Les professionnels de la généalogie





Publicité d'un généalogiste dans l'annuaire de l'Hérault de 1874
Alphonse BRÉMOND est connu pour son nobiliaire toulousain (1860)
Une impasse porte son nom, à Toulouse.

A force de fréquenter les dépôts d'archives, les généalogistes amateurs sont amenés, un jour ou l'autre, à s'intéresser aux généalogistes professionnels et à leur métier. C'est un peu ce que nous voulons faire ici, sans pour autant avoir l'ambition de tracer un portrait complet de ce métier. Nous nous contenterons de tirer de la presse ou de livres quelques éléments caractéristiques, à un moment qui peut paraître critique pour cette profession, alors que l'évolution pousse à une mise en ligne, sur Internet, des archives nationales, départementales et communales.

Premier document versé au dossier : un article paru dans Le Parisien du 03.03.2008, intitulé "Combien coûte ... un arbre généalogique ?" Le but de l'article écrit par Sophie STADLER était de montrer que des généalogistes pouvaient aider ceux qui font des recherches dans ce domaine, en particulier en cas de difficultés, sachant que cinq millions de Français s'intéressent aujourd'hui à la généalogie et que 500 000 auraient déjà sérieusement entamé de vraies recherches, selon Michel SEMENTERY, président de la Fédération française de généalogie..

"(...) Si les pistes se brouillent, des généalogistes familiaux peuvent prendre le relais ou même carrément réaliser l'intégralité de vos recherches ... Il vous faudra alors débourser entre 30 et 70 euros TTC de l'heure pour régler les honoraires libres de ces professionnels. Attention, prévient Myriam PROVENCE, vice-présidente de la chambre des généalogistes et héraldistes familiaux, notre profession n'étant pas réglementée, toute personne peut aujourd'hui se déclarer généalogiste. Assurez-vous donc que le professionnel à qui vous ferez appel est bien référencé auprès de l'une des deux chambres syndicales françaises et exigez avant tout début de collaboration un devis gratuit et sans engagement. Ce document devra notamment mentionner le tarif horaire, les frais de recherches et de déplacements, le type de généalogie choisie (par quartiers, descendante ou ascendante, etc).

Sachez qu'un arbre reconstitué grâce à une généalogie dite par quartiers, portant sur six générations (environ 62 ancêtres jusque dans les années 1780), vous coûtera, en moyenne 2 500 euros, en fonction des cabinets et des recherches à entreprendre, et - accrochez-vous aux branches - le tarif peut avoisiner les 6000 euros si votre famille est très étendue ou dispersée ! Enfin, s'il ne peut être tenu responsable du manque de résultats dû à des archives lacunaires, le généalogiste familial aura toujours une obligation de moyens. C'est-à-dire qu'en cas d'insuccès, il devra être en mesure de prouver qu'il a effectué toutes les recherches et démarches possibles en fonction du budget préétabli avec son client.


Deuxième document versé au dossier : un article paru dans La revue française de Généalogie d'avril-mai 2008, intitulé "Professionnels et associations de généalogie en danger ?. Dans cet article de Charles HERVIS, rédacteur en chef de la revue, les conséquences de la mise en ligne de documents d'archives sur la toile sont passées en revue, en particulier pour les généalogistes familiaux (que l'on distingue des généalogistes successoraux).

"(...) Les généalogistes familiaux s'interrogent aussi. Un professionnel de Loire-Atlantique envisageait récemment la fermeture de son activité, suite à la mise en ligne des Archives de Nantes et celles du département. En quelques semaines, mes clients m'ont retiré les commandes, profitant de cette aubaine. A l'image de certaines associations, des généalogistes espèrent que les internautes auront toujours besoin de conseils et d'un accompagnement pour se retrouver dans ces registres en ligne : Ce n'est pas parce que c'est sur Internet que les gens sauront lire les documents. Cela ne résout pas les problèmes de méthode de recherche.

Pour conserver ma clientèle, il faut que j'innove, assure Stéphane COSSON, généalogiste professionnel dans le Tarn, remarqué pour la pléiade d'initiatives originales, évoquées régulièrement sur son blog, Généalogieblog. Au moment du grand rush, je suis allé chercher de la clientèle dans les départements voisins et j'ai changé de période, en m'intéressant davantage au XVIe siècle. Il parie lui aussi sur Internet, avec la mise en ligne d'une liste éclair de 25 000 entrées, dans un premier temps. Il anime aussi, avec quatre autres de ses collègues, un service audiotel, baptisé SOS Généalogie, pour renseigner les généalogistes perdus. Enfin, il collabore avec les trois principaux sites professionnels en généalogie : Ancestry, Genealogie.com et GeneaNet. De quoi donner le tournis à une profession qui s'interroge sur son avenir !"


Troisième document versé au dossier : le Blog Généalogie de la Lettre GeneaNet du 29.04.2009, article intitulé "Comment devenir généalogiste familial ?", signé, par Jean Bernard LAURENT (Généalogiste professionnel dans le Lyonnais). Dans ce texte, l'auteur analyse les conséquences des mises en ligne des archives, sachant qu'environ 40 % du territoire est actuellement couvert. Après avoir considéré que c'est une bonne chose en soi, pour la valorisation du patrimoine, la bonne conservation des documents et aussi les facteurs plus psychologiques comme les liens trans-générationnels ou encore les incidences sur l'acceptation des différences sociales, culturelles et religieuses, il en conclut, néanmoins, que "notre métier (de généalogiste familial uniquement) est en voie de disparition"

Il précise ainsi sa pensée : "Il reste quelques clients, pour les archives qui ne sont pas encore en ligne (notamment les archives notariales), ou bien pour contourner des difficultés, soit pour débloquer une recherche, soit pour lire les archives en ancien français et tenter d'aller plus loin en remontant dans le temps. mais dans une activité avec laquelle on avait déjà du mal à vivre, les 20 ou 30 % de travail perdu, sont largement suffisants pour faire plonger un cabinet. Et l'on n'a toujours pas parlé de crise ! Or, aujourd'hui, elle est bel et bien là. Et il est évident que des activités comme la généalogie familiale sont les premières à souffrir de la crise ... Dans le meilleur des cas, le client potentiel repousse sa demande et les chiffres d'affaires, déjà insuffisants, fondent ..."

Quatrième document versé au dossier : C'est dans Le Figaro du 30.05.2016 que l'on trouve un interview du généalogiste Antoine DJIKPA (associé chez ADD et Associés), le titre de la page étant : "La généalogie ne fait pas de morale". Le sujet concerne les recherches de descendants de propriétaires spoliés pendant la guerre, à la demande du ministère de la Culture. En voici trois extraits sur des questions de la journaliste Claire BOMMELAER ; ainsi, à la question de savoir pourquoi, en dehors du cas précis des spoliations, la généalogie est un art qui a le vent en poupe, il répond : "Les amateurs - et pas seulement les vieux oncles - se passionnent pour les arbres généalogiques. On trouve de plus en plus de sites Internet consultés par une personne depuis chez elle, promettant de retrouver un ancêtre. Et cela marche, même si la fiabilité n'est pas toujours là. Certains généalogistes amateurs cherchent une ascendance glorieuse, une grand-tante célèbre, un grand-père résistant. Quand on remonte dans le temps, la grande histoire finit toujours par croiser la petite, celle de sa famille. La France se singularise également par la diversité de sa population, et beaucoup veulent connaître les racines de leur nom. D'autres enfin fantasment sur le mythe de l'oncle d'Amérique, celui que l'on ne connaissait pas et qui vous apporte brusquement la richesse." A la question de savoir si la transparence est toujours bienvenue en matière de filiation, il répond, notamment : "La généalogie ne fait pas de morale. Elle est simplement le reflet de la vie, qui n'est jamais aussi simple que le récit que l'on en fait. (...)" Et à la question de l'avenir du métier à l'heure d'Internet, il dit : " Internet permet d'aller plus vite dans les recherches et, donc, de limiter les déplacements. Mais l'arbre généalogique universel, accessible à tous sur un écran régulièrement mis à jour et sans erreur n'existe pas. L'état civil, dans la plupart des pays dont la France, est largement protégé. Par ailleurs, les sources officielles ne "disent" pas tout."

(à suivre)

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