Les EUZET de Montpellier (suite 2)



"Montpellier se dilate et se complète de ce côté, comme partout ailleurs ; et sa transformation se poursuit avec une telle rapidité, que dans une génération rien n'y survivra de son passé." Derniére phrase de l'étude d'Alexandre Charles GERMAIN, intitulée : "Etudes archéologique sur Montpellier", parue en 1883 (J. MARTEL, aîné, imprimeur de la société archéologique, 3 rue de la Blanquerie, près de la préfecture). Cette étude sur la "Baylie" de Montpellier complète celle qu'il avait faite dix-sept ans plus tôt sur la "Rectorie" de Montpellier, les deux constituant les deux parties historiques de la ville.


Litterature.
Histoire.

Certains noms de rue savent parler aux passants !

Litterature

La Septimanie en question

"En France, l'atmosphère morale est juste ce qu'il faut, même ici dans ces provinces reculées. Et les Français sont sages et spirituels et ne viennent pas nous ennuyer comme les Italiens et les Grecs, qui sont sentimentaux comme des épagneuls : ils voudraient passer toute la journée sur vos genoux en vous bourrant de bonbons. En bref, la vie aux confins de la Méditerranée a ses inconvénients. Les gens refusent de vous laisser tranquille. C'est un peu comme la vie dans un film italien : c'est très amusant si l'on n'a rien à faire, comme cela semble toujours être leur cas. Mais pour lire ou travailler, c'est une autre affaire. Ici, les gens ont une réserve merveilleuse tout en étant vraiment très sympathiques. Ils lisent. Dans les autobus, vous verrez le receveur sortir Le Figaro littéraire à un arrêt ! Et le culte des artistes est si touchant - on ne vous demande jamais si vous gagnez bien votre vie. A Nîmes, l'inspecteur des impôts, lorsqu'il s'est avisé que j'étais écrivain, s'est aussitôt levé et m'a tendu la main avec un enthousiasme qui signifiait : "Mon Dieu, je vous envie, comme je voudrais être à votre place !" Hier j'ai déjeuné à Montpellier avec Richard ALDINGTON. Il m'a dit que la semaine dernière la brigade des moeurs l'avait convoqué ; étonnant, car il n'a aucun vice. En fin de compte, il se trouve que le chef de la brigade est lui-même écrivain, et il avait rédigé un petit article sur l'oeuvre d'ALDINGTON, qu'il admire, pour le journal de la police. Il voulait juste qu'il y jette un coup d'oeil. Belle histoire, non ? Et l'article était bien écrit ! Il m'en a montré un exemplaire. Bien sûr, j'ai toujours apprécié cet aspect de la France, mais quelle joie de voir qu'il a survécu malgré les vagues successives de dollarite qui ont recouvert le pays. La vie quotidienne a conservé toute l'authenticité calme et passionnée d'un vers de Molière."
(Extrait d'une lettre de Lawrence DURREL à Henry MILLER, de fin avril (?) 1957, de la Villa Louis, Sommières, Gard, p. 451 de "Lawrence DURREL-Henry MILLER. Correspondance 1935-1980", aux éditions BUCHET CHASTEL, 2004) Pour la suite de cet extrait, voir
Sommières (suite 1) (le premier extrait de la page).

C'est dans le numéro 11 (décembre 2002) de la revue Septimanie, que l'on peut trouver un article sur ALDINGTON écrit par Frédéric Jacques TEMPLE. Cet article intitulé "Richard ALDINGTON ou le piéton méticuleux" est non seulement intéressant pour le texte mais aussi pour les trois photos qui permettent de reconstituer l'atmosphère. L'une est du 18 janvier 1914, prise à Newbuildings. On y voit W.S. BLUNT entouré par de jeunes poètes : PLARR, STURGE MOORE, W.B. YEATS, Ezra POUND, Richard ALDINGTON et F.S. FLINT. La deuxième photo a été prise en 1959 à Sommières. On y retrouve Richard ALDINGTON, Lawrence DURRELL, Henry MILLER et Jacques TEMPLE. Enfin, il y a encore une photo de Richard ALDINGTON, prise à la villa des Rosiers (une pension de famille de Montpellier) , en 1952. Voici un extrait de cet article qui est comme un écho de l'extrait de la lettre de Lawrence DURREL :

"Richard ALDINGTON menait à Montpellier une vie réglée, laborieuse et quasi-solitaire. Il s'était tracé un itinéraire, de chez lui à la poste où il venait déposer son courrier, chaque matin. Si j'avais à le voir, je guettais son passage, par la rue de l'Aiguillerie. Il était toujours exact, à une minute près. Nous allions alors trinquer dans un bar à vin de la Place Pétrarque. Un jour, il me raconta qu'il avait été convoqué par le commissaire BRESSOLLE. Celui-ci lui avoua qu'il était un de ses admirateurs et qu'il avait usé de ce subterfuge pour lui soumettre un article qu'il destinait au journal interne de la Police ... Vivant en marge de la vie montpelliéraine, Richard ALDINGTON n'en appréciait pas moins les chroniques littéraires hebdomadaires d'Emile BOUVIER et les livres sur le Languedoc et le Roussillon de Maurice CHAUVET."

On m'a dit que cette excellente revue - Septimanie - allait disparaître avec le Centre Régional des Lettres (son éditeur avec la Région) ! Quel paradoxe étrange au moment où celui qui a voulu la mort de ce centre est aussi le chantre puissant de la Région Septimanie. Ainsi va l'Histoire dans ce qui est encore la Région Languedoc-Roussillon (26.09.2004).

Au fait, il faut maintenant signaler que le journal mensuel du Conseil régional du Languedoc-Roussillon s'appelle Septimanie ... le n 8 est du mois de mai 2005 ; le n 1 a donc dû paraître en octobre 2004, juste après l'information précédente.

Histoire

Si l'on veut en savoir un peu plus sur cette Septimanie, il est conseillé de se reporter au n 221 des Annales du Midi (Janvier-Mars 1998) où il y a un article de Pierre-André SIGAL intitulé "L'histoire du Languedoc dans les dictionnaires et les encyclopédies (XVIIe-XXe siècles)". En voici trois extraits significatifs (qui ne reprennent pas ici les notes donnant les références des sources) :


(p. 10) " Pour la période de la fin de l'Empire romain et du haut Moyen-Âge, deux noms sont évoqués, ceux de Septimanie et de Gothie. La Septimanie est mentionnée par tous les dictionnaires sauf deux, mais son étymologie fait l'objet d'interprétations divergentes. MORERI hésite entre deux hypothèses : le nom viendrait de la septième légion stationnée dans la province ou des sept provinces réunies par Honorius. Thomas CORNEILLE reprend ces deux hypothèses et en ajoute une troisième : le nom viendrait de la ville de Saint-Gilles, anciennement appelée Septimania. Enfin BRUZEN de LA MARTINIERE rejette toutes ces étymologies et en propose une quatrième : la Septimanie tirerait son origine des sept citées de Narbonnaise première. C'est désormais l'hypothèse qui prévaut. (...) On constate finalement que les deux noms dont la mémoire collective a vraiment gardé le souvenir sont Narbonnaise et Septimanie. (...)"

(p. 15-16) " Les plus anciens articles font allusion à un abandon de la province par les Romains. Thomas CORNEILLE écrit : "Quelques-uns tiennent qu'Honorius ayant abandonné ces provinces aux Wisigoths après la mort de Théodose, ils les appelèrent Septimanie." Plus nettement, BRUZEN de LA MARTINIERE explique comment "l'empereur Honorius [...] fit donation aux Goths de la Gaule et de l'Espagne", opinion nuancée par d'EXPILLY en 1765 : il nie la réalité d'un premier traité, qui aurait donné la Gaule aux Wisigoths en 412, mais admet que l'Aquitaine a été livrée aux Wisigoths en 419 ... . Cette idée est abandonnée, sauf une exception, par les auteurs du XIXe siècle, qui insistent sur le désir de pillage des Goths et sur leur installation par la force. Enfin, à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, les termes qui évoquent l'arrivée des Goths deviennent parfaitement neutres : " Sous les Wisigoths, maîtres incontestés de la Narbonnaise première dès l'an 419", ou " la Narbonnaise passe aux mains des Wisigoths et prend le nom de Septimanie." On est donc passé d'une attitude impliquant un jugement de valeur à un ton plus impartial."

(p. 16) " Ce n'est qu'à partir du milieu du XIXe siècle, avec L'Univers de Philippe LE BAS, que l'on fait bien la distinction entre le Languedoc occidental, qui passe dans l'orbite franque, et la Septimanie proprement dite, qui reste wisigothique."


2005 voit le refus du concept de Septimanie pour la région par les catalans, au 2ème semestre, et, finalement, l'abandon du projet par Georges FRÊCHE lui-même. Tout ce branle-bas intellectuel aura au moins eu le mérite d'apporter un regard nouveau sur ce qu'était vraiment la Septimanie. Ainsi, en juin 2005, est paru un superbe livre d'André BONNERY, intitulé : "La Septimanie au regard de l'Histoire" (éditions Loubatières). Nous ne pouvons que conseiller la lecture de ce livre brillant, puissamment documenté et qui marque comme un point final scientifique qui manquait jusque là au sujet. En voici la conclusion, particulièrement éclairante :

"Septimanie. C'est une province dont les habitants ignoraient le nom, qui n'existait pas dans la nomenclature des régions du royaume wisigoth de Tolède auquel elle appartenait et dont les conquérants du sud, les Arabes, n'avaient certainement jamais entendu prononcer le nom. Une province bien réelle cependant que seuls les Francs nommaient parfois ainsi, à la suite de leur historien GREGOIRE DE TOURS qui avait lui-même emprunté ce néologisme au Gallo-Romain SIDOINE APPOLINAIRE."

"Pourtant ce nom de Septimanie a survécu parce que les Francs ont gagné. Il a survévu presque comme un mythe, celui de la riche province Narbonnaise, un résumé de l'Italie, conquise au Ve siècle par les Wisigoths, les plus civilisés des Barbares, dont les rois rêvèrent de restaurer et de prolonger la culture latine qu'ils admiraient, après avoir contribué à la destruction de l'Empire romain. Rattachée à l'Espagne wisigothique, la province vécut pendant plusieurs siècles au rythme du royaume de Tolède, tout en préservant son originalité provinciale et une culture de tolérance assez rare pour l'époque. Participant de la civilisation hispanique, cette partie de la France du sud n'a pas connu les Mérovingiens et elle considérait les Francs comme ses ennemis héréditaires. Pourtant, c'est du sud d'où on ne l'attendait pas, que vint le danger. En l'espace de quelques années, les conquérants Arabes et Berbères anéantirent le royaume wisigoth alors à son apogée."

Après avoir hésité quelque temps entre Cordoue et le jeune royaume carolingien, la Septimanie se résolut à se soumettre au roi Franc, mais en conservant la plupart des cadres de la nation, les comtes issus des vieilles familles gothes et, surtout, en gardant dans l'administration la législation héritée de Rome, qui faisait sa fierté et son originalité. Désormais, la vieille province Narbonnaise devint une portion de la Gothie, cette partie du royaume wisigoth conquise par les Francs et intégrée à l'Empire carolingien, où les Goths ont d'ailleurs toujours été minoritaires. Il n'empêche, plusieurs siècles de vie commune, dans le même cadre institutionnel, avaient donné aux habitants des terres qui vont du Rhône au Llobregat, de Nîmes à Barcelone, le sentiment qu'ils appartenaient à la même nation gothique. La Septimanie et la Gothie n'ont certes pas réussi à former un Etat en raison des aléas des partages de territoire des temps médiévaux et de l'époque moderne. Cependant, ce livre a voulu mettre en lumière les étapes d'une histoire trop méconnue qui a contribué à forger un précieux patrimoine culturel, spirituel et, peut-être aussi un art de vivre, communs aux habitants actuels de ces anciens pays gothiques."


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Les EUZET de Montpellier

Les EUZET de Montpellier (suite 1)

Les lignées issues de l'Hérault