Autres articles.



Les bulletins du GEMOB.
Un bulletin du GRECB.
Le courrier de l'Oise.
Les bulletins d'Elan social.
Un livre sur les conventions médicales et paramédicales.
Conclusion.


[Note : exceptionnellement, j'utilise le "je" dans cette page, au lieu du "nous" habituel ; c'est le sujet qui l'impose]

Bien avant de lancer ce site, j'ai écrit des articles sur l'histoire de Beauvais, du Beauvaisis et de l'Oise, ce qui a été très formateur pour la suite. D'abord, tout simplement pour s'exercer à écrire, surtout pour l'apprentissage du travail de recherche dans les différents dépôts (Bibliothèques, Archives départementales et communales, archives privées) mais aussi pour la connaissance des écritures (pendant deux ans, des cours de paléographie, aux Archives nationales), et puis encore la pratique des interviews, afin de constituer des archives orales où, au moins, savoir utiliser les témoignages oraux et les recouper avec les sources écrites. Des séminaires à l'école des journalistes de la rue du Louvre, à Paris (sur les écrits, la radio, la télévision, la vidéo, la communication, ...) ont complété au fil du temps cette formation.

Amoureux de l'Histoire depuis toujours, il a cependant fallu qu'il y ait un déclic pour que je commence à lancer des recherches. Ce déclic a été l'achat d'une maison ancienne, quasiment désaffectée mais qui laissait voir quelques vieux colombages (pourris) un toit de tuiles anciennes (cassées et moussues) et des façades en torchis (complètement à refaire). On devinait, malgré l'énormité des travaux à entreprendre (sanitaires, électricité, sols, cloisons, cheminées, ...) que cette bâtisse recelait un charme caché qu'il suffisait de mettre en valeur pour qu'il apparaisse en plein jour. C'était en 1980. Nous sommes en 2007 ... et les travaux continuent ! Le diagnostic de départ était juste et je suis heureux d'avoir contribué à sauver l'une des rares maisons anciennes de Beauvais qui ait échappé au bombardement de 1940.

Très rapidement, j'ai voulu connaître l'histoire de cette maison. Qui l'avait habité ? Depuis quand existait-elle ? Quelles transformations avait-elle subies ? La curiosité a porté ensuite sur le quartier où elle était située, puis sur la ville de Beauvais dans son entier et enfin sur le Beauvaisis et le département de l'Oise. Il a fallu trois ans pour que cet épisode formateur se concrétise dans un écrit publié par le Groupe d'Etude des Monuments et Oeuvres d'Art du Beauvaisis (GEMOB), en 1984.

Cependant, ce long travail de fourmi a facilité la découverte de beaucoup de documents inédits qui ont été mis à la disposition du GEMOB. C'est notamment le cas pour l'étude qui a été faite sur Crèvecoeur-le-Grand dans l'Oise (Huit siècles d'histoire et de patrimoine), en 1983, bulletin n 16-17. Le plan découvert de l'église, de 1665, a permis au Directeur de la publication de faire une étude de l'évolution de cet édifice religieux, depuis cette époque jusqu'en 1887-89, années des grands travaux de restauration. Ma contribution y est effectivement citée. Par contre, dans les deux articles qui suivent ("tombeaux et chapelles seigneuriales" et "le château"), ma contribution d'une pièce de la série B par l'auteur de ces deux articles n'a pas été rappelée. Il s'agissait du procès-verbal de visite de l'église pour reconnaître la situation du clocher, toujours en 1665. J'ai donc tiré une leçon de cette première expérience, à savoir qu'il valait mieux écrire les articles soi-même, les sujets pouvant varier en fonction des pièces inédites découvertes. Pour autant, à l'époque, j'étais (et je suis encore) heureux d'avoir participé à une oeuvre collective au service de l'histoire du Beauvaisis. J'ai donc continué à indiquer à l'équipe les nouveautés trouvées aux Archives départementales, dans les séries peu exploitées comme la série B. Ainsi, pour le bulletin n 35-36 de 1989 sur Beauvais en 1789, j'ai signalé l'existence d'un plan et des coupes inédits de l'église Saint Martin en 1701, trouvés dans une liasse de la série B des Archives départementales. Ma contribution a bien été reprise et citée. Cette "leçon initiale" m'a conforté dans l'idée qu'il fallait toujours préciser les contributions de ceux qui apportent leur aide. C'est ce que je fais sur le site, tant dans les références des "suites 1" que dans le fichier des "contributeurs".

En fait, il est clair que si le plaisir de la recherche est intense, s'il est même décuplé encore par de belles découvertes, il reste qu'il vaut mieux prolonger ces moments uniques par l'écriture d'articles personnels que l'on peut tourner à sa façon. Ce faisant, on est obligé de faire un travail de synthèse qui pousse à la réflexion. Cette première phase d'apprentissage a donc été très riche et elle constitue le socle sur lequel je me suis appuyé pendant toutes les années qui ont suivi. Je voudrais dire aussi que les associations comme le GEMOB offrent à des apprentis historiens comme moi l'opportunité de montrer ce qu'ils savent faire. Il est donc pertinent de les soutenir, notamment auprès des autorités politiques ... qui n'ont pas forcément l'Histoire dans leurs objectifs prioritaires.

Quoi qu'il en soit, pour en revenir au déclic initial, c'est précisément la "généalogie" de ma nouvelle maison qui a vraiment entraîné tout le reste, jusqu'à aujourd'hui, jusqu'aux derniers développements de ce site.

1/ Les bulletins du GEMOB.

A/ Le bulletin n 20 de 1984.


Le quartier Saint Jacques,
à Beauvais

(1984)

Ma contribution écrite à ce numéro a été la suivante : un article introductif sur la Présentation du Quartier Saint-Jacques (7 pages avec 2 plans, l'un de 1682 et l'autre de 1692), un article sur La rue Mazagran - La rue Henri Brispot (4 pages avec 5 plans, 2 de 1749, 1 de 1849 et 1 de 1888, plus 1 dessin de 1749), un article sur La rue Saint-Jacques - La rue Odet de Châtillon (8 pages avec 9 plans, 1 de 1710, 1 de 1770, 1 de 1789, 1 de 1791, 1 de 1840, 2 de 1940, 1 de 1950, 1 de 1984, plus 3 tableaux, 1 sur la situation à l'époque contemporaine, 1 pour le 18ème siècle, 1 pour le 17ème siècle), un article sur L'histoire d'une maison au quartier Saint-Jacques - le 21 rue Odet de Châtillon (11 pages avec 2 plans, 1 du 17ème siècle, 1 de 1799-1800, plus 7 photos de l'état de la maison à cette époque), un article sur Quelques éclairages sur un lieu-dit : Monplaisir ou La Folie (2 pages avec 1 plan de 1672). J'ai aussi présenté les propriétaires de la maison voisine à l'équipe du GEMOB, ce qui a permis au Directeur de la publication d'écrire un article sur L'ancienne église Saint-Jacques de Richebourg, car cette maison était l'ancienne église Saint Jacques fermée au culte en 1793, vendue comme bien national en 1799 et transformée ensuite en maison d'habitation. Ma contribution à son article a consisté surtout à fournir différentes pièces sur l'histoire de cet édifice religieux (notamment des séries G, 2E, Q2 et Q3 des Archives départementales). Certaines aides ont été indiquées, d'autres pas, ce qui a renforcé ma volonté d'écrire entièrement de prochains bulletins sur des sujets "maîtrisables" et qui n'avaient pas encore été abordés par les historiens précédents.

De ce bulletin, je retiens aujourd'hui l'unité d'un sujet délaissé par les grands historiens de la ville de Beauvais, car le quartier (le faubourg) Saint Jacques se situait "hors les murs". Le plus riche au 13ème siècle, organisé autour de sa nouvelle église au 14ème siècle, démoli pendant la guerre de cent ans, reconstruit ensuite, à nouveau détruit au 16ème siècle à cause des guerres de religion, lié au protestantisme au 16ème siècle, il était devenu l'un des quartiers les plus pauvres avant 1940. Ayant échappé, pour l'essentiel, aux bombes incendiaires allemandes, il est aujourd'hui, paradoxalement, le témoin de ce que fut la belle et riche ville de Beauvais au Moyen Âge.

Je retiens aussi la méthode inaugurée ici avec les articles sur les rues de ce quartier. La "microtoponymie" à partir des archives (notamment des minutes notariales) est très riche d'enseignements. Par contre, je ne suis pas certain que, si je devais écrire à nouveau l'histoire de la maison, je pratiquerais de la même manière. Je m'explique. La recherche est partie forcément de la période la plus récente pour remonter aux périodes les plus anciennes. Tout le plaisr à justement consisté à remonter le temps et c'était souvent très difficile. Parfois, au contraire, il y a eu des "bonds" dans la connaissance, telle pièce renvoyant à telle autre, vingt, trente ou quarante ans avant (il y a même un cas où le "bond" a été de soixante-dix ans !). C'est grâce au croisement des diverses séries que le fil a pu être tenu - sans discontinuité - jusqu'au début du 16ème siècle puis, d'une façon discontinue, jusqu'au 14ème siècle (sachant que sur le même emplacement, il y a eu successivement trois maisons, celle d'origine, celle qui a été reconstruite après la guerre avec les Anglais puis celle d'aujourd'hui qui date - pour la plus grande part - du début du 17ème siècle). Cette reconstitution difficile n'apparaît pas dans l'article, car le parti pris a été de commencer par le plus ancien pour arriver au plus contemporain. Or, je sais, aujourd'hui, que les méthodes pour arriver aux résultats intéressent particulièrement les lecteurs qui peuvent ainsi extrapoler pour leurs propres recherches et se mettre plus facilement à la place de l'auteur. Je pratiquerais donc ainsi si je devais refaire cet article, je partirais du plus proche pour arriver au plus ancien.

Le problème aussi d'un document écrit et édité, c'est que l'on peut faire de nouvelles découvertes après la parution. Impossible de revenir en arrière. J'ai ainsi trouvé une pièce qui donne de nouveaux éclairages pour le début du 16ème siècle. Il est clair que l'un des intérêts d'un site sur Internet est justement la possibilité de mettre à jour en continu les informations. A l'inverse, c'est un support plus "volatil" qui peut subir de multiples avatars informatiques. En tout cas, cette alternative n'existait pas à l'époque.

Dernier sujet de réflexion, la compréhension des écritures. J'ai dû m'exercer à la paléographie pour comprendre les actes manuscrits et chaque époque a ses particularités. Celles-ci n'apparaissent pas dans l'article alors que c'est un grand sujet de préoccupation pour les chercheurs. Il aurait été utile de mettre quelques extraits d'actes significatifs, afin de les comparer les uns aux autres. Là encore, je pratiquerais ainsi si je devais écrire à nouveau cette histoire (mais on revient rarement en arrière ... quoique ... voir Paléographie française 2)


B/ Le bulletin n 25 de 1986.


Les chirurgiens-dentistes de 1699 à 1940
Histoire d'une profession à partir d'une ville
(Beauvais) et d'un département (l'Oise)

(1986)

Ce bulletin est le premier que j'ai entièrement écrit : 38 pages avec 34 illustrations sur la vie et l'évolution du métier de chirurgien-dentiste. Il correspond bien à ce que je recherchais depuis le début, à savoir la maîtrise complète d'un sujet, depuis la recherche des pièces inédites jusqu'au choix de la couverture (un ancien fauteuil de chirurgien-dentiste), en passant par le texte et les illustrations. Surtout, il est uniquement le produit d'un travail personnel car rien n'avait été encore écrit sur ce sujet dans l'Oise. Des visites dans des familles et à la Bibliothèque dentaire de la faculté de médecine de Paris ont complété les nombreux documents trouvés aux Archives départementales de l'Oise. Comme dans le numéro précédent, toutes les références sont données, ce qui permet à chacun de s'y reporter s'il le souhaite.

La méthode étant ainsi bien rodée, il fallait "transformer l'éssai" mais je voulais le faire d'une toute autre manière. Ce double besoin de ne jamais copier ou simplement compiler l'existant et d'innover à chaque fois allait être la règle que je comptais m'imposer.

C/ Le bulletin n 29-30 de 1987.


Les Beauvaisiens de 1889
Cent ans après 1789 : le mythe révolutionnaire

(1987)

Les 46 pages et les 25 illustrations de ce bulletin ont permis de répondre à cet objectif. L'étude minutieuse de la presse locale m'avait montré que cette source n'avait pratiquement pas été exploitée. Or, dans ces journaux, des miliers d'informations fourmillent sur la vie des Beauvaisiens d'alors. De temps en temps (surtout en période d'élections), on y trouve aussi des dessins, des portraits, plus tard des photos, qui n'avaient été reprises par personne. Bref, un terrain vierge pour l'historien. J'ai trouvé qu'une première approche intéressante serait de faire une "photographie" d'une année et, bien sûr, l'année 1889 s'est imposée facilement, puisque l'on approchait de l'année 1989 et qu'il s'agissait de parler de 1789. J'ai commencé le texte par des "libres propos" et en débutant par de l'autodérision avec une phrase d'un brillant journaliste, le marquis René de BELLEVAL de LICQUES : "Quand on a encore les illusions de la jeunesse, c'est un grand charme que de se faire imprimer. La première fois que l'on voit son nom sur la couverture d'un livre, on éprouve une jouissance indéfinissable, je crains d'être obligé d'avouer que c'est de l'orgueil. On se surprend à diriger ses promenades de manière à passer devant les boutiques du libraire, et quand on a découvert dans l'étalage le volume au milieu des autres, on se dit : "c'est bien de moi pourtant" ; l'on voudrait interroger ceux qui entrent pour leur demander : "l'achetez-vous ! c'est très curieux et très bien fait" et l'on serait heureux de pouvoir leur suggérer : "achetez-le donc!", de même que s'ils sortaient les mains vides, on serait tenté de leur crier : "les imbéciles qui ne l'ont pas acheté !". Heureusement pour moi, mon nom n'était pas sur la couverture ...

Après les libres propos, le bulletin est divisé en douze parties, une par mois de l'année 1889. Comme pour la presse d'aujourd'hui, un titre qui reprend un évènement du mois est donné à chaque chapitre : Janvier : "Une bataille de pigeons" ; Février : "Le char des Alsaciens-Lorrains" ; Mars : "Le retour du duc d'AUMALE" ; Avril : "La création de la Chambre de Commerce" ; Mai : "Le centenaire de la Révolution" ; Juin : "La fête Jeanne HACHETTE" ; Juillet : "La fête du 14 juillet" ; Août : "L'exécution d'HOYOS" ; Septembre : "BOUDEVILLE élu député de Beauvais" ; Octobre : "Le docteur GERARD décoré" ; Novembre : "La lutte des marchands de journaux" ; Décembre : "La mort d'Eugène LAFFINEUR" . Dans la conclusion, j'écrivais : "Grâce à la presse, cette source encore inexploitée, l'avant-14 apparaît comme un mélange plus ou moins harmonieux d'un monde ancien en voie de disparition et d'un monde nouveau en création, celui dans lequel nous vivons encore, le XXe siècle de l'après-14.".

D/ Le bulletin n 41 de 1989.


Médecins et médecine à Beauvais et dans l'Oise,
de l'Ancien Régime au milieu du XXème siècle

(1989)

Ce sont 42 pages et 21 illustrations qui évoquent le corps médical à Beauvais, des origines au début du XXème siècle (il était prévu que la partie la plus récente soit détaillée dans un autre bulletin ; le titre du bulletin ne correspond donc pas complètement au contenu). La plupart des informations s'arrêtent en 1888, année qui est celle du décès du docteur EVRARD. Celui-ci a pendant longtemps rédigé dans les journaux de Beauvais une "causerie du docteur". J'avais pu retrouver 154 de ces "causeries" écrites entre 1874 et 1888. Ce sont ces textes qui m'ont motivé pour écrire ce bulletin et c'est ensuite, seulement, que j'ai cherché d'autres éléments, en particulier pour l'Ancien régime, en commençant par Yves de CHARTRES, né à Beauvais vers 1040. Les morceaux choisis des "causeries" prennent 20 pages du bulletin, c'est-à-dire la moitié du total environ. Elles traitent de sujets très divers dont certains touchent à ce que l'on appellerait, aujourd'hui, de l'environnement voire du social, sans oublier les moeurs de l'époque : la chasse, l'été, la peine de mort, les fumiers, la gymnastique, le patinage, le divorce, etc, et toujours dans un style alerte et très "communicant".

Je ne résiste pas au plaisir de reprendre ici l'une de ces chroniques écrite en juin 1880, sur le sujet des bains de mer : "Depuis huit jours seulement la chaleur nous est venue, mais avec une grande sécheresse, ce qui n'a point fait l'affaire de nos agriculteurs. les médecins des eaux et des bains de mer ont vu là d'heureux présages, leurs cartes nous sont arrivées avec le rappel de toutes leurs cures merveilleuses, et l'esprit de bien des convalescents s'est mis au travail pour savoir de quel côté ils dirigeront leurs pas. Où m'enverrez-vous, cette année, docteur ? Irai-je aux Pyrénées ou à la mer ? Ne pensez-vous pas qu'après une cure à Luchon ou à Cauterets, une petite saison au Tréport ou à Dieppe ne serait pas un complément nécessaire ? Les eaux des Pyrénées, vous le savez, vous imprègnent d'une odeur sulfureuse dont il est difficile de se débarrasser, une bonne ventilation marine ne ferait pas mal avant de rentrer au domicile conjugal. On va maintenant à la mer comme on allait autrefois à une fête de village. On croit généralement qu'il n'y a aucun danger à prendre des bains de mer. C'est une grande erreur. Il y a des tempéraments auxquels le bain de mer peut être très pernicieux (...)"

E/ Le bulletin n 42-43 de 1990.


"Gros plan sur des détails"
Réflexions sur une méthode de recherche

(Photo du début de l'article)
(1990)

L'article intitulé "Gros plan sur des détails" est un peu plus spécial, d'abord parce qu'il ne comprend que six pages et qu'il est inclus dans un bulletin généraliste à sujets divers. Il est spécial aussi parce qu'il passe en revue trois thèmes dans ces seules six pages. Il est spécial, enfin, parce qu'il constitue une réflexion sur la méthode et donc sur les recherches à venir. Il faisait d'ailleurs appel aux bonnes volontés pour obtenir des documents sur trois sujets qui pouvaient faire l'objet de bulletins à venir : "Médecins et médecine à Beauvais pour la période 1900 à 1960", "La mort dans l'histoire de Beauvais, des origines à nos jours" et "Beauvais en 1990, pour tout ce qui peut concerner la vie quotidienne des habitants". Or, aucun de ces bulletins n'a vu le jour. Le grand dessein du Directeur de la publication était de sortir un livre sur l'histoire de Beauvais. Il fallait donc concentrer les énergies sur l'histoire des périodes et abandonner les thèmes trop pointus. C'est ce qui explique la sortie des deux bulletins suivants, pour la période 1871-1918.

Quant aux sujets évoqués dans cet article, on y trouvait d'abord l'histoire de la vinaigrette, cette chaise à porteur qui a été utilisée à Beauvais au moins jusqu'au 1er avril 1885, date précise de l'installation d'un service de fiacres (du moins pour ce qui est des vinaigrettes publiques). C'est par le croisement de diverses sources (indiquées toujours précisément en bas de page) que cette histoire a pu être reconstituée et que des perspectives ont pu être tracées. C'est pourquoi je concluais : "Les quelques éléments retrouvés de l'histoire des vinaigrettes, depuis la pièce de 1779, jusqu'à cette citation, (il s'agissait d'un extrait de "Fin du siècle. La France à la fin du XIXème siècle", d'Eugen WEBER) ne peuvent-ils donner l'idée d'une histoire locale, plus charpentée, appuyée sur des pièces d'archives inédites, telles qu'elles existent par milliers aux Archives Départementales de l'Oise ou ailleurs". Le deuxième sujet concernait les fourches patibulaires de Bracheux, près de Beauvais. A partir d'une simple pièce d'archive de 1781 et en comparant avec une étude faite sur les fourches patibulaires de la salade, à Toulouse, on pouvait arriver à comprendre la situation, confirmée par un plan particulièrement clair. Je concluais alors : "Nous voyons combien l'analyse d'une simple pièce d'archive peut révéler d'éléments nouveaux, non seulement dans la géographie de Beauvais mais surtout dans l'évolution des mentalités." Le troisième sujet peut paraître bien anodin puisqu'il s'agissait d'un procès-verbal de visite d'un ""fossé ou ruisseau", au quartier Saint Jacques de Beauvais, en 1784. En comparant avec d'autres pièces de 1525 et de 1560, on pouvait arriver, non seulement à situer les lieux mais encore à avoir un nouvel éclairage sur les seigneurs responsables. Je concluais donc : "Il ressort de ce dernier exemple que l'étude de pièces sur les propriétés privées, a priori tout à fait anodine, est riche en rebondissements ; grâce à elle, on peut non seulement éclairer l'évolution des bâtiments publics et des quartiers mais encore préciser les habitudes de vie des habitants."

Au passage, le dernier sujet a permis d'approfondir l'histoire de la maison étudiée au bulletin n 20 de 1984. C'est aussi une des leçon de ce type de recherche : il faut "ratisser large" pour trouver ce que l'on ne cherche plus. Toute une philosophie !

F/ Le bulletin n 72 de 1996.


La vie à Beauvais de 1914 à 1918
(1996)

Ce bulletin est entièrement consacré à un seul article de 30 pages sur le sujet de la vie à Beauvais de 1914 à 1918. C'est le même principe que pour le bulletin sur Beauvais en 1889, en gardant une unité de thème, ici la durée de la guerre. C'est aussi la même méthode de travail, à savoir, pour l'essentiel, l'étude de la presse locale. On y trouve souvent des témoignages émouvants, par exemple au moment du départ des troupes, en 1914 : "La foule ne peut plus se contenir. Elle crie des mots sans suite aux soldats qui sont là, maintenant rieurs, alertes, enthousiastes, des fleurs à leurs képis, à leurs capotes et aux canons de leurs fusils. Ah ! le splendide régiment. Ils avancent nos soldats. Il n'y a plus parmi eux de riches et de pauvres. Il n'y a plus de patrons et d'ouvriers, de savants et d'ignorants, des bourgeois et d'hommes du peuple, d'aristocrates et de manants, de réactionnaires et de républicains, de socialistes et de radicaux. Il n'y a plus que des soldats. Il n'y a plus que des Français qui vont se faire tuer pour défendre la Patrie (...) A Berlin ! hurle-t-on de tous côtés (...) On demeure là longtemps encore avec la vision du régiment qui, avant de s'embarquer, ondulait comme un champ de coquelicots sous une brise d'été (...)".

Ce bulletin paru seulement en 1996 avait été écrit quelques années auparavant car l'idée initiale du Directeur de la publication était d'éditer un livre sur l'histoire de Beauvais. N'en voyant pas la réalisation, je demandais que ce texte (et le suivant - voir G/) soit au moins édité sous forme de bulletin. Pour ma part, il n'avait jamais été question d'utiliser les compilations que l'on pouvait trouver ici ou là sur l'histoire de Beauvais. Il s'agissait toujours de faire d'abord un travail de recherche sur des sources originales, inutilisées jusqu'alors. Procéder ainsi supposait du temps, compte tenu, par ailleurs, de mon activité professionnelle très prenante (Directeur de la Caisse primaire d'assurance maladie de Beauvais). En même temps, je participais de plus en plus à l'aventure du magazine Elan Social (voir au point 3), ce qui diminuait en proportion le temps disponible pour la recherche historique. 1996 marque d'ailleurs une cassure liée au changement de travail professionnel (Directeur de Cabinet à la présidence de la Caisse nationale des allocations familiales). Travailler à Paris au lieu de Beauvais impliquait aussi beaucoup de déplacements et donc de temps passé dans les transports. Ainsi allait la vie qui imposait son rythme !

G/ Le bulletin n 82-83 de 1997.


44 ans de la vie des Beauvaisiens
1871 - 1914
(1997)

C'est ma dernière contribution au GEMOB parue en 1997 mais écrite dix ans plus tôt, comme le bulletin précédent. Pour les mêmes raisons, j'ai demandé à ce que ce texte sorte des cartons, puisque le projet de livre était manifestement abandonné. Cette parution tardive s'est d'ailleurs faite dans de mauvaises conditions. Etant alors sur Paris, des contacts ont manqué pour en affiner certains détails de présentation. Il était ainsi prévu que plusieurs sujets feraient l'objet de commentaires en appui d'illustrations, en particulier pour ce qui concernait les bâtiments officiels ou religieux (le lycé, la manufacture, ...). Cela n'a pas été fait. Par contre, l'étude comprend 54 pages avec un texte tiré de mes recherches dans la presse locale. C'est donc un numéro qui apporte des informations tout à fait nouvelles à partir d'une source encore inutilisée. Aux illustrations issues de ces journaux ou des collections de cartes postales des Archives départementales de l'Oise, il y a eu des ajouts de photos d'une collection privée qui ont apporté "un plus".

Je dois, hélas, signaler qu'un de ces ajouts biaise singulièrement le sens de mes conclusions. En effet, si l'étude de cette période a mis en avant la lutte féroce entre les radicaux et les modérés ou autres conservateurs, l'analyse fouillée de la presse m'a fait conclure que l'on trouvait, à gauche comme à droite, du bon ... et du moins bon. Bref, que ces hommes étaient pétris de contradictions. C'était particulièrement vrai pour le docteur GERARD, maire radical de Beauvais, à la fois fortement critiqué pour ses positions sectaires, voire pour ses débuts ambigus en politique, et, en même temps, loué pour son côté "médecin des pauvres". Bref, autant pour lui que pour d'autres, j'écrivais notamment : "Nous retrouvons ici la valeur du temps qui, seul, peut grandir, à postériori, les protagonistes de l'un et de l'autre camp et donner à tous une certaine dimension humaine qui, sur l'instant, n'était pas évidente". Or, sur la même page 51, le Directeur de la publication a ajouté sans m'en parler, une copie de lettre du docteur GERARD envoyée au ministre de l'Instruction publique et des Cultes pour dénoncer l'abbé PIHAN et demander au ministre de ne pas entériner sa nomination comme vicaire général du nouvel évêque de Beauvais (en 1893). Il est clair que l'insertion de ce texte, à cet endroit, avait pour but d'insister sur le côté négatif du docteur GERARD, au détriment de la conclusion plus équilibrée que j'esquissais. Je réprouve donc ce procédé que j'ai découvert après la sortie du bulletin, d'autant qu'il peut faire croire que j'en suis l'auteur.

Sur la forme, j'ai insisté pour que mon texte reste découpé par des intertitres fréquents qui permettaient au lecteur de passer facilement d'un paragraphe à un autre et d'éviter ainsi la lourdeur de chapitres trop académiques. On trouvait ainsi : "De l'après 70 à l'avant 14", "La vinaigrette, symbole du bon vieux temps", "Brique ou torchis : deux sociétés", "ROUSSELLE et GERARD, les intransigeants", "Le Beauvais des francs-maçons et des libres-penseurs", "La gymnastique au pinacle", "La Dauzéenne et les autres", "Petits et grands soldats", "Beauvais indifférent aux siens", "Jeanne Hachette partagée", "Quand Pickwick était à Beauvais", "La jupe devient une culotte", "Edouard FORTIN, le premier socialiste", "Teuf-teuf et coucous", "La bête humaine", "Les gaietés du divorce", "La presse fait l'opinion", "Beauvais entre deux élections", "L'échec du socialisme beauvaisien", "L'Eglise et la République", "La guerre des cercles", "Water-closets et cinématographes", "Saint ALAVOINE ... éclairez-nous ! DUPONT le modéré, DUPONT le radical", "La chasse aux mendiants", "Les statistiques du docteur EVRARD", "Les traditionnistes", "Des chèvres, des anguilles, des pigeons et des chevaux", "Le tour de Beauvais en 80 minutes", "Des pavets dans la mare à galet", "Une certaine dimension humaine", "L'âge de fer".

Je suis heureux d'avoir terminé sur cette étude qui m'a procuré un immense plaisir. Ce monde d'avant la grande guerre a désormais disparu, même si nous en sommes les héritiers. Encore très proche du temps de la Révolution de 1789, il était aussi un nouveau monde en éclosion, avec ses inventions multiples qui faisaient croire à un progrès infini.

2/ Un bulletin du G.R.E.C.B.


La céramique à l'exposition de Beauvais en 1885
Première page de l'article
(1986)

C'est en quinze pages que j'ai décrit le monde de la céramique du Beauvaisis en 1885, dans le bulletin n 8 de 1986 du Groupe de recherches et d'études de la céramique du Beauvaisis (G.R.E.C.B.). Plusieurs articles de presse avaient attiré mon attention sur ces produits et aussi sur la concurrence forte qui existait entre les producteurs. C'est, encore une fois, un monde oublié qui surgit sous la plume des journalistes de l'époque. Ainsi, cette description de la naissance d'une industrie qui a compté dans la région : "En 1820, il existait des petites fabriques de tuiles à Saint-Germain-la-Poterie ; la fabrication des carreaux était à peu près inconnue. Les produits, à de rares exceptions, étaient employés sur place ; je me souviens avoir vu à cette époque la terre pour fabriquer et les produits de Savignies, transportés à dos de cheval et d'âne. En 1830, MM. Léon FOUBERT et GRAUX commencent sérieusement la fabrication des carreaux à Saint-Just-des-Marais. En 1840, les routes devenant plus praticables, différentes fabriques s'établissent, notamment à Saint-Just, Saint-Germain, Auneuil, La Chapelle-aux-Pots, etc... Les carreaux de Saint-Just sont portés à Paris, et les architectes reconnaissant leur qualité les désignent sous le nom de carreaux de Beauvais. En 1845, la fabrication est d'environ trois millions." Etc., etc.

L'article met en avant les frères BOULENGER qui utilisèrent les argiles du pays de Bray mais il y a polémique sur les rôles respectifs des producteurs, MAIGRET, PREVOTEL, CHABERT, POCLET, BOULENGER, PONTHIEU, LEVEQUE, RAFIN, AMEUILLE, BRIARD. La liste des céramistes est longue : DELAHERCHE-GODIN, VIE, EDIEVE, LAFFINEUR, MORDA, GREBER, LEMOINE, Auguste DELAHERCHE, ... Et puis, c'est toute l'organisation de l'exposition de 1885 qui est analysée, avec ses critiques sur les jurys, les experts, etc. C'est encore le contexte de la crise économique, des copies, des contrefaçons allemandes, des importations anglaises, etc. C'est tout un volet économique et social qui complète ici les bulletins du GEMOB pour la période allant de 1870 à 1914. Je tiens enfin à souligner l'aide efficace et amicale de Claude SIDANER, alors président du G.R.E.C.B., et de son secrétaire, Jean CARTIER (qui est son président actuel).

3/ Le courrier de l'Oise.

Le dépouillement, entre 1984 et 1986, de plusieurs milliers de journaux de Beauvais, surtout du 19ème siècle, a donné lieu à une série d'articles dont certains ont été publiés (voir ci-dessus, pour le GEMOB et le G.R.E.C.B.). Un essai a aussi été fait avec Le courrier de l'Oise pour un article intitulé : "Beauvais - Tokyo en direct. Deux siècles de contacts et d'exotisme entre le Japon et le Beauvaisis. Les responsables du journal ont été d'accord pour faire passer l'article en le divisant en trois parties. La première est passée le 5 mai 1986, la deuxième le 6 mai 1986 mais la troisième et dernière partie n'est jamais parue malgré un rappel au responsable régional du journal, le 16 mai. C'est donc la partie concernant l'actualité qui a été censurée, sans explications. Il est plus que probable que la mention du président du Conseil régional y est pour quelque chose ... Aussi, pour réparer cet "oubli", je reprends ici la totalité de l'article en question. Il me semble qu'il n'a pas pris une ride !

De 1778 à 1986, 208 ans de relations entre un grand pays : le Japon et un petit "pays", à 70 km au nord de Paris : le Beauvaisis. Un article avec des points de repère aux 18ème, 19ème et 20ème siècles. La curiosité, la mode, la découverte réciproque, l'admiration : une évolution de plus en plus rapide et de plus en plus positive.

Le 25 mai 1778, à Beauvais, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, devenue depuis la place Jeanne Hachette, l'auberge du Croissant accueillait un couple de Japonais. Le bailli du Comte accordait l'autorisation "de faire voir en cette ville un petit homme du Japon avec sa femme pendant trois jours". En marge du registre, il était précisé "un petit homme et sa femme japonnais". Il n'y a donc pas d'erreur, il s'agissait bien des premiers japonais (tout au moins, s'étaient-ils présentés comme tels, ce qui peut paraître curieux compte tenu que, depuis le 17ème siècle, il était interdit aux Japonais de quitter leur archipel). On allait les exhiber comme des bêtes curieuses, comme l'on montrait déjà aux badaux des "animaux étrangers", le 11 janvier 1771, "un chameau" le 5 décembre 1775 ou "des oiseaux" le 23 janvier 1778. Bref, un succès de curiosité.

Tournons la page. Un siècle plus tard, la révolution japonaise est bien suivie par la presse de Beauvais. Dans la seule année 1868, neuf articles paraissent en première page du Moniteur de l'Oise, le journal officiel local. Des nouvelles -réelles ou déformées - sont données sur la demission du Shogun (le "Taicoun"), la guerre civile, le décès de marins du bâtiment de guerre "Le Dupleix", ou encore l'état du commerce, les massacres de chrétiens japonais ou la situation critique des missionnaires. Ce sont des communiqués brefs (par exemple, le 25 décembre 1868 : "Au Japon, les troupes du mikado se sont emparées de la ville principale que les rebelles occupaient" mais toujours en première page, ce qui montre un intérêt certain des lecteurs pour ce genre de nouvelles de l'Extrême-Orient.

D'ailleurs, il faut croire que le nom même de "Japon" avait un côté magique qui attirait les foules. Ainsi dans trois journaux locaux, en mai 1882, l'arrivée de la "troupe japonaise de M. Soulié" était annoncée. On citait un article du journal "L'ami du peuple" de Douai. En particulier, étaient signalés "deux japonais dont le costume et les saluts nationaux ont été fort remarqués", ils "paraissent être en caoutchouc, tant leurs contorsions sont faites avec aisance". Une fois à Beauvais, le 10 juin 1882, la presse soulignait que "la troupe japonaise et brésilienne" est arrivée ... tiens, voilà aussi le Brésil ! Des détails étaient donnés : "les deux Japonais Kintaro et Tomago, de vrais Japonais, s'il vous plaît, nous prouvent que la réputation d'équilibristes faite à leurs compatriotes est bien méritée". L'article se terminait ainsi : "Nous ne saurions trop engager nos concitoyens à aller visiter le Pavillon du Céleste Empire. Ils y trouveront d'agréables distractions". En fait, cette troupe était déjà passée à Beauvais en juin 1880 mais aucun nom d'artiste japonais n'était alors cité ; le même mois, un cirque brésilien s'honorait de la présence du "fameux japonais M. Parodie".

Ce phénomène du cirque ou des artistes auquel on accole, un peu au hasard, le nom d'un pays ou d'une nationalité, était fréquent à l'époque. Ainsi, le premier avril 1885, le "grand cirque mexicain" devait arriver à Beauvais mais il y avait de multiples nationalités parmi les "gymnasiarques", des Américains et aussi le Japonais Yochitaro "l'homme écureuil qui serait à lui seul un puissant élément d'attraction".

On pouvait donc se poser la question : de 1778 à 1885, soit pendant 107 ans, les Japonais passés à Beauvais ont-ils été uniquement des attractions de cirque, passant simplement du rang de "bêtes curieuses" à des équilibristes et gymnastes renommés ? En fait, la réalité était tout autre ; c'est l'exposition de Beauvais de 1885 qui nous le démontre.

Cette exposition se déroula du 28 mai au 31 août 1885, place du Jeu de Paume ; dès le 7 mai, il était annoncé que les expositions du Japon (et du Brésil encore une fois associé) "seront fort curieuses et surtout fort interessantes". Malheureusement, la presse n'a pas donné le détail des vitrines. Par contre, l'exposition de Beauvais s'est voulue originale par l'organisation des conférences sur des sujets très divers ; l'une de ces conférences avait pour sujet : "Le Japon". Il est d'ailleurs remarquable que le texte donné à la presse se soit retrouvé sans changements ou observations dans le Journal de l'Oise (les royalistes légitimistes), le Moniteur de l'Oise (les bonapartistes) et la République de l'Oise (les républicains les plus à gauche d'alors : les radicaux). Il est intéressant de noter aussi que cette conférence du 4 juillet 1885 ait été faite par un Japonais, M. Oukawa, attaché à la légation du Japon à Paris ; il était accompagné par M. Hugues Krafft qui avait voyagé au Japon ; il en rapportait des clichés qui servirent à des "projections lumineuses".

Ce qui a beaucoup frappé les contemporains, c'est que M. Oukawa fit sa conférence en français alors qu'il n'habitait Paris que depuis peu et qu'il avait appris le français au Japon. "Faire une conférence en français, quand on habite la France depuis moins d'un an, et surtout la bien faire, est un véritable tour de force". Le journaliste faisait ensuite une comparaison avec les jeunes Français et à leur difficulté à parler les langues étrangères.

La conférence elle-même commençait par une connaissance de la géographie : l'élément le plus étrange était la longitude, la différence entre les deux pays étant d'environ cent trente-huit degrés, "de sorte que lorsqu'il est midi à Paris, il est neuf heures du soir à Yokohama ou Tokyo. Mais les communications par le télégraphe électrique pouvant se faire en une heure, il arrive ceci de singulier : c'est qu'une dépêche qui part de Yokohama à neuf heures du soir (aux horloges japonaises) arrive à Paris à une heure de l'après-midi (aux montres parisiennes) : c'est-à-dire qu'elle semble nous parvenir huit heures avant son expédition".

A propos de l'agriculture, l'orateur insistait notamment sur les "immenses plantations de mûriers qui fournissent à l'Europe entière, non seulement d'énormes quantités de soies brutes, mais les graines saines destinées au repeuplement des magnaneries françaises". Le journaliste émerveillé par toutes ces évocations écrivait "le conférencier ne l'a pas affirmé, mais d'après sa description imagée, le Japon doit être un des plus beaux pays du monde".

Le plus intéressant pour saisir les mentalités concerne la deuxième partie de la conférence : l'histoire du Japon.

Ce qui a d'abord surpris, c'est la très grande longévité de la famille impériale : "Au Japon, le pouvoir est resté dans la même famille pendant plus de 2500 ans. A l'énonciation de ce nombre énorme, l'auditoire, qui sait qu'en France nous avons changé huit fois de régime depuis le commencement du siècle, a témoigné par des applaudissements réitérés, toute son admiration pour une aussi merveilleuse stabilité.

C'est ensuite la description de la révolution "presque pacifique de 1868 qui a détruit le taïconat et le régime féodal et leur a substitué une organisation politique presque analogue à celle des nations européennes. Il a parlé avec un tact parfait des modifications heureuses qui en sont résultées pour son pays". Plus loin, le journaliste soulignait que "le Japon est la seule nation asiatique qui ait accueilli de son plein gré la civilisation de l'Europe et qui cherche sérieusement à s'en appliquer toutes les conquêtes morales et matérielles (...) c'est en qualité de disciples volontaires qu'ils sont entrés dans le monde européen pour emprunter ses idées et ses progrès scientifiques et industriels, non pas pour les copier servilement mais au contraire pour les adapter d'une manière intelligente et réfléchie à leur tempérament et aux besoins de leur pays".

Enfin, l'orateur soulignait que le Japon disposait d'une "excellente armée organisée à l'européenne par des officiers français" puis, une flotte, des écoles, des usines ... Le côté extrêmement rapide de l'évolution était enfin souligné : "c'est une transformation aussi extraordinaire que rapide et sous certains rapports le Japon a fait en dix-huit ans ce que la France a réalisé en plusieurs siècles". Le journaliste en tirait des conséquences pour l'avenir que l'on peut apprécier cent ans plus tard : "si l'on songe à l'intelligence et aux aptitudes remarquables de ces peuples, à leur courage naturel, à leur sentiment extraordinaire de la dignité personnelle, qui les distinguent si complètement des Chinois, leurs voisins (il est intéressant de noter que le sentiment exprimé n'était pas une admiration béate pour l'exotisme mais il est vrai aussi que la Chine était à son déclin), il n'est pas douteux qu'ils n'occupent bientôt une position prépondérante, non seulement dans l'Extrême-Orient mais dans le monde entier".

Les projections lumineuses étaient plus près des images d'Epinal : le Fuji-Yama, le théâtre de Tokyo, des rues de villages, des cabans de pêcheurs, le portique d'un temple, des types d'habitants et de costumes, hommes, femmes, coulies, pélerins, samouraïs, une maison de thé, une hôtellerie, des danseuses, des lutteurs, des geishas ... Dans sa conclusion, M. Oukawa faisait ressortir aussi que certaines relations de voyages au Japon présentaient des erreurs de toutes sortes.

"Les applaudissements ont été, à diverses reprises, aussi chaleureux que sympathiques pour lui et pour la nation intelligente qu'il représentait à l'exposition de Beauvais".

Il n'est pas besoin de commenter longuement cet article pour se rendre compte qu'il est encore très actuel et que l'admiration des Français pour ce pays repose sur des réalités qui n'ont plus rien à voir avec les équilibres du cirque.

D'ailleurs, un siècle plus tard, ce sont les Beauvaisiens qui partent au Japon pour faire connaître les possibilités de leur région. Faut-il rappeler les articles parus dans la presse locale dès 1984 sur la "vallée de la céramique". Par exemple, dans le Courrier de l'Oise du 16 octobre à propos du maire de Beauvais : "M. Walter Amsallem, le Président du Conseil Régional, parti en mission commerciale et industrielle au Japon, a emporté une plaquette en japonais vantant le projet de vallée de la céramique". Cette plaquette était d'ailleurs illustrée de photos du laboratoire japonais installé à Auneuil, par Haïdo Fukudenji et son fils Daïei, tous deux prêtres du Temple Impérial de Kyoto.

Toutes ces recherches et ces démarches - quel que soit le résultat à court terme - finiront bien par fortifier ce courant qui existe déjà entre le Japon et la France.

Beauvais s'en est rendu compte en 1983, quand le "Groupe d'Etude des Monuments et Oeuvres d'art du Beauvaisis" (GEMOB), a organisé le colloque sur le 700ème anniversaire des "Coutumes du Beauvaisis" du juriste Philippe de Beaumanoir. Nos concitoyens ont été très honorés de la participation de M. Hiroshi Hanawa, professeur à l'Université de Kobé qui a traité le sujet suivant : "Philippe de Beaumanoir et le droit japonais".

Ecoutons-le pour conclure : "J'ai trouvé qu'il fallait lire les textes de Beaumanoir pour comprendre à fond l'esprit du droit français et son histoire. Pour cette raison, j'ai traduit en japonais les textes de Beaumanoir", et plus loin : "Je voudrais offrir mes très grands hommages à Philippe de Beaumanoir qui vivait il y a 700 ans en ce beau Beauvaisis".


4/ Elan Social.


Pierre LAROQUE, le "père" de la Sécurité Sociale
(1992)

J'ai commencé à participer à la rédaction d'Elan Social, le magazine des anciens élèves du CNESSS (Centre National d'Etudes de Sécurité Sociale, devenu depuis Ecole Nationale), dès son premier numéro, au 4ème trimestre 1989 avec un article sur "L'Europe, le CNESSS et la Picardie" qui décrivait la plaquette que j'avais créée dans les neuf langues du "Marché commun" pour expliquer ce qu'était le CNESSS et son association d'anciens élèves. La participation est surtout devenue active à partir du n 7 (1991). Devenu ensuite rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef du magazine, j'ai écrit de nombreux articles, organisé des tables rondes, des colloques, fait des interviews, etc. Il faut souligner que c'était, le plus souvent un travail d'équipe, ce qui changeait radicalement avec le travail "solitaire" de la recherche historique. Bien entendu, il n'est pas question de reprendre ici ces articles. A titre d'exemple seulement, dans le n 21 (1995) : "Le rapport des rapports. La Sécu, ce n'est pas fini ! 1993-1994-1995 des années de réflexion pour la Sécu : du pire et du meilleur ... avant le virage" ; dans le n 23 (1996) : "Détours et variations à propos de l'accueil et du service public de la Sécurité sociale" et aussi la suite du n 21 : "Acte II : le temps des colloques" ; dans le n 29 (1997) : "Promenade dans le paysage incertain de la protection sociale. Première partie : le temps des crises ?", etc., etc. Cette activité débordante a duré jusqu'au bulletin n 46 (2ème trimestre 2001), avec souvent un volet européen marqué (des enquêtes sur place en Pologne, en Roumanie, au Danemark, en Irlande, l'organisation d'un colloque avec treize dirigeants européens de caisses de Sécurité sociale, à Strasbourg, et un bulletin trilingue qui a suivi (1993- 1994), etc.

5/ Un livre sur les conventions médicales et paramédicales.


Les conventions entre l'assurance maladie et les professionnels de santé
(1997)

Toujours dans le cadre de cette littérature de gestion, j'ai écrit un livre (bilingue, français-anglais) intitulé : "Découvrons les conventions signées entre les professionnels de santé et les caisses d'assurance maladie, en France" (février 1997, collection "Découvrons", CNFP Editeur), 144 pages qui résument la situation telle qu'elle était en 1996. La préface est signée Gérard RAMEIX, Directeur de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). On peut trouver ce livre à la Bibliothèque nationale, à Paris.

6/ Conclusion.

Quand on regarde le déroulement de ces années, on voit que les recherches et écrits historiques sur Beauvais et sur l'Oise ont duré, en gros, de 1981 à 1997 (avec une "pointe" en 1986), c'est-à-dire pendant seize ans. Les recherches et les écrits sur la protection sociale ont duré, en gros, de 1989 à 2001 (avec une "pointe" en 1997), c'est-à-dire pendant treize ans. Les recherches et les écrits sur les EUZET, l'Hérault et la Martinique ont duré de 1999 à 2007 ... et ne sont pas prêt(e)s de s'arrêter, surtout depuis la création du site Internet, en novembre 2000. Ce site permet une diversification constante des études et les possibilités sont immenses. Grâce aux multiples contacts (par courrier ou messagerie, directement ou par l'intermédiaire de forums), il assure une convivialité que je n'ai pas ressentie de la même manière avec les travaux précédents. Pour autant, les expériences passées ont assuré et conforté ma formation et je leur doit beaucoup. Je tiens donc à terminer en remerciant tous ceux qui m'ont apporté leur aide, que ce soit dans le domaine de l'histoire ou dans celui de la protection sociale.

Additif en 2016 : 9 ans après avoir écrit cette page, il n'est pas inutile de faire un "point d'étape". Je ne suis pas revenu sur l'histoire de Beauvais et du Beauvaisis, à une exception près; En effet, de novembre 2013 à décembre 2014, j'ai répondu à la sollicitation amicale du responsable du magazine gratuit "CouleurMag" en produisant, à chacune de ses parutions (toutes les trois semaines), une page d'histoire intitulée "Chronique de la vie beauvaisienne", avec une mise en perspective par rapport à la situation de la ville et du pays, en 2013-2014. Deuxième exception plus particulière, j'ai co-écrit avec mon épouse, un article sur "La céramique et l'Art Nouveau à Bruxelles", suite au voyage organisé à Bruxelles, les 6 et 7 juin 2015 par le Groupe de recherches et d'études de la céramique du Beauvaisis (G.R.E.C.B.). Cet article est paru dans le bulletin n 37 de mars 2016 de cette association.


Le palais Stoclet, à Bruxelles (en 2015)
conçu entre 1903 et 1904, il annonce "l'Art Déco"
(photo JCC)

En dehors de ces deux exceptions, c'est le site Internet qui a continué à progresser, avec de plus en plus de pages dans les "suites" ; celles-ci développent des thématiques donnant à la généalogie une dimension plus forte avec l'étude du contexte. A titre d'exemple, voir "Martinique (suite 3)" (la Martinique vue au travers des marques de rhum), "New York (suite 2)" (le cloître de Saint-Guilhem-le-Désert), "Aniane (suite 2)" (les peintures d'Aniane de Mme ROBERT) ou encore "Miami (suite 1)" (les immeubles "Art Déco"), etc.

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