaturant ses actes et ses intentions, en niant ou dissimulant le bien qu'elle a fait à la France, en exagérant autant que possible les fautes qu'elle a commises. Par contre, on ne pouvait montrer assez d'enthousiasme pour tout ce qui rappelle la Révolution ou s'inspire d'elle. Avec un tel enseignement, on devait forcément former des générations professant la haine du passé et condamnant, tout ce qui ne répond pas à la conception qu'on leur a donnée de la société. (...) Il donne ensuite des exemples pris dans les manuels. Celui de J. GUIOT et Fr. MANE, à la page 4 : "Notre plus grand désir est de faire de nos élèves des hommes de progrès, de bons et sincères républicains, d'excellents Français, qui seront convaincus de la grandeur de l'oeuvre accomplie par la Révolution française et continuée par la troisième République. Du commencement à la fin, le plan de nos modestes livres tend vers ce but. Donc, pour les auteurs de l'ouvrage, leur histoire de France n'est pas une étude objective, mais un travail dont tous les éléments tendent à mettre en valeur la Révolution française et les gouvernements qui s'en sont inspirés et à dénigrer, par contre, les hommes et les institutions dont les principes sont en opposition avec ceux de la Révolution. C'est ainsi que sous leur plume, l'histoire de France, jusqu'à cette époque, n'est qu'un tissu d'abominations et de crimes ; elle nous montre un peuple abêti vivant dans le plus dur des esclavages ; mais, avec la Révolution, c'est le despotisme vaincu, c'est la liberté conquise, c'est le bien-être et le progrès intellectuel et moral. Je n'exagère pas : Au moyen âge - est-il écrit, p. 36 - le sort du paysan est affreux. Il vit dans l'épouvante et travaille gratuitement pour le Seigneur. A une époque plus moderne, sous Louis XVI : Le peuple - dit-on, p. 115 - meurt de faim ! Les paysans amaigris se nourrissent de châtaignes et de raves, comme leurs bestiaux. Les nègres esclaves sont plus heureux : en travaillant pour un maître, au moins, ils sont nourris et habillés ! En France, l'homme de la campagne peine du matin au soir. Que lui reste-t-il quand il a payé les lourds impôts du roi, du seigneur et du curé ? Rien. Non ! Un pareil état de choses ne saurait durer ! Le moment arrive où le faible se révolte contre des maîtres avides de plaisirs et égoïstes. Une Révolution est nécessaire ! Que l'on prenne tel ou tel de ces manuels, dans tous on trouvera les mêmes tirades. Voyez, par exemple, les "Récits familiers sur des personnages et faits de l'histoire nationale", par A. AUCHARD et DÉBIDOUD, (p. 3 et 37) : Sous l'ancien régime, disent-ils, la plupart des Français étaient fort malheureux, d'abord parce qu'ils n'étaient pas libres, ensuite parce qu'ils n'avaient pas tous de quoi manger. Il faudrait un volume pour relever toutes les insanités contenues dans ces manuels. (...)"

A ces critiques qui se retrouvent dans tous les témoignages, certains ajoutent qu'en plus, l'histoire des provinces est pratiquement passée sous silence, ce qui rejoint, pour l'Ancien Régime, les critiques portées par Karl Ferdinand WERNER pour les principautés des IXème et Xème siècles.

Pierre DEVOLUY (Rédacteur à l'Eclaireur de Nice) : "(...) "Je soulignerai, pour ma part, une autre déformation qui me paraît tout aussi grave, sinon plus, et qui fait tenir toute l'histoire de la Gaule dans la chronique de l'Ile de France. En somme, jusqu'à des époques relativement proches de nous, beaucoup de nos pays, encore indépendants, eurent leur histoire propre, très distincte de celle de Paris, et qui ne manqua pas de gloire. On n'en souffle mot à l'école : l'histoire officielle ne s'intéresse à nos pays qu'à partir du moment où ils s'incorporent à la Couronne ; et ils semblent qu'ils y soient venus comme des enfants trouvés qui n'eurent ni ancêtres ni traditions particulières. Pour ce qui regarde nos pays de langue d'oc, cette déformation est souvent monstrueuse. (...)"

On voit bien, d'ailleurs, que la tendance était d'ignorer l'histoire "locale" au profit de l'histoire "générale".

E. DESSAINT (Député) : "(...) "Cet enseignement à l'école communale surtout, est forcément restreint. Il se réduit aux grandes lignes. Ne pensez-vous pas qu'une étude de l'histoire locale le compléterait utilement ? L'enfant pourrait suivre l'évolution de ses ancêtres et, passant du particulier au général, se faire une idée exacte de ce qu'a été la transformation économique et sociale de notre pays au cours des siècles. (...)"

Ce qu'il y a de particulièrement intéressant dans ces témoignages, au delà du ressenti et sans tenir compte des critiques politiques, c'est l'analyse qu'ils font des manuels destinés aux élèves, comme le souligne, par exemple, un professeur de droit de Lyon :

R. GONNARD (Professeur à la Faculté de droit de Lyon) : "(...) "Les historiens dignes de ce nom, les historiens vraiment scientifiques - et, en ce qui concerne ma partie, les historiens économistes les plus distingués - ont beau, tantôt sur un point, tantôt sur l'autre, rectifier telle ou telle légende (sur la répartition des fortunes, la situation du paysan, la richesse du clergé, l'état de l'industrie et du commerce, etc...) la plupart de leurs travaux ne semblent guère être utilisés par une partie de ceux qui écrivent les ouvrages de vulgarisation et de pédagogie."

On peut d'ailleurs constater que dans ces témoignages, il y a ceux qui estiment que les erreurs ou déformations sont voulues, cependant que d'autres pensent qu'elles ne sont pas intentionnelles :

G. DESDEVISES du DEZERT (Doyen honoraire de la Faculté des Lettres de Clermont) : "Je ne veux pas croire qu'il y ait, chez nos contemporains, falsification intentionnelle de l'histoire : je crois plutôt, chez beaucoup de ceux qui l'enseignent, à l'incompréhension de l'histoire. L'histoire c'est la vie observée dans le passé. Il faut l'étudier avec science, avec sagacité, avec impartialité et n'y pas chercher autre chose que des décors, des actions et des acteurs. LAVISSE nous disait : L'histoire est l'art de mettre en valeur un petit nombre de textes probants et bien choisis.. Avec cette définition, tous les partis pris se justifient. Il n'y a plus d'histoire ; il n'y a plus que des historiens."

Finalement, ce bouillonnement d'idées des années trente nous fait réfléchir à ce que l'on appellerait, de nos jours, l'éthique de l'historien. c'est ce que voulait souligner, par exemple, un professeur d'histoire à l'Ecole Alsacienne.

J. CHAMPAGNOL (Professeur d'Histoire à l'Ecole Alsacienne) : "Les causes des déformations tendancieuses de l'histoire sont toujours les mêmes. Certains auteurs estiment qu'il faut écrire l'histoire pour ou contre quelqu'un, pour ou contre un régime, pour ou contre telle ou telle tradition politique ou religieuse ou sociale. Du point de vue purement historique cette disposition d'esprit est condamnable. L'impartialité, je ne dis pas l'impassibilité, est la première condition de l'historien. Vous n'avez pas, en écrivant un manuel, à faire l'apologie ou la satire de la monarchie ou de la République. Votre devoir est d'exposer des faits. Voilà tout. L'esprit critique, l'analyse, la synthèse, qui sont à la base de toute science, doivent être à la base de l'Histoire, la plus conjecturale des sciences, d'après RENAN."



Hier et aujourd'hui

Pour revenir aux productions d'aujourd'hui, nous avons consulté un ouvrage récent, initialement paru aux Editions Armand Colin (1999), repris chez Gallimard (folio histoire), en septembre 2007. Il s'agit du livre de Christian DELACROIX (qui enseigne l'histoire contemporaine à l'université de Marne-la-Vallée), François DOSSE (professeur des universités à l'IUFM de Créteil) et Patrick GARCIA (maître de conférences à l'IUFM de Versailles).



La couverture du livre sur
"Les courants historiques en France"

Nous ne pouvons pas ici faire un résumé des idées développées dans ces 724 pages mais nous allons reprendre trois extraits de textes d'historiens qui sont rappelés et expliqués dans ce livre. Les deux premiers montrent l'ambition qui était celle des débuts de la troisième République, en 1876 et 1881. Le troisième, de 1987, c'est-à-dire cent ans plus tard, pose la question qui nous paraît finalement essentielle, celle du décalage entre la recherche historique et ses hautes ambitions, d'une part, et l'enseignement concret de l'histoire dans les écoles, d'autre part.

Gabriel MONOD ("Des progrès, des études historiques en France depuis le XVIe siècle", Revue historique, n░ 1, 1876) : "(...) L'historien ne se fait pas le défenseur des unes contre les autres (les périodes) ; il ne prétend pas biffer les unes de la mémoire des hommes pour donner aux autres une place imméritée. (...) Il ne fait pas le procès de la monarchie au nom de la féodalité, ni à 89 au nom de la monarchie. Il montre les liens nécessaires qui rattachent la Révolution à l'Ancien Régime, l'Ancien Régime au Moyen Âge, le Moyen Âge à l'Antiquité, notant sans doute les fautes commises et qu'il est bon de connaître pour en éviter le retour, mais se rappelant toujours que son rôle consiste avant tout à comprendre et à s'expliquer, non à louer ou à condamner. (...) Le véritable historien est celui qui, s'élevant au-dessus de ces partis pris passionnés et exclusifs, concilie tout ce qu'il y a de légitime dans l'esprit conservateur avec les exigences irrésistibles du mouvement et du progrès. Il sait que la vie et l'histoire sont un perpétuel changement ; mais que ce changement est toujours une transformation d'éléments anciens, jamais une création nouvelle de toutes pièces. Il donne aux générations présentes le vif sentiment, la conscience profonde de l'heureuse et nécessaire solidarité qui les unit aux générations antérieures, mais en leur faisant sentir en même temps que ces traditions, qui sont une force pour marcher en avant, deviendraient funestes si l'on voulait s'y emprisonner comme dans des formes immuables. (...)"

Ernest LAVISSE ("L'enseignement historique en Sorbonne et l'Education nationale" 1881, repris dans E. LAVISSE, 1885, Questions d'enseignement national, Paris, A. COLIN, p. 39-40) : "Qui donc enseigne en France ce qu'est la patrie française ? Ce n'est pas la famille où il n'y a plus d'autorité, plus de discipline, plus d'enseignement moral, ni la société, où l'on ne parle des devoirs civiques que pour les railler. C'est donc à l'école de dire aux Français ce qu'est la France, qu'elle le dise avec autorité, avec persuasion, avec amour (...) Pourtant elle repoussera les conseils de ceux qui disent : "Négligez les vieilleries. Que nous importe Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens mêmes ? Nous datons d'un siècle à peine. Commencez à notre date." Belle méthode pour former des esprits solides et calmes, que de les emprisonner dans un siècle de luttes ardentes, où tout besoin veut être assouvi et toute haine satisfaite sur l'heure !(...) Montrons lui (...) qu'il y a des légitimités successives au cours de la vie d'un peuple et qu'on peut aimer toute la France sans manquer à ses obligations envers la République."

Suzanne CITRON ("Le mythe national", Paris, 1987, Editions ouvrières, p. 8-9) : "Le statut de l'histoire de France est en effet paradoxal. D'un côté la légende, la mythologie nationale consacrée par l'école, une succession chronologique organisée autour des grands événements et des grands personnages façonnent ce que nous croyons être la trame du passé. De l'autre côté des travaux, des recherches conduisent, sur des points précis, à de nouvelles perspectives et suscitent un regard distancié et critique sur les précédentes mises en ordre. Une histoire, "nouvelle" ou différente, pose des questions, propose des résultats, certes dispersés et discontinus, mais qui, si l'on y réfléchit, mettent en question la représentation du passé que l'école, depuis un siècle, a transmise aux Français et que l'on nous impose comme notre "mémoire collective". Pourquoi ce contraste, cette contradiction entre l'histoire-souvenir de l'école primaire et l'importante production médiatique d'une histoire-recherche qui ne peut s'inscrire dans cet "ordre chronologique naturel" de l'histoire scolaire ? Un alliage mystérieux, une alchimie secrète ont fondu dans la conscience collective française histoire et mythologie nationale. Comment démêler l'histoire de la légende, comment reconnaître dans "l'histoire de France" le tissu indéfiniment chatoyant qui entrecroise événements, groupes, personnages, mouvements, rêves ? Et comment repenser un passé dont nous ne saisissons que des traces, inséparables des sentiers par lesquels elles nous sont parvenues ?
Les grands historiens eux-mêmes, hormis quelques silencieux, ont, dans un passé récent, laissé entendre que l'histoire à l'école ne pouvait être que l'histoire de France, la grande fresque chronologique traditionnelle organisée autour de personnages symboles de la puissance de l'Etat. Force de l'habitude, attachement sentimental à leurs souvenirs d'enfance, ou tabou de l'inconscient parce que le lien entre l'histoire scolaire et la nation était intangible ? Mais Vercingétorix, Clovis, Charles Martel, Charlemagne, Hugues Capet, saint Louis, Duguesclin, Jeanne d'Arc, Richelieu, Louis XIV, Robespierre, Napoléon, Jules Ferry ... peuvent-ils prétendre à tout jamais au statut de socles de l'histoire et sont-ils réellement les héros positifs de la mémoire collective des Français de souche toulousaine, provençale, bretonne, béarnaise, corse, juive, protestante, antillaise, musulmane ... ?
Par leur silence ou leurs acquiescements tacites, les historiens entretiennent le fossé entre recherche et transmission du légendaire, et la chronologie séculaire demeure l'ordre indiscutable et préétabli du passé. Certes des blocages, des cloisonnements institutionnels, des conflits de pouvoir expliquent en partie le décalage entre la recherche et l'histoire enseignée, les scléroses qui en résultent. Mais l'éducation historique dans notre pays et l'imaginaire français qu'elle entretient pâtissent surtout de l'inexistence d'une conscience historiographique. L'absence, en France, de l'idée que l'histoire a une "histoire" est flagrante. Nous croyons à l'histoire avec un grand H. Pourtant le passé se transmet sous des habillages qui varient selon les époques; la configuration d'un récit est marquée d'empreintes idéologiques fluctuantes, de colorations imaginaires ; nulle explication ne reflète jamais complètement son objet. L'histoire de France reste, pour la plupart des Français, ce qu'elle était à la fin du siècle dernier : à la fois science et liturgie. Décrivant le passé "vrai", elle a pour fonction et pour définition d'être le récit de la nation : histoire et nationalisme sont indissociables."


Sans revenir sur l'époque pas si ancienne où l'histoire était quasiment absente des programmes, un simple regard sur les manuels d'aujourd'hui (par exemple, ceux de 5ème et de 4ème, en 2007) montre qu'ils ont de belles illustrations et peu de textes explicatifs, cependant que le nombre d'heures pour l'enseignement ne laisse aux professeurs que peu de temps pour apporter les explications qui ne sont plus dans les manuels. En fait, par peur du retour à l'histoire chronologique, il semble bien que l'on soit au milieu du gué. La propagande pour telle ou telle idéologie a disparu mais c'est un peu comme si l'on n'avait pas trouvé de substituts. C'est aussi comme si la boussole (que constituait la Révolution française dans l'enseignement de l'histoire) n'était plus là que pour la forme. En fait, il appartient aux professeurs de se débrouiller seuls avec les outils qui sont à leur disposition (dont ces manuels) et tant pis si certains sujets deviennent ingérables comme les croisades ou la colonisation.

Une clé à cette situation se trouve peut-être dans le livre de Eric J. HOBSBAWN : "Aux armes, historiens".



Aux armes, historiens
(page de couverture)

Aux armes, historiens
(4ème de couverture)

L'auteur analyse l'historiographie de la Révolution française, spécialement dans les manifestations du centenaire (en 1889) et du bicentenaire (en 1989). Ce qui surprend d'abord le lecteur non spécialiste, c'est le fait que les études, thèses ou articles sur la Révolution française sont particulièrement nombreux à l'étranger et que, partout, elle apparaît comme un évènement majeur, fondateur en quelque sorte du monde contemporain. On a l'impression que c'est un sujet qui a échappé aux Français. Ce que l'on comprend ensuite, c'est qu'en France, dans une période récente (avec l'historien François FURET) on a abouti à un "révisionnisme" qui a relativisé et banalisé le rôle joué par la grande Révolution. L'auteur s'inscrit en faux devant ces positions qui, pour lui, n'ont eu et n'auront qu'un temps. Bien d'autres analyses percutantes se trouvent dans ce livre qui décortique les conceptions (sur la Révolution) de la bourgeoisie comme celle des marxistes et autres communistes. Bref, c'est encore une fois la richesse d'un regard étranger (mais connaissant bien la France) qui nous permet de mieux comprendre nos débats "franco-français".

La génération qui a terminé ses études au lycée au début des années soixante a été nourrie et abreuvée au lait de la Révolution, dans les cours d'histoire. Année après année, on voyait reparaître le même programme, les mêmes acteurs, les mêmes apologies jusqu'à l'écoeurement ou, au mieux, l'indifférence. Aujourd'hui, à l'inverse, l'impression donnée par les manuels est celle d'un grand vide que les professeurs doivent combler au mieux de leur compétence et de leur savoir. Le "révisionnisme" est passé par là et les grandes balises ont disparu. Pourtant, n'est-ce pas le moment, justement, de se recentrer sur les valeurs qui ont fait notre pays et arrêter d'avoir honte de notre histoire. C'est la question que nous posons.

Un an après avoir écrit ces pages (octobre 2008), il nous paraît intéressant de tempérer les propos précédents en utilisant une enquête qui est parue dans le numéro 432 d'Historia de novembre 1982. Mais ... comment va l'enseignement de l'Histoire en France ? s'interrogeait, dans le même numéro, Paule GIRON. Elle rappelait le cri d'alarme lancé par Michel DEBRÉ et Alain DECAUX, en 1980 : l'enseignement de l'histoire était en train de subir un véritable sabotage systématique, il fallait réagir. Ainsi Marc FERRO estimait que "nous étions passés de l'histoire indigeste à l'histoire en miettes, la désastreuse histoire par thèmes dont Jean PEYROT dénonce le contresens : "Comment parler à des sixièmes du paysan antique sans référence à sa religion ? du paysan médiéval sans référence à la seigneurie ? du paysan contemporain sans référence au Crédit agricole ?". Voilà quel était le contexte ! Pourtant une enquête Historia-Sofrès a bousculé ces certitudes. 68 % des adultes avaient été intéressés par les cours d'histoire (jusqu'à 40 % des artisans et commerçants déclaraient même que ces cours étaient très intéressants, dépassant les cadres supérieurs et les cadres moyens). Il est aussi apparu que les Français voulaient que l'on revienne à la chronologie et, surtout, 88 % ne voulaient pas que l'on supprime l'histoire des programmes scolaires, 41 % voulant même que la place réservée dans l'enseignement soit plus importante. On voit également que 41 % désiraient en savoir plus sur la vie quotidienne et 42 % sur les grandes découvertes. Nous étions en 1982 et 74 % pensaient que pour apprendre l'histoire, la radio et la tÚlÚvision étaient les meilleurs outils. Bref, ce n'était pas un référendum mais un plébicite en faveur de l'Histoire. Finalement, les débats des spécialistes n'étaient pas vains. Ils s'appuyaient sur cet engouement pour l'histoire qui ne demandait qu'à croître et embellir. Mais, au fait, à quelques mois de 2009, quelles seraient les réponses des Français si une même enquête était lancée ? Que dirait la génération Internet ?

Additif, le 27.05.2015 : Dans un interview de Pierre NORA par le journaliste Vincent TREMOLET de VILLERS, intitulé "La France vit le passage d'un modèle de nation à un autre", l'article se concluait par cette dernière question : Que répondre à un jeune de 20 ans qui considère que l'histoire ne sert à rien ? : "Lui dire que l'histoire a l'air de ne servir à rien parce qu'elle sert à tout. Qu'elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus. Si vous perdez la mémoire, vous savez ce qui arrive. L'Alzheimer historique ne vaut pas mieux que l'Alzheimer cérébral." (Le Figaro du 26.05.2015)

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